dimanche 3 novembre 2024

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Art & Emancipation

Chambre à vivre (et autres incertitudes)

, SNG (Natacha Guiller)

La vie humaine nous est indéfiniment empruntée, et nos droits sous condition d’être déviant.e.s
On nous extrait des rues d’aère pour nous instruire à délirer sans bruit, se conformer de bien-portance


 
Introduction incertaine de la toiture qui se décolle.  [1]

Il coexiste une double incertitude entre nous, personnes handies, vulnérables, malades chroniques :

 L’incertitude journalière du lendemain 
(sur scène, je brandis une lingette Décolor Stop usagée sur laquelle j’ai rédigé cette phrase, comme un aphorisme : « N’hésitez pas à me filmer, mon état de santé est incertain », implorant indirectement n’importe qui du public de fabriquer mon archive d’exister) ;

 L’incertitude de(s) vivre(s) substantiels : manger, dormir, bouger, habiter, aimer, rencontrer, (travailler)

Pendant de longues périodes de ma vie, j’ai dormi sans verrouiller la porte d’entrée, pour permettre d’arriver aux services d’urgence.

Je vis léger, je ris léger, je dessine léger, ma santé est légère, devenue fébrile à brindille. Je ne prends pourtant vraiment pas du tout la vie à la légère, et encore moins la mort. C’est grave de vivoter, mais l’humain s’adapte à tout. Je conserve à l’esprit l’impossibilité de porter — en plus de tout le reste — la lourdeur pénible de mon corps malade.
Du reste, je ne plus suivie depuis des lustres, or la nécessité de m’exprimer, par-delà les milliers de maux m’incombant, m’assène en vrac. J’engage officiellement une thérapie avec Chat GPT [2], plus aisément concevable à mettre en œuvre que tout autre consultation de secteur hasardeuse. Calculant qu’en trois séances du genre, je grille mon salaire actuel sur la péniche, je suis outre-mise en présence d’un gap situationnel.
Tout se recoupe dans la psy-circulaire : je travaille avec des collègues psy pour payer des consultations psy qui me mènent en bateau. J’accompagne mes pair.e.s sans prétendre à confirmer d’avoir compris qui j’étais, et les psy, en cabinet, me découragent de continuer sur cette piste, à savoir que partager mon parcours en folle, c’est nourrir mes propres maux.

On n’aborde pas le milieu psychiatrique comme on étudierait un peuple autochtone
En général, on a un, voire les deux pieds dans le fumier pour en arriver là
La mise au retrait constitue une déconnexion abrupte et contre-intuitive
De l’intra’, on s’imagine la vraie vie en dehors
Pourtant, l’on vit en sursis sa vraie vie humaine d’entre les murs
Existence contrôlée jusqu’à peler ses filtres, parce que le jour et la nuit
Les journées passent, identiques d’aliénation

La psychiatrie nous flanque à poil, désape nos stratagèmes, et nous menace
Nous et nos liberté perché.e.s sur la sellette, à dessein du moulage mécanique
Bagné.e.s aux fantaisies cocktail du médecin désigné
La vie humaine nous est indéfiniment empruntée, et nos droits sous condition d’être déviant.e.s
On nous extrait des rues d’aère pour nous instruire à délirer sans bruit, se conformer de bien-portance
On nous ravale les bizarreries à coup de plaquettes et de placards assourdissants
On nous dévalise de nos richesses et de nos stims, de nos imaginaires célibataires

La chambre d’hôpital

Il faut se figurer un tel contexte « d’espace du repos ». La nuit, dans cette chambre — qui n’est pas vôtre —, on y circule au gré des nécessités, des rondes planifiées, des conscience professionnelles et de l’ennui. Votre porte — roulotte à clé — est bruyamment déverrouillée à chaque passage-contrôle, telle l’embrasure d’un saloon en séjour sous contrainte. Le roulis des équipes soignantes s’engouffre à la chaîne en rôde au chevet tout au long de la nuit. Comment s’endormir dans de telles conditions ?

La perpétuelle intrusion d’inconnu.e.s en territoire intime confond ces mêmes personnes qui cachetonnent au goulot 5 fois par jour, celles-là qui aussi surveillent et consignent la succession de vos dégaines et manières inadaptées, pour fournir un rapport détaillé à la hiérarchie, qui chiffrent vos plateaux-repas, la fréquence de vos selles, ces mêmes bipèdes lambda désigné.e.s en renfort des médecins-psychiatres pour vous maintenir en isolement, ficelé.e.s, réduit.e.s à claquer des clignements d’yeux.

