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mercredi 1er mai 2013
Les Petites Ostensions III/IVpar Hervé Rabot |
nu, body-painting
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mercredi 1er mai 2013
Les Petites Ostensions III/IVpar Hervé Rabot |
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jeudi 21 février 2013
Les Petites Ostensions II/IV— C’était le 11 janvier, n’est-ce pas ? La nuit où je suis né. — Oh Sal, tu devrais arrêter de m’interroger là-dessus. Ça s’est passé il y a si longtemps, ça n’a plus d’importance. — Pour moi, si, tante Clara. Et tu es la seule à pouvoir me le raconter. Tu comprends ? Tu es la seule, tante Clara. — Tu n’as pas besoin de crier. Je t’entends parfaitement, Salomon. Pas la peine de me bousculer ni de dire des gros mots. — Je ne te bouscule pas. J’essaie simplement de te poser une question. — Tu connais déjà la réponse. Elle m’a échappé il y a un instant, et maintenant je le regrette. — Tu ne dois pas le regretter. L’important, c’est de dire la vérité. Il n’y a rien de plus important. — C’est que ça paraît si… si… je ne veux pas que tu penses que j’invente. J’étais près d’elle dans sa chambre cette nuit là, vois-tu. Molly Sharp et moi, nous y étions toutes les deux, on attendait l’arrivée du docteur, et Elisabeth criait et se débattait si fort qu’il me semblait que la maison allait s’écrouler. — Que criait-elle ? — Des choses affreuses. Ça me rend malade d’y penser. — Raconte-moi, tante Clara. — Elle criait tout le temps : « Il essaie de me tuer. Il essaie de me tuer. Ne le laissons pas sortir. » — Elle parlait de moi ? — Oui, du bébé. Ne me demande pas comment elle savait qu’il s’agissait d’un garçon, mais c’est comme ça. Le moment approchait, et toujours pas de docteur. Molly et moi, nous tentions de la faire s’étendre sur son lit, de la cajoler pour qu’elle se mette en bonne position, mais elle refusait de coopérer. « Écarte les jambes, on lui disait, ça fera moins mal. » Mais Elisabeth ne voulait pas. Dieu sait où elle trouvait tant d’énergie. Elle nous échappait pour courir vers la porte, et répétait sans cesse ces hurlements terribles : « Il essaie de me tuer. Ne le laissons pas sortir. » Finalement, nous l’avons installé de force sur le lit, je devrais plutôt dire Molly, avec un petit peu d’aide de ma part — cette Molly Sharp était un bœuf — mais une fois-là, elle a refusé d’ouvrir les jambes. « Je ne le laisserai pas sortir, criait-elle. Je l’étoufferai d’abord là-dedans. Enfant monstre, enfant monstre. Je ne le laisserai pas sortir avant de l’avoir tué. » Nous avons voulu l’obliger à écarter les jambes, mais Elisabeth se dérobait, elle ruait et se débattait, tant et si bien que Molly s’est mise à la gifler — vlan, vlan, vlan ! aussi fort qu’elle pouvait — ce qui a mis Elisabeth dans une telle colère qu’après ça, elle n’a plus été capable que de hurler comme un bébé, le visage tout rouge, avec des cris perçants à réveiller les morts. — Bon Dieu. — De toute ma vie, je n’ai jamais rien vu de pire. — C’est pour ça que je voulais t’en parler. — Enfin, je suis tout de même sorti, n’est-ce-pas ? Paul AUSTER, 1989, Moon Palace, éditions Actes Sud, 1990 pour la traduction française, traduit de l’américain par Christine LE BOEUF. par Hervé Rabot |
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jeudi 21 février 2013
Comment dormir viteAu commencement, c’est un travail de sculpture, de sculpture en petite dimension. Du carton plume, blanc, comme un mur, ou comme la surface, avant un rêve, du fond du crâne surexposé à une lumière aveuglante. Les images ? Elles viendront plus tard. par Mengzhi Zheng |
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jeudi 24 janvier 2013
Les Petites Ostensions I/IV— C’était le 11 janvier, n’est-ce pas ? La nuit où je suis né. — Oh Sal, tu devrais arrêter de m’interroger là-dessus. Ça s’est passé il y a si longtemps, ça n’a plus d’importance. — Pour moi, si, tante Clara. Et tu es la seule à pouvoir me le raconter. Tu comprends ? Tu es la seule, tante Clara. — Tu n’as pas besoin de crier. Je t’entends parfaitement, Salomon. Pas la peine de me bousculer ni de dire des gros mots. — Je ne te bouscule pas. J’essaie simplement de te poser une question. — Tu connais déjà la réponse. Elle m’a échappé il y a un instant, et maintenant je le regrette. — Tu ne dois pas le regretter. L’important, c’est de dire la vérité. Il n’y a rien de plus important. — C’est que ça paraît si… si… je ne veux pas que tu penses que j’invente. J’étais près d’elle dans sa chambre cette nuit là, vois-tu. Molly Sharp et moi, nous y étions toutes les deux, on