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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Fragments, monuments, d&#233;faites</title>
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		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>histoire de l'art</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t, l'Occident a &#233;prouv&#233; une absolue fascination pour le fragment, &#233;clat de ruine, mais la fragmentation est aussi l'un des effets majeurs de la d&#233;vastation capitaliste.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH114/ds1-dc329.jpg?1793376566' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='114' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t, l'Occident a &#233;prouv&#233; une absolue fascination pour le fragment, &#233;clat de ruine, mais la fragmentation est aussi l'un des effets majeurs de la d&#233;vastation capitaliste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le fragment artistique a son ic&#244;ne : le Torse d'Apollonios dit le Torse du Belv&#233;d&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apollonios d'Ath&#232;nes est un sculpteur du Ier si&#232;cle avant notre &#232;re et le &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une boule de muscles, le dos surtout, pas de jambes, ni de bras, des couilles et pas de t&#234;te, tout Sapiens en fait, l'homme moderne comme ils disent. Une image de marbre, H&#233;racl&#232;s, assis sur la fourrure du lion de N&#233;m&#233;e, ou Philoct&#232;te sur un rocher &#224; Lemnos, la figure majeure de l'Homme, Philoct&#232;te, et de son destin tragique, ou bien encore Ajax, son orgueil et sa folie, et qui a travers&#233; l'histoire de l'Art, Michel-Ange, il en a bourr&#233; la Sixtine et le tombeau des M&#233;dicis, Goya, il l'a inscrit dans ses D&#233;sastres, Rodin, lui, il a pill&#233; tout le monde donc Apollonios, Mapplethorpe, il en est tomb&#233; raide amoureux, et combien d'autres, de toutes les &#233;poques et de tous les horizons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;al de beaut&#233; pour les hommes, quel que soit leur genre, c'est le Torse du Belv&#233;d&#232;re. C'est pratiquement avec le Torse du Belv&#233;d&#232;re, donc avec le fragment, que Johann Winckelmann fait d&#233;marrer l'histoire de l'Art, le moment o&#249;, selon lui, l'artiste prend le relais du po&#232;te... selon lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Johann Wincklemann (1717-1768) est consid&#233;r&#233; comme &#233;tant le premier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le torse du Belv&#233;d&#232;re est un fragment monumentalis&#233;. &#171; Une esth&#233;tique du fragment &#187; alors ? Pas seulement, la ruine du Travail aussi. Selon Jeff Wall, et bien d'autres, le Capitalisme avec sa r&#233;volution industrielle et tout ce que cette derni&#232;re a induit, machinisme, parcellisation des t&#226;ches, division internationale du travail, a fragment&#233; le corps du travailleur pour ne retenir de lui que ce qui pouvait activement participer &#224; la cr&#233;ation de la plus-value. En gros, ce que le Capitalisme a fait subir au Travail et &#224; l'ouvrier, la Photographie, enfant d'une technologie d&#233;brid&#233;e, un peu simpliste parfois, l'a fait supporter &#224; la peinture, celle de l'Acad&#233;mie, en rendant obsol&#232;te, d&#233;suet, le geste amoureux du peintre et en d&#233;sid&#233;alisant les corps. Avec la photographie, il ne reste plus aucune place pour Pygmalion et sa Galat&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeff Wall a abord&#233; l'affaire du Torse du Belv&#233;d&#232;re sur le mode ironique avec une photo de taille modeste en noir et blanc. &#171; Torso &#187; donne &#224; voir un tr&#232;s jeune gar&#231;on en sous-v&#234;tements blancs et un peu t&#226;ch&#233;s, son beau-fils. On ne voit ni ses bras qu'il tient lev&#233;, ni ses jambes, mais son torse avec un bout de menton et une bouche que l'on devine rieuse. La s&#233;rie &#171; Torso &#187; de James Welling se compose de grands photogrammes bleus qui flottent myst&#233;rieusement et se d&#233;tachent sur un fond sombre avec la l&#233;g&#232;ret&#233; diaphane de voiles vaporeux, dessinant les contours de corps troubl&#233;s et troublants, mais invoquant aussi les drap&#233;s de la statuaire antique ou ceux de la peinture du Ma&#238;tre de Flemalle, Robert Campin. James Welling est le photographe des spectres et de leurs auras.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27902 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH208/ds2-1a48b.jpg?1792589959' width='500' height='208' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La fragmentation, et plus particuli&#232;rement celle du corps humain, est au c&#339;ur de certaines &#339;uvres marquantes pouvant se rattacher au mode &#171; Grotesque &#187;, telle celle de John Coplans. Ses &#171; Body Parts &#187; rel&#232;vent &#224; la fois de l'autoportrait, un tantinet masochiste, et de l'auto-cannibalisme, avec une r&#233;f&#233;rence constante aux poup&#233;es d&#233;sarticul&#233;es et d&#233;membr&#233;es de Hans Bellmer, l'une des grandes figures du Grotesque contemporain. Critique d'art et directeur d'institutions, John Coplans a consacr&#233; une partie de sa vie a photographi&#233; des fragments de son corps nu et vieillissant, flasque, enfl&#233; ou d&#233;charn&#233;, sans complaisance aucune, ses bras, ses jambes, son ventre, ses mains, adoptant des poses parfois ridicules, grotesques, le plus souvent extr&#234;mement po&#233;tiques, renvoyant &#224; l'histoire de la sculpture et aux origines du Grotesque lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la d&#233;finition du &#171; Grotesque &#187; dans mon texte &#171; Jeff Wall face &#224; l'Art (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#201;videmment, ce th&#232;me de la fragmentation, d'&#233;clats de pierre ou de chair, objets de convoitise pour beaucoup, renvoie au d&#233;sir de morcellement et d'incorporation, en un mot &#224; l'anthropophagie, en tant que fixation au stade oral, ainsi qu'&#224; la s&#233;duction, l'&#338;dipe, et &#224; sa sanction, la castration, deux des fantasmes primitifs qui structurent la vie psychique, avec la repr&#233;sentation de la sc&#232;ne dite primitive, copulation de maman et de papa, l'ensemble &#233;tant &#224; la base de la sexualit&#233; la plus commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, ruine de l'architecture corporelle et d&#233;faite de l'Homme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#232;re postindustrielle, les panneaux publicitaires et la t&#233;l&#233;vision, &#171; un meuble qui&#8230; reminiaturise le corps humain &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tous les propos de Jeff Wall sont tir&#233;s des &#171; Essais et Entretiens 1984-2001 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par rapport au cin&#233;ma, ne font qu'&#233;clairer un champ de ruines sur lequel souffle le mauvais vent de l'extorsion effr&#233;n&#233;e de la plus-value, ruines qui ont pour noms soci&#233;t&#233;, ville, famille, personne. Jeff Wall a dress&#233; un monument &#224; cette d&#233;faite de la civilisation, de l'humanit&#233; et du travail de l'Homme en s'inspirant d'une gravure d'Albrecht D&#252;rer, &#171; Le projet de monument aux paysans vaincus &#187;. Ce monument devait comm&#233;morer l'issue tragique et particuli&#232;rement sanglante des soul&#232;vements paysans qui ont &#233;branl&#233; le Saint-Empire Romain Germanique au d&#233;but du seizi&#232;me si&#232;cle. Un paysan pensif est assis en haut d'une colonne avec une &#233;p&#233;e plant&#233;e en plein milieu du dos. Le f&#251;t de la colonne est constitu&#233; d'outils agraires et de r&#233;cipients divers, et &#224; son pied repose un troupeau de bovins et d'ovins. D&#252;rer a ponctu&#233; son dessin d'indications de proportions pour la r&#233;alisation du monument. Rodin, ce vampire acad&#233;mique, a repris le paysan de D&#252;rer pour son Penseur, mais en le d&#233;shabillant et en le vidant de tout son sens politique, en lui retirant l'&#233;p&#233;e du dos. Pour &#171; The Thinker &#187;, un tr&#232;s grand caisson lumineux, Jeff Wall montre un homme pas tr&#232;s &#226;g&#233; assis m&#233;ditativement sur une colonne faite d'une souche d'arbre, une bordure de trottoir et un parpaing. L'homme est v&#234;tu d'un costume tout simple et porte de forts brodequins usag&#233;s et sans lacet. Il a les jambes crois&#233;es et soutient son menton de son poing ferm&#233;. Une ba&#239;onnette ancienne est plant&#233;e dans son dos. La colonne r&#233;duite et composite est install&#233;e sur l'asphalte au milieu d'une route. Au-dessus de l'homme, le ciel bleu est ray&#233; par trois gros c&#226;bles &#233;lectriques et sur la gauche un lampadaire qui sert aussi de panneau indicateur dessine une courbe gracieuse dans l'azur. En contrebas et en arri&#232;re-plan, il y a tout d'abord un gros b&#226;timent industriel et une voie ferr&#233;e avec des wagons-citernes qui passe devant, puis une autoroute et des lotissements, et enfin une tr&#232;s grande ville avec des hautes tours telles qu'on en trouve au nord de l'Am&#233;rique, Vancouver. Ce paysage est tach&#233; de nature, des bouquets d'arbres ici et l&#224;, et derri&#232;re l'homme on devine un lac ou un bras de fleuve. Le ciel urbain bien que bleu est brouill&#233; de pollution. L'homme assis, pas un paysan mais un ouvrier, ne m&#233;dite pas sur sa fragmentation mais sur l'&#233;chec de ses espoirs de d&#233;sali&#233;nation et aussi sur son probable d&#233;classement, sur son exclusion d'un monde qui n'est plus &#224; sa mesure. &#171; Le coup de poignard dans le dos, dit Jeff Wall, c'est la &#171; trahison &#8230;La pens&#233;e s&#233;rieuse &#233;merge de la trahison &#187;. &#171; The Thinker, poursuit-il, est un monument imaginaire au d&#233;senchantement &#187;. La for&#234;t est d&#233;truite pour faire place &#224; des villes tentaculaires et &#224; des usines g&#233;antes o&#249; presque personne travaille, d'o&#249; la souche d'arbre, la campagne est d&#233;truite pour construire des routes et des pavillons suburbains standardis&#233;s et contr&#244;l&#233;s, d'o&#249; la bordure de trottoir et le parpaing. Trahison, d&#233;senchantement, D&#201;FAITE !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27918 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH652/dcsh-1-61521.jpg?1792956055' width='500' height='652' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; son retour en Russie sovi&#233;tique, apr&#232;s un s&#233;jour au Bauhaus de Dessau o&#249; il avait r&#233;dig&#233; son testament, Kazimir Malevitch r&#233;alise des peintures qui sont &#224; concevoir comme une longue d&#233;ploration sur le corps du petit peuple des campagnes, un requiem avec th&#232;me supro-naturaliste. Le &#171; Supro-naturalisme &#187; est un terme qu'il avait forg&#233; pour d&#233;signer l'alliage qu'il venait de fabriquer &#224; partir du Supr&#233;matisme et du naturalisme &#224; la russe, le N&#233;o-primitivisme, qu'il avait amplement pratiqu&#233; &#224; ses d&#233;buts. Ici, les &#171; couleurs form&#233;es &#187; du Supr&#233;matisme sont toujours pr&#233;sentes mais plaqu&#233;es sur des silhouettes clairement identifiables par leur g&#233;om&#233;trie, jeunes filles, femmes, hommes, vieillards, bien que sans traits faciaux franchement marqu&#233;s. Pour faire court, Malevitch revenait &#224; la figuration au d&#233;marrage d'une &#233;poque particuli&#232;rement brutale, celle de la &#171; d&#233;koulakisation &#187;, pr&#233;ludant &#224; l'ouragan liquidateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des motifs anciens sont repris de paysans, membres tubulaires et blouses aux reflets m&#233;talliques, se rendant aux champs ou travaillant dans les champs, femmes et hommes machines, puis les traits faciaux s'effacent totalement et les bras pendouillent le long de troncs raidis, les outils sont abandonn&#233;s, les corps anonymes s'alignent bien droits comme devant un mur, ou une fosse, et les torses supr&#233;matistes s'offrent telles des cibles foraines. Il y a beaucoup de personnages isol&#233;s et comme dans l'attente d'on craint de savoir quoi. &#171; Sensation d'un homme emprisonn&#233; &#187;, &#171; Pressentiment complexe &#187;, titres tragiques !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27904 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L278xH356/ds5-1b704.jpg?1792589960' width='278' height='356' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a cet homme qui se met &#224; courir, &#233;perdument, sur des bandes de couleurs, blanc, jaune, blanc, vert, noir, rouge, m&#233;lange de vert, de jaune et de bleu. Derri&#232;re lui, deux maisons sans fen&#234;tres ni porte, une blanche et une rouge, avec des bouts de barri&#232;re, et entre les deux maisons une &#233;p&#233;e d&#233;goulinante de sang comme suspendue sur un fond de ciel de pluie parcouru de nuages aux contours blancs. Et il court, il court cheveux blancs et barbe au vent le vieil homme noir v&#234;tu de vert et de blanc, mais les couleurs ne signifient plus grand chose dans l'univers chromatique de Malevitch, il court au point de d&#233;passer une grande croix rouge, tout coinc&#233; qu'il est entre le nouvel ordre socio-criminel et les croyances absurdes, car la croix, sanguinolente elle aussi, plant&#233;e sur son chemin, n'est certainement pas une croix supr&#233;matiste ni celle d'une religion d'amour, l'arbre de vie, il court le vieux pour &#233;chapper &#224; tout ce d&#233;sordre spirituel sous une pluie battante et par un sale temps de cruaut&#233;, un de plus, &#171; Sensation de danger &#187;. C'est un peu comme si le paysan vaincu et pensif d'Albrecht D&#252;rer, &#233;tait enfin descendu de sa colonne agraire et avait rejet&#233; loin derri&#232;re lui la lame qui lui transper&#231;ait le dos pour fuir absolument son &#233;poque et le monde abominable des Hommes de tous les pr&#233;sents.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27907 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L312xH390/ds6-50893.jpg?1792589960' width='312' height='390' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;faite ! Sur un trottoir de Vancouver il y a un homme jeune qui d&#233;ambule. Il s'arr&#234;te parfois de marcher, s'adossant &#224; un mur, ou &#224; un panneau publicitaire &#224; grosses lettres, tout en rigolant int&#233;rieurement, puis il repart le visage grave, plong&#233; dans ses pens&#233;es violentes. La col&#232;re est loin de s'&#234;tre dissip&#233;e, la provocation et sa riposte sont encore vives, du sang a coul&#233; de son nez, le col de son manteau et sa poitrine en sont &#233;clabouss&#233;s, ses mains sont &#233;gratign&#233;es. &#171; Man in Street &#187;, un double portrait tout en int&#233;riorit&#233; sauvage, apr&#232;s la bagarre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux hommes se battent sur un autre bout de trottoir par une nuit sale de Vancouver. Leurs corps sont enchev&#234;tr&#233;s, l'un dessus et l'autre dessous, tels les lutteurs d'Eadweard Muybridge qui ont tant inspir&#233; Francis Bacon, artistiquement et sexuellement. &#171; A Fight on the Sidewalk &#187;. Les murs sont sign&#233;s d'&#233;normes tags agressifs, sombres &#233;claboussures de la brutalit&#233; du trottoir ou projections de la volont&#233; rageuse des combattants, gestualit&#233; cruelle, Action painting de la rue carnassi&#232;re, Street Art de cannibales.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27906 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH193/ds7-0b2af.jpg?1792589960' width='500' height='193' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ici d'une image de totale tension, regard de l'homme qui assiste &#224; la lutte, un comparse, esprit du tag obscur, &#233;manation de la hargne batailleuse, tendu vers la masse &#171; cambouineuse &#187; des visages indiscernables, torsion jusqu'&#224; la rupture des corps enchev&#234;tr&#233;s, tach&#233;s du blanc des poings durcis, tension cr&#233;&#233;e par la confrontation des mat&#233;riaux grossiers de la rue, pavage de briques rouges ou dallage de granit, rideau de fer piqu&#233; de rouille, pierres mal d&#233;grossies des murs ou carreaux de pl&#226;tres souill&#233;s par les tags. Image de la lutte des classes aussi, le bourgeois aux souliers fins et au pantalon &#224; pli dessous, le sous-prol&#233;taire en jeans crasseux et &#224; longue tignasse dessus. Renversement de l'ordre existant &#171; d&#233;sastreux &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;faite ! &#171; Dead Troops Talk &#187;, la conversation des troupes mortes ! Une vision d'horreur apr&#232;s l'embuscade tendue &#224; une patrouille de l'Arm&#233;e rouge du c&#244;t&#233; de Moqor, en Afghanistan, durant l'hiver 1986. Faux reportage de guerre mais vraie peinture d'Histoire. Un montage digital &#233;norme dans un caisson lumineux gigantesque. Des morts partout sur la terre et la rocaille, des t&#244;les tordues, des trous d'obus. Les blessures sont effroyables, des moiti&#233;s de visage emport&#233;es, des &#233;visc&#233;rations, des membres carbonis&#233;s. Les soldats morts attendent que l'on vienne les ramasser et qu'on les conduise dans un au-del&#224; meilleur. Ils discutent entre eux, certains plaisantent et se font des blagues, d'autres encore traumatis&#233;s refusent d'ouvrir les yeux, ou tout simplement se reposent. Les Afghans, qui ont d&#233;j&#224; r&#233;cup&#233;r&#233; leurs armes, fouillent dans leurs sacs abandonn&#233;s &#224; la recherche d'une bonne affaire. Jeff Wall &#233;voque Le radeau de la m&#233;duse en parlant de ce tableau-photographique, mais ce pourrait &#234;tre, encore, une variation du D&#233;jeuner sur l'herbe, sans d&#233;jeuner et sans herbe. C'est la violence de l'Histoire, la violence qui frappe les soldats-esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27910 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L330xH372/ds8-e58da.jpg?1792590194' width='330' height='372' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;alisme magique autorise les morts &#224; s'absorber dans leurs pens&#233;es, &#224; m&#233;diter sur les raisons de leur d&#233;faite, car il y a toujours d&#233;faite, m&#234;me quand il y a victoire. Trop de d&#233;sillusions v&#233;cues, trop de souffrances endur&#233;es et trop de morts !&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ceci me renvoie bien des ann&#233;es en arri&#232;re. Je ne conserve du Nord Pakistan qu'un magma d'images et d'impressions, comme un fondu enchain&#233; totalement d&#233;sordonn&#233; et un faisceau d'id&#233;es encore confuses. Des villes gigantesques et &#233;nerv&#233;es, Peshawar &#224; l'ouest et Lahore &#224; l'est, une nature sauvage et somptueuse car hors dimensionnement. J'ai toujours dans les oreilles le rugissement de l'Indus qui se d&#233;chainait dans des ca&#241;ons larges et profonds et au fond des yeux des montagnes majestueuses dont le moindre des sommets culminait &#224; plus de 5000 m&#232;tres. Et puis les Hommes !... Vendeurs de dromadaires dans les foires aux bestiaux de villages improbables, petit peuple animiste noy&#233; dans un oc&#233;an d'Islam&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Kalash, qui ne sont plus que quelques milliers, vivent de l'agriculture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;et qui entretenait scrupuleusement les terrasses agricoles fa&#231;onn&#233;es dans des temps imm&#233;moriaux, paysans heureux qui exhibaient fi&#232;rement des pommes de terre &#233;normes n&#233;es de semences fournies par la FAO, Raja de Punial nostalgique de la Grande Bretagne, de chevaux anglo-arabes et de parties de polo, caravaniers conduisant quelques chameaux massifs et surcharg&#233;s sur des chemins menant en Chine, forgerons martelant les lames d'&#233;normes poignards qui seront ensuite fix&#233;es &#224; des chaines avec lesquelles les chiites se flagelleront pour comm&#233;morer le martyr d'Hussein... &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est l&#224; qu'un brouillard de m&#233;lancolie hors d'&#226;ge entach&#233; d'exotisme, me dira-t-on. &lt;br class='autobr' /&gt;
