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La transcen-dance visible du sens
pour Julia Rhizoma
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L’œuvre écrite de Julia Rhizoma est un événement de « transcendance visible », du signe, du mot, du nombre, de la matière.
Le cours de l’œuvre ouvre ses chemins ininterrompus en courbant et en stratifiant l’espace dans la répétition de son signe rhizomatique, figurant une idée — dont l’étymologie grecque « idein » signifie « voir » — de l’indéfini. Le sens du mot se dissout dans la trame des signes qui, en se concentrant, en s’étendant, en évoluant, en se transformant, transcende la textualité historico-culturelle réécrite et sursignée dans des palimpsestes orbitaux de mots et de contre-mots.
Des flux scripturaux dans des cartes sans début ni fin qui traversent l’espace en se dessinant en réseaux circulaires et en horizontalité ou verticalité de condensations du verbum et du signum, en vagues de graphèmes en variations expansives ou en se croisant avec des matières de la géologie terrestre – pierres, feuilles, branches, fleurs, os marins – installées dans des « morphurgies », des environnements totémiques. Les tableaux d’une cartographie inscrite dans la mémoire archaïque de la trace originelle, également dans les chiffres pulsants d’une numérologie panchromatique, deviennent un texte imaginal et s’accordent dans leurs battements signifiants comme un chant de l’indicible qui, se révélant dans le non-sens, s’élève dans la spatialité du vide. Ainsi, l’œuvre devient une voix silencieuse qui se propage comme l’écho d’autres voix, comme une résonance rythmique de l’œuvre dans la transparence de l’immémorial.
Dans les archétypes de la géométrie symbolique, le signe est plongé dans des cercles chromatiques concentriques et centripètes et des spirales centrifuges, qui s’ouvrent dans l’espace comme pour chercher, ou peut-être pour se réaliser, dans d’autres trajectoires du possible, vers une suspension du temps, dans une évocation cosmique du geste qui dessine.
L’histoire des signe de Julia « in-figure » donc le geste qui la matérialise : dans le dessin comme dans un pliage corporel dans le « non-mot » d’une prière secrète qui s’étend dans l’inconditionnel temporel. S’étendant circulairement, son corps, agenouillé ou allongé dans le vaste espace de la page, se recueille dans la main qui, dans le déploiement de l’actus incident du stylet, en rappelle infiniment l’origine performative de l’écriture. Tout comme dans les emboîtements et les dépôts performatifs du corps nu dans les failles rocheuses de la terre, résonne l’événement d’un « motus naturalis », un devenir physis du geste qui devient (grapheme et/ou corps inscrit dans la matière originelle). Dans les tracés en italique d’une courbe archéo-graphique et corporelle, l’attitude performative de l’artiste évoque la mémoire immémoriale d’un pré-langage : la gestuelle marquante du son-voix qui rêve les choses sans encore, ou jamais, les nommer.
Dans les installations, qui semblent déclinées sous forme de rituels, on voit justement cette analogie entre l’écriture a-sémantique et les matières de la terre – pierres, feuilles, fleurs, plumes – composées comme un « alphabet » de l’innommable, où l’écriture et la matière se croisent dans un hymne au « dieu inconnu », ou peut-être au dieu absent. Dans la chambre matérielle et graphique, l’espace des formes viole l’ordre perceptif environnemental, lance de nouvelles trajectoires du regard, suspend les signes dans des perspectives extrêmes, dans des possibilités impossibles, dans des ascensions et des chutes de logos et de symbolons fugaces.
L’espace de l’art dans la pensée créatrice de Julia Rhizoma apparaît comme un événement de dé-création, un passage préhistorique qui traverse le langage à son point « catastrophique », là où il est possible d’écouter le sous-sol du monde, là où le geste transcende les choses du faire « productif » et tisse son « inutilité » comme souffle cosmique de la terre et de ses créatures.
Et c’est dans les pages du livre que le « récit » symbolique prend toute sa dimension visuelle. L’artiste écrit une histoire sans sens, sans début ni fin, avec des noyaux pré-alphabétiques qui semblent être les vestiges de cosmogonies ou les cartographies d’un naufrage du langage. S’agit-il de rapports d’un adieu suspendu au Sens : apocalypse de l’écriture qui reflète sa chute ? La question reste ouverte, aussi inactuelle que contemporaine, sur le seuil tragique du temps de l’art comme temps du non-sens.
En retirant la sémantique à l’écriture, dans les rouleaux, reflets de cartouches et papyrus archaïques, l’inscription ininterrompue, dans son développement linéaire virtuellement infini, raconte le silence du monde historique.
Les profondeurs inexplicables de la mémoire ont le non-verbe de dialogues impossibles, des cercles de logo-signes (épines dissoutes d’une couronne auratique de sacrifice du Verbum ?) qui se répètent dans le rythme de leur espacement, contre-conditions verbales, comme des codes secrets qui fracturent l’évidence du texte historico-chronologique.
La spatialité géométrique est dépouillée de son dessin logique et opérationnel, devenant la trace d’un écho, le spectre d’une dérive du symbolique, où chaque spatialité apparaît dans une stratification ambiguë, où profondeur et surface sont des dimensions controversables. C’est le vide généré par la trace en mouvement qui serpente dans la gravure du pré-texte des traits culturels, comme pour en libérer l’ineffabilité.
Il ne s’agit pas d’effacements, ni d’obscurcissements de l’œuvre de la connaissance, de philosophies reflétées et ré-signées dans les volutes spiralées des orbites spatiales ou des coordonnées cosmographiques, mais de la transparence de l’oubli mémorable qui résonne dans le « mot sensé » qui le fait se réfracter sismographiquement dans les vagues et les glissements dans le contre-sens de la scriptura. La science du Logos – Platon, Kant, Hölderlin, Fichte, Léonard – est transcrite et « bordée » par une calligraphie des énigmes et du mystère du signe s-défini, vide de sens mais avec la tonalité désirante du sentiment de l’inconnaissable qui habite les régions du sens. Ainsi, dans l’œuvre de Julia Rhizoma – dans l’œuvre des constellations et des densifications de géométries hétérodoxes et de corps signifiants libérés dans un temps espacé – il y a une transposition du mot qui ouvre à des dimensions réticulaires du « sentir en voyant », dans des flux et des expansions qui déposent dans le vide un hymne originel à l’invisible.
Ce sont les réflexions originelles d’une « pensée visible » qui vit dans les reflets obliques de l’impersonnel. C’est une écriture visuelle qui, immergée/émergée dans la liquidité de la matière-encre, gravée dans la ramification ou la succession des lignes topographiques, des flux qui courbent l’espace et forment des visions labyrinthiques de l’écriture, même lorsqu’elles semblent se composer en une textualité ordonnée. Une interférence entre textures et diagrammes géométriques dans les plis desquels s’insinuent des arabesques extatiques, des codes d’énigmes orientales, des anagrammes errants de la mémoire. Une pulsion mémorielle qui n’a ni choses ni lieu, mais « seulement » le geste qui la met initialement en mouvement. Un geste qui est racine proliférante – on l’appel, Rhizoma (rhizome) ! – des expansions intemporelles de l’écriture désirante qui révolutionne l’Histoire dans la controverse de son silence...
Parabita, janvier 2026