attendait l’arrivée du docteur, et Elisabeth criait et se débattait si fort qu’il me semblait que la maison allait s’écrouler. — Que criait-elle ? — Des choses affreuses. Ça me rend malade d’y penser. — Raconte-moi, tante Clara. — Elle criait tout le temps : « Il essaie de me tuer. Il essaie de me tuer. Ne le laissons pas sortir. » — Elle parlait de moi ? — Oui, du bébé. Ne me demande pas comment elle savait qu’il s’agissait d’un garçon, mais c’est comme ça. Le moment approchait, et toujours pas de docteur. Molly et moi, nous tentions de la faire s’étendre sur son lit, de la cajoler pour qu’elle se mette en bonne position, mais elle refusait de coopérer. « Écarte les jambes, on lui disait, ça fera moins mal. » Mais Elisabeth ne voulait pas. Dieu sait où elle trouvait tant d’énergie. Elle nous échappait pour courir vers la porte, et répétait sans cesse ces hurlements terribles : « Il essaie de me tuer. Ne le laissons pas sortir. » Finalement, nous l’avons installé de force sur le lit, je devrais plutôt dire Molly, avec un petit peu d’aide de ma part — cette Molly Sharp était un bœuf — mais une fois-là, elle a refusé d’ouvrir les jambes. « Je ne le laisserai pas sortir, criait-elle. Je l’étoufferai d’abord là-dedans. Enfant monstre, enfant monstre. Je ne le laisserai pas sortir avant de l’avoir tué. » Nous avons voulu l’obliger à écarter les jambes, mais Elisabeth se dérobait, elle ruait et se débattait, tant et si bien que Molly s’est mise à la gifler — vlan, vlan, vlan ! aussi fort qu’elle pouvait — ce qui a mis Elisabeth dans une telle colère qu’après ça, elle n’a plus été capable que de hurler comme un bébé, le visage tout rouge, avec des cris perçants à réveiller les morts. — Bon Dieu. — De toute ma vie, je n’ai jamais rien vu de pire. — C’est pour ça que je voulais t’en parler. — Enfin, je suis tout de même sorti, n’est-ce-pas ? Paul AUSTER, 1989, Moon Palace, Éditions Actes Sud, 1990 pour la traduction française, traduit de l’américain par Christine LE BOEUF. par Hervé Rabot |
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vendredi 26 octobre 2012
Mettre des mots, faire des images« Calcifications » est un travail en cours et une sorte de prolongement naturel de la série « OUTCH », qui étaient des images tentant de transcrire la douleur. Cette première réflexion expérimentait la représentation, la matérialité de la souffrance physique. Affectée par l’épreuve qu’a représenté la lutte contre la maladie de proches, Catherine Larré a constaté son incapacité à mettre des mots et des images sur la présence d’un hôte envahissant et destructeur dans le corps d’autrui. par Catherine Larré et Jean-Louis Poitevin |
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dimanche 30 septembre 2012
Images sur ordonnanceJeune photographe américaine, Sara Lowthian a travaillé avec rigueur sur un sujet qui lui est familier, ses parents possédaient une pharmacie, et qui pour faire partie de notre vie quotidienne, n’en est pas moins un sujet presque tabou : les médicaments. Elle aurait pu nous montrer en train de les prendre. Elle a préféré nous les montrer tels qu’ils sont stockés, rangés, présentés, étiquetés, bref tels qu’ils se présentent lorsqu’ils « attendent » d’être consommés. par Jean-Louis Poitevin et Sara Lowthian |
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samedi 21 juillet 2012
Paysage intérieurXavier Lucchesi rapproche cette visualisation intérieure obtenue par le scanner, de la tradition de la peinture chinoise du « paysage intérieur » par Bernard Gerboud † et Xavier Lucchesi |
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mercredi 27 juin 2012
Voir le trouLe travail que poursuit Judith Baudinet depuis plusieurs années touche aussi bien au théâtre, à la mise en scène et à l’écriture, à la vidéo qu’à la photographie. Une telle diversité n’est en rien le signe d’une dispersion, plutôt celui d’un questionnement multipolaire qui prend en charge à travers ces différents médium, les diverses facettes d’un monde éclaté. par Jean-Louis Poitevin |
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lundi 23 avril 2012
Deux vidéos de Chan Kai YuenEn France depuis plusieurs décennies, Chan Kai Yuen est un sculpteur dont l’œuvre se présente comme un écho ironique et caustique à notre existence. En ayant ces dernières années élu le poulet, sa chair, sa peau, son apparence, sa « fonction sociale », comme matériau (en fait ses poulets sont en résine) et sujet de ses œuvres, il a ouvert une brèche dans le concert de la bienséance qui prévaut dans l’art contemporain. par Chan Kai Yuen et Jean-Louis Poitevin |