NON ! Ces images &#224; l'exotisme involontaire masquent une r&#233;alit&#233; impitoyable. Le Pakistan est un pays d&#233;testable marqu&#233; au fer rouge par une dictature double, &#224; la fois religieuse et militaire, ravag&#233; par la corruption, et &#224; la solde des &#201;tats-Unis. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette &#233;poque, un an apr&#232;s la pr&#233;tendue embuscade de Moqor, tel l'Indus du fond de ses ca&#241;ons, la guerre rugissait aux fronti&#232;res du Pakistan. &#192; l'ouest, &#224; seulement une pinc&#233;e de kilom&#232;tres de Peshawar, les troupes des seigneurs de la guerre afghans et les groupes islamistes dont les Talibans, desquels les &#201;tats-Unis finan&#231;aient les madrassas et l'armement, affrontaient les Sovi&#233;tiques. Un jour, on nous avait amen&#233;s jusqu'&#224; la passe de Khyber, &#171; trait d'union &#187; entre les deux pays et site o&#249; les Britanniques avaient essuy&#233; l'une des pires d&#233;faites de leur histoire. Khyber servait de base arri&#232;re aux combattants. Il y avait des gens partout et toute une effervescence autour des &#233;choppes qu'on avait install&#233;es l&#224; dont pas mal d'ateliers qui fabriquaient ou r&#233;paraient des armes. Autant dire qu'on ne s'est pas trop attard&#233;s dans ces parages !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'Est, sur notre route pour rejoindre Lahore, nous avions crois&#233; un petit groupe arm&#233; conduit par deux hommes d'un certain &#226;ge qui discutaient &#226;prement et en toute probabilit&#233; tactique avant de grimper pour affronter en altitude l'arm&#233;e indienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Afghanistan a &#233;t&#233; victorieux dans toutes ses guerres et pourtant sa d&#233;faite est totale et le conflit du Cachemire entre le Pakistan et l'Inde est possiblement &#233;ternel !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27909 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L376xH480/ds9-34bbb.jpg?1792590194' width='376' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#171; All&#233;gorie du temps (la vie humaine) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Huile sur toile vers 1650.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Guido Cagnacci, &#224; qui elle est attribu&#233;e, donne &#224; voir la Beaut&#233; tenant dans une main les fleurs fragiles de la vie, dont celle d'un pissenlit dont les graines sont susceptibles de se disperser au moindre souffle, et de l'autre un sablier, ustensile classique des Vanit&#233;s, tout en posant son coude sur un cr&#226;ne c&#244;toyant deux bougies fumantes et sur le point de s'&#233;teindre. &#201;ros et Thanatos, pulsion de vie et pulsion de mort r&#233;unies ! La Beaut&#233; &#233;l&#232;ve son regard vers une sorte d'aur&#233;ole mais qui est en fait un serpent qui se mord la queue, l'Ouroboros.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vie de l'Homme, celle de chaque humain, est un serpent temporel qui se mord la queue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Rien dans cette vie sans queue ni t&#234;te ne saurait avoir de sens !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27908 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L294xH302/ds10-72455.jpg?1792590194' width='294' height='302' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Apollonios d'Ath&#232;nes est un sculpteur du I&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; si&#232;cle avant notre &#232;re et le &#171; Torse du Belv&#233;d&#232;re &#187; est l'unique &#339;uvre dont on est assur&#233; qu'elle soit de lui parce que sign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Johann Wincklemann (1717-1768) est consid&#233;r&#233; comme &#233;tant le premier historien de l'Art, si on ne retient pas Giorgio Vasari trop italien sans doute pour les Allemands, et le fondateur de l'arch&#233;ologie moderne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la d&#233;finition du &#171; Grotesque &#187; dans mon texte &#171; Jeff Wall face &#224; l'Art conceptuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tous les propos de Jeff Wall sont tir&#233;s des &#171; Essais et Entretiens 1984-2001 (ENSBA-2001).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Kalash, qui ne sont plus que quelques milliers, vivent de l'agriculture et de l'&#233;levage dans trois vall&#233;es au nord-ouest du Pakistan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Huile sur toile vers 1650.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'entre</title>
		<link>https://tk-21.com/L-entre</link>
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		<dc:date>2026-10-30T15:33:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Christophe Nourisson</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>livre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le dernier ouvrage de Christian Ruby dresse le tableau des lignes de partage et de connivence esth&#233;tiques en &#232;re d&#233;mocratique. Il appuie sa r&#233;flexion sur la conception d'un dynamogramme qui fait imm&#233;diatement appara&#238;tre la relation entre les diff&#233;rents objets de r&#233;flexion &#8211; &#224; savoir l'&#339;uvre d'art prise dans un jeu d'interactions entre l'auteur et le public. Il met en discussion ces interd&#233;pendances en convoquant six moments de philosophie actifs depuis l'&#232;re moderne.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Creation-et-commentaires" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation et commentaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH99/dada-4-671ad.jpg?1793374587' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le dernier ouvrage de Christian Ruby dresse le tableau des lignes de partage et de connivence esth&#233;tiques en &#232;re d&#233;mocratique. Il appuie sa r&#233;flexion sur la conception d'un dynamogramme qui fait imm&#233;diatement appara&#238;tre la relation entre les diff&#233;rents objets de r&#233;flexion &#8211; &#224; savoir l'&#339;uvre d'art prise dans un jeu d'interactions entre l'auteur et le public. Il met en discussion ces interd&#233;pendances en convoquant six moments de philosophie actifs depuis l'&#232;re moderne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Afin d'&#233;viter les &#233;cueils relevant d'une essentialisation des concepts, il prend soin de d&#233;construire les lieux communs toujours actifs, qui loin d'&#234;tre anodins alimentent un regard nostalgique et r&#233;actionnaire sur l'art et ses acteurs dont le public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d&#232;s les premi&#232;res pages il s'interroge sur l'un des n&#339;uds de toute relation esth&#233;tique : Existe-t-il un public d'&#339;uvres d'art pour qui n'en a pas vu ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; travers cette interrogation l'auteur pose la question essentielle des conditions d'apparition du public, dont il prendra soin de retracer la g&#233;n&#233;alogie. Il en va de m&#234;me pour l'auteur ou pour l'&#339;uvre d'art qui ne sont pas des notions tomb&#233;es d'un ciel divin mais bien des p&#244;les de concorde et de conflictualit&#233; qui ne cessent de se red&#233;finir en fonction des &#233;volutions mondaines, qu'elles soient esth&#233;tiques ou politiques. C'est en effet depuis la rupture &#233;pist&#233;mologique de la constitution d'un sujet en exercice d&#233;mocratique, dont la pleine expression reste &#224; conqu&#233;rir, que les relations entre l'individu (auteur ou spectateur), l'&#339;uvre et le public, m&#233;ritent une discussion exigeante et ouverte &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Individu - Auteur&#183;rice&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En guise d'avertissement, Christian Ruby invite &#224; une premi&#232;re r&#233;flexion sur le lieu commun consistant &#224; proclamer l'affinit&#233; subjective entre l'artiste et son &#339;uvre. Il rappelle malicieusement que l'&#339;uvre et l'artiste sont pris n&#233;cessairement dans un devenir (&#339;uvre-auteur.rice) qui part d'une inexistence, d'un vide fondamental&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Ruby. La f&#233;condit&#233; du vide, Paris MKF &#233;ditions, 2024.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce devenir en situation s'appuie sur des langages constitu&#233;s ou en formation, des jeux de r&#232;gles ou des champs r&#233;f&#233;rentiels. Il s'agit d'un rapport, celui du passage de l'individu &#224; l'auteur ou de l'individu au spectateur. L'individu, l'&#339;uvre et l'auteur.rice ne sont pas des isolats monadiques mais ils sont les acteurs des relations concr&#232;tes et imaginaires qui se jouent et se tissent &#224; chacune de leurs mises en pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Auteur&#183;rice - &#338;uvre&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'appui de son argumentation, l'auteur convoque la &lt;i&gt;Logique de Port Royal,&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Arnauld et Pierre Nicole, La logique ou l'art de penser, Paris 1662. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui nous invite &#224; dissocier la repr&#233;sentation de ce qu'elle repr&#233;sente, ou, dit autrement, ce qui s&#233;pare la peinture classique d'exposition de l'ic&#244;ne, ou l'individu de l'artiste, car le &#171; &lt;i&gt;je&lt;/i&gt; &#187; du po&#232;te est le plus souvent l'autre de l'&#233;criture. L'auteur.rice au travail (&#224; l'ouvrage) navigue, comme le disait Michel Foucault, dans &#171; la nappe int&#233;rieure de langage, il est le pli int&#233;rieur que cette nappe dessine &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sortir de la st&#233;rile relation causale qui lierait, par exemple, l'exp&#233;rience priv&#233;e &#224; l'&#339;uvre, n&#233;cessite de penser soit l'advenir de soi &#224; sa propre loi inh&#233;rente &#224; toute &#339;uvre &#8211; qui, telle, la cr&#233;ature du docteur Frankenstein, vit sa vie d'errance &#8211; &lt;i&gt;Adieu donc, de Montaigne, en ce premier Mars mille cinq cent quatre vingt&lt;/i&gt; &#8211;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel de Montaigne. Essai, 1595. &#201;d. Folio, Gallimard 2009.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, soit qu'elle s'auto-dissolve dans l'identique d'une forme de construction non s&#233;par&#233;e de la r&#233;alit&#233;, comme l'ont &#233;t&#233; de nombreuses avant-gardes. Ainsi, que l'exercice de l'art en d&#233;sir d'&#233;mancipation soit consid&#233;r&#233; comme autonome ou bien qu'il tende vers sa propre disparition, il noue son devenir social, &#233;ditorial ou d'exposition &#224; l'appr&#233;ciation d'un spectateur-usager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#338;uvre - public&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En revenant sur ces notions, qui sont au centre des d&#233;bats lumineux de l'&#232;re moderne, Christian Ruby en retrace les dynamiques modernes, postmodernes et contemporaines. La relation, &#171; l'entre &#187; qui s'organise d&#232;s lors entre l'individu, l'auteur, l'&#339;uvre et les destinataires ind&#233;termin&#233;s est le lieu ou le moment d'une r&#233;flexion philosophique que l'auteur d&#233;taille en six tableaux. Cette salutaire et singuli&#232;re synth&#232;se invite chacun &#224; dialoguer avec les r&#233;flexions esth&#233;tiques dans leurs relations au politique et &#224; contester toute crispation visant &#224; r&#233;gir les rapports culturels ou &#224; les figer en doctrine close.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27921 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/vito_acconci._murinsel_graz__2003.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH374/vito_acconci._murinsel_graz__2003-29930.jpg?1793013293' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Vito Acconci, MurInsel, Graz,2003
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un premier tableau permet d'&#233;clairer les liens qui existent et continuent d'&#234;tre actifs entre un exercice critique du jugement et son accomplissement en alliances ou dissensus entre sensibilit&#233; empiriste et raison sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#232;re moderne commencerait au XVI&#7497; si&#232;cle en Occident ; cela implique une red&#233;finition de la philosophie contre la th&#233;ologie, &#224; laquelle des auteurs comme Hegel, Kant ou Friedrich von Schiller et bien d'autres consacreront leurs efforts. L'art, l'esth&#233;tique et le public sont en qu&#234;te de d&#233;finition et il faut les l&#233;gitimer, les identifier dans leurs diff&#233;rences d'avec les &#339;uvres religieuses, les faire circuler en dehors des lieux de culte (naissance des salons), exercer son jugement, &#233;clairer le collectif (peuple et public). Les questions surgissent : Qui juge ? Qui &#233;claire ? Comment ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les premiers hiatus surgissent, entre la programmatique d&#233;mocratique d'un art &#224; destination de toutes et tous et l'appropriation du jugement de go&#251;t par les &#233;lites. &#171; &#8230;&#233;duquer le populaire au r&#244;le de public par absorption/r&#233;conciliation et &#233;l&#233;vation aux Lumi&#232;res &#187;. Comment supprimer les &#233;vinc&#233;s en les cultivant, les extraire de l'ali&#233;nation ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Occident &#224; la pointe de son expansion coloniale r&#234;ve l'universel en point de vue surplombant comme le regard d&#233;tach&#233; sur une Juno Ludovisi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233; le temps du cr&#233;puscule des dieux, la p&#233;riode romantique tentera d'y substituer une religion de l'art (Wagner) toujours active. Le d&#233;but du XX&#7497; si&#232;cle marqu&#233; par la premi&#232;re, terriblement humaine, Guerre mondiale &#233;puisera les solitaires en r&#234;ve d'un accomplissement de la promesse moderne. Refonder la modernit&#233; &#224; l'&#232;re des masses et au pr&#233;sent comme tentera John Dewey ou la d&#233;construire en faisant retour sur l'art comme &#233;claircie de l'&#234;tre depuis un pass&#233; id&#233;alis&#233; comme le proposera Martin Heidegger, engage le public sur les terrains de l'exp&#233;rience (sociale-associative-politique) ou de l'habiter (la maison de l'&#234;tre et son sol probl&#233;matique). Comment sauver la promesse de l'&#233;mancipation et de l'&#233;galit&#233; et en quoi les registres du sensible y participent-ils ? La ligne de fracture entre ces deux conceptions marque la fragmentation des options ouvertes pour approcher les rapports entre l'&#339;uvre et ses publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irruption des m&#233;dias de masse (photographie, cin&#233;ma, radio) qui s'impose au tournant des ann&#233;es 1930 dans l'espace culturel modifie quelque peu le sensorium de la modernit&#233;. La Psychanalyse et le Marxisme parach&#232;ve l'av&#232;nement de nouveaux outils &#224; m&#234;me d'en saisir les m&#233;canismes. Des auteurs comme Walter Benjamin ou Theodor W. Adorno, d&#233;sormais sans illusion sur la promesse d'une dissolution des contradictions propre &#224; la dialectique h&#233;g&#233;lienne, actent les fins de la modernit&#233; et de l'esth&#233;tique. Il faut d&#233;sormais extraire le public ali&#233;n&#233; d'une esth&#233;tique proprement politique au service du capital et de son devenir totalitaire. L'unit&#233; perdue de l'art se mue en dissonance apte &#224; reconfigurer de nouveaux exercices, auxquels s'emploieront les avant-gardes dans tous les domaines de la culture : Chaplin pour le cin&#233;ma, Brecht pour le th&#233;&#226;tre ou les &#339;uvres d&#233;stabilisantes des dada&#239;stes/surr&#233;alistes. La pleine critique de l'industrie culturelle dans l'&#339;uvre fait effraction dans le quotidien. Le spectateur bouscul&#233; dans ses a priori est invit&#233; &#224; se saisir de cette puissance d'agir qui reconfigure la politicit&#233; immanente de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la r&#233;alisation de la modernit&#233; s'&#233;puise dans la soci&#233;t&#233; de consommation, l'art se fait d&#233;rive, immat&#233;riel, il trace des lignes de fuite dans le pr&#233;sent. Le plan encore transcendental de l'Angelus Novus de Paul Klee s'&#233;tant d&#233;finitivement fractur&#233; &#224; Auschwitz et Hiroshima, penser le pr&#233;sent invite &#224; r&#233;fl&#233;chir aux structures soci&#233;tales formatrices des go&#251;ts, des repr&#233;sentations et des imaginaires. L'inclusion du monde contemporain dans les sciences et techniques constitue le plan d'immanence au-del&#224; duquel il est vain de philosopher. L'art est le lieu de l'&#233;cart du mineur, de la d&#233;rive et de l'h&#233;t&#233;rotopie, il r&#233;siste et cr&#233;e une diff&#233;rence. C'est aussi le moment de relire la modernit&#233; et ses ruptures d'&lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;s&lt;/i&gt;, Velasquez pour Foucault ou Bacon pour Gilles Deleuze. Les formes nouvelles de la performance, de l'installation et de l'&#233;largissement &#224; des sujets d'actualit&#233; (f&#233;minismes, minorit&#233;s, migrations) se substituent aux th&#232;mes traditionnels. S'agirait-il d'une autre mani&#232;re de faire des mondes qui d&#233;font le formatage du sensible ? Ou plus simplement de faire de sa vie une &#339;uvre d'art ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant des ann&#233;es 1980, la mondialisation s'acc&#233;l&#232;re. Le sociologue Zygmunt Bauman examine l'&#233;tat du flux capitaliste qui emporte les existences et les choses en devenir d'obsolescence. &#171; Seuls les d&#233;chets ont tendance &#224; &#234;tre (h&#233;las) solides et durables. Solide est d&#233;sormais synonyme de d&#233;chet. Le triomphe de la mode auquel l'art n'&#233;chappe pas, ouvre &#224; la tentation d'un renoncement &#224; l'&#233;mancipation, l'art fait retour sur des formes anciennes identifiables (l'antique, le classique). Une postmodernit&#233; cynique qui c&#233;l&#232;bre la vie artiste et s'installe dans le renoncement consid&#233;rant que l'avant-garde b&#233;gaie. On verra alors un Jean-Fran&#231;ois Lyotard d&#233;velopper une anamn&#232;se du sensible (Marcel Duchamp) &#224; l'inverse du constat d&#233;sesp&#233;r&#233; de Fr&#233;d&#233;ric Jameson qui se d&#233;sole en logiciel marxiste des ruptures de cha&#238;nes signifiantes. C'est une p&#233;riode de sp&#233;culation th&#233;orique extr&#234;mement vive mais qui ne devrait pas nous d&#233;tourner de l'examen en finesse de ce qui fut produit en termes d'art et de culture dans leurs rapports &#224; un public renouvel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'esth&#233;tique n'est pas un discours, c'est un r&#233;gime historique d'identification de l'art.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ranci&#232;re. Malaise dans l'esth&#233;tique, &#233;d. Galil&#233;e 2004.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'originalit&#233; de la pens&#233;e philosophique de Jacques Ranci&#232;re tient &#224; la volte-face salutaire qu'il tend au d&#233;bat, &#224; ses yeux st&#233;rile, entre modernit&#233; et postmodernit&#233;. S'il y a bien une contradiction originaire de l'esth&#233;tique entre art d'&#233;lite et art au c&#339;ur de la vie il devient n&#233;cessaire d'en penser les conditions transcendantales. L'assignation &#224; telle ou telle part du sensible ne r&#233;siste pas au sch&#232;me de l'interpr&#233;tation sociologique surplombante ce qu'il d&#233;montrera, exemples &#224; l'appui, dans ces recherches passionnantes sur le monde ouvrier du XIX&#7497; si&#232;cle. Les a priori entre public averti et public &#224; &#233;duquer y sont soigneusement d&#233;construits. D'un c&#244;t&#233; une police du sensible qui maintient le partage, de l'autre une politique (d&#233;mocratique) entendue comme un lieu de dissensus qui interrompt ce partage policier. Car c'est au nom du principe d'&#233;galit&#233;, des corps, des lieux et des intelligences, que ne cesse de se reconfigurer l'exercice d&#233;mocratique. Ainsi Jacques Ranci&#232;re &#233;largit cette fois la notion d'esth&#233;tique &#224; la question politique du partage du sensible dont l'art n'est plus qu'une composante. &#171; Le spectateur &#233;mancip&#233; n'est pas un spectateur &#233;mancipable par d'autres, mais celui qui se bat, au pr&#233;sent, contre l'image que l'on se fait de lui, contre l'image d'un &#234;tre incapable de voir, s&#233;duit par les spectacles, imb&#233;cile &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;67&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/georges_perrec_-_bernard_queysanne._un_homme_qui_dort_film__1974.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH329/georges_perrec_-_bernard_queysanne._un_homme_qui_dort_film__1974-bb483.jpg?1793013293' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Georges Perec - Bernard Queysanne, Un homme qui dort, film, 1974.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une histoire m'a &#233;t&#233; rapport&#233;e par une amie. C'&#233;tait le dimanche 4 octobre 2026, sur le belv&#233;d&#232;re du parc de Belleville, lors du festival Cin&#233;Belleville. On y projetait en plein air, un film en noir et blanc de Georges Perec :&lt;/i&gt; Un homme qui dort, &lt;i&gt;r&#233;alis&#233; en 1974, d'apr&#232;s son roman &#233;crit en 1967. Le parc de Belleville est l'un de ces lieux parisiens o&#249; les adolescent.es en cr&#233;ations de jeux et singeries de toute sorte r&#233;inventent les usages de l'espace polic&#233;. C'est toi, c'est moi, l'adolescent&#183;e sur son v&#233;lo qui passe derri&#232;re la sc&#232;ne et s'arr&#234;te l&#224;, sur sa selle, il y restera jusqu'&#224; la fin de la projection. Nulle &#233;ducation mais une mise en pr&#233;sence, un &#171; entre &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Ruby. La f&#233;condit&#233; du vide, Paris MKF &#233;ditions, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Arnauld et Pierre Nicole, La logique ou l'art de penser, Paris 1662. &#201;d. Gallimard, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel de Montaigne. Essai, 1595. &#201;d. Folio, Gallimard 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ranci&#232;re. Malaise dans l'esth&#233;tique, &#233;d. Galil&#233;e 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Manifestation Dada a&#768; Saint-Julien-le-Pauvre, 14 avril 1921.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#339;uvre d'art entre auteur&#183;rice et public&lt;/i&gt; de Christian Ruby, &#201;d. l'Harmattan, 2026&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27922 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/ruby-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/IMG/jpg/ruby-2.jpg' width=&#034;492&#034; height=&#034;800&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Arationnalit&#233;</title>
