Surface signifiante, animée, pixellisée ayant envahi les écrans et les cerveaux, l’image est devenue aujourd’hui un opérateur perceptif et cognitif.
Une image est une surface signifiante sur laquelle apparaissent des éléments, lignes, couleurs, formes diverses, qui entretiennent des relations ne relevant pas de la logique verbale et textuelle, mais d’une dimension « magique ». Fixe pendant des millénaires, l’image s’est animée avec l’invention du cinéma. Depuis l’invention de la vidéo et des appareils numériques elle ne peut plus être perçue comme analogique. Définie par les programmes des appareils, elle n’est plus qu’une organisation transitoire de pixels qui oscille entre émergence de manifestation visuelle offrant à la vision humaine des éléments reconnaissables et disparition ou brouillage de ces mêmes éléments. Tout a lieu en permanence sur les écrans de la planète. Multipliée à l’infini, elle envahit la réalité et les cerveaux comme une hallucination continue. Prenant la place du texte dans le champ élargi de la connaissance, elle est devenue un opérateur perceptif et cognitif.
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jeudi 21 février 2013
Magdi SenadjiTK-21 LaRevue ouvre une réflexion consacrée au photographe Magdi Senadji, dix ans après sa disparition. Photographe important des années 80 et 90, Magdi Senadji, outre quelques expositions, a surtout publié quatre livres importants Facile, Gombrowicz, Prague et Bovary, tous parus aux Éditions Marval. Cet éditeur ayant cessé son activité et Magdi Senadji n’ayant laissé de son côté que peu de tirages originaux, son œuvre est aujourd’hui presque invisible même si quelques tirages sont présents dans quelques institutions. Les livres qu’il a publié sont pour la plupart épuisés. Quant aux six fascicules parus aux Éditions À une Soie, TK-21 les republiera dans ses prochains numéros. TK-21 LaRevue ayant pour désir de rendre à nouveau accessible l’ensemble de cette œuvre va entreprendre un travail de recherche afin de mener à bien ce projet. Pour rendre hommage à Magdi Senadji dix ans après sa disparition, TK-21 LaRevue publie deux textes de Danielle Robert-Guédon extraits de ses romans, Le désespoir du singe et Les vivants, les morts et les marins dans lesquels elle évoque la figure de Magdi Senadji. Nous accompagnons ce portrait littéraire de quelques images et d’un portrait. par Danielle Robert-Guédon |
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jeudi 21 février 2013
Les Petites Ostensions II/IV— C’était le 11 janvier, n’est-ce pas ? La nuit où je suis né. — Oh Sal, tu devrais arrêter de m’interroger là-dessus. Ça s’est passé il y a si longtemps, ça n’a plus d’importance. — Pour moi, si, tante Clara. Et tu es la seule à pouvoir me le raconter. Tu comprends ? Tu es la seule, tante Clara. — Tu n’as pas besoin de crier. Je t’entends parfaitement, Salomon. Pas la peine de me bousculer ni de dire des gros mots. — Je ne te bouscule pas. J’essaie simplement de te poser une question. — Tu connais déjà la réponse. Elle m’a échappé il y a un instant, et maintenant je le regrette. — Tu ne dois pas le regretter. L’important, c’est de dire la vérité. Il n’y a rien de plus important. — C’est que ça paraît si… si… je ne veux pas que tu penses que j’invente. J’étais près d’elle dans sa chambre cette nuit là, vois-tu. Molly Sharp et moi, nous y étions toutes les deux, on attendait l’arrivée du docteur, et Elisabeth criait et se débattait si fort qu’il me semblait que la maison allait s’écrouler. — Que criait-elle ? — Des choses affreuses. Ça me rend malade d’y penser. — Raconte-moi, tante Clara. — Elle criait tout le temps : « Il essaie de me tuer. Il essaie de me tuer. Ne le laissons pas sortir. » — Elle parlait de moi ? — Oui, du bébé. Ne me demande pas comment elle savait qu’il s’agissait d’un garçon, mais c’est comme ça. Le moment approchait, et toujours pas de docteur. Molly et moi, nous tentions de la faire s’étendre sur son lit, de la cajoler pour qu’elle se mette en bonne position, mais elle refusait de coopérer. « Écarte les jambes, on lui disait, ça fera moins mal. » Mais Elisabeth ne voulait pas. Dieu sait où elle trouvait tant d’énergie. Elle nous échappait pour courir vers la porte, et répétait sans cesse ces hurlements