dimanche 1er décembre 2024

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Parfum de f(l)amme

Marie-Laure Dagoit

, Jean-Paul Gavard-Perret

« L’écriture est mon espace imaginaire » avoue Marie-Laure Degoit. Et par elle, la poésie change de cap. Elle devient une école de perversité, d’obscénité et d’humour. Bref, l’auteure s’amuse avec les stéréotypes tout en usant (abusant ?) d’une poésie fractale. Elle ose tout sous prétexte d’un plaisir dit « premier » et avec un penchant très net pour le merveilleux.

Certes, cela peut ouvertement choquer : « je suce des queues /de façon innée » dit-elle, mais de préciser « sans plaisir particulier ». Elle s’absente dans un acte dit intime sans plaisir particulier. Et là son astuce par déni (enfin presque). Il faut donc toujours le lier entre deux eaux mais toujours résolument libre.
À la manière de Danielle Mémoire, elle entame la même fonction féminine « l’amour préside au chemin — il n’y a pas de chemin où il n’y a pas d’amour ». Sur ce chemin, ses poèmes créent des farces parfois rabelaisiennes. Ils inspirent une forme de fronde. Il suffit de la flamme d’une telle chandelle pour réchauffer, voire mettre encore le feu. Mais le tour est joué.

Sous forme de consécration, l’auteure finit par se lasser des égards. En fausse menteuse, elle laisse ses fomenteurs attendre une fin de non-recevoir sans cul-de-sac. Là, l’art poétique majeur de celle qui se plaint parfois de perdre son écriture, et ses pensées pornographiques. Facile pour elle (ajoute-t-elle) de ne savoir plus dire ce qu’elle veut jusqu’à avoir « un érotisme noir en horreur ». Néanmoins et suprême plaisir (de lecture), elle se veut solaire quitte à prétendre qu’à ses jeux la scène se vide mais d’en profiter pour « plagier des chants religieux ».

En résumé, Marie-Laure Dagoit reste une visionnaire au nom de la congélation amoureuse d’un règlement de compte dans ses textes parallaxes. Mais par sa verve érotique qui se veut déceptive, l’artiste image hors de l’image. Ce qui s’ouvrait se referme et s’enrobe. Suivant le vieil adage « il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée ». Il s’agit donc — du moins en théorie — d’enterrer le cœur mais non en oublier ce qui le recouvre en objets du désir. L’auteure semble penser Si j’ôte mon chemisier que ferai-je de lui ? Tous ses livres répondent — mais de manière oblique. Sa double-face est sans miroir sinon hermétique du moins réservée.

Marie-Laure Dagoit (auteure et créatrice des Éditions (secrètes) Derrière la salle de bains) est là où Joyce Mansour s’est lassée. Demeure à l’inverse et ici, le factice et le joué. Bien parfois. Insidieusement. Mais l’amour des feintes n’ouvre pas à la promesse espérée. Le secret que les personnages féminins croient montrer se retourne comme un gant. Les mots galopent par-dessus leurs désirs. C’est un délice mais pas celui — bien sûr — que le voyeur escomptait. Dans chaque texte, il est un « Charles attend ».

Marie-Laure Dagoit, « Dans le mystère de la chambre 6 », WeekendPoetry, Rouen, septembre 2024, 85 €.