		<link>https://tk-21.com/Arationnalite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tk-21.com/Arationnalite</guid>
		<dc:date>2026-05-03T18:00:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Peter Sloterdijk rappelle que Karl Marx avait proclam&#233; dans sa th&#232;se de doctorat que Prom&#233;th&#233;e &#233;tait &#171; le plus noble des saints et martyrs du calendrier philosophique &#187; et puis il va encore retenir de Marx une d&#233;finition biologique du travail que celui-ci donne dans son &#171; Capital &#187;. Le travail humain est &#171; un proc&#232;s dans lequel l'homme r&#232;gle et contr&#244;le son m&#233;tabolisme avec la nature par la m&#233;diation de sa propre action... &#187;. Le mot important, &#224; la fois m&#233;taphore et concept, c'est &#171; m&#233;tabolisme &#187;, c'est-&#224;-dire l'ensemble des r&#233;actions chimiques intra et intercellulaires qui permettent la pr&#233;servation du Vivant.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Creation-et-commentaires" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation et commentaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH103/kuwait_ds_oil_fire_near_border_-_usace-p15141coll5-10659-2-20c2d.jpg?1777833664' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Peter Sloterdijk rappelle que Karl Marx avait proclam&#233; dans sa th&#232;se de doctorat que Prom&#233;th&#233;e &#233;tait &#171; le plus noble des saints et martyrs du calendrier philosophique &#187; et puis il va encore retenir de Marx une d&#233;finition biologique du travail que celui-ci donne dans son &#171; Capital &#187;. Le travail humain est &#171; un proc&#232;s dans lequel l'homme r&#232;gle et contr&#244;le son m&#233;tabolisme avec la nature par la m&#233;diation de sa propre action... &#187;. Le mot important, &#224; la fois m&#233;taphore et concept, c'est &#171; m&#233;tabolisme &#187;, c'est-&#224;-dire l'ensemble des r&#233;actions chimiques intra et intercellulaires qui permettent la pr&#233;servation du Vivant. L'Homme et la Nature constituent donc une sorte de grand organisme avec une voie m&#233;tabolique principale, l'action de l'Homme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;+++++&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Que ferais-je alors sur cette terre qui ne rec&#232;le que la promesse ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Une promesse-pierre.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'y r&#232;gnent que la mort et les paroles qu'y rev&#234;tent ses spectres.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'y habitent que ses d&#233;mons, leurs feux et la fum&#233;e des hommes... &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Adonis&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adonis, Histoire qui se d&#233;chire sur le corps d'une femme in Lexique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'humanit&#233; moderne est un collectif d'incendiaires qui mettent le feu &#224; des for&#234;ts et des tourbi&#232;res souterraines. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Peter Sloterdijk&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Sloterdijk, Le remords de Prom&#233;th&#233;e &#8211; Du don du feu &#224; la destruction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;+++++&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Peter Sloterdijk va construire une &#233;quation tr&#232;s simple, tout du moins au d&#233;part, qu'il nomme formule m&#233;tabolique et dont on va suivre l'&#233;volution au fil des mill&#233;naires puis des si&#232;cles. Le m&#233;tabolisme de l'homme se d&#233;veloppe ainsi : force musculaire + X, o&#249; X est le feu, tout du moins au d&#233;part. Car d&#232;s la pr&#233;histoire, suite &#224; l'apport de Prom&#233;th&#233;e, le feu est cet agent extra-biologique qui intervient dans les activit&#233;s humaines, &#224; tel point que l'histoire de l'humanit&#233; se confond avec celle des applications du feu. D&#233;j&#224; le feu rend le produit de la chasse plus consommable par rapport au go&#251;t, m&#234;me sans sel, et &#224; la digestion. Et puis tr&#232;s vite, pour des questions de territoire de chasse, vingt-cinq kilom&#232;tres carr&#233;s sont n&#233;cessaires pour chaque chasseur, il y a des luttes de hordes, et la proie animale se compl&#232;te par la proie humaine, non pas pour manger, quoique, mais pour travailler. Apparition de l'esclavage et simultan&#233;ment de l'&#233;levage et de l'agriculture ! X devient feu + force musculaire externe, on entend par l&#224; esclave + b&#234;tes de somme, et la formule m&#233;tabolique s'accroit donc de nouveaux termes : force musculaire propre (celle du ma&#238;tre) + cet X &#233;largi. Et &#231;a va durer longtemps comme &#231;a !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Aristote l'esclave est un &lt;i&gt;&#171; outil anim&#233; &#187;&lt;/i&gt; mais Sloterdijk pr&#233;f&#232;re le terme de &lt;i&gt;&#171; biomachine humano&#239;de &#187;&lt;/i&gt; qu'il d&#233;finit comme &lt;i&gt;&#171; un producteur anim&#233; par des muscles ...auquel on inculque l'habitus consistant &#224; r&#233;pondre aux ordres par l'ob&#233;issance &#187;&lt;/i&gt; et il &#171; reformule &#187; sa formule en &#171; pouvoir de commandement + parc de biomachines + pyrotechnie &#187;. C'est la m&#234;me chose mais en plus techniquement dit. La source de la pyrotechnie c'est bien s&#251;r le bois et Aristote qui avait des id&#233;es tranch&#233;es sur tout m&#233;prisait le bois qui &#233;tait pour lui &lt;i&gt;&#171; un mat&#233;riau sans qualit&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Aristote &#233;nervait beaucoup Giordano Bruno qui dans son grand dialogue philosophique &#171; Cause, Principe et Unit&#233; &#187; en fait une critique syst&#233;matique, ce qui n'a pas plu du tout &#224; l'&#233;glise catholique tr&#232;s aristot&#233;licienne &#224; son &#233;poque, mais c'est l&#224; une autre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir et en finir avec Aristote, Sloterdijk rappelle, il rappelle beaucoup Sloterdijk, qu'il consid&#233;rait que l'ordre ne saurait exister &lt;i&gt;&#171; sans l'attelage de la domination et de l'&#234;tre domin&#233; &#187;&lt;/i&gt;. L'ob&#233;issance c'est l'horizon du musculaire. C'est grave m&#234;me pour son &#233;poque ! Toujours est-il, la pyrotechnie a de multiples usages domestiques, un foyer dans chaque foyer pourrait-on dire, ainsi qu'&#233;conomiques, fours des boulangers, des c&#233;ramistes, des m&#233;tallurgistes, chauffage des bains, et aussi, d&#232;s l'&#226;ge de bronze, fabrication des armes. Elle impose la gestion des ressources sylvicoles parce qu'on ne peut consommer que le bois dont on dispose. Il faut r&#233;g&#233;n&#233;rer constamment les for&#234;ts, s'atteler aux &#171; repousses &#187; qui sont lentes et qui sont soumises aux m&#234;mes contraintes climatiques que l'agriculture. Il y a d&#233;veloppement d'un r&#233;el savoir forestier. Au Moyen &#194;ge, on va passer de l'esclavage au servage ce qui revient &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me puisque la majorit&#233; des gens vit dans une tr&#232;s grande pr&#233;carit&#233;. Leur situation s'aggravera encore avec le syst&#232;me anglais des &#171; enclosures &#187;, appel&#233; &#224; se g&#233;n&#233;raliser dans toute l'Europe, et qui se r&#233;sume en une privatisation des p&#226;turages et des for&#234;ts abandonn&#233;s jusqu'ici &#224; l'usage collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de la fin du Moyen &#194;ge et surtout de la Premi&#232;re Renaissance, l'urbanisation acc&#233;l&#233;r&#233;e s'accompagne de la cr&#233;ation de manufactures, puis de fabriques, beaucoup plus tard d'usines, et avec ces derni&#232;res l'exploitation de sources fossiles d'&#233;nergie non soumises &#224; la &#171; r&#233;g&#233;n&#233;ration lente &#187;, les &lt;i&gt;&#171; for&#234;ts souterraines &#187; &lt;/i&gt; selon l'expression de l'historien Rolf Peter Sieferle amplement reprise par Peter Sloterdijk, pour alimenter des &#171; machines &#224; combustion &#187;, d'o&#249; un renforcement de la place de la pyrotechnie dans le X de la formule m&#233;tabolique. La force de travail est une marchandise, on a vendu des esclaves, les ouvriers ali&#232;nent &#171; librement &#187; la leur, c'est-&#224;-dire leurs forces musculaires, et souvent leurs savoir-faire &#224; un patron en contrepartie d'un salaire qui leur permet &#224; peine de la restaurer cette force de travail. On parlait pour ces derniers, et on parle encore, &#224; juste titre, &lt;i&gt;&#171; d'esclavage salari&#233; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nergie est une autre marchandise et quelle ! Tr&#232;s t&#244;t, le charbon s'av&#232;re &#234;tre meilleur march&#233; que le bois dont le prix s'&#233;tait consid&#233;rablement rench&#233;ri avec le &#171; boom &#187; urbanistique et celui de la construction navale, et avec le charbon on &#233;prouve pour la premi&#232;re fois la sensation d'un infini pyrotechnique. C'est le feu nourri par le charbon qui fait bouillir l'eau et produit la vapeur qui active les machines et comme l'indique Sloterdijk on forge alors &lt;i&gt;&#171; un concept universel d'&#233;nergie &#187;&lt;/i&gt; ou de &#171; force &#187; qui s'appuie sur un continuum &lt;i&gt;&#171; chaleur, pression d'extension, mouvement &#187;&lt;/i&gt;. Et puis a muri d'abord tr&#232;s lentement, depuis l'&#233;tonnement des Grecs devant les propri&#233;t&#233;s de l'ambre et de la magn&#233;tite, jusqu'&#224; une tr&#232;s forte acc&#233;l&#233;ration au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'id&#233;e de l'&#233;lectromagn&#233;tisme et de ses multiples applications. Le monde devient alors un &lt;i&gt;&#171; grand chantier de forces agissantes &#187;&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;&#171; forces sans phrases &#187;&lt;/i&gt; comme le dit Sloterdijk, puisqu'on n'a pas besoin de leur donner d'ordres comme aux esclaves et aux ouvriers, et tous voient dans l'&#233;nergie la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; car c'est elle qui r&#233;alise. Certains seront tent&#233;s de dire que la &#171; biomachine humano&#239;de &#187;, plac&#233;e face aux chambres de combustion, face &#224; l'&#233;nergie, s'auxiliarise de plus en plus, mais ces certains exag&#232;rent bien s&#251;r car on continue de travailler beaucoup dans le monde, je veux dire musculairement. En r&#233;action Marx d&#233;clare que le travail, &lt;i&gt;&#171; concept de prestation abstrait &#187;&lt;/i&gt; par rapport au r&#233;alisme de la force, est la &lt;i&gt;&#171; source de toute cr&#233;ation de valeur &#187;&lt;/i&gt;. Ainsi, l'homme, le travailleur redevenu cr&#233;ateur, appartient &#224; une &#171; classe prom&#233;th&#233;enne &#187; selon ses propres termes, le prol&#233;tariat, et puis c'est le travailleur qui alimente les machines, surveille leur bon fonctionnement, et produit les choses qu'il a con&#231;ues au moyen d'elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la marchandise charbon surpasse toutes les autres et assure la pr&#233;&#233;minence de la Grande-Bretagne dans le monde mais quelques &#233;conomistes de l'&#233;poque, William Stanley Jevons par exemple, ont conscience du caract&#232;re limit&#233; de la ressource donc du risque de d&#233;clin de la Grande-Bretagne qui est de plus en plus d&#233;pendante de livraisons externes reposant sur la mise en esclavage d'une partie des peuples colonis&#233;s. Et puis il y a la pollution, ce qu'en &#233;conomie on appelle une externalit&#233; n&#233;gative, et comme le souligne Sloterdijk, c'est l&#224; le &lt;i&gt;&#171; principe central de la dynamique de la civilisation &#187;&lt;/i&gt; de lib&#233;rer toujours plus d'effets que ceux qu'on domestique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, la formule m&#233;tabolique change une fois encore : pouvoir de commandement + main d'&#339;uvre + syst&#232;me de machines motrices + vecteur d'&#233;nergie fossile + d&#233;chets ou &#233;missions toxiques. Ici, la main d'&#339;uvre est constitu&#233;e des ouvriers ainsi que des esclaves qui travaillent &#224; l'extraction externe et dans les plantations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il y a quand m&#234;me une forme &#171; d'&#233;mancipation &#187; des travailleurs par l'emploi de plus en plus manifeste des machines mais ce n'est pas seulement pour les soulager les travailleurs bien s&#251;r. Sloterdijk voit dans ce ph&#233;nom&#232;ne un &lt;i&gt;&#171; d&#233;placement de l'exploitation &#187;&lt;/i&gt; car la production devient massive en raison du caract&#232;re apparemment in&#233;puisable de l'&#233;nergie, ce d'autant plus avec l'inscription du p&#233;trole dans le processus, et puis aujourd'hui de l'uranium, une autre &#233;nergie fossile. Il y a abondance de biens partageables ce qui conduit &#224; un changement de soci&#233;t&#233;. La soci&#233;t&#233; de consommation s'installe qui, en plus de permettre l'&#233;coulement des marchandises surabondantes, est suppos&#233;e d&#233;samorcer les conflits sociaux. Elle est bas&#233;e sur une surexploitation des ressources de la terre et des animaux utiles. Pour illustrer &#231;a, Sloterdijk, qui d&#233;nonce le &lt;i&gt;&#171; nihilisme extractif &#187;&lt;/i&gt;, donne quelques chiffres r&#233;cents et hallucinants. La consommation annuelle serait de 8,1 milliards de tonnes de charbon, de 4,3 milliards de tonnes de p&#233;trole, de 4 milliards de m&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt; de gaz, mais pas de chiffre pour l'uranium, presque tout converti en &#233;lectricit&#233;. En tant qu'Allemand il parle de &lt;i&gt;&#171; goulag global des animaux &#187;&lt;/i&gt; avec 80 milliards d'animaux issus du seul &#233;levage abattus chaque ann&#233;e sans compter 2 milliards de poissons.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27162 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2025-08-06_a_15.57_12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH622/capture_d_e_cran_2025-08-06_a_15.57_12-aa486.jpg?1777040538' width='500' height='622' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est entre autres &#224; cela que se r&#233;sume le concept sloterdijkien de &lt;i&gt;&#171; d&#233;placement de l'exploitation &#187; &lt;/i&gt; h&#233;rit&#233; selon lui des suiveurs du socialiste utopique Saint-Simon, mais aussi de Descartes, qui appelaient &#224; &lt;i&gt;&#171; l'exploitation de la terre par l'homme &#187;&lt;/i&gt; en lieu et place de &#171; l'exploitation de l'homme par l'homme &#187;. Et puis, des montagnes de d&#233;tritus, une atmosph&#232;re irrespirable, un empoisonnement tant des terres que de l'alimentation, la pollution des mers etc. etc. Arationnalit&#233; !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Arationnalit&#233; &#187; est un concept que j'ai plus ou moins forg&#233;, comme celui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi on glisse de &lt;i&gt;&#171; la honte prom&#233;th&#233;enne &#187;&lt;/i&gt; ressentie par G&#252;nthers Anders, en constatant l'incendie mondial, au remords prom&#233;th&#233;en d'avoir apport&#233; le feu aux hommes soup&#231;onn&#233; par Sloterdijk. Lorsqu'il &#233;voque le nucl&#233;aire ou certains projets de vulcanotechnique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La vulcanotechnique peut se r&#233;sumer en la connexion de centrales &#233;lectriques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; il parle de &lt;i&gt;&#171; prom&#233;th&#233;isme sans remords &#187;&lt;/i&gt;, pour les hommes, et m&#234;me de n&#233;o-prom&#233;th&#233;isme, voire d'hyper-prom&#233;th&#233;isme, et de citer Virgile et son &#201;n&#233;ide, &lt;i&gt;&#171; Je vais mettre l'enfer en mouvement &#187;&lt;/i&gt;. Il entrevoit comme cons&#233;quence probable de tout ceci une nouvelle &lt;i&gt;ekpyrosis&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mot grec &#171; Ekpyrosis &#187; signifie effondrement et/ou embrasement.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui met particuli&#232;rement en fureur Sloterdijk c'est l'accaparement par les &lt;i&gt;&#171; despotes p&#233;troliers &#187;&lt;/i&gt; des sous-sols et de leurs richesses alors que c'est par pur hasard qu'ils sont assis dessus. Il d&#233;plore que ne soit pas reconnu un &lt;i&gt;&#171; patrimoine des richesses mini&#232;res de l'humanit&#233; &#187;&lt;/i&gt; comme l'a &#233;t&#233; le &#171; patrimoine culturel mondial &#187;. C'est l&#224; un juste courroux, une juste revendication, mais qui n'offre aucune garantie contre le &#171; nihilisme extractif &#187;. Parfois Sloterdijk laisse appara&#238;tre une esp&#232;ce de candeur avec les solutions qu'il peut avancer dans le cadre qui est le sien du &lt;i&gt;&#171; pacifisme &#233;nerg&#233;tique &#187;,&lt;/i&gt; comme promouvoir de nouvelles technologies qui permettraient la r&#233;cup&#233;ration et le stockage de petites quantit&#233;s d'&#233;nergie cin&#233;tique produite par n'importe quel type d'activit&#233; humaine, le cyclisme ou le fitness par exemple, ou encore l'&#233;clatement des m&#233;gapoles qui d&#233;truisent la nature accompagn&#233; du choix d'une bonne gouvernance pour une vraie vie locale retrouv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se d&#233;fie des mots &#171; durabilit&#233; &#187;, &lt;i&gt;&#171; un pieux mensonge que l'on se fait &#224; soi-m&#234;me &#187;&lt;/i&gt;, et &#171; alternatif &#187; qui pourrait signifier que l'on poursuivrait ce que l'on fait aujourd'hui mais par des moyens diff&#233;rents. Sa plus grande crainte est la Chine avec son id&#233;ologie communiste et son mode de gestion hyper-capitaliste qui ne pourra en aucune fa&#231;on stopper sa consommation monstrueuse de combustibles fossiles, mais il ne parle pratiquement pas des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique qui accusent pourtant une empreinte &#233;cologique colossale pour une aussi petite population et qui sont &#224; peu pr&#232;s responsables de tout dans la catastrophe actuelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour conclure Peter Sloterdijk parodie Marx et Engels et leur Manifeste en lan&#231;ant : &lt;i&gt;&#171; Fire-Fighters de tous les pays, jugulez les incendies ! &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27193 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;156&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/peter_sloterdijk_no_fronteiras_do_pensamento_porto_alegre_2016__30141849675_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/peter_sloterdijk_no_fronteiras_do_pensamento_porto_alegre_2016__30141849675_-29ecd.jpg?1777394522' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Peter Sloterdijk, Fronteiras do Pensamento, S&#227;o Paulo, 2016.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;CreditFronteiras do Pensamento / Greg Salibian. Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait un temps o&#249; les hommes &#233;taient plus que les hommes, plus que les hommes actuels pr&#233;cise le Po&#232;te, et le roi Philoct&#232;te, compagnon de Jason, h&#233;ritier d'H&#233;racl&#232;s, arma sept vaisseaux fins qui jet&#232;rent trois cent cinquante de ces hommes, venus de M&#233;thone et d'ailleurs, sur le rivage d'Ilion afin de grossir les rangs ach&#233;ens align&#233;s en ce lieu pour la guerre. &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extraits de mon texte &#171; Philoct&#232;te &#187;, personnage de la pi&#232;ce &#233;ponyme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis j'ai rencontr&#233; Max ! Un homme rare car &#224; mes yeux il &#233;tait parfait ! &#192; l'&#233;poque, j'&#233;tais encore tr&#232;s jeune, au sens o&#249; on veut l'entendre &#224; l'heure actuelle, et je travaillais au sein d'une institution concern&#233;e par le d&#233;veloppement &#233;conomique de sa zone g&#233;ographique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque je le rencontrai la premi&#232;re fois, je dois admettre qu'il me fit imm&#233;diatement une tr&#232;s forte impression. Ing&#233;nieur issu de l'une des meilleures &#233;coles fran&#231;aises, je pus appr&#233;cier imm&#233;diatement sa finesse d'esprit, sa culture, son extr&#234;me courtoisie, sa profonde humanit&#233;. J'&#233;tais quelque peu vers&#233; dans les questions de financement, de cr&#233;ation et de rapprochement d'entreprises dans des cadres de fusion ou de transmission, et c'est pour cette derni&#232;re raison que Max m'avait contact&#233;, plus pr&#233;cis&#233;ment pour l'aider dans sa recherche et dans le peaufinage de sa strat&#233;gie en vue de trouver une affaire &#224; reprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max pr&#233;sidait aux destin&#233;es d'une grosse entreprise du secteur de l'automobile qui fabriquait des blocs-moteur ou des syst&#232;mes de freinage, je ne me rappelle plus exactement. Il d&#233;clara qu'il recherchait des petites ou moyennes structures &#339;uvrant dans ce domaine ou dans des domaines connexes. Lors de nos entretiens suivants, Max me r&#233;v&#233;la dans quelle position il se trouvait personnellement alors. Quelques mois plus t&#244;t, les membres de son conseil d'administration, bien que l'entreprise f&#251;t florissante, lui avaient demand&#233; de d&#233;couvrir des gisements d'&#233;conomie, autrement dit d'&#233;laborer un plan de restructuration avec comme principale t&#234;te de chapitre la compression de la masse salariale, le personnel repr&#233;sentant pour nombre d'actionnaires un co&#251;t et non pas un potentiel de comp&#233;tences et d'&#233;nergie cr&#233;ateur de richesses, la &#171; variable d'ajustement &#187; majeure, et c'est d'autant plus vrai aujourd'hui &#224; l'&#232;re du num&#233;rique triomphant et de l'intelligence artificielle en devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max, tant bien que mal, en anticipant des d&#233;parts en retraite, en ne renouvelant pas les contrats temporaires, en ne proc&#233;dant &#224; aucune embauche &#233;videmment, en d&#233;pit de la croissance de l'activit&#233;, en op&#233;rant une nouvelle r&#233;partition des effectifs, en encourageant la r&#233;alisation de certains projets personnels se traduisant par des d&#233;parts volontaires, r&#233;ussit &#224; faire gagner quelques points de productivit&#233; &#224; son entreprise. Malheureusement, ces efforts ne suffirent pas &#224; satisfaire le conseil d'administration qui exigea que Max proc&#232;de &#224; des licenciements secs avec un objectif de profitabilit&#233; bien d&#233;fini. Max &#233;tait un professionnel de haut niveau, qui adorait son m&#233;tier, qui aimait son entreprise, qui respectait les gens qui travaillaient pour elle, et qui &#233;tait respect&#233; d'eux. Il nourrissait aussi quelques valeurs qu'on lui demandait de bafouer. Ulc&#233;r&#233; par cette op&#233;ration qu'il lui fallait diligenter, il refusa tout bonnement d'obtemp&#233;rer, d&#233;cision qui lui fit perdre non seulement la pr&#233;sidence de son conseil d'administration mais l'obligea aussi &#224; d&#233;missionner de son poste de directeur g&#233;n&#233;ral. Il ne comprenait pas, il me le dit clairement, quel int&#233;r&#234;t il pouvait y avoir &#224; gagner autant d'argent au d&#233;triment de la bonne marche de l'entreprise, des emplois des ouvriers, et au profit d'hydropiques retrait&#233;s &#233;tats-uniens circulant en caddies &#233;lectriques sous les palmiers de Floride. &#199;a c'est moi qui le rajoute mais Max, un homme raffin&#233; qui ne l'aurait jamais dit, le pensait tr&#232;s fort. Les fonds de pension &#233;tats-uniens imposent aux entreprises dont ils sont actionnaires des taux de profit exub&#233;rants, et l'entreprise que dirigeait Max comptait, si je me souviens bien, deux fonds de pension dans son conseil d'administration. &#192; cinquante ans pass&#233;s, en d&#233;pit de sa superbe formation, de sa tr&#232;s grande exp&#233;rience, de l'attachement qu'il ressentait pour son entreprise, Max se retrouvait tout &#224; coup sans emploi et &#233;prouvait, en ces instants, la plus grande difficult&#233; &#224; s'imaginer un avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait pris une d&#233;cision en &#226;me et conscience tr&#232;s co&#251;teuse professionnellement et sentimentalement pour lui, d&#233;cision qu'il ne regrettait en aucune fa&#231;on, mais qui le laissait errant et solitaire, un peu comme Bell&#233;rophon, aim&#233; puis ha&#239; des dieux, sur un sombre rivage, en proie &#224; la plus languissante des m&#233;lancolies, ou bien &#224; Philoct&#232;te que l'on avait exil&#233; sur l'&#238;le d&#233;serte de Lemnos. A sa mani&#232;re, &#224; son niveau, Max avait introduit du dysfonctionnement dans la m&#233;canique parfaitement huil&#233;e de son entreprise. Il avait refus&#233; d'ob&#233;ir aux injonctions de son conseil d'administration et ce dernier le lui faisait payer ch&#232;rement. Oui, d&#233;cid&#233;ment, Max &#233;tait un homme parfait, tout du moins &#224; mes yeux, et beaucoup plus pur que Bell&#233;rophon et Philoct&#232;te &#224; n'en pas douter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arationnalit&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, ce &#224; quoi nous assistions Max et moi c'&#233;tait &#224; un changement d'&#232;re, celui du passage du capitalisme d'ing&#233;nierie, ou des ing&#233;nieurs si on pr&#233;f&#232;re, au capitalisme financier.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque, dans le cadre de mes fonctions, j'ai re&#231;u la visite de repr&#233;sentants de Bain Capital, l'un des principaux fonds de pension et capital-risqueur &#233;tats-uniens. C'&#233;taient l&#224; des gens d'&#224; peu pr&#232;s mon &#226;ge qui &#233;taient &#224; la recherche d'investissements profitables. Ils ne parlaient que d'argent et le d&#233;veloppement &#233;conomique n'&#233;tait pas du tout leur affaire. Cette rencontre fut gla&#231;ante !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27164 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L490xH634/capture_d_e_cran_2025-08-13_a_11.02_45-45363.jpg?1777040538' width='490' height='634' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Cela fait pr&#232;s de dix ann&#233;es que le roi Philoct&#232;te hurle sa douleur et sa rage, abandonn&#233; de tous sur un tas de cailloux &#233;tranger, seul, lui l'ancien compagnon de Jason, sur l'&#238;le de Lemnos. Il y a pr&#232;s de dix ann&#233;es, d&#232;s que posant le pied sur le rivage d'Ilion, il fut mordu au pied par un serpent, ou peut-&#234;tre d&#233;chir&#233; par la barbe d'une fl&#232;che tomb&#233;e de son carquois, possible punition divine sanctionnant un parjure, et sa blessure d&#233;gagea bient&#244;t une telle puanteur, et son mal lui soutira de tels cris &#233;pouvantables, que l'on pr&#233;f&#233;ra, c'est-&#224;-dire les autres rois, l'exiler sur l'&#238;le de Lemnos, lui, l'h&#233;ritier d'H&#233;racl&#232;s, car la d&#233;moralisation commen&#231;ait &#224; gangrener l'arm&#233;e. Se nourrissant de la chair de ses derniers sujets, les vautours, avant que sa chair &#224; lui, pourtant roi aux anciennes amiti&#233;s presque divines, les nourrisse &#224; leur tour. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extraits de mon texte &#171; Philoct&#232;te &#187;, personnage de la pi&#232;ce &#233;ponyme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(&#192; suivre.)&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2025&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Adonis, Histoire qui se d&#233;chire sur le corps d'une femme in Lexique amoureux, NRF-2018&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peter Sloterdijk, Le remords de Prom&#233;th&#233;e &#8211; Du don du feu &#224; la destruction mondiale par le feu, Payot &amp; Rivages, 2023&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Arationnalit&#233; &#187; est un concept que j'ai plus ou moins forg&#233;, comme celui d'amodernit&#233; que j'utilise souvent. Est arationnel quelqu'un qui ne se r&#233;f&#232;re pas &#224; la Raison, qui se situe carr&#233;ment en dehors d'elle, ce qui ne signifie donc pas qu'il soit irrationnel ou irraisonnable. Il ignore raison ou irraison tout simplement et agit uniquement pour lui-m&#234;me. On est arationnel comme on est amoral, anomique, apolitique et amoderne. L'&#233;conomie ultralib&#233;rale est arationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La vulcanotechnique peut se r&#233;sumer en la connexion de centrales &#233;lectriques souterraines &#224; des volcans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le mot grec &#171; Ekpyrosis &#187; signifie effondrement et/ou embrasement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extraits de mon texte &#171; Philoct&#232;te &#187;, personnage de la pi&#232;ce &#233;ponyme de Sophocle, dans lequel je parle de l'entreprise et des souffrances de l'homme au travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extraits de mon texte &#171; Philoct&#232;te &#187;, personnage de la pi&#232;ce &#233;ponyme de Sophocle, dans lequel je parle de l'entreprise et des souffrances de l'homme au travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Koweit, puits de p&#233;trole en feu, pr&#232;s de la fronti&#232;re irakienne, 1er avril 1991.&lt;br class='autobr' /&gt;
Photo Jordan Jonas, Domaine public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la photographie du cadavre &#224; l'&#233;ternit&#233; virtuelle 2/5</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ir&#232;ne Jonas</dc:creator>


		<dc:subject>mort</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les rites fun&#233;raires ob&#233;issent &#224; deux logiques principales, celle qui consiste &#224; &#171; retenir &#187; le mort parmi les vivants et celle qui consiste &#224; venir dire que l'on s'en s&#233;pare.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Creation-et-commentaires" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation et commentaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/mort" rel="tag"&gt;mort&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2824-9d00f.jpg?1772390498' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les rites fun&#233;raires ob&#233;issent &#224; deux logiques principales, celle qui consiste &#224; &#171; retenir &#187; le mort parmi les vivants et celle qui consiste &#224; venir dire que l'on s'en s&#233;pare *.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'enjeu de la ritualit&#233; fun&#233;raire est de transformer le d&#233;c&#233;d&#233; en un d&#233;funt et de faire place au d&#233;funt en ritualisant cette s&#233;paration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patrick Baudry, opus cit&#233;, p. 21&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le premier usage de la photographie &#224; la base de rituels fun&#232;bres, fut de reproduire un clich&#233; du mort, r&#233;alis&#233; de son vivant, afin de le joindre aux courriers familiaux, &#224; la notice n&#233;crologique, de pr&#233;senter celle-ci lors de la c&#233;r&#233;monie ou encore apr&#232;s l'enterrement de la disposer, avec la photographie, dans un coin de la maison, sous un cadre tendu d'un ruban de cr&#234;pe noir garni de fleurs, monument miniature et domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le faire-part de d&#233;c&#232;s, souvent accompagn&#233; d'une photographie prise lors du vivant de la personne, est con&#231;u pour donner &#224; celui qui le re&#231;oit des informations essentielles : l'annonce de la mort et la pr&#233;sentation de la famille, des informations secondaires relatives au c&#233;r&#233;monial et, &#233;ventuellement, des informations compl&#233;mentaires concernant le d&#233;funt ou la cause du d&#233;c&#232;s. Il est envoy&#233; &#224; tous les amis et connaissances du d&#233;funt pour les tenir au courant de sa disparition, mais aussi pour leur fournir les informations n&#233;cessaires concernant la date et le lieu des obs&#232;ques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26946 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;117&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/3-46.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/3-46-e5b08.jpg?1772486328' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;La tradition des avis de d&#233;c&#232;s (annunci funebri) placard&#233;s dans les rues, Italie.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#169; Ir&#232;ne Jonas - Agence r&#233;v&#233;lateur
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En quoi diff&#232;re l'annonce de la mort sur un r&#233;seau social ? Les r&#233;seaux sociaux sont des mani&#232;res de garder du lien avec la personne. On y rend visible une partie de notre vie. Toutefois, comme le rappellent plusieurs articles dont celui de Sophie P&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sophie P&#232;ne, Facebook mort ou vif, Questions de communication, 19/2011.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , la mort repr&#233;sente une part infime des th&#232;mes explicites des messages sur les r&#233;seaux sociaux. Bien qu'anciens et nouveaux faire-part disent tous deux le vide laiss&#233; par la perte, &#233;voque et/ou &#233;nonce les causes de la mort, le post sur Facebook perd la vocation de convier ses &#171; ami.es facebook &#187; &#224; la c&#233;r&#233;monie pour se limiter &#224; l'annonce du d&#233;c&#232;s. Par ailleurs, si les faire-part de d&#233;c&#232;s c&#233;l&#233;braient le culte de la famille, dans le sens o&#249; la famille rassembl&#233;e annon&#231;ait la mort de l'un des siens, et semblait mettre en sc&#232;ne sa coh&#233;sion et sa puissance face au reste de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gabrielle Petitdemange, &#171; Les faire-part de d&#233;c&#232;s. Un autre langage du deuil (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sur Facebook, c'est l'individu seul, voire esseul&#233;, qui informe ses &#171; ami.es-Facebook &#187; de la mort d'un.e proche. &lt;i&gt;&#171; L'annonce du d&#233;c&#232;s de ma s&#339;ur sur facebook, avec une des rares photos o&#249; nous sommes toutes les trois, &#233;tait fait pour la communaut&#233; Facebook, amis et coll&#232;gues&#8230; Je lui fais une place dans l'historique de mon fil Facebook parce que j'y mets des &#233;tapes de ma vie et je ne pouvais pas faire comme si ma s&#339;ur n'&#233;tait pas morte. Je ne voulais pas &#234;tre plainte mais j'ai eu une inondation de condol&#233;ances &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, si dans les deux cas sont annonc&#233;s le lien de parent&#233; avec le ou la disparu.e, &#233;ventuellement les causes de la mort, les &#233;motions ressenties par celle ou celui qui poste l'annonce du d&#233;c&#232;s ont une place particuli&#232;re sur les r&#233;seaux sociaux qu'elles n'avaient pas dans le faire-part. La photographie, souvent issue d'un album de photo, montre la personne d&#233;c&#233;d&#233;e avec la personne qui publie le post explicitant le lien mais aussi l'affection qui les unissaient : &lt;i&gt;&#171; Ma maman nous a quitt&#233;s aujourd'hui, j'ai eu la chance de la ch&#233;rir pendant 60 ans !!! &#187;&lt;/i&gt;. L'annonce de la mort sur les r&#233;seaux sociaux avec la pr&#233;sentation d'une photographie post-mortem reste extr&#234;mement rare. Le choix de Louise Rafkin de partager une photo de sa m&#232;re sur son lit de mort sur les r&#233;seaux sociaux pour annoncer sa mort a donn&#233; lieu &#224; un article dans le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;, ce post ayant suscit&#233; de nombreux commentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre nouveaut&#233; li&#233;e au r&#233;seaux sociaux, l'annonce du d&#233;c&#232;s sur la page facebook du disparu. Une &#233;tude&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fanny Georges, Virginie Julliard. Profilopraxie et apposition des stigmates (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui s'int&#233;resse au remplacement de l'image de profil montre qu'elle t&#233;moigne d'un changement de perspective tant au niveau photographique qu'&#233;nonciatif. On glisse ainsi d'une photographie que le d&#233;funt avait choisie pour la remplacer par une image, souvent choisie par un ou des proches, qui rende au mieux hommage au disparu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'annonce du d&#233;c&#232;s d&#233;passe la sph&#232;re de la famille et des proches pour s'&#233;tendre aux &#171; amis-Facebook &#187;, seuls les morts anonymes semblent &#234;tre encore davantage invisibilis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26945 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/image_14_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH750/image_14_-10da3.jpg?1772485675' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#169; Samy Ait Chikh
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patrick Baudry, opus cit&#233;, p. 21&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sophie P&#232;ne, Facebook mort ou vif, &lt;i&gt;Questions de communication&lt;/i&gt;, 19/2011. &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/questionsdecommunication/2617&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/questionsdecommunication/2617&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gabrielle Petitdemange, &#171; Les faire-part de d&#233;c&#232;s. Un autre langage du deuil ? &#187;, in &lt;i&gt;Revue des Sciences Sociales&lt;/i&gt;, n&#176;31, 2003, p. 218-224.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fanny Georges, Virginie Julliard. Profilopraxie et apposition des stigmates de la mort : comment les proches transforment-ils la page Facebook d'un d&#233;funt pour la post&#233;rit&#233; ?. L&#237;nguas e Instrumentos Lingu&#237;sticos (Br&#233;sil), 2016, 37, pp.231-256. hal-01575175&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Accompagnement par l'association Marseillais Solidaires des Morts Anonymes (MSMA) lors de l'inhumation d'une d&#233;funte anonyme. &#169; SAMY AIT CHIKH&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(*) Louis-Vincent Thomas (1985), opus cit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chim&#232;re</title>
		<link>https://tk-21.com/Chimere</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tk-21.com/Chimere</guid>
		<dc:date>2025-11-02T11:35:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>transhumanisme</dc:subject>
		<dc:subject>science</dc:subject>
		<dc:subject>conscience </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Parall&#232;lement au libertarianisme et &#224; l'ultralib&#233;ralisme, une &#171; pseudo Am&#233;rique &#187; a engendr&#233; deux autres monstres qui contaminent le monde. Denis Schmite poursuit son exploration du prom&#233;th&#233;en contemporain, de l'humain au transhumain au posthumain. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le papier peint avec lequel les hommes de science ont recouvert le monde de la r&#233;alit&#233; tombe en lambeaux... La beaut&#233;, cette beaut&#233; f&#233;line qui nous tient par les couilles en Am&#233;rique, est finie. Pour sonder la nouvelle r&#233;alit&#233;, il est d'abord (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH107/arton2754-d4515.jpg?1772240718' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parall&#232;lement au libertarianisme et &#224; l'ultralib&#233;ralisme, une &#171; pseudo Am&#233;rique &#187; a engendr&#233; deux autres monstres qui contaminent le monde. Denis Schmite poursuit son exploration du prom&#233;th&#233;en contemporain, de l'humain au transhumain au posthumain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22887 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;56&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/1024px-fontana_del_bacchino__boboli__valerio_cioli_03_fontana_del_bacchino_boboli_valerio_cioli_03.jpg-ccby2_5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/1024px-fontana_del_bacchino__boboli__valerio_cioli_03_fontana_del_bacchino_boboli_valerio_cioli_03.jpg-ccby2_5-ae636.jpg?1760473932' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fontana del Bacchino (Boboli), Valerio Cioli, CCby2.5.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le papier peint avec lequel les hommes de science ont recouvert le monde de la r&#233;alit&#233; tombe en lambeaux... La beaut&#233;, cette beaut&#233; f&#233;line qui nous tient par les couilles en Am&#233;rique, est finie. Pour sonder la nouvelle r&#233;alit&#233;, il est d'abord n&#233;cessaire de d&#233;monter les tuyaux, de d&#233;brider les conduites gangren&#233;es qui composent le syst&#232;me g&#233;nito-urinaire par o&#249; s'&#233;coulent les excr&#233;tions de l'Art... Les tuyaux sont obstru&#233;s par des embryons &#233;trangl&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henry Miller, Tropique du Cancer, 1934, &#201;ditions Deno&#235;l 1945, Traduction : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;Henry Miller&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
