jeudi 1er octobre 2026

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Huitième Voyage

du 02 au 20 novembre 2005

, Alain Keler

En 2003 j’ai obtenu une bourse par l’organisation 3P pour travailler sur la complexité du problème israélo-palestinien. J’avais souvent été en Israël et dans les Territoires palestiniens, d’abord il y a très longtemps à titre personnel, puis professionnellement, pour les agences Sygma, puis Gamma et le magazine Géo. Voici des extraits du journal que je tenais presque quotidiennement, j’écrivais tous les soirs en rentrant à mon hôtel, sans voir les images, le travail étant fait en argentique.


 
Vendredi 4 novembre 2005

Aujourd’hui, c’est le dixième anniversaire de la mort de Itzhak Rabin. Le soleil n’est pas au rendez-vous. La météo annonce de la pluie pour cet après-midi.
Je vais à Tel-Aviv.
Devant le monument qui lui a été dédié, en bas de l’escalier qu’emprunta Ytzhak Rabin après son discours, un homme joue de l’accordéon, accompagné par quelques personnes qui chantent son morceau préféré, « Shir Ha-reut », la chanson de l’amitié. Une jeune femme, appuyée sur son vélo se recueille (it’s my grief), perdue dans ses pensées en écoutant la musique qui s’échappe de l’endroit où le premier ministre israélien fut assassiné. Trois drapeaux israéliens dressés devant le monument sont en berne. Il n’y a pas beaucoup de monde. Je crois que la célébration officielle aura lieu le 12 novembre, avec la participation de Bill Clinton.
Un peu plus loin, on peut lire le texte du dernier discours :

« Allow me to say, I am also moved, I want to thank each and everyone of you who stood up here against violence and for peace. This government which I have the privilege to lead together with my friend Shimon Peres decided to give peace a chance, a peace that will solve most of the problems of the state of Israel.
I was a military man for 27 years, I fought as long as they were no prospects for peace. Today I believe that there are prospects for peace, great prospects. We must take advantage of it for the sake of those standing here, and for the sake of those who do not stand here. And there are many among our people. I have always believed that the majority of the people want peace and are prepared to take risks for it.

And you here, by showing up at the rally, prove it, along with the many who didn’t make it here, that the people truly want peace and oppose violence. Violence is undermining the very foundations of Israeli democracy. It must be condemned, denounced, and isolated. This is not the way of the state of Israel.

Controversies may arise in a democracy, but the decision must be reached throught democratic elections, just as it happened in 1992, when we were given the mandate to do what we are doing, and to continue to do it.

I want to thank from here the president of Egypt, the king of Jordan and the king of Marocco, whose representatives are present here, conveying their partnership with us on the march toward peace. But above all- the people of Israël- who have proven, in the 3 years this government has been in office, that peace is attainable, a peace that will provide an opportunity for a progressive society and economy. Peace exists first and foremost in our prayers. Peace is what the jewish people aspire to, a true aspiration.

Peace entails difficulties, even pain. Israël knows no path devoid of pain. But the path of peace is preferable to the path of war. I say this to you as one who was a military man and minister of defense, and who saw the pain of the families of IDF soldiers. It is for their sake and for the sake of our children and grandchildren that I want my government to exert every effort, exhaust every opportunity to promote and to reach a comprehensive peace.

This rallt must send a message to the israeli public, to the jewish community throughout the world, to many in the arab world and in the entire world, that the people of Israël want peace, support peace, and for that, I thank you very much. » *

A 17 h 30, il n’y a plus personne. Dans le bassin qui jouxte la municipalité, à une trentaine de mètres de l’endroit où Rabin a été tué, deux jeunes filles hilares retirent de l’eau un parapluie rouge complètement pourri.

