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L’utopie des courtines
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La courtine, c’est une muraille reliant les tours d’un château ou bien le rideau servant à dissimuler et à décorer un lit.
La Courtine est également une commune en France, dans la Creuse. Lieu historique lié au passé militaire national, notamment en 1917. Des soldats russes, suspects aux yeux des autorités françaises apeurées par un possible phénomène de contagion, sont retirés du front et placés dans le camp de La Courtine à partir de juin 1917, en attendant leur retour au pays. Les soldats russes se divisent entre partisans de la poursuite des combats aux côtés de l’armée française et révoltés. De véritables combats eurent lieu du 16 au 19 septembre 1917. Cinq mille soldats de l’armée française et des unités restées fidèles au commandement russe imposent la reddition des cinq mille mutins après trois jours de bombardements du camp.
Un lien étrange me lie à ce mot.
Enfant, je dessinais des châteaux-forts, j’en étais fou. J’imaginais les tournois, la vie autour du site, les histoires de chevaliers.
Bien plus tard, lorsque j’étais appelé réfractaire au service militaire, je fus envoyé au camp semi-disciplinaire de La Courtine pour y subir les foudres de quelques nervis liés à l’autorité.
Je m’en suis tiré grâce à mon imaginaire, comme par hasard.
Si j’ai vite tiré un trait sur cette « épreuve militaire », je garde une bienveillance attendrie pour mes souvenirs d’enfance imprégnés d’esprit chevaleresque.
Aujourd’hui, avec le temps, ce sont les tissus liés au lit à baldaquin qui retiennent ma curiosité.
Ces courtines qui voilent l’image réelle lorsque nous sommes alités. Ces courtines, dernières murailles entre la réalité du monde et la viralité du rêve, ne pouvaient qu’attirer mon attention.
Le cas de L’inconnu, film de Tod Browning, reste le plus clair pour illustrer mes propos. Toutes les scènes rêvées dans ce film sont tournées avec une gaze fixée sur l’objectif.
Déjà passionné par la chambre, l’endroit où l’on rêve et où, accessoirement, nous photographions ; l’artifice du voile, du filtre, est essentiel pour signifier le songe.
Je leur devais bien une série.