En guise d'illustrations de ces quelques paroles proph&#233;tiques d'Henry Miller extirp&#233;es de son &lt;i&gt;Tropique du Cancer&lt;/i&gt; on pourrait retenir la belle image d'une gracieuse chim&#232;re mise en sc&#232;ne par Matthew Barney dans son &lt;i&gt;Cremaster 3&lt;/i&gt;, mi-femme mi-l&#233;opard ici, mais parfois femme aux jambes de cristal ou bien d'acier, Aimee Mullins, superbe cr&#233;ature transhumaine transcend&#233;e par un artiste transhumaniste, si ce n'est post. &lt;i&gt;&#171; Un grand adepte de l'hybridation homme/machine, Barney, et de l'hybridation tout court. Les mutants et les cyborgs peuplent son monde fait de mythologie &#233;gyptienne, de rites shinto&#239;stes, de l&#233;gendes celtiques, d'industrie automobile d'antan, de chasse &#224; la baleine et de m&#233;tamorphoses, de magicien-performer prodige et de joueur de football dot&#233; de rotules en plastique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mon texte &#171; Spirales &#187; dans lequel je parle de Matthew Barney et de son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et puis, un blasto&#239;de tachet&#233; de couleurs phosphorescentes pour bien montrer les lign&#233;es cellulaires impliqu&#233;es, donc un pseudo embryon possiblement transg&#233;nique concoct&#233; par la Biom&#233;decine et le G&#233;nie g&#233;n&#233;tique. Quant &#224; &#171; l'Am&#233;rique &#187; et &#224; ses attributs, l'image ci-dessus repr&#233;sente assez bien cela. Dysmorphisme et infatuation ! En fait, la face hideuse d'une certaine population ! Et Miller, plus loin, dans ce qui pourrait &#234;tre une conclusion : &lt;i&gt;&#171; Il (faut) garder l'Am&#233;rique, toujours &#224; l'arri&#232;re-plan, une sorte de gravure carte postale, que l'on regarde dans ses moments de faiblesse [...]. &#199;a n'existe pas l'Am&#233;rique ! C'est un nom qu'on donne &#224; une id&#233;e abstraite... &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, bien que n'existant pas, l'Am&#233;rique va se trouver une fois encore au c&#339;ur du probl&#232;me. D'abord pourquoi n'existe-t-elle pas l'Am&#233;rique ? L'Am&#233;rique existe en tant que continent et non pas en tant que pays, or c'est d'un pays dont parle Henry Miller et plus pr&#233;cis&#233;ment d'une &#171; id&#233;e abstraite &#187;, d'un fantasme de pays pour les gens du Monde, en particulier pour les &#171; Am&#233;ricains &#187;. Le terme d'&#233;tats unis ne peut &#234;tre lui non plus accapar&#233; par une seule nation puisque sur le continent Am&#233;rique une majorit&#233; de pays, gigantesques au demeurant, au nord et au sud, ont cr&#233;&#233; une union d'&#233;tats. Par cons&#233;quent, le terme &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique &#231;a ne peut en aucune mani&#232;re qualifier un seul pays ou alors &#224; peu pr&#232;s tous, Canada, Mexique, Br&#233;sil, Argentine, Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon ! Quel est le probl&#232;me &#233;voqu&#233; ? Rong&#233;e par le prom&#233;th&#233;isme doctrinal, id&#233;ologique si on pr&#233;f&#232;re, cette pseudo Am&#233;rique a g&#233;n&#233;r&#233;, apr&#232;s ou parall&#232;lement au libertarianisme et &#224; l'ultralib&#233;ralisme, deux autres monstres, le transhumanisme et le posthumanisme, cellules oncog&#232;nes qui l&#224; encore vont m&#233;tastaser dans le monde entier car c'est bien de cancer dont il s'agit ici, toute la plan&#232;te s'&#233;tant concentr&#233;e sous son tropique. Concernant le transhumanisme les choses se sont install&#233;es sans brutalit&#233; aucune mais dans un rapide glissement, le plus souvent par consentement, parfois sur demande, d'&#224; peu pr&#232;s tous, sauf les sous-aliment&#233;s, les d&#233;nutris, les populations en zone de guerre, un tr&#232;s gros tiers de l'humanit&#233; exclus quand m&#234;me, le smartphone, eh oui ! un sixi&#232;me ou septi&#232;me sens mais surtout un parfait traqueur de l'individu globalis&#233;, les soins esth&#233;tiques, dont la chirurgie ainsi que les proth&#232;ses non strictement r&#233;paratrices, le sport, de comp&#233;tition ou non, qui sous-entend le dopage, le bodybuilding et ses mol&#233;cules diverses et vari&#233;es, les psychostimulants l&#233;gaux ou ill&#233;gaux, la procr&#233;ation m&#233;dicalement assist&#233;e avec fertilisation en laboratoire, d&#233;sir et tendresse, et bien d'autres trucs encore.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22890 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/hq720.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/hq720-05e7a.jpg?1772204380' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#234;tre humain est imparfait de par son corps et de par son esprit et il faut donc l'am&#233;liorer. Un certain nombre de philosophes, dont ceux de l'Universit&#233; Libre de Bruxelles qui ont dirig&#233; la belle &lt;i&gt;Encyclop&#233;die du transhumanisme et du posthumanisme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Hottois, J.N. Missa et L. Perbal (dir.) - Encyclop&#233;die du tranhumanisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;voque, &#224; propos du transhumanisme, &lt;i&gt;&#171; un progressisme prom&#233;th&#233;en d'am&#233;lioration de la nature humaine par la technologie &#187;&lt;/i&gt;, une &lt;i&gt;&#171; utopie technoscientifique &#187;&lt;/i&gt; qui s'appuie sur &lt;i&gt;&#171; les progr&#232;s de la biom&#233;decine &#187;&lt;/i&gt;. La biom&#233;decine ne veut pas dire une m&#233;decine sans herbicide mais une m&#233;decine qui int&#232;gre les savoirs et les m&#233;thodes de la biologie, de la chimie et de la physique, donc une m&#233;decine hybride. On parlera par la suite beaucoup d'hybridation par rapport au sujet scientifique, comme de glissement ou de dilution. Pr&#233;cis&#233;ment, il y a une &lt;i&gt;&#171; dilution [progressive] des fronti&#232;res entre la m&#233;decine th&#233;rapeutique [ou curative] et la m&#233;decine d'am&#233;lioration [de l'humain] &#187;&lt;/i&gt;. En &#171; Am&#233;rique &#187; on parle de &#171; Human Enhancement &#187;. Il s'agit de &#171; transcender &#187; l'&#234;tre humain, d'o&#249; le slogan programmatique &lt;i&gt;&#171; Living longer, healthier, smarter and happier &#187;&lt;/i&gt;, vivre plus longtemps, en meilleure sant&#233;, plus intelligent et plus heureux. Dans une publication intitul&#233;e &#171; Au-del&#224; du th&#233;rapeutique... &#187;, le Comit&#233; d'&#233;thique am&#233;ricain pr&#233;sente &lt;i&gt;&#171; le human enhancement comme une sorte de prolongement naturel de l'activit&#233; m&#233;dicale &#187;&lt;/i&gt; avec comme objectif le bonheur, tandis que plus directement, dans un rapport prospectif, la National Science Foundation et le Department of Commerce affirme qu'il faut promouvoir &lt;i&gt;&#171; les innovations am&#233;liorant la performance des individus, agents &#233;conomiques &#187;&lt;/i&gt; pour la sauvegarde du leadership des &lt;i&gt;&#171; &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter Sloterdijk, homme du &lt;i&gt;&#171; Remords... &#187;&lt;/i&gt; duquel il sera bient&#244;t question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Sloterdjik - Le Remords de Prom&#233;th&#233;e duquel il sera question dans mon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Gilbert Hottois et J&#233;r&#244;me Gaffette, donnent le nom d'anthropotechnique, ou d'anthropotechnie, aux techniques de &lt;i&gt;&#171; transformation extra-m&#233;dicale de l'&#234;tre humain par intervention sur son corps &#187;&lt;/i&gt;. On parle de &#171; M&#233;decine m&#233;liorative &#187; sans &#171; a &#187;, une m&#233;decine qui utilise des m&#233;dicaments nouveaux et des techniques th&#233;rapeutiques tout aussi nouvelles &#224; des fins curatives certes, mais aussi pour augmenter les capacit&#233;s humaines que ce soit l'intelligence et la force, pour am&#233;liorer l'apparence et r&#233;orienter les &#233;motions, par des psychotropes, avec comme objectif LE BONHEUR... et aussi gagner de l'argent mais &#231;a ce n'est jamais dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains qui partagent ce d&#233;sir d'am&#233;liorer, voire de transcender, l'humain iront jusqu'&#224; d&#233;clarer que &lt;i&gt;&#171; le transhumanisme doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un prolongement de l'humanisme des Lumi&#232;res &#187;&lt;/i&gt; et consid&#232;rent qu'ils font un usage &#171; rationnel &#187; des biotechnologies et des technosciences en g&#233;n&#233;ral. On notera que cette revendication de l'h&#233;ritage des Lumi&#232;res va &#224; l'encontre de la position du courant postmoderne regroupant &#224; peu pr&#232;s tous les philosophes fran&#231;ais de la seconde moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle, Lyotard, Derrida, Deleuze, Foucault, et qui stigmatisait ce que le premier appelait les m&#233;tar&#233;cits, en gros les id&#233;ologies et utopies, dont il rejetait la faute aux Lumi&#232;res. Par contre ce courant adorait les technosciences, particuli&#232;rement Lyotard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, il y a beaucoup d'id&#233;es dans tout ceci, un trop-plein, mais y en a-t-il de vraiment belles des id&#233;es ? Henry Miller affirme que &lt;i&gt;&#171; l'esth&#233;tique de l'id&#233;e produit des pots de fleurs, et les pots de fleurs on les met sur la fen&#234;tre. Mais s'il n'y a pas de soleil ni de pluie, &#224; quoi bon mettre les pots de fleurs sur la fen&#234;tre ? &#187;&lt;/i&gt; Tout le probl&#232;me est l&#224; : y a-t-il encore des sources de vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; trans &#187; n'est que transitoire. Ainsi le philosophe et bio&#233;thicien John Harris va d&#233;clarer que le Saint Graal de l'am&#233;lioration est l'immortalit&#233;, &lt;i&gt;&#171; The Holy Grail of Enhancement is Immortality &#187;&lt;/i&gt;. L&#224;, le glissement du transhumanisme au posthumanisme va &#234;tre brutal, mais sans qu'on ait cherch&#233; &#224; le voir arriver. Il ne s'agit plus d'am&#233;liorer mais d'op&#233;rer une transformation &#171; biophysique &#187; de l'Homme en mobilisant toutes les technosciences, biom&#233;decine, g&#233;n&#233;tique, neurosciences, nanotechnologies, informatique, ainsi que toutes les recherches dans des domaines connexes comme la robotique, la biologie de synth&#232;se et l'intelligence artificielle. Dans le m&#234;me temps on en profite pour moderniser le vocabulaire et parler de &#171; Sciences et technologies convergentes &#187; ou bien encore de NBIC pour nanotechnologies, biom&#233;decine, informatique, sciences cognitives. En fait hybridation &#224; tous les &#233;tages ! Tout est dans tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nanotechnologies en voil&#224; un sujet int&#233;ressant et contemporain ! Des nanoparticules on en trouve partout, textiles antitaches et anti-transpiration, b&#233;ton, peintures et verres autonettoyants, cr&#232;mes solaires et cosm&#233;tiques, aliments, m&#233;dicaments etc. etc. et elles posent plein de probl&#232;mes de sant&#233; parce qu'elles s'accumulent dans nos organismes y compris dans nos cerveaux, parce qu'elles forcent toutes les barri&#232;res biologiques. Le nanom&#232;tre repr&#233;sente un milliardi&#232;me de m&#232;tre. La taille d'une bact&#233;rie est de mille nanom&#232;tres tandis que celle d'un virus est de dix nanom&#232;tres. On parle de nanoparticule pour tout objet d'une taille inf&#233;rieure &#224; cent nanom&#232;tres, mais souvent c'est 1,5 nanom&#232;tre, une quinzaine d'atomes. A cette &#233;chelle, la physique qui s'applique est la m&#233;canique quantique et les propri&#233;t&#233;s des mat&#233;riaux, physique, chimique, biologique, &#233;lectromagn&#233;tique, sont diff&#233;rentes de ce qu'elles sont &#224; l'&#233;chelle courante. Aussi pour travailler avec les nanoparticules, les trier et les assembler, il a fallu cr&#233;er un nouvel outil, le microscope &#224; effet tunnel, effet quantique bien connu des physiciens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'effet tunnel permet &#224; une particule de franchir une barri&#232;re de potentiel, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'un des mat&#233;riaux les plus int&#233;ressants, en particulier pour les militaires, c'est le nanotube de carbone, beaucoup plus l&#233;ger et infiniment plus r&#233;sistant que l'acier mais extr&#234;mement toxique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biologie de synth&#232;se, ou ing&#233;nierie du vivant, ou g&#233;nie biologique, marche la main dans la main avec le g&#233;nie g&#233;n&#233;tique et travaille notamment avec des polym&#232;res pris dans la nature ou artificiels, pour cr&#233;er de nouvelles mol&#233;cules, voire m&#234;me de nouvelles cellules dot&#233;es de g&#233;nomes synth&#233;tiques. Les d&#233;clarations sont toujours vertueuses, prot&#233;ger l'environnement, collaborer &#224; l'industrie de pointe, aider la m&#233;decine bien s&#251;r, par exemple v&#233;hiculer au moyen de navettes synth&#233;tiques guid&#233;es par des peptides&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un peptide est un polym&#232;re d'acides amin&#233;s, l'argile avec lequel sont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; la chimioth&#233;rapie au c&#339;ur m&#234;me des tumeurs canc&#233;reuses puis les faire exploser au moyen des rayons ionisants de la radioth&#233;rapie pour une parfaite diffusion de la chimio dans la tumeur, mais on doit aussi, et entre autres, &#224; ces deux &#171; g&#233;nies &#187; la fabrication par transgen&#232;se des fameux OGM, organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s, et pas mal d'autres choses inqui&#233;tantes. L'outil CRISPR-Cas9, ciseaux g&#233;n&#233;tiques ou bistouri g&#233;n&#233;tique, comme on voudra, trouve ici son plein usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques-uns, pas n&#233;cessairement des antiprogressistes, en sont arriv&#233;s &#224; consid&#233;rer les nanotechnologies, le g&#233;nie g&#233;n&#233;tique, la biologie de synth&#232;se, et l'&#233;nergie nucl&#233;aire, comme &#233;tant les quatre cavaliers de l'apocalypse, l'intelligence artificielle en constituant in&#233;luctablement un cinqui&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22885 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;73&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/4cavaliers.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH697/4cavaliers-0f203.jpg?1760473932' width='500' height='697' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les quatre cavaliers de l'Apocalypse, Arbrecht D&#252;rer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;entre 1498 et 1511
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Evgeny Morozov, un &#171; Am&#233;ricain &#187; comme son nom ne l'indique pas, mais surtout historien des sciences, sp&#233;cialiste du num&#233;rique et de ses implications sociales et politiques, raconte l'histoire d'un psychiatre hippie passionn&#233; de cybern&#233;tique, Warren Brodey, et &#224; travers celui-ci le tournant pris par la recherche en intelligence artificielle, c'est-&#224;-dire le passage de l'id&#233;e d'am&#233;lioration de l'humain &#224; celle d'augmentation de l'humain. &#192; l'instar d'un certain nombre de cybern&#233;ticiens de l'&#233;poque, Brodey voyait autour de lui &lt;i&gt;&#171; un gigantesque gisement d'intelligence, humaine, cr&#233;ative, impr&#233;visible, et po&#233;tique &#187;&lt;/i&gt; et se d&#233;fiait comme de la peste de l'IA et de ses d&#233;fenseurs dogmatiques. Il &#233;tait l'un des promoteurs, ardent, d'une v&#233;ritable &#171; philosophie de la cybern&#233;tique &#187;, &#224; savoir qu'&#224; partir d'une approche transdisciplinaire on devrait comprendre l'intelligence humaine tout comme les process industriels ou la machinerie soci&#233;tale. Il s'agissait pour lui, pour eux, de cr&#233;er des outils qui stimulent cette intelligence naturelle tout en la mettant en harmonie avec son environnement tout aussi naturel. Tout en travaillant &#224; la mise au point de son utopie humaniste et &#233;cologique au sein du MIT, Brodey se voyait entour&#233; de jeunes math&#233;maticiens et informaticiens, brillants et fougueux, qui cherchaient &#224; cr&#233;er pour le Pentagone et le complexe militaro-industriel l'IA de demain. Il a fini par quitter le MIT duquel il avait toujours refus&#233; une titularisation tout comme il avait rejet&#233; tout financement venant du Pentagone&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Evgeny Morozov, &#171; Une autre intelligence artificielle est possible &#187; in Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, plein de nouveaux mat&#233;riaux, plein de nouveaux outils, plein de nouvelles techniques bourr&#233;es de vertus mais tr&#232;s fragiles ces vertus, pour reconstruire l'Homme, un &#171; work in progress &#187;, comme on dit en &#171; Am&#233;rique &#187;, fabriquer l'Homme nouveau, comme on a dit ailleurs, &lt;i&gt;&#171; un processus de perfectibilit&#233; continue &#187;&lt;/i&gt;, un chantier prom&#233;th&#233;en duquel Prom&#233;th&#233;e ne saurait &#234;tre tenu pour responsable.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22925 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/stelarc.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH765/stelarc-fb734.jpg?1772204380' width='500' height='765' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et on va se confronter une nouvelle fois au fantasme nourri par l'homme prom&#233;th&#233;en tel que saisi par Fran&#231;ois Flahault, celui d'autoengendrement et d'indestructibilit&#233;, expressions du virilisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;tour d'une phrase, le professeur Edith Heard l'a dit &lt;i&gt;&#171; et nous, &#233;chos indignes, allons derri&#232;re [elle] tout bas le r&#233;p&#233;tant &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edith Heard est g&#233;n&#233;ticienne, directrice g&#233;n&#233;rale du Laboratoire europ&#233;en de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; la reproduction sexu&#233;e a un co&#251;t, celui qui se reproduit ne transmettant qu'une partie de son g&#233;nome. La reproduction non sexu&#233;e autorise la transmission de la totalit&#233; d'un g&#233;nome mais elle ne peut se faire que par clonage, en gros par introduction d'un noyau cellulaire au stade de la blastula, noyau qui contient le dit g&#233;nome, dans un ovocyte &#233;nucl&#233;&#233;. Mais &#171; l'ectogen&#232;se &#187; n'est pas chose ais&#233;e quand m&#234;me. Il faut implanter l'embryon ou le f&#339;tus dans un ut&#233;rus artificiel et c'est l&#224; que &#231;a se complique parce qu'il est tr&#232;s difficile, et bien plus encore, de reproduire le liquide amniotique que produit un ut&#233;rus naturel. On parle de &#171; technologie du choix germinal &#187; qui recouvre aussi la possibilit&#233; de modifier le patrimoine g&#233;n&#233;tique de l'enfant &#224; venir. Enfant sur catalogue ! Design du Vivant ! Voil&#224; ! Mais tout ceci &#171; peut &#187; aller beaucoup plus loin, comme on va le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cette obsession d'augmenter consid&#233;rablement les capacit&#233;s cognitives, m&#233;moire et intellect, au moyen de nano-implants dans le cerveau, et il est dit que l'un des titans de la Silicon Valley se targue d'y avoir recouru lui-m&#234;me &#224; ces implants c&#233;r&#233;braux. Beaucoup d'espoirs sont plac&#233;s dans les nanotechnologies, pour la cr&#233;ation d'interfaces homme-machine par exemple, un autre fantasme sans doute mais avec certaines applications probablement d&#233;j&#224; test&#233;es au niveau militaire puisque c'est de l'arm&#233;e &#171; am&#233;ricaine &#187; que toujours d&#233;pend la cr&#233;ativit&#233; des hommes de ce pays. Il ne faut jamais oublier qu'en deux cent cinquante ann&#233;es d'existence, &#171; l'Am&#233;rique &#187; a employ&#233; deux cent vingt-six ann&#233;es &#224; la guerre et &#224; des interventions ext&#233;rieures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un certain Ray Kurtzweil, non pas &#171; Am&#233;ricain &#187; mais Australien, futurologue de son &#233;tat et amoureux des technosciences, annonce l'&#233;mergence &#171; prochaine &#187; d'une &#171; singularit&#233; technologique &#187;, &#171; singularit&#233; &#187; &#233;tant un terme emprunt&#233; &#224; l'astrophysique et qui signifie &#224; peu pr&#232;s &#171; l'infini &#187;, en l'occurrence d'une intelligence non-biologique &#171; infiniment &#187; plus performante que l'intelligence humaine, un milliard de fois avance-t-il, &#224; telle point qu'elle pourrait &#233;voluer seule et rapidement concevoir puis donner naissance &#224; des machines encore plus intelligentes affirment d'autres technophiles. Kurtzweil, lui, entrevoit un processus en trois &#233;tapes. La parfaite mod&#233;lisation informatique d'un cerveau humain, puis le d&#233;veloppement exponentiel de l'informatique domestique, acc&#233;l&#233;ration de la loi de Moore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La ou les &#171; lois &#187; de Moore sont des appr&#233;ciations bas&#233;es sur des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un superordinateur pour la famiille, enfin la fusion de l'intelligence artificielle et du contenu d'un cerveau humain, hybridation, chim&#232;re, avec &#224; terme l'&#233;mergence de ladite singularit&#233;, la supr&#234;me intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, bien plus qu'un glissement c'est un v&#233;ritable d&#233;rapage qu'op&#232;re le posthumanisme, un d&#233;rapage dans la d&#233;raison, vers une humanit&#233; non-biologique, vers une intelligence totalement artificielle mais dot&#233;e d'une conscience nouvelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour nombre de ces gens-l&#224;, les posthumanistes, la Mort n'est donc qu'un probl&#232;me technologique &#224; r&#233;soudre. Ceci peut se faire en deux &#233;tapes. La premi&#232;re est d&#233;j&#224; largement amorc&#233;e par la convergence des technologies du Vivant, ou biotechnologies, avec les nanosciences, les technologies de l'information et les sciences cognitives, donc en activant les NBIC et en transcendant les formes actuelles de l'humain, en le remodelant et en prolongeant sa vie. Certains osent dire que l'homme qui vivra mille ans est d&#233;j&#224; n&#233; MAIS... la Mort reste encore au bout du chemin. Syndrome de Gilgamesh. La seconde, en rapprochant la robotique et l'IA et en t&#233;l&#233;chargeant le contenu du cerveau de l'homme dans une machine intelligente, serait une mani&#232;re de lui donner l'immortalit&#233; en le d&#233;barrassant d&#233;finitivement de son corps toujours p&#233;rissable malgr&#233; les changements d'organes rendus possibles. Av&#232;nement du nouveau Prom&#233;th&#233;e en abattant la fronti&#232;re entre l'humain et le non-humain ! MAIS... la partie non humaine serait en mesure de se rebeller et d'imposer son autonomie. La singularit&#233;, absolument non biologique ! Fin de l'humain ! Aboutissement des technosciences ou d&#233;lire science-fictionnel ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22889 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;64&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/denis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH575/denis-b08a0.jpg?1760473932' width='500' height='575' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La &#171; Mosa&#239;que du Triomphe &#187;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;montage de Denis Schmite
