dimanche 3 novembre 2024

Accueil > Les rubriques > Images > Disparêtre

Dessin

Disparêtre

Mina B. et Jean-Denys Phillipe

, Jean-Denys Phillipe et Mina B.

Mina B. et Jean-Denys Phillipe font dialoguer leurs œuvres autour du thème de la disparition. L’approche des deux artistes, à la fois littéraire et politique, prend la Palestine comme paradigme. Une exposition à découvrir à Cherbourg.

Mina B. et Jean-Denys Phillipe interrogent, chacun à sa manière, ce besoin historique que manifestent les humains à vouloir faire disparaître l’Autre ou à le mettre sous enclave. Les temporalités au travers desquelles se tissent les fils de l’histoire dessinent l’arrière-fond de leur geste artistique. La reprise-modification du motif caractérisent leurs démarches.

Leur travail plastique se décline en dessins, caricatures, collages, sculptures et photographies, mais aussi en citations littéraires et plastiques de quelques autres artistes qui les accompagnent. Comme l’écrivain Colum McCann, qui fait se rencontrer, dans son récit « Apeirogon » [1] un palestinien et un israélien. L’auteur y évoque les destinées de deux pères, un israélien et d’un palestinien qui ont chacun perdu leur fille, l’une victime d’un attentat, l’autre du tir d’un sniper israélien.

Gaza prison, Jean-Denys Phillipe.
© Jean-Denys Phillipe
Gargouilles.
© Mina B. / Jean-Denys Phillipe

Mina B. avait dès le départ pensé le projet autour des œuvres de Georges Perec et du poète Mahmoud Darwich [2], « deux écrivains qui ont fait du motif de la liste, bien que de façon très différente, la colonne vertébrale de leurs écrits pour témoigner de leur temps, parler des choses simples de la vie, faire la géographie des lieux et des temporalités. »

« Non seulement chacun de ces auteurs s’est attaché, dans sa façon de penser notre rapport au monde et aux autres — aux présents et aux absents, aux proches et aux lointains — à décrire, jusqu’au vertige, les mille et une petites choses du monde quotidien », ajoute Mina, « mais ils ont vécu l’un comme l’autre le trauma de la perte, celle de la vraie mère et celle de la « mère patrie ».

Pour Mina B., la collaboration avec Jean-Denys Phillipe a vite semblé évidente : « il s’intéresse au mouvement oulipien et sa posture intellectuelle et artistique se caractérise par la fraicheur de l’étonnement, la distanciation et l’ironie, au sens philosophique du terme. »

Des clous, Mina B. & Jean-Denys Phillipe.
© Mina B. / Jean-Denys Phillipe

Jean-Denys Phillipe présente une rétrospective de dessins parus dans la presse depuis 35 ans sur la question palestinienne, des dessins récents inédits, mais aussi des œuvres empruntant à des techniques diverses, assemblages drolatiques, peintures…

Il explique : « La proposition de Mina B. d’une exposition commune m’a conduit à élargir le propos : comment résister à la seule fin d’exister, comment « n’être que pour disparaître », selon l’expression de Georges Perec, pour qui la disparition n’est pas un vain mot, et s’est trouvé convoqué naturellement. ».

L’impossible retour, Mina B.
© Mina B.

Notes

[1Apeirogon, éditions Belfond, 2020 et format poche 10/18, 2021.

[2à savoir la Disparition, et plus tard les Revenentes et Ellis Island.

DISPARÊTRE
Exposition de Mina B. et Jean-Denys Phillipe
Galerie La Bouée
10, rue Notre-Dame du Vœu à Cherbourg
Jusqu’au dimanche 24 novembre 2024
Ouvert tous les jours de 14h30 à 19, sauf le lundi et le mardi,
sur rdv : 02 33 94 21 78

Image d’ouverture : « Exode », Mina B. et Jean-Denys Phillipe.