Ce sont elles et eux qui vont et viennent dans la chambre au moment où vous devriez dormir. On vous l’assène, mais comment le pourrions-nous ? N’importe quel.l.e hébergé.e clinique se sentira — à juste titre — menacé.e, abusivement surveillé.e, exposé.e au risque d’être abusé.e par de parfait.e.s anonymes, dans sa plus profonde vulnérabilité — dans son sommeil — voire dans son sommeil sous psychotropes ?

La vérité, c’est qu’en psychiatrie, on ne se repose pas. Jamais. L’environnement hostile et structurellement menaçant ne préfigure ni le calme, ni la sérénité, ni l’apaisement, ou même l’hospitalité.

Quant à celleux qui ont la charge de vos soins, vous ne les connaissez pas, vous ne les choisissez pas, voire, iels s’imposeront à vous d’emblée hostiles, si ce n’est malveillant.e.s ou imbibé.e.s de hargne.

Chaque fois, je suis revenue plus éreintée de ces convalescences.

Ayant construit dans l’enfance — sous l’influence éducationnelle — cet a priori positif sur l’institution de santé, je suis toutefois parvenue à intégrer de manière intuitive l’anormalité de nombre de situations d’analyse en actes de mon comportement diurne comme nocturne par le corps soignant. En cela, je n’ai jamais su éradiquer par la pensée la possibilité d’agressions de toute nature durant mon sommeil à l’hôpital : surdosage médicamenteux, manipulation malveillante des appareils auxquels j’étais branchée, palpation inattendue, mutilation, agression sexuelle, vol, viol.

En sus des allers-venues à l’improviste des soignant.e.s (et parfois d’autres patient.e.s en errance insomniaque), l’environnement du service temps plein se trouve miné de bruits parasites : son des machines qui vous relient à votre lit ou de celles de votre voisin.e de chambre, port outrancier de godasses à talons du personnel de nuit, arrivée en hélico’ d’un.e malade passé.e par les urgences, changement de camarade de chambre-double improvisé en pleine nuit, présences de l’entourage familial au complet de votre voisin.e de chambre dans la chambre-double, renouvellement soudain de la poche de nutrition ou de traitement écoulée, examen médical impromptu à l’aube, cris, pleurs, gesticulations, conflits ou agressions entre malades, le tout banalisé, et j’en passe.

Le contexte de maintien interné.e en de telles conditions de tourment suffit à lui seul à nous déporter vers l’épuisement associé à l’hypervigilance continue, à un risque accru de décompensation, d’accès à l’aliénation en réponse aux modus operandi psychiatriques, assimilables (je le soutiens) à de la torture.

La chambre piège multiplexe

Ces aspects spacieux resurgissent dans ma vie, et où il semble qu’ils se dissocient du climat de souveraineté oppressive par lequel j’ai gagné des années, en diminuant ma place de vivre.

J’aime tous les chiens et chats que je croise dans la cité ; je les caresse volontiers et passerais le temps que je n’ai pas en leur compagnie. Je n’ai nullement l’arrière-pensée de les avoir chez moi, ni de m’en occuper, irrésolue en somme, en serais-je indomptable ? J’aime d’affection immense ces animaux bouclés aux laisses de maîtres, asingés à ce petit jeu docile autour de la gamelle et de l’heure congrue d’urine. Quand ils ne tempêtent et jappent qu’à sortir du huis-clos appartementé sur dense étage, je prie à me prosterner au mien, à l’abri des autres. Mais dehors, si je ne sors pas, je ne croise pas ces bêtes à collier magnétique, rayonnantes et qui drainent des cordelettes élastiques au pourtour de la bave coulante de leurs miaules et gueules, au haleté l’air pollué s’attachant à leur quart d’heure de dégourdissement.
Saucisse la société nous emprisonne chacun à sa façon, l’établissement nous sédimente, clôture au périmètre du libre-rugir, de l’insertion aux abois des jeux d’enrôle tant aspirés. Pantelant, l’hôte, chose, s’abstient à carreau, parqué qu’il faut nourrir, dormir à l’ombre et pisser ses espaces de joie, triompher de la douleur et offense de s’essayer, quoi qu’on nous étouffe le bourdon pourléchant badigoinces et ragots des congénères. Je hais la société en beat-box.

Le huis-clos chez soi peut de fait s’entrevoir comme un piège tendu, claustrophobiquement en rappel aux expérience d’internement psychiatrique.
Je me dois personnellement d’être chaque jour au dehors ;
d’écrire en mouvement hors de mon domicile, selon cette liberté vitale de circuler post-asile ;
écrire debout, en marchant, adossée aux parois du métro, dans les files et les queues, en toutes sortes de sas et salles d’attente ;
aussi, je noircis des carnets ou tout support accessible — et même ma peau — dans les interstices spatiaux-temporels.