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de mat&#233;riaux nouveaux, vivants ou inertes, de technologies puissantes et possiblement d&#233;viantes ainsi que de sciences fortement hybrid&#233;es, sollicite l'Art bien s&#251;r au point de cr&#233;er un courant r&#233;ellement avant-gardiste, qu'on a d&#233;j&#224; effleur&#233; avec le &#171; Prometheus Delivered &#187; de Thomas Feuerstein, le BIO-ART. Culture de cellules et de tissus organiques, clonage, mutations g&#233;n&#233;tiques et transgen&#232;se, fusion du biologique, des polym&#232;res synth&#233;tiques et de l'informatique, et bien d'autres choses encore. Les bio-artistes questionnent sans cesse la Science, taquinent la Philosophie, se contrefoutent des bien-pensants et des th&#233;ologiens de tous poils, et ils ne demandent rien &#224; la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral et &#224; ses politiciens en particulier, enfin &#224; l'inverse de beaucoup d'autres ils sont toujours passionnants et m&#234;me parfois amusants. Tout ce qu'ils font c'est d&#233;velopper des recherches en travaillant la mati&#232;re vivante, en collaborant &#233;troitement avec les scientifiques, dans la qu&#234;te sans fin d'une esth&#233;tique in&#233;dite, et en se proposant comme &#171; des &#233;veilleurs de consciences &#187;, &#224; l'oppos&#233; cette fois-ci des scientifiques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22888 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;56&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/ch_1_v6i34e.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH602/ch_1_v6i34e-99493.jpg?1760473932' width='500' height='602' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La &#171; Bio-mosa&#239;que &#187;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;montage de Denis Schmite
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans une vaste d&#233;pendance du palais de la grande pr&#234;tresse libertarienne et transhumaniste version ga&#239;enne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le ga&#239;anisme (Ga&#239;a, la terre dans la mythologie grecque) est un courant &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sorte de turgescence scrofuleuse dress&#233;e par Gehry, le palais pas la grande pr&#234;tresse, celle qui s'emploie &#224; arracher de son coutelas d'argent le c&#339;ur de diamant de la &#171; pure &#187; cit&#233; d'Arles, la grande pr&#234;tresse pas la turgescence, Pierre Huyghe a momentan&#233;ment pos&#233; une installation complexe pr&#233;tendument faite pour frapper d'effroi le visiteur ou, pour le moins, le plonger dans un bain ins&#233;cure, un espace de m&#233;ditation voulu tr&#232;s inconfortable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une semi-p&#233;nombre, quelques larges &#233;crans diffusent les images, d&#233;form&#233;es mais tr&#232;s belles, que l'on dit puis&#233;es dans le cerveau de personnes auxquelles on aurait donn&#233; quelques th&#232;mes &#224; malaxer, &#339;uvres d'art ou organismes vivants, par exemple. On aurait ainsi capt&#233; les flux neuronaux de ces personnes par &#233;lectroenc&#233;phalogramme ou au moyen d'&#233;lectrodes implant&#233;es dans certaines r&#233;gions du cortex et on les aurait d&#233;cod&#233;s dans un ordinateur, c'est ce qu'on appelle &#171; l'interface neuronale directe &#187;. Et puis, une &#171; intelligence artificielle &#187; aurait lu tout &#231;a et aurait reconstitu&#233; les images n&#233;es dans la t&#234;te des gens avant de les envoyer sur les &#233;crans, mais pas n'importe comment. Ces images d&#233;filent souvent tr&#232;s vite car elles suivent le rythme de prolif&#233;ration de cellules canc&#233;reuses contenues dans des incubateurs. On notera que beaucoup de bio-artistes utilisent les cellules canc&#233;reuses qui exercent sur eux une v&#233;ritable fascination car, non soumises &#224; l'apoptose, mort cellulaire programm&#233;e, elles sont consid&#233;r&#233;es comme &#233;tant immortelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a recouvert le sol de cette sorte de hangar-&#233;table d'une &#233;paisse couche de terre sur laquelle on a d&#233;pos&#233; des fourmili&#232;res grouillantes et des art&#233;facts biod&#233;gradables faits de r&#233;sine synth&#233;tique et de mati&#232;res organiques qui ressemblent furieusement &#224; certaines images projet&#233;es, tandis qu'aux poutres m&#233;talliques sont suspendus des nids d'abeilles appel&#233;es &#224; virevolter. L&#224;-dedans tout est en interaction et rien n'est fait pour durer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; et la r&#233;alit&#233; ? Dystopie et impermanence !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas tenus de croire tout ou partie de cet &lt;i&gt;&#171; After Uunwelt &#187;&lt;/i&gt; franchement posthumaniste car Pierre Huyghe est dot&#233; d'un imaginaire d&#233;bordant et, qui plus est, c'est un merveilleux conteur d'histoires improbables, toute impr&#233;gn&#233;es qu'elles sont de croyances enfantines, de fables anciennes ou modernes, de bestiaires pseudo-fantastiques, de fantasmes d'adulte, et d'univers multiples paradoxalement proches, d'une hybridation de tout ceci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; et la r&#233;alit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, il n'y a pas de r&#233;alit&#233;, elle n'existe pas, tout comme la v&#233;rit&#233; du reste. Il n'y a que des illusions, des images, des chim&#232;res, si ce n'est la souffrance, la douleur, la peine, la col&#232;re inflig&#233;es par les illusions des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henry Miller a compris ce discours et de commenter : &lt;i&gt;&#171; Oh ! apr&#232;s tout, ce sont l&#224; pens&#233;es nocturnes provoqu&#233;es par une promenade sous la pluie apr&#232;s deux mille ans de Christianisme &#187;&lt;/i&gt;.
&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22886 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/71jspjneb7l__uf1000_1000_ql80_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH374/71jspjneb7l__uf1000_1000_ql80_-a903d.jpg?1760473932' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;&lt;i&gt;&#192; suivre&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henry Miller, &lt;i&gt;Tropique du Cancer&lt;/i&gt;, 1934, &#201;ditions Deno&#235;l 1945, Traduction : Henri Fluch&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mon texte &#171; Spirales &#187; dans lequel je parle de Matthew Barney et de son ascension par l'ext&#233;rieur de la rampe du Guggenheim Museum de Central Park dans le &lt;i&gt;Cremaster 3&lt;/i&gt; et de sa rencontre avec Aimee Mullins, tant&#244;t femme l&#233;opard, tant&#244;t femme aux jambes de cristal. Aimee Mullins est une athl&#232;te handisport, un mannequin et une actrice.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Hottois, J.N. Missa et L. Perbal (dir.) - Encyclop&#233;die du tranhumanisme et du posthumanisme (Librairie Philosophique J. VRIN, 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peter Sloterdjik - Le Remords de Prom&#233;th&#233;e duquel il sera question dans mon texte &#171; Arationalit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'effet tunnel permet &#224; une particule de franchir une barri&#232;re de potentiel, pour faire simple de passer au travers d'un obstacle plut&#244;t que passer au-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un peptide est un polym&#232;re d'acides amin&#233;s, l'argile avec lequel sont fa&#231;onn&#233;s les prot&#233;ines (voir &#171; Conscience &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Evgeny Morozov, &#171; Une autre intelligence artificielle est possible &#187; in &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; n&#176;845, Ao&#251;t 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edith Heard est g&#233;n&#233;ticienne, directrice g&#233;n&#233;rale du Laboratoire europ&#233;en de biologie mol&#233;culaire, titulaire de la chaire &#171; &#201;pig&#233;n&#233;tique et m&#233;moire cellulaire &#187; au Coll&#232;ge de France, membre de l'Acad&#233;mie des sciences, m&#233;daille d'or du CNRS en 2024. C'est une sp&#233;cialiste de l'inactivation du chromosome X. Et puis il y a cette r&#233;miniscence enfantine d'un tr&#232;s court po&#232;me d'Alexandre Dumas &#171; Le po&#232;te l'a dit et nous &#233;chos indignes allons derri&#232;re lui tout bas le r&#233;p&#233;tant l'Angleterre est un nid de cygnes au milieu d'un immense &#233;tang &#187;. Edith Heard est d'origine britannique et c'est un hommage que je lui rends.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La ou les &#171; lois &#187; de Moore sont des appr&#233;ciations bas&#233;es sur des constatations de l'&#233;volution du mat&#233;riel informatique en termes de puissance et de m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le ga&#239;anisme (Ga&#239;a, la terre dans la mythologie grecque) est un courant &#171; &#233;cologiste &#187; du transhumanisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>No&#235;l Ravaud</title>
		<link>https://tk-21.com/Noel-Ravaud</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tk-21.com/Noel-Ravaud</guid>
		<dc:date>2025-07-27T15:45:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Christophe Nourisson</dc:creator>


		<dc:subject>po&#233;sie</dc:subject>
		<dc:subject>vid&#233;o</dc:subject>
		<dc:subject>performance</dc:subject>
		<dc:subject>art</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Artiste, plasticien, performeur, vid&#233;aste, photographe, po&#232;te, cr&#233;ateur de revue, No&#235;l Ravaud &#233;tire les tentacules de son &#339;uvre dans les m&#233;andres de ton cerveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus d'une ann&#233;e s'est &#233;coul&#233;e depuis la disparition de ce vertigineux artiste. Sauvage et raffin&#233;, anarchiste et profond&#233;ment farceur, pauvre parce qu'incorruptible au regard de l'&#233;conoma capitaliste, il laisse en rade une &#339;uvre d'une fondamentale importance pour l'art en France entre 1990 &#224; 2020. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais amorc&#233; un texte sur l'une de ses expositions en 2018 &#224; Marseille. Je le livre ici, dans le contre-temps de l'inactuel.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Creation-et-commentaires" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation et commentaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/poesie" rel="tag"&gt;po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/video" rel="tag"&gt;vid&#233;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/performance" rel="tag"&gt;performance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2721-7ff44.jpg?1772188272' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Artiste, plasticien, performeur, vid&#233;aste, photographe, po&#232;te, cr&#233;ateur de revue, No&#235;l Ravaud &#233;tire les tentacules de son &#339;uvre dans les m&#233;andres de ton cerveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus d'une ann&#233;e s'est &#233;coul&#233;e depuis la disparition de ce vertigineux artiste. Sauvage et raffin&#233;, anarchiste et profond&#233;ment farceur, pauvre parce qu'incorruptible au regard de l'&#233;conoma capitaliste, il laisse en rade une &#339;uvre d'une fondamentale importance pour l'art en France entre 1990 &#224; 2020. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais amorc&#233; un texte sur l'une de ses expositions en 2018 &#224; Marseille. Je le livre ici, dans le contre-temps de l'inactuel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Comme il est tr&#232;s probable que l'on va crever, on se rendra compte que c'&#233;tait une vie, simplement au moment o&#249; l'on cr&#232;ve. Fin de la vie. Fin du po&#232;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;&lt;i&gt;Robert Filliou&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'art comme semi-conducteur &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait tenter des carottages en pied de mur ou d'effleurement &#224; la surface de semi-conducteur dont la propri&#233;t&#233; passant de la valence &#224; la conduction nous permettrait de tenter une transcription chaotique de cet engagement suffocant. Ce dont on ne pourrait douter, c'est que la rencontre avec les ouvrages de No&#235;l Ravaud ne laisserait pas de r&#233;pit. Ce serait la premi&#232;re impression perceptible &#224; la d&#233;couverte de l'installation pr&#233;sent&#233;e &#224; la galerie GT &#224; Marseille en mai 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bienvenue, &#224; la s&#233;ance de &lt;i&gt;curling&lt;/i&gt; collectif, expos&#233;e sur les 3 murs et le sol de la galerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soixante-cinq dessins imprim&#233;s sur papier photo furent s&#233;lectionn&#233;s sur l'ensemble des 353 existants le jour du vernissage. Ils sont expos&#233;s sous l'&#233;nigmatique titre : &lt;strong&gt;pendant 365 jours j'ai le m&#234;me &#226;ge que Mary Shelley &#224; sa mort.&lt;/strong&gt; Les dessins sont color&#233;s et encadr&#233;s, install&#233;s sur le mur selon une logique qui nous &#233;chappe mais qui respecte l'orthogonalit&#233; du format. La dispersion des &#339;uvres m&#233;nage des respirations. Quatre photo-images de la s&#233;rie &lt;strong&gt;je me souviens&lt;/strong&gt; sont align&#233;s et une &lt;strong&gt;Chronologie de Mary Shelley jusqu'en 1962&lt;/strong&gt; est manuscrite &#224; raz de sol comme une bande passante. 8 &lt;strong&gt;lignes de confidentialit&#233;&lt;/strong&gt; soit : des planchettes de bois imprim&#233; et d&#233;pos&#233;es au sol ; deux livrets (mode d'emploi/cartel) dont on pouvait manifestement se saisir sont accroch&#233;s avec des chaines &#224; un poteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des temps, des espaces, des m&#233;moires lointaines et imm&#233;diates qui s'enchev&#234;trent. Il y aurait des parall&#232;les &#224; faire avec les feuillets glac&#233;s servant de support aux plong&#233;es mondaines de No&#235;l Ravaud. Il faudrait ainsi se pencher sur le blanc d'une banquise pour faire venir &#224; soi les profondeurs sans horizons des mondes enfouis, ce serait l&#224; une tache r&#233;clamant opini&#226;tret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22664 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/noel_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH355/noel_2-e5a73.jpg?1751392402' width='500' height='355' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chez No&#235;l Ravaud les &#171; dessins &#187; recouvrent des photo-montages, des impressions augment&#233;es d'&#233;criture, rehauss&#233;s, tous produits en tirage num&#233;rique couleur et fabriqu&#233;s avec une patinante souris d'ordinateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier coup d'&#339;il la ligne est souvent tremblante, souvent interrompue. On reconnait de multiples figures qui cohabitent dans une m&#234;me composition : cr&#233;atures informes, rhizomes, formes anthropomorphes, corps morcel&#233;s, proth&#232;ses, animaux, monstres, machines, objets, arbres, fleurs, &#233;pluchures ou encore vers de terre... Les inserts photographiques font surgir : homme - singe - veau - vache - cochon - carcasse - mort ou vif... C'est un &#171; presque tout &#187; du monde qui se trouve chaque fois convoqu&#233;. Nous assistons au broyage duchampien du riche et bicam&#233;ral &lt;i&gt;Paradis&lt;/i&gt; de Jan Brueghel (1607).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22665 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/png/noel_3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH359/noel_3-86965.png?1751392402' width='500' height='359' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le couple de &lt;i&gt;selfiwoman / selfiman,&lt;/i&gt; sorte d'Adam et Eve bio-politiquement modifi&#233;, expose-t-il fi&#232;rement l'un de leurs bras absurdement allong&#233; en perche &#224; selfie. &lt;i&gt;Parle &#224; ma main !&lt;/i&gt; &#8211; Oui, ma main-smartphone filtre d&#233;j&#224; ta parole. Plus loin les doigts marionnettes s'interpellent : &lt;i&gt;&#8211; Not a man &#8211; Not a woman.&lt;/i&gt; La greffe a prise, pas de retour &#224; la vie nue, &lt;i&gt;O.rganisme G.&#233;n&#233;tiquement M.odifi&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bio et Zo&#233;, souverainet&#233; et gouvernance, Foucault &#224; Buenos Aire en 75, Agamben et son Homo Sacer, a minima.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22666 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/noel_4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH360/noel_4-76398.jpg?1751392402' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas de sortie, de points de fuites, plut&#244;t une lat&#233;ralit&#233; hors cadre, une superposition de pellicules d&#233;notatives qui fabriquent un espace sans fond. Chaque apparition semblant surgir du chaos d'une ville o&#249; le reflet des enseignes se confondent avec la r&#233;alit&#233;. Si l'on accepte de franchir ce premier seuil, les &#339;uvres de No&#235;l Ravaud pr&#233;figureront une promenade en train fant&#244;me o&#249; nous ne serons pas surpris d'&#234;tre effray&#233;s. Cela tiendra &#224; la mutilation de la langue... &lt;i&gt;unnilingus, applOdissements...