lundi 31 mars 2025

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Pratique·s de la Lenteur

sept propositions artistiques à contre-courant

, Martial Verdier et Olga Caldas

Une exposition à l’IMMIXgalerie à Paris explore la manière dont sept artistes, en conjuguant la photographie à d’autres médiums, intègrent la lenteur et la patience à leur processus créatif. Que ce soit par le choix du procédé ou du dispositif, induisant un arrêt sur image tant de la part de l’artiste que du regardeur.

Une proposition d’Olga CALDAS
La photographie, domaine privilégié de l’IMMIXgalerie à Paris, est souvent perçue comme une image de fabrication rapide, pléthorique et envahissante. Peinture, sculpture, collages, photos, vidéos : les œuvres présentées en ce moment dans l’espace d’exposition s’inscrivent dans une réflexion sur le temps long, la physicalité et la lenteur, mettant en valeur la volonté des artistes d’opposer la patience au flux visuel qui nous submerge. Le temps devient ainsi un élément fondamental de leur démarche.
 
Laure PINARD
« J’ai commencé la peinture avec des portraits de mes frères qui depuis sont toujours revenus, de manière obsessionnelle. Je les représente surtout à l’adolescence, jeunes garçons à la croisée des chemins. Évoquant à ce moment figé de leurs vies, le deuil de quitter l’enfance.

La pyrogravure est pour moi la brûlure du soleil sur les souvenirs. Le fer à souder brûle le bois comme la lumière brûle l’image, la sature, la cache, créant alors une vision de l’inconscient ; des points aveugles.

Le tableau, Matthieu, a connu plusieurs étapes, il a évolué sur plusieurs années. J’ai commencé cette pyrogravure en posant mon dessin au fer à souder sur une surface de bois très claire. La teinture du bois est venue avec l’exposition à la lumière du soleil me permettant de reprendre le travail sur cette image afin de faire réapparaître ce que le soleil avait foncé ou effacé, en choisissant de laisser sur certaines zones l’empreinte du soleil et donc du temps. »

@laure_pinard

Laure Pinard, « Matthieu »
Pyrogravure sur bois, 2021, 309,5 x 120 cm


 
Olivier TERRAL
Artiste de l’émotion et de la mémoire, Olivier Terral explore les frontières de l’art relationnel et de la peinture au doigt. Dyslexique et dysorthographique, il a trouvé dans l’art un moyen puissant d’expression et de communication.

Depuis 2010, il travaille sur le projet « Empreintes de vie », une série d’œuvres collaboratives créées avec des patients en fin de vie, leurs familles et le personnel soignant dans divers hôpitaux. Ce projet est une réflexion profonde sur la vie, la mort et la mémoire, où chaque empreinte digitale devient un symbole de présence et d’amour.

www.olivierterral.com @olivier_terral

Olivier Terral, Empreintes de vie


 
Mauricio TOLOSA
Une photographie qui crée des liens

Né en Patagonie chilienne, Mauricio Tolosa s’inspire des cosmovisions des peuples autochtones des Amériques. Il a consacré les dix dernières années à diverses pratiques de co-création avec les plantes, visant à renouer les liens entre les humains et le Royaume Plantae.

Mauricio Tolosa a évolué de la photographie de reportage et d’illustration vers une approche plus contemplative et expressive. Il cherche à développer un regard qui restaure les liens et rétablit les relations avec le Vivant. Ses photographies invitent les spectateurs à entrer en contact avec l’anima des êtres non-humains, plutôt que de simplement les observer. Inspiré par Matsuo Basho, le fondateur du haïku, qui suggérait de devenir le pin ou le bambou pour écrire/photographier.
Il propose une photographie qui invite à s’arrêter, à regarder, pour que l’imaginaire s’épanouisse et la beauté se manifeste dans la lenteur.

www.mauriciotolosa.com @mau.tolosa

Mauricio Tolosa


 
Martial VERDIER
« Longwy était », entre esthétique documentaire et foto povera, une photographie calotype.

Dans une société de plus en plus gorgée d’adrénaline et de cocaïne, la lenteur devient un paradoxe, une anormalité, un acte militant et créatif.
Ce qui l’intéresse avant tout, c’est de travailler la matière brute de l’image en n’hésitant pas à convoquer différentes techniques de prise de vue : « Techniques historiques, calotype, sténopé, photographie argentique, pellicules périmées, pseudo-autochromes, procédés amateurs, alternatifs, parallèles et décalés, images enchâssées ou contemporaines pour sentir la matière de l’image. »

www.verdier-fr.com @martial_verdier

Martial Verdier, « Longwy, Le train à tube »
Calotype, 30 x 37 cm


 
Joseph ROZÉ
Si nos souvenirs évoluent avec le temps et finissent par perdre leur ancrage, ici, c’est à celui qui regarde de trouver son angle, son point de fixation dans l’espace.
En détachant le corps et l’âme, l’image et son cadre, l’artiste fait renaitre cinq souvenirs après avoir perdu la vue.

Le dispositif contraint le spectateur à s’arrêter, s’ajuster, à s’adapter pour voir les images à travers les ouvertures métalliques qui redéfinissent le cadre sur les images. « Si nos souvenirs évoluent avec le temps et finissent par perdre leur ancrage, ici, c’est à celui qui regarde de trouver son angle, son point de fixation dans l’espace. »

Joseph Rozé, « Cinq souvenirs »
série « Vision Aveugle »


 
Dayane OBADIA
L’artiste conçoit ses peintures presque comme des collages. « Tous ces différents corpus que j’invoque viennent renforcer une composition se voulant chimérique », indique-t-il, « Cette violence silencieuse du mode de vie que j’essaie de conter passe sous le prisme des couleurs fauves écrasantes d’un ciel aux gris étouffants d’un parking d’hypermarché. Les mouvements exprimés par ses coups de pinceaux viendront au choix assourdir des surfaces ou bien intensifier des mouvements. »

@dayaneobadia

Dayane Obadia, « L’Antéchrist »
Huile sur toile, 2023, 54 x 47 cm


 
Nazanin PIRMOHAMMADI
« Un simple tissu noir suspendu capte immédiatement mon attention. »

Le travail de Nazanin Pirmohammadi explore des problématiques sociales et politiques, en particulier celles liées à la condition féminine en Iran. À travers son approche, elle met en lumière la tension entre invisibilité et résistance, tout en interrogeant le désir d’être vue. Au-delà de ces thématiques, sa démarche artistique explore également la relation entre l’objet et l’espace, ainsi que le contraste entre lenteur et vitesse, des éléments qui structurent son univers visuel.

@nazanin.pirmohammadi

Nazanin Pirmohammadi, « Ne regarde pas, vois ! »
Vidéo, 2024

Du 28 mars au 10 mai 2025 à la IMMIXgalerie,
Espace Jemmapes, 116, quai de Jemmapes, Paris 10ᵉ.
Performance rencontre le jeudi 10 avril à 19 h 00.
@immixgalerie