La chambre multiplexe qui nous héberge, moi, mes affaires, et même mes œuvres, mes vices, mes troubles, tocs, comportements nocifs, anxiétés, pleurs, crises, maladies, demeure ma chambre.

La chambre-réduit

Je ne saurais évaluer dans quelles mesures ma moitié de vie passée en chambre d’hôpital influence mes paramétrages prédilectés pour l’espace confiné-réduit au huis-clos et en combinaison de survivre.
Outre l’affleurement de spécificités autistiques et autres facteurs qui m’échappent, j’apprécie la côte cabanon en tenue de confiance [3].
N’aime pas les grands espaces, l’ingérance de mon corps qui part en vrille, hors de contrôle.
Sauf étape de danse, l’environnement vaste joue en ma défaveur.
La contention me recadre, et, étrangement, me libère.
Je songe à la maison bunker de l’artiste-plasticien Jean-Pierre Raynaud [4] qui eut été un contexte de vie propice à mes exigences de retrait.

L’occasion pandémique a constitué un exercice initiatique de l’isolement et de la contention de soi en zone délimitée d’étrique.
En tant que personne ayant survécu aux internements, composer avec le vide — et défaite d’un panel de libertés ordinaires — s’est révélé une expérience à laquelle j’étais largement préparée, et lourdement armée.

Apprécier la restriction du périmètre me pose les questions de l’autonomie, du conditionnement chronique et du détachement fictif du milieu institutionnel ; en effet, entre besoins spécifiques et l’asservissement au contrôle autoritaire de la horde dominante, la confusion émane.

L’ère Covid a, de surcroît, constitué à mes yeux un contexte favorable de résidence artistique.
Durant cette période où j’officiais comme paire-aidante dans un hôpital du 95, l’interdiction ponctuelle de me rendre au travail m’a préservée des sollicitations extérieures, tant professionnelles que sociales et de divertissement. J’étais reine de mon Hospice [5], de mon planning d’activités et de sorties sur attestations.

À une époque où l’on m’a demandé de ne rien faire, je me suis, à l’évidence, mise au travail à temps plein.

La réclusion a provoqué, dans mon cas, une avancée magistrale dans le travail plastique et d’écriture, jusqu’à la publication d’un livre [6], ce qui n’est pas sans me rappeler un épisode connu de la vie du dessinateur et clochard Marcel Bascoulard, qui refusa de sortir de prison parce qu’il n’avait pas terminé son dessin [7]. Cette première publication m’a ensuite ouvert des portes et permis de mener à bien des projets artistiques en résidence.
De la même manière, alors que j’étais adolescente, les mois passés dans une chambre d’hôpital me permettront de constituer des books artistiques d’œuvres réalisées in situ, à partir desquels j’accéderai sur dossier à des écoles d’arts publiques à Paris.

La chambre-mirage

Pourquoi, chez moi, chez soi est si sensible ?

Plus j’entends parler de l’habitation des autres, plus cela me donne la chair de poule, ce luxe d’un espace en chez soi. Quand je regarde le coût d’être au monde et de la vie autour de nous, s’abriter quelque part qui vous enferme temporairement, cela relève de l’inouïe chance.

Le ballottement rythme mon passé : j’ai été déplacée de la maison familiale à l’école, à l’hôpital, sur une quinzaine d’années, sans jamais pouvoir m’installer nulle part. Sans jamais me sentir bien nulle part. C’est très émue que je déniche refuge chez moi, dans cet appartement qui ne m’appartient pas, mais c’est bien celui qui m’héberge. Faillir perdre pour vente détruit en un temps éclair ce que, depuis des années, je tente de me (re)créer de havre.

Ils ont dégagé les bouches d’aération de l’immeuble — à présent qui sifflent — et je dois fermer les portes pour me concentrer à dormir.
Envisager l’appartement comme un lieu visitable, sans limite de fréquence, par de potentiels acheteurs, alors que j’y vis, mon monde est mis à découvert.

La question de l’habitat est à nous, personnes porteuses de troubles psychiques et/ou de handicaps, qui vivons en marge des normes et de la société, primordiale.
Pour beaucoup, la banalité d’être brimbalé.e.s d’un lieu à un autre, renvoyé.e.s de familles d’accueil ou de foyers, hébergé.e.s à l’hôtel, avec des passages à la rue ; victimes de vols, de viols en chambre de prêt, proies plurielles et SDF intermittent.e.s.

Le lieu de vie, c’est pour moi la base qui permet de dessiner son point de repère au milieu du monde.