* Discours de Itzhak Rabin en français
Tel-Aviv, 4 novembre 1995
« Permettez-moi de dire que je suis profondément ému. Je souhaite remercier chacun d’entre vous, qui êtes venus ce soir manifester contre la violence et pour la paix. Ce gouvernement, dont j’ai le privilège d’être à la tête, avec mon ami Shimon Peres, a décidé de donner une chance à la paix - une paix qui résoudra la plupart des problèmes d’Israël.
Pendant 27 ans, j’ai été un soldat. Tant qu’il n’y avait aucune chance pour la paix, j’ai combattu. Je crois qu’aujourd’hui, il existe une chance pour la paix, une grande chance. Nous devons en profiter, pour tous ceux qui sont présents ici, et pour tous ceux qui sont absents, et ils sont nombreux.
J’ai toujours pensé qu’une majorité du peuple aspirait à la paix et était prête à prendre des risques pour elle. En venant ici ce soir, vous démontrez, ensemble avec de nombreux autres qui ne sont pas venus, que le peuple désire sincèrement la paix et s’oppose à la violence. La violence s’attaque à la base de la démocratie israélienne. Elle doit être condamnée et isolée. Ce n’est pas la voie de l’État d’Israël. Dans une démocratie, il peut y avoir des désaccords, mais la décision finale sera tranchée par des élections démocratiques, comme celles de 1992 qui nous ont donné un mandat pour faire ce que nous faisons, et pour continuer dans cette direction.
Je voudrais dire que je suis fier du fait que des représentants des pays avec lesquels nous vivons en paix soient présents avec nous ce soir, et continueront à l’être : l’Égypte, la Jordanie et le Maroc, qui nous ont ouvert la route vers la paix. Je voudrais remercier M. le président de l’Égypte, le roi de Jordanie, et le roi du Maroc, représentés ici ce soir, pour avoir été des partenaires dans notre route vers la paix. Mais, plus que tout autre chose, depuis un peu plus de trois ans que ce gouvernement est en place, le peuple israélien a prouvé qu’il est possible de faire la paix, que la paix ouvre la porte à une économie et à une société meilleures, que la paix n’est pas seulement une prière. La paix est d’abord dans nos prières, mais elle constitue aussi l’aspiration du peuple juif, une aspiration sincère à la paix.
La paix a des ennemis qui tentent de nous atteindre, pour torpiller le processus de paix. Je voudrais dire sans détour que nous avons trouvé chez les Palestiniens aussi un partenaire pour la paix : l’OLP, qui était notre ennemi, et qui a cessé de s’impliquer dans le terrorisme. Sans partenaires pour la paix, il ne peut y avoir de paix. Nous exigerons qu’ils accomplissent leur part du travail, comme nous accomplirons la nôtre, pour la paix, afin de résoudre l’aspect du conflit israélo-arabe le plus complexe, le plus long, et le plus chargé en émotions : le conflit israélo-palestinien.
Il s’agit d’un parcours semé de difficultés et de douleur. Pour Israël, il n’est pas de chemin qui soit sans douleur. Mais la voie de la paix est préférable à celle de la guerre. Je vous dis cela en tant qu’ancien soldat, en tant que ministre de la Défense qui connaît la douleur des familles des soldats. Pour elles, pour nos enfants, et dans mon cas, pour mes petits-enfants, je veux que ce gouvernement exploite chaque ouverture, chaque occasion de promouvoir et de parvenir à une paix totale. Même avec la Syrie, la paix sera possible.
Cette manifestation doit envoyer un message au peuple israélien, au peuple juif partout dans le monde, au monde arabe et en fait au monde entier : le peuple israélien veut la paix, il soutient la paix. Pour tout cela, je vous remercie. »

Toutes les photographies de l’article © Alain Keler / MYOP

MYOP
Alain Keler : Rétrospective
Arles Les Rencontres de la Photographie 2026
Les Douches Municipales
Jusqu’au 04 octobre 2026
9 h 30 - 19 h 00

Publication : Alain Keler, Éditions Delpire, 2026.