terribles : « Il essaie de me tuer. Ne le laissons pas sortir. » Finalement, nous l’avons installé de force sur le lit, je devrais plutôt dire Molly, avec un petit peu d’aide de ma part — cette Molly Sharp était un bœuf — mais une fois-là, elle a refusé d’ouvrir les jambes. « Je ne le laisserai pas sortir, criait-elle. Je l’étoufferai d’abord là-dedans. Enfant monstre, enfant monstre. Je ne le laisserai pas sortir avant de l’avoir tué. » Nous avons voulu l’obliger à écarter les jambes, mais Elisabeth se dérobait, elle ruait et se débattait, tant et si bien que Molly s’est mise à la gifler — vlan, vlan, vlan ! aussi fort qu’elle pouvait — ce qui a mis Elisabeth dans une telle colère qu’après ça, elle n’a plus été capable que de hurler comme un bébé, le visage tout rouge, avec des cris perçants à réveiller les morts. — Bon Dieu. — De toute ma vie, je n’ai jamais rien vu de pire. — C’est pour ça que je voulais t’en parler. — Enfin, je suis tout de même sorti, n’est-ce-pas ? Paul AUSTER, 1989, Moon Palace, éditions Actes Sud, 1990 pour la traduction française, traduit de l’américain par Christine LE BOEUF. par Hervé Rabot |
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jeudi 21 février 2013
Le grand phantasme de l’interdit de l’imageLes deux vecteurs les plus importants de notre croyance sont aujourd’hui encore l’image et le texte. Nous avons en quelque sorte mis entre parenthèse le rôle que jouent les voix, la voix, dans notre perception du monde et de nous-mêmes. Nous avons occulté leur fonction dans le mécanisme de la croyance qui est sans doute le mécanisme ou le fait psychique qui nous caractérise encore et toujours le plus, si l’on accepte de regarder comment, en effet nous fonctionnons. par Jean-Louis Poitevin |
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jeudi 21 février 2013
Juan UsléJuan Uslé est un peintre espagnol et américain, né en 1954 à Santander. Il travaille et vit entre Saro, sa maison-atelier dans les collines de Cantabrie, et New York, où il est installé depuis 25 ans. Dire que sa peinture est abstraite ne saurait suffire à qualifier celle-ci. Pour des artistes nés après la guerre 1939-1945, la décision de continuer à produire des œuvres abstraites ne saurait les conduire à poursuivre les mêmes enjeux que ceux qui poussèrent les pionniers à s’engager dans cette voie. par Jean-Claude Le Gouic |
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jeudi 21 février 2013
Altered StatesIl y a tout au début de cette altération une question de regard. Une histoire de l’œil. Ces hommes et ces femmes photographiés ont les yeux emplis de conscience. Et puis les mains. par Christophe Derouet et Grégoire Cheneau |
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jeudi 21 février 2013
Sewer FlagQuelque chose comme un mur ou comme un morceau de trottoir, en tout cas quelque chose d’immobile, formant un cadre gris et un motif central un rectangle aux tons passés, vaguement sales, un rectangle avec en son centre un cercle et au centre du cercle, deux trous noirs. par Henning Lohner et Jean-Louis Poitevin |
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jeudi 24 janvier 2013
Hystériser l’imageDans sa dernière vidéo, "Rue François Lehmann", Alexandrine Boyer poursuit, avec un dispositif simple, son investigation des relations que l’on croit évidentes et qui ne sont qu’énigmes, entre l’image et le son, l’évidence supposée du visible et l’intenable ambiguïté des bruits. Les bruits sont presque accordés à l’image et l’image se révèle presque accordée à elle-même. À ceci près que ce « presque », une vague fêlure dans le glacis des certitudes, signale l’existence d’une faille sismique majeure. L’image ne se contente pas d’être fixe ou mobile. Sous nos yeux, elle se met à trembler. par Alexandrine Boyer et Jean-Louis Poitevin |
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jeudi 24 janvier 2013
Des creux étendusLes représentations communément associées à la sculpture portent à voir dans cet art des types d’objets et de configurations spatiales offrant l’image, plus ou moins lisible comme telle, d’un processus de production durant lequel un matériau a été transformé – et informé – car littéralement « travaillé par la forme ». par Arnaud Vasseux et Fabien Faure |