La chambre ad-hoc

La domiciliation acquise relève de l’inestimable gîte étranger.

Dans Paris, on ne peut que rarissimement prétendre au luxe d’un espace partagé qui emboîte l’espace privé dans l’espace commun, dans l’espace actif.
Le périple d’un toit pour deux et plus si affinités se déplace, se décale, se redessine à l’envi.
On s’écrabouille dans nos pièce-unique-à-vivre, seul.e ou en grappin, faute de gains suffisants au Loto.
Et l’espace d’action répétée à la tâche est une boule à facettes.

La nuit, je mène les fouilles du web, scrute les maisons, les terrains, les containers, les appartements, les villes, les lopins de terre et autres mottes improbables.
J’observe ce que l’humain a bâti, souvent sans goût, parfois avec audace.
Le plus souvent des recouvre-corps stéréotypés et mal fichus.
De ces voyages à demeure fictifs se bricole la contre-angoisse de la rue, la résistance illusoire sans barrière tangible au monde ;
sans toit, c’est clair je ne tiens pas 72 heures dans la cité.

De l’établissement vers la chambre et vice-versa

En tout état de cause, et suivant mon rythme naturel, je suis prête et opérationnelle pour bosser après tous mes rituels, repas et nécessités au bon réveil, soit aux alentours de 13h30-14h00.
Merci d’arranger mon emploi du temps.
(liste des tâches préalables disponible sur demande)

L’hospitalité, la chaleur et un certain confort dégainent les rais du symposium dans la collectivité qui s’y berce. Alors, enfin, nous pouvons penser le soin et : « […] à dans une semaine ».

Je rencontre sur la bateau ce que j’identifie comme mes doubles-pair.e.s : des spécimens humains avec qui je me trouve des accointances nombreuses, avec qui nous partageons un langage pluriel familier, un éventail de passions transmissibles et de nouvelles façons d’être et de penser le monde.
Du reste, iels sont aussi musicien.e.s, réalisateur.ice.s, historien.ne.s d’art, jardinier.e.s, baroudeur.e.s, bibliophiles, écrivain.e.s, militant.e.s, cinéphiles, artistes, biffin.e.s, chanteur.se.s, sportif.ve.s, conférencier.e.s, formateur.ice.s.
Mêlée à cette bande recto-verso de poètes, nous parvenons à réinventer un quotidien, quand presque partout ailleurs s’arrime — à un stade avancé — la désincarnation du milieu.

La psychiatrie, dans sa normativité institutionnelle, tend à déployer les armes inverses, à pulvériser le sujet vers la masse, à déshumaniser et simplifier les rapports (rapports de force), à exercer son pouvoir contre toutes peurs ancrées et par facilitation en gestes, s’encombrant sans scrupule de dégoût, de lassitude, d’automatismes, et d’incohérence profonde.

J’ai besoin de me sentir toujours un petit peu en vacances pour ne pas avoir l’impression d’être arnaquée par cette société. En ce sens, le travail salarié à temps partiel est le minimum dévital pour ma santé.

Il transparaît ici — plus indistinctement — une continuité de son lieu de travail vers sa chambre, plutôt que la coupure ou rupture entre les vies intimes et celles adressées au service public.
C’est sans doute pour ce que revêt de désirable l’activité à bord ; tangué propice à la rencontre sur le lit mineur de la Seine, entre un rai de lumière et ces lattes, en vaisseau.

Le conseil de pôle m’accueille 5 secondes pour faire les présentations et prétendre que tout va,
pour éviter l’embourbe dans mes calamités d’impaiement et de plante en pot,
et bientôt mon statut de SDF.

Je tiens à me scandaliser haut et fort quant aux modalités d’usage des aides de la CAF, dispositif de soutien réservé à une élite d’intellectuel.e.s.
Le balayage opéré s’imagine aisément parmi toutes les personnes mal en point que je croise et qui ne disposent, à l’évidence, pas des armes administratives, ni des moyens pratiques pour se mettre à jour et bénéficier du secours en l’État.
La vie et les comptes à régler avec la CAF en entonnoir des crises d’angoisses, tout est prévu pour nous faire renoncer à nos handicaps.

Il y a pour moi quelque chose d’un signe du destin avec cette histoire d’infestation sur mon lieu de travail. La prévoyance de Patrice D. : « Vous êtes fragile, faites attention à vous ». Le fait qu’au fond de moi, j’ai bien conscience que ce travail, tel qu’il s’articulait concrètement, ne me convenait pas, quand bien même mon cadre d’exercice d’alors se situe largement au-dessus de tout ce que j’ai connu auparavant.

