jeudi 1er octobre 2026

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La solitude des femmes

Mafalda Rakos

, Jean-Paul Gavard-Perret

Avec « C’est à toi, c’est à moi : sept portraits relationnels », FOTOHOF présente un aperçu du travail de la photographe autrichienne Mafalda Rakoš. Au cœur de ses projets, dont la plupart se déroulent sur de longues périodes, se trouvent des questions qui émergent d’un mode de regard sur le monde à la fois photographiquement documentaire et anthropologiquement investigateur. Le portrait sert de point de départ esthétique et médiatique récurrent pour des expériences artistiques qui explorent le potentiel de la photographie à s’engager avec des discours sociaux complexes.

Dans l’œuvre de Rakoš, l’image de l’Autre émerge à travers une perspective élargie. En dialogue avec ses protagonistes et co-auteurs, elle transcende la tradition littéraire, savante et artistique du récit à la première personne. Le processus collaboratif qui se déploie rassemble des éléments de pratique documentaire, d’art-thérapie, de performance et de recherche anthropologique dans un effort pour rendre visible quelque chose d’intrinsèquement intangible — les pensées et les émotions des femmes et des personnes non-binaires — au sein d’un système plus large, contextes économique et historique.
 
C’est dans ce cadre conceptuel que se situe la pratique photographique de Mafalda Rakoš. Dans son travail, la caméra ne devient pas un instrument d’appropriation mais un instrument d’engagement social et de commentaire politique subtil. Elle crée des espaces dédiés à la rencontre, au dialogue et à l’écriture partagée dans un contexte d’injustice sociale et politique. Ces espaces appartiennent aux femmes* et aux personnes non-binaires — amis, inconnus et sœurs de l’artiste — qui, chacune à partir de positions différentes et avec des moyens différents, ont entrepris la lutte contre les systèmes patriarcaux tout en résistant collectivement aux logiques patriarcales
 
Les relations à long terme qui sous-tendent ces œuvres s’opposent à la logique d’une pratique extractive de création d’images dans laquelle les personnes et « histoires » fonctionnent comme des contenus consommables. Au lieu de cela, ses œuvres sont le résultat du temps passé ensemble, de la confiance mutuelle et d’un engagement continu de tous les participants avec les conditions mêmes de leur naissance. Ici, la caméra ne sert pas à légitimer un regard privilégié mais à initier un dialogue dont les résultats ne sont pas seulement des images mais aussi des relations sociales. Dans la pratique de Mafalda Rakoš, la photographie devient ainsi un médium relationnel dont le sens réside en fin de compte dans les processus de collaboration et de devenir visible ensemble.

Mafalda Rakos,« It’s yours, It’s time »
Fotohof, Salsbourg (exposition 7 août-24 septembre 2026)