&lt;/i&gt; &#224; l'usage des devinettes... &lt;i&gt;chercher l'erreur, chercher l'anachronisme. &#192; la sentence... Dans les hangars d'Amazon l'ouvrier est le bras du logiciel, You're not her for sell attention / You're not her for pay attention&lt;/i&gt;. Les &#233;pigraphies semblent parfois nous prendre &#224; parti et d'autres fois se r&#233;v&#232;lent autot&#233;liques. L'invention de figure chim&#233;rique comme un monstre &#224; cinq t&#234;tes ou la duplication &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt; d'une m&#234;me figure reproduite avec un l&#233;ger coefficient d'erreur (d'art) domine. Ce qui s'anime l&#224;, devant ces dessins, serait proche de ce que les meilleures &#339;uvres peuvent proposer, capacit&#233; &#224; provoquer la curiosit&#233;, l'interrogation, la perplexit&#233;. Dans cet entre-deux incertain se joue ce quelque chose d'essentiel de l'art sans que jamais on ne puisse r&#233;ellement le nommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus souvent autocollantes, les &lt;i&gt;lignes de confidentialit&#233;&lt;/i&gt; apparues au-devant des guichets des services publics dans les ann&#233;es 2010 norment l'espace, elles organisent le d&#233;placement et r&#233;duisent le contact des corps. Ici, elles sont imprim&#233;es sur des planchettes d&#233;pos&#233;es au sol et manifestement expos&#233;e &#224; la merci des visiteurs. Ces &#171; tr&#233;buchets &#187; convoquent l'attention joueuse, tant leur mobile incongruit&#233; vient d&#233;placer lat&#233;ralement les rep&#232;res. Les &lt;i&gt;lignes de confidentialit&#233;&lt;/i&gt; de No&#235;l Ravaud &#233;voquent plut&#244;t l'accident. Engageant au sens propre les exp&#233;rimentateurs - lecteurs - performeurs dans la chute. Cette proposition, v&#233;ritable &lt;i&gt;Blitz&lt;/i&gt; po&#233;tique, joue avec les limites de l'art de la performance. La suggestion transgressive d'une inqui&#233;tante dr&#244;lerie est patente. Cette &#339;uvre &#233;tait pr&#233;monitoire d'une glissade soci&#233;tale vers la bio-gouvernance, dont l'interm&#232;de Covid a d&#233;finitivement act&#233; l'effectivit&#233;. Elle renverse en rire sardonique, le pathos d'une intimit&#233; enchain&#233; aux injonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je me souviens de Bruce Nauman plantant un bon piquet de coin,&lt;/strong&gt; la l&#233;gende, &#233;crite &#224; m&#234;me l'image, qui fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#339;uvre de Bruce Nauman &lt;i&gt;Setting a Good Corner&lt;/i&gt; (2000), figure une antenne relais plant&#233;e en d&#233;sert proven&#231;al. Pass&#233; ma&#238;tre dans l'usage des parall&#232;les disjonctifs, l'artiste nous entraine dans des constellations r&#233;flexives. Nous identifions l'&#233;tranget&#233; des perceptions supportant les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;manents. Elles rel&#232;vent ici, d'une discussion in/amicale avec des &#339;uvres, d'une situation trouv&#233;e qui, comme ce parapluie abandonn&#233; pourrait &#233;voquer la sculpture &lt;i&gt;Maman&lt;/i&gt; (1999) de Louise Bourgeois. Mais la l&#233;gende disorthographique, &lt;strong&gt;Je me souviens du souri de Louise Bourgeois,&lt;/strong&gt; coupe court &#224; la trivialit&#233; d'une simple citation. L'&#339;uvre vaut plut&#244;t comme le support d'un r&#233;cit plus vaste tel que l'utilisation de la photographie chez W.G. Sebald. La photographie ne valant pas pour elle-m&#234;me mais en tant que support d'une narration ne se substituant pas &#224; elle. C'est pr&#233;cis&#233;ment la fonction de la photographie, dans ce contexte, que de faire l'&#233;conomie de l'&#233;criture descriptive. D&#232;s lors, on l'aura compris, chacun des &#233;l&#233;ments de cette installation n'a valeur pleine et enti&#232;re que dans le cadre de ce projet &#233;tendu des 365 jours sous la tutelle mortelle de Mary Shelley.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/noel_5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH777/noel_5-31e5a.jpg?1751392402' width='500' height='777' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ature du docteur Frankenstein se tient &#224; l'aff&#251;t derri&#232;re le grand verre. Ce loup-garou exp&#233;rimental revigor&#233; par les baquets de Mesmer fait surgir, sans s'y r&#233;duire, deux probl&#233;matiques qui traversent l'&#339;uvre de No&#235;l Ravaud : d'une part le versant, que l'on dit aujourd'hui transhumaniste, aliment&#233; par la &#171; croyance &#187; en le progr&#232;s, sur lequel les cyniques r&#233;citants de la Silicon Valley continuent de sp&#233;culer ; d'autre part l'exp&#233;rience rat&#233;e du philanthropique docteur fait appara&#238;tre la figure de l'exclu, du migrant, du banni. Difficile de poser une parabole plus compl&#232;te du monde contemporain. La r&#233;surgence de la cr&#233;ature fictionnalise l'&#233;tat des corps biopolitiques comme condition de la gouvernance. Nous sommes tous des cr&#233;atures, abim&#233;es ou augment&#233;es par la technique, mais ce que les transhumanistes veulent &#233;carter, c'est la vuln&#233;rabilit&#233;, en folie d'immortalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des innombrables dessins :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Machine c&#233;libataire ou &#224; tuer : comme faux, pic, lance, trident, casse-t&#234;te ou actualit&#233; permanente d'une toujours probl&#233;matique guerre du P&#233;loponn&#232;se. Guerre : comme abattoir, vaporisateur, bombardier, temp&#234;te du d&#233;sert et Bambiland. Mais aussi sadomasochiste machine &#224; c&#226;lins de Mary Temple Grandin en apart&#233; du troublant visage embarqu&#233; de Greta Thunberg. Autistes hypersensibles &#224; l'animal souffrant, auquel certains vaniteux pensent &#233;chapper. Heureux tout de m&#234;me que cela se termine parfois par le bref rappel d'une temp&#234;te emportant yacht et h&#233;licopt&#232;re en voyage sans retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lignes trac&#233;es au crayon photoshop d'une machine &#224; coudre, &lt;i&gt;Un souvenir d'enfance&lt;/i&gt;, titre &#233;ponyme de l'essai de &lt;i&gt;Sigmund Freud sur Leonardo da Vinci,&lt;/i&gt; tentent de rassembler les &#233;l&#233;ments disloqu&#233;s. L'artiste semble proc&#233;der &#224; un lent travail de montage, de reconnexion d'&#233;l&#233;ments &#233;parpill&#233;s, jet&#233;s &#224; la mer en attente d'une comparution sur divan. Apparition de d&#233;risoires jouets de plage &#224; laquelle s'accroche fermement les d&#233;rivants mis au ban des &#233;tats durablement install&#233;s dans l'exception. Dans la benne &#224; ordure parfois devenue oikos des bannis, il r&#233;cup&#232;re aussi les organes des corps mutil&#233;s sans contrepartie. Embarqu&#233; sur une vedette de sauvetage, No&#235;l Ravaud ram&#232;ne &#224; lui les restes abandonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22668 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/png/noel_6.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH368/noel_6-aa360.png?1751392402' width='500' height='368' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apparition fugace d'injonctions contradictoires Ignorer-supprimer-liker se superposant &#224; l'image d'un pendu, 2 fois &#171; Like &#187; &#224; outrance saturant l'espace. Cette &#339;uvre ne se prive de rien, il y a l&#224; jubilation cathartique, mode Western &#224; la Sam Peckinpah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;e de cerveaux ennuy&#233;s et amus&#233;s par les brumes d'un interminable hiver, par le vide inqui&#233;tant d'une nature devenue presque irr&#233;m&#233;diablement distante, l'&#339;uvre de Mary Shelley irrigue une chambre de r&#233;sonance dont la m&#233;moire vive n'a d&#233;lib&#233;r&#233;ment rien &#224; voir avec l'automatisme normatif des &#034;Intelligences&#034; artificielles. Ce dont il est question, est bien un &lt;i&gt;ce qui sauve,&lt;/i&gt; pas toujours tr&#232;s agr&#233;able, mais dont la n&#233;cessit&#233; fait loi de l'art. Sauver donc, ces petits oiseaux, petits singes de laboratoire, vache &#224; hublots et champ&#234;tres fleurettes, qui sous l'air tendre de la captation &#233;motionnelle, interpellent notre approche indiff&#233;rente &#224; la modification du vivant. On se souviendra &#224; ce titre de travaux ant&#233;rieurs de l'artiste autours des, d&#233;j&#224; dat&#233;s, jouets num&#233;riques que furent les tamagochis, ces doublures virtuelles des empathies niaiseuses.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22669 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/noel_7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH342/noel_7-96cda.jpg?1751392402' width='500' height='342' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme un lac tumultueux d&#233;bordant de toute part, l'exposition engageait jeu de langue et d'anus, tenu dans la distance transgressive et inacceptable de la v&#233;rit&#233; de l'art. Il est toujours hasardeux de proposer quelques parall&#232;les, de tracer des g&#233;n&#233;alogies. Je peux n&#233;anmoins tenter d'imaginer le fil des voix qui arriv&#232;rent dans le Poitou natal &#224; l'oreille et aux yeux de l'artiste au d&#233;but des ann&#233;es 1980, celle des conjonctions d&#233;tonantes de musiques punks et savantes. Le fant&#244;me de Raoul Hausmann dans l'indiff&#233;rence de Limoges ou de Robert Filliou aux Eysies. Jeux de l'art et hurlement. Plus tard, sur un fil tordu qui jamais ne s'arr&#234;ta, il faudra &#233;pingler Mike Kelley, Paul Mac Carthy ou Jason Rhodes. &lt;i&gt;All over&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Fucking Bastard&lt;/i&gt; pris dans l'urgence d'un n&#233;cessaire massacre &#224; la tron&#231;onneuse. Sans &#233;tonnement, la Rance cultiv&#233;e est en panique face &#224; de telles fulgurances. Les r&#233;flexes d&#233;fensifs des vieilles bourgeoisies ran&#231;aises et incultes dont la g&#233;n&#233;alogie ne fait, elle, aucun doute, sait se d&#233;ployer avec toute sa puissance de nuisance. Il n'y aurait donc aucun &#233;tonnement &#224; voir certaines &#339;uvres marginalis&#233;es. Les jeux d'ironies et d'humours sont appr&#233;ci&#233;s lorsqu'ils viennent du s&#233;rail. Jeux de mots de pr&#233;cieuses ridicules, sans effet autre que celui d'&#233;pater les gogos, mais cela fait tout de m&#234;me de prestigieuses carri&#232;res d'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partagions la d&#233;jection des couleuvres am&#232;res. No&#235;l m'envoya une derni&#232;re image quelques heures avant que je n'apprenne sa disparition. La photographie verticale est prise en contre-plong&#233; &#224; l'angle de la terrasse du Palais des arts et de la rue des trois Mages &#224; Marseille. Une terrasse s'avance en promontoire, un cheval de bronze se cabre devant les passants qui remontent la rue. Un cheval ridicule qui ressemble &#224; un z&#232;bre. Le mur de sout&#232;nement socle majestueusement la sculpture et est recouvert de graffitis comme autant d'authentiques traces urbaines. L'&#339;il s'attarde sur les plus lisibles d'entre elles : SANG et FARCE. Cet amoncellement de signes spontan&#233;s en apparence loufoque convoque la tragi-com&#233;die du regard en qu&#234;te de sens, car l'art demeure un jeu &lt;i&gt;a la vida ! a la muerte !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22670 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/noel_8.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH354/noel_8-9e288.jpg?1772188272' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, sans doute est-ce ne pas trop insister que de dire, combien les &#339;uvres de No&#235;l Ravaud sous les atours emprunt&#233;s parfois au grotesque et au langage des ruelles obscures avaient ceci d'incisif, qu'elles ne concernaient rien de moins, que la vitalit&#233; des offrandes po&#233;tiques imm&#233;moriales et impertinentes insupportablement mises au rebut.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.documentsdartistes.org/artistes/ravaud/repro.html" class="spip_out"&gt;https://www.documentsdartistes.org/...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture &#169;Favret-Manez&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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		<title>Illimitation</title>
		<link>https://tk-21.com/Illimitation</link>
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		<dc:date>2025-03-31T08:34:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>Mythologie</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Reprise de la libre lecture du &#171; Cr&#233;puscule de Prom&#233;th&#233;e &#187; de Fran&#231;ois Flahault avec quelques &#233;chos musicaux du &#171; Prometeo. Tragedia dell'ascolto &#187; de Luigi Nono&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Creation-et-commentaires" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation et commentaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Mythologie" rel="tag"&gt;Mythologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH85/arton2652-467c4.jpg?1772251784' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Reprise de la libre lecture du &#171; Cr&#233;puscule de Prom&#233;th&#233;e &#187; de Fran&#231;ois Flahault avec quelques &#233;chos musicaux du &#171; Prometeo. Tragedia dell'ascolto &#187; de Luigi Nono&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si l'ultralib&#233;ralisme puise dans les ressources que lui offre la plan&#232;te au risque de d&#233;grader le milieu de vie que celle-ci constitue, il puise &#233;galement dans le capital social et civilisationnelle des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles il se d&#233;ploie au risque de d&#233;t&#233;riorer les liens non marchands qui soutiennent l'existence humaine. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Flahault, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le Cr&#233;puscule de Prom&#233;th&#233;e &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Gaia d'abord enfanta Ouranos &#233;toil&#233; elle enfanta les hautes montagnes aussi la mer st&#233;rile qui bout puis unie &#224; Ouranos Ok&#233;anos tourbillons profonds Koios et Krios et Hyp&#233;rion et Iap&#233;tos et Theia et Themis et Mnemosyne et Phoibe... &#233;coute... l'aimable T&#233;thys...le dernier qu'elle enfanta fut le subtil Kronos plus terrible des enfants... Iap&#233;tos &#233;pousa... l'Ok&#233;naide aux belles chevilles Klim&#233;n&#232;... elle enfanta... M&#233;noitios Epim&#233;theus Prometheus subtil alerte Ithax... &#233;coute... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luigi Nono, &#171; Prometeo &#187;, (extrait du prologue)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#339;uvre largement inspir&#233;e de la &#171; Th&#233;ogonie &#187; d'H&#233;siode &#8211; Ch&#339;ur et voix parl&#233;es.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22260 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;95&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L478xH570/photo02-72d46.jpg?1742661868' width='478' height='570' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Page d'un carnet de travail de Luigi Nono relative au prologue de son &#171; Prometeo &#187;.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; les hommes &#233;ph&#233;m&#232;res... des larves de r&#234;ve... habitaient sous terre comme des fourmis... jusqu'&#224; ce que moi je leur montre l'aurore et le cr&#233;puscule &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; toi &#224; cette falaise immobile... tu fl&#233;triras dans les ardeurs du soleil... es-tu comme un nouveau seigneur envieux et impr&#233;visible... Prometheus cette esp&#233;rance se lib&#233;rer du dieu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
[...] crois-tu ton feu tout puissant ? nommes-tu v&#233;rit&#233; cette &#233;troite clairi&#232;re ? &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait de la premi&#232;re &#238;le du Prometeo inspir&#233; du &#171; Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e se pr&#233;occupe des hommes, c'est entendu... Il leur apporte le feu, donc les &#171; Arts &#187; au sens large que les Grecs anciens donnaient &#224; ce terme, c'est une certitude ! Mais ce feu suffit-il &#224; lui seul &#224; faire civilisation, et plus simplement soci&#233;t&#233; ? Le dieu du Christianisme, lui, donne aux hommes &lt;i&gt;&#171; une &#226;me raisonnable et immortelle &#187;&lt;/i&gt; et puis les hommes, pour des &#171; raisons &#187; pratiques, s'organisent en soci&#233;t&#233;, et &#231;a ce n'est pas vrai du tout parce que des formes de soci&#233;t&#233;s ont exist&#233; bien avant que les hommes soient compl&#232;tement des hommes, bien avant que le processus d'hominisation soit achev&#233;. &lt;i&gt;&#171; L'homme est un animal social &#187;&lt;/i&gt;, enfin c'est ce qui a &#233;t&#233; dit, mais la soci&#233;t&#233; est-elle une fin en soi pour tous les hommes et... pour toutes les femmes ? &lt;i&gt;&#171; La soci&#233;t&#233; n'existe pas &#187;&lt;/i&gt; dira beaucoup beaucoup plus tard Margaret Thatcher, en embo&#238;tant gaillardement le pas &#224; Ayn Rand, l'id&#233;ologue en chef des ultralib&#233;raux &#233;tats-uniens. Toujours est-il qu'au Moyen &#194;ge tardif puis &#224; la premi&#232;re Renaissance certains, philosophes et th&#233;ologiens, consid&#233;raient que la d&#233;ch&#233;ance qui faisait suite au p&#233;ch&#233; originel, avait constitu&#233; une r&#233;elle opportunit&#233; de progr&#232;s et de connaissance et avait permis de reconsid&#233;rer le r&#244;le de Dieu, de le recr&#233;er en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien avant, Lucr&#232;ce revisitant les th&#232;ses d'&#201;picure, prolongateur des Atomistes, allait encore plus loin en prescrivant la qu&#234;te de savoir pour se d&#233;barrasser des mythes et de la superstition religieuse (4). Mais dans le polyth&#233;isme grec il n'y a pas de cr&#233;ateur. Ga&#239;a, la d&#233;esse m&#232;re de tous les immortels, jaillit de Chaos ou Faille, ab&#238;me certes mais aussi principe primordial. Du reste pour les philosophes grecs, enfin ceux qui se sont livr&#233;s &#224; ces superbes sp&#233;culations cosmologiques, je veux dire les Atomistes d&#233;j&#224; cit&#233;s, les Mil&#233;siens et surtout le sublime Anaxagore et son No&#251;s, principe premier de l'Univers ou intelligence universelle, l'inspirateur de Teilhard de Chardin pour sa noosph&#232;re, il n'est absolument pas question des dieux et donc pas de Prom&#233;th&#233;e.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Atomistes : Leucippe et D&#233;mocrite (5&#7497; si&#232;cle avant notre &#232;re). Mil&#233;siens : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Chr&#233;tiens Dieu est le cr&#233;ateur de toutes les choses, donc de la chose humaine, et pourtant pur esprit il lui a donn&#233; sa propre image &#224; lui, l'homme. Les philosophes et les th&#233;ologiens chr&#233;tiens, sujets pensants par excellence, abandonnent &#224; la masse des fid&#232;les la croyance en la vie &#233;ternelle, dans l'au-del&#224;, ainsi qu'en la Providence divine, r&#233;confort et protection si besoin est, et pour eux il va s'agir d'accro&#238;tre leur &lt;i&gt;&#171; parent&#233; avec Dieu &#187;&lt;/i&gt;. Il ne s'agit plus de vie &#233;ternelle mais de &lt;i&gt;&#171; conna&#238;tre ce que Dieu connait &#187;&lt;/i&gt; et partant de se conna&#238;tre &#224; travers lui. &lt;i&gt;&#171; L'homme [monoth&#233;iste]&lt;/i&gt;, dit Fran&#231;ois Flahault, g&lt;i&gt;r&#226;ce au privil&#232;ge de la pens&#233;e qui l'apparente &#224; Dieu, a le pouvoir de retrouver ce que Dieu a pens&#233;. &#187;&lt;/i&gt; De fait, l'Homme a la volont&#233; d'acqu&#233;rir lui-m&#234;me une sorte de transcendance par rapport au Monde, en p&#233;n&#233;trant les lois de la Nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; d&#233;j&#224; l'entreb&#226;illement d'une porte vers l'Illimitation, avant la r&#233;surgence du mythe de Prom&#233;th&#233;e li&#233;e &#224; la red&#233;couverte des textes anciens, grecs et latins, avec la Renaissance. Ainsi, Henri Estienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Estienne (1531-1598).&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, imprimeur, humaniste et polyglotte, traducteur d'Eschyle, fait r&#233;solument de Prom&#233;th&#233;e le cr&#233;ateur d'Adam, et affirme que le feu qu'il a d&#233;rob&#233; au ciel n'est pas destin&#233; &#224; donner vie &#224; ce dernier &#8212; ou plut&#244;t &#224; ce premier, mais bien &#224; lui apporter toutes les techniques dont il pourra avoir besoin. Le feu est bien la pomme de la Connaissance. Reconna&#238;tre dans le condamn&#233; le bienfaiteur supr&#234;me, le r&#233;dempteur, c'est faire justice. Et les astronomes, &#224; la m&#234;me &#233;poque, de se lancer dans la compr&#233;hension, par l'observation et les calculs, cette fois-ci, de la m&#233;canique c&#233;leste &#8212; Tycho Brahe et son g&#233;o-h&#233;liocentrisme, puis Copernic et Kepler avec leur h&#233;liocentrisme, enfin Galil&#233;e avec son &lt;i&gt;&#171; &#233;criture math&#233;matique du livre de l'univers &#187; &lt;/i&gt; comme il disait. Les math&#233;matiques r&#233;v&#232;lent des causalit&#233;s qu'on ne soup&#231;onnait pas. Il y a un profond d&#233;sir de comprendre les choses c&#233;lestes mais probablement pas de prom&#233;th&#233;isme en t&#234;te ni d'hubris, &#224; l'instar des Grecs anciens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est remis en question ce n'est pas la transcendance mais le dogme &#171; cosmologique &#187; que repr&#233;sentent Aristote et Ptol&#233;m&#233;e, parce que davantage qu'insuffisant il est totalement erron&#233;, et c'est l&#224; une d&#233;marche passablement dangereuse face &#224; la broyeuse inquisitoriale. Toujours est-il, accro&#238;tre sa connaissance, d&#233;couvrir, c'est repousser les limites impos&#233;es par la Nature et la religion, compl&#233;ter et parfaire la construction du Soi.