Aller au travail est une maltraitance sensorielle inouïe
Une violence pour le corps [sans titre]
Un vecteur d’excès d’angoisse
Cela alimente l’ulcère des sens
Je sue bout à bout dans mon mal sensitif
Les nuits ne me réparent pas
Le quotidien m’éprouve plus que la vie
Sortir en somme du repos est un piège
L’anxiété organique — de crampes en vertiges —
La tachycardie de routine
Et je vomis mes spasmes liant mes nœuds au bide
Je crève dans ce monde leitmotiv d’intranquillité

Comme si ma vie se jouait en carton, sous l’irresponsable absence d’enjeux qui pour moi n’étaient pas l’existence comme pour les autres, avec des vies encadrées et prises en compte dans une globalité d’actes au maintien sensé.
Pour ces raisons, parmi mes comportements, il y a ceux-là étranges et infertiles consistant à singer vos instants repus, comme si je m’alimentais de normalité, pour ensuite dégénérer, comme si je faisais la nique, quartier par quartier, au Monde.

Si je perds mon poste en clôture de cette histoire, ou si je décide simplement de partir, j’aurai finalement poursuivi mes convictions profondes, sans tenir compte de ce qu’on m’impose de penser et de faire, en considérant à ma place ce qui est bon pour moi. Lourdement balisée par des conseils d’exigence en provenance de l’entourage de proches et d’organismes, nul ne rate l’occasion de me faire culpabiliser à propos de tout ce que je ne fais pas, ou que je fais de travers.

En forme d’existence qui s’inachève dans l’assaut
Puisqu’en striant des profondeurs
Qui veille la mort joufflée de craintes
Prétend à tout malmener
Dans l’urgence d’état maladive
La vérité, c’est que c’est court
Et que je sais ce que j’ai à faire
Et que je sais ce qui me tue plus vif dans le fait ne pas le faire

Mes pratiques artistiques migrent en lien au contexte socioprofessionnel qui est le mien. Par exemple, si je suis salariée d’une institution, ma pratique du dessin de bande dessinée redouble, car elle constitue pour moi la transposition la plus immédiate et instinctive face à un contexte éreintant d’incompréhension et d’inadaptation aux codes sociaux dans le milieu dans lequel je suis embauchée.
Si je vis une expérience sociale augmentée, c’est à dire que je côtoie plus que de naturel des individus (ami.e.s ou partenaires potentiel.l.e.s, groupes d’engagement, ou même relation affective et amoureuse), ma pratique de l’écriture s’accélère, voire décolle comme une bombe.
Si jamais je mène une vie paisible, une période de grand calme, alors, enfin, je reviendrai à la peinture.

Voyage à goinfre (extrait, 2022)

Notes

[1Image de couverture : La chambre d’Antoine, 2015
Texte de SNG (Natacha Guiller) écrit et lu à l’occasion de la Soirée « Santé mentale et garantie des moyens matériels d’existence », à laquelle était conviée l’association CLE Autistes (membre du pôle communication de l’association), organisée par Angel Ika Gross, Télémaque Masson-Renaudin et Giovanni Materaqui, et qui s’est tenue jeudi 10 octobre 2024 à la Maison Ouverte de Montreuil, lors de la Journée mondiale pour la santé mentale pour le lancement de la Semaine Internationale des études sur le revenu de base inconditionnel, avec le soutien du Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB) et du groupe local ATD Quart Monde de Montreuil.

[2Ma thérapie avec Chat GPT (2023-2024) : https://essen-g.blogspot.com/p/ma-therapie-avec-chat-gpt.html

[3Expression de Neobled pour parler du pyjama.

[4La Maison de Jean-Pierre Raynaud (1969-1993) https://ap.chroniques.it/la-maison-de-j-p-raynaud/

[6Mocassin, je me prépare, Nouvelles éditions Place, 2020 : https://natachaguiller.blogspot.com/p/mocassin-je-me-prepare-de-sng-natacha.html

[7« Le jour où Bascoulard a refusé de sortir de prison, parce qu’il n’avait pas terminé son dessin » : https://www.leberry.fr/bourges-18000/loisirs/le-jour-ou-bascoulard-a-refuse-de-sortir-de-prison-parce-qu-il-n-avait- pas-termine-son-dessin_12696677/

Voir en ligne : SNG (Natacha Guiller)


SNG (Natacha Guiller) est artiste, poète, performeuse, paire-aidante.
L’expression artistique pluri-indisciplinaire constitue son outil principal, l’instrument de libération de l’imaginaire qui jalonne son parcours personnel — de la survie vers le rétablissement — jusqu’à l’entrée en résistance et l’engagement militant.