&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22261 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L308xH238/photo03-08f57.jpg?1742661868' width='308' height='238' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ptol&#233;m&#233;e, G&#233;ocentrisme
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;gravure du XVII&#7497; si&#232;cle
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_22262 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L305xH244/photo04-93188.jpg?1742661868' width='305' height='244' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Tycho Brahe, G&#233;o-h&#233;liocentrisme
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;gravure du XVII&#7497; si&#232;cle
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_22263 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L304xH254/photo05-6c316.jpg?1742661868' width='304' height='254' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Copernic et Kepler, H&#233;liocentrisme
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;gravure du XVII&#7497; si&#232;cle
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Flahault d&#233;cerne &#224; la Science un r&#233;el pouvoir &#233;mancipateur par rapport &#224; la transcendance, mais le terme est peut-&#234;tre excessif pour l'&#233;poque, la Renaissance. Toujours est-il, au-del&#224; de la christianisation du mythe op&#233;r&#233;e par les philosophes et les th&#233;ologiens qui conduit &#224; reconsid&#233;rer la relation &#224; Dieu, en quelque sorte &#224; refa&#231;onner son image, &#224; le recr&#233;er, c'est le c&#244;t&#233; transgressif de Prom&#233;th&#233;e qui va en fasciner beaucoup, les Lumi&#232;res, les r&#233;volutionnaires, puis les Romantiques, puis les scientistes, puis les id&#233;ologues, puis les dictateurs, puis les &#233;conomistes, jusqu'aux affairistes et politiciens contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Romantiques r&#233;habiliteront les r&#233;prouv&#233;s, les d&#233;chus, Adam, Ca&#239;n, Lucifer, le porteur de lumi&#232;re que certains d'entre eux assimileront &#224; Prom&#233;th&#233;e. Ils esth&#233;tiseront le Prom&#233;th&#233;isme mais au fil du temps on glissera de ce prom&#233;th&#233;isme po&#233;tique, vers un prom&#233;th&#233;isme doctrinal pour lequel la soif de Justice et les aspirations artistiques ne seront plus du tout le moteur et ceci au profit de l'exigence d'Illimitation de l'homme m&#233;ritant, &#171; l'homme d'exception &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Flahault &#233;tablit une g&#233;n&#233;alogie d&#233;taill&#233;e et une analyse &#233;rudite de ce qu'il appelle &lt;i&gt;&#171; l'id&#233;al prom&#233;th&#233;en &#187;&lt;/i&gt;, puis il &#233;voquera le Robinson Cruso&#233; de Daniel Defoe et surtout il analysera l'&#339;uvre de Jules Verne dans laquelle les &#171; hommes d'exception &#187; pulluleront, N&#233;mo, Robur, Lidenbrock, Hatteras et quelques autres, tous personnages de d&#233;mesure baignant dans une &#233;paisse soupe scientiste. Enfin, il va s'attaquer au lib&#233;ralisme qui constamment dans la d&#233;mesure va rapidement devenir ultra, l'ultralib&#233;ralisme donc, accompagn&#233; dans sa soif de conqu&#234;te du Monde par un courant &#171; philosophique &#187;, l'objectivisme, qu'on finira par appeler libertarianisme, m&#234;me si ce qualificatif ne plait pas &#224; certains tenants dudit objectivisme. Il y est question de r&#233;alit&#233;, de raison et d'individualisme forcen&#233;. Et cette philosophie, c'est Ayn Rand, nom que s'est donn&#233; la fille d'un pharmacien de Saint-P&#233;tersbourg apr&#232;s s'&#234;tre r&#233;fugi&#233;e tr&#232;s jeune aux &#201;tats-Unis et qui, malgr&#233; une assez faible culture philosophique, l'a bricol&#233;e plus ou moins &#224; partir d'Aristote et largement propag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayn Rand &#233;tait passionn&#233;e de cin&#233;ma et dans un premier temps elle a &#233;crit des sc&#233;narios pour Hollywood. Puis viendront des romans dont deux seront rapidement des bestsellers aux &#201;tats-Unis, des compl&#233;ments de la Bible dit-on : &#171; Atlas Shruggled &#187;,(Atlas leva les &#233;paules) qu'elle appellera plus tard &#171; La gr&#232;ve &#187;, et surtout &#171; The Fountainhead &#187;, la source vive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel rapport peut entretenir Ayn Rand avec Prom&#233;th&#233;e ? Qu'est-ce qui peut bien rattacher sa &#171; philosophie &#187; au Prom&#233;th&#233;isme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que d'origine juive, Alissa Rosenbaum, Ayn Rand, est profond&#233;ment ath&#233;e. La question de la toute-puissance de Dieu ne se pose donc pas pour elle. Il n'y a pas de transcendance &#224; contester ni &#224; renverser. En cela, elle se d&#233;marque de l'une de ses sources d'inspiration, Ralph Waldo Emerson, le p&#232;re du transcendantalisme am&#233;ricain, qui affirmait que l'individu cr&#233;ateur &lt;i&gt;&#171; partage l'existence autonome de la d&#233;it&#233; &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le transcendantisme, mouvement litt&#233;raire et philosophique, reprenant en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle fait dire &#224; Howard Roark, son h&#233;ros de &#171; The Fountainhead &#187; : &lt;i&gt;&#171; Le cr&#233;ateur ne sert rien ni personne. Il ne vit que pour lui-m&#234;me. Et c'est en vivant pour lui-m&#234;me que l'homme est capable de r&#233;aliser les &#339;uvres qui sont l'honneur de l'humanit&#233;... Le cr&#233;ateur vit pour son &#339;uvre... Son v&#233;ritable but est en lui-m&#234;me &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le cr&#233;ateur c'est Roark pas Dieu. Roark est l'homme prom&#233;th&#233;en, il cr&#233;e, mais c'est un Prom&#233;th&#233;e &#233;go&#239;ste, il ne cr&#233;&#233; que pour lui et si les autres s'&#233;merveillent de cette cr&#233;ation tant mieux mais ce n'est pas l'objectif. Comme l'indique Fran&#231;ois Flahault &lt;i&gt;&#171; il y a un droit naturel et souverain de l'individu &#187;&lt;/i&gt; et il ajoute &#224; propos de Roark que c'est le &lt;i&gt;&#171; type de g&#233;nie romantique, de l'artiste qui tire son &#339;uvre de son propre fond... se place au-dessus du commun des mortels &#187;&lt;/i&gt;. Prom&#233;th&#233;e qui n'est plus dieu demeure le mod&#232;le de l'homme d'exception, en l'occurrence l'architecte prodige Howard Roark, un rebelle, un insurg&#233; envers la soci&#233;t&#233;... L'homme prom&#233;th&#233;en !
&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22264 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;104&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L466xH284/photo06-0a024.jpg?1742661868' width='466' height='284' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Gary Cooper dans &#171; Le rebelle &#187;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;version cin&#233;matographique de &#171; The Fountainhead &#187;.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ayn Rand ne connaissait rien &#224; l'Art en g&#233;n&#233;ral et &#224; l'architecture en particulier, m&#234;me si certains avancent qu'elle aurait pu &#234;tre influenc&#233;e par la grande figure de Frank Lloyd Wright, mais elle a fait de son h&#233;ros un &#171; artiste romantique &#187; &#224; la virilit&#233; extr&#234;me et &#224; la sexualit&#233; violente qui rejette, voire m&#234;me cherche &#224; d&#233;truire, l'architecture europ&#233;enne car bourr&#233;e de fioritures classiques selon lui. Il veut r&#233;aliser &lt;i&gt;&#171; des buildings audacieux, modernes, am&#233;ricains &#187;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aborder l'univers d'Ayn Rand, c'est plonger dans l'&#226;me noire de l'Am&#233;rique, ou plus pr&#233;cis&#233;ment des &#201;tats-Unis, c'est c&#244;toyer ses d&#233;mons. Et du point de vue d&#233;moniaque Roark, qui n'accepte aucune limite, va tr&#232;s loin. Il dynamite un immeuble qui vient d'&#234;tre achev&#233; parce qu'il estime qu'on a d&#233;tourn&#233; son projet, qu'on l'a d&#233;natur&#233; pour l'adapter au go&#251;t du public. Il lancera au tribunal pour sa d&#233;fense que &lt;i&gt;&#171; Les grands cr&#233;ateurs, les penseurs, les artiste, les savants, les inventeurs, se sont toujours dress&#233;s, solitaires, contre les hommes de leur temps &#187;&lt;/i&gt;. Il sera acquitt&#233; tout en ayant affich&#233; son m&#233;pris &#224; l'&#233;gard de ceux qui ne sont pas des hommes d'exception, les gens ordinaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a quelques ann&#233;es sur une sc&#232;ne en Avignon, Ivo van Hove a donn&#233; une adaptation tr&#232;s fid&#232;le, dans ses outrances et sa crudit&#233;, de &#171; The Fountainhead &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence gentiment, rien de tonitruant, si ce n'est qu'on y &#233;voque un acte sexuel vif et forc&#233;, c'est dans le texte de Rand et pas dans le film de King Vidor, mais il y a de tr&#232;s belles d&#233;clarations au sujet de la libert&#233; auxquelles tout le monde ne peut que souscrire. On continue en durcissant progressivement le propos, le tout entrecoup&#233; de l'effeuillage d'une femme superbe, pour en finir avec un cr&#233;do libertarien tr&#232;s long et totalement insupportable dont les moments forts, hurlements du d&#233;sir &#171; d'exister librement &#187; sans aucune entrave ni contrainte pour l'homme d'exception, sont soulign&#233;s par les applaudissements des deux premiers rangs, les autres restant parfaitement silencieux car sous le choc de l'inacceptable. Tout le monde sort de la repr&#233;sentation les nerfs &#224; vif, sauf les deux premiers rangs, sans m&#234;me avoir salu&#233; les com&#233;diens, ni m&#234;me la femme superbe ce qui est terriblement injuste. &#171; The Fountainhead &#187; est de la pure propagande, nocive, o&#249; l'on proc&#232;de par glissement progressif du raisonnement (8). &lt;i&gt;&#171; Le prom&#233;th&#233;isme d'Ayn Rand donne tous les droits aux individus d'exception &#187; &lt;/i&gt; r&#233;sume Fran&#231;ois Flahault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre d'&#233;conomistes &#233;tats-uniens, conduits par Ludwig von Mises et son &#233;l&#232;ve Friedrich von Hayek, ont reconnu tr&#232;s t&#244;t Ayn Rand et sa philosophie objectiviste en ce qu'elle &#233;tait porteuse des m&#234;mes valeurs que celles qu'ils d&#233;fendaient &#224; savoir &lt;i&gt;&#171; le droit naturel et souverain de l'individu &#187; &lt;/i&gt; face au collectif, la libert&#233; d'entreprendre et le mot d'ordre &lt;i&gt;&#171; laissez faire &#187;&lt;/i&gt;. Seul l'individu est r&#233;el et rationnel. Il se doit d'&#234;tre &#233;go&#239;ste, on parlera&lt;i&gt; &#171; d'&#233;go&#239;sme rationnel &#187;&lt;/i&gt; et les relations humaines doivent &#234;tre rationnelles. Les hommes doivent traiter les uns avec les autres &lt;i&gt;&#171; sur la base d'un &#233;change librement consenti &#187;&lt;/i&gt; mais contractuel et &lt;i&gt;&#171; un minimum d'&#201;tat reste n&#233;cessaire pour garantir les droits individuels &#187;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire pour donner un cadre juridique au contrat mais pas plus. Fran&#231;ois Flahault rappelle que pour Rand et Hayek &lt;i&gt;&#171; toute forme de politique sociale [est] le cheval de Troie du collectivisme &#187;&lt;/i&gt;, et que &lt;i&gt;&#171; les pr&#233;l&#232;vements fiscaux constituent un abus de pouvoir &#187;&lt;/i&gt;. Toute contrainte, de quelque nature qu'elle soit est contreproductive. Laissez faire ! Ce qu'il faut c'est une &#233;conomie libre qui repose sur la libre collaboration des individus. &lt;i&gt;&#171; C'est de la rencontre des &#233;go&#239;smes et de leur harmonisation naturelle par la main invisible du march&#233; que nait la richesse g&#233;n&#233;rale &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il y a surgissement d'une nouvelle transcendance, le march&#233;, pour laquelle la &#171; main invisible &#187; serait l'&#233;quivalent de la providence divine. La main invisible du march&#233; est une formule qu'a utilis&#233;e l'&#233;conomiste classique Adam Smith notamment dans son &#339;uvre majeure &#171; Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations &#187; et qui d&#233;signe les m&#233;canismes par lesquelles le march&#233; s'auto-r&#233;gule. On parle aussi d'un &lt;i&gt;&#171; jeu naturel des causes &#187;&lt;/i&gt; mais qui repose aussi sur la raison. Pour Hayek les acteurs &#233;conomiques sont toujours rationnels ce que les faits, les paniques boursi&#232;res par exemple, d&#233;mentent absolument. Tout ce que fait l'&lt;i&gt;homo oeconomicus&lt;/i&gt;, l'une des formes du &#171; sujet connaissant &#187; et de l'homme prom&#233;th&#233;en, s'inscrit dans des processus rationnels. Chasser une transcendance c'est cr&#233;er un vide et la nature humaine a horreur du vide d'o&#249; les cultes &#233;ph&#233;m&#232;res rendus &#224; la D&#233;esse raison et &#224; l'&#202;tre supr&#234;me, dans d'autres circonstances et &#224; une autre &#233;poque.
&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22266 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L438xH628/photo08-35652.jpg?1742661868' width='438' height='628' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Le prom&#233;th&#233;isme ultralib&#233;ral et libertarien repose sur quatre piliers qui constituent pour Fran&#231;ois Flahault quatre &lt;i&gt;&#171; erreurs fondamentales &#187;&lt;/i&gt; et qu'il s'emploiera &#224; d&#233;monter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#234;tre humain se con&#231;oit en dehors de la nature ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le discours sur la rationalit&#233; ne fait que masquer la propension de l'Homme &#224; l'Illimitation ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le d&#233;ni de l'interd&#233;pendance humaine en op&#233;rant la distinction entre l'Homme et la soci&#233;t&#233; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'affirmation de soi inconditionnelle et absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve Mises et Hayek en Suisse au mont P&#232;lerin o&#249; ils fonderont avec d'autres, dont le tristement c&#233;l&#232;bre Milton Friedman, p&#232;re de la th&#233;orie mon&#233;tariste et ma&#238;tre &#224; penser des Chicago Boys qui ont fait du Chili de Pinochet un laboratoire, un groupe de r&#233;flexion dit la Soci&#233;t&#233; du Mont-P&#232;lerin. Cette &#171; soci&#233;t&#233; &#187; est en fait la m&#232;re de tous les &#171; think tanks &#187;, organisations &#171; priv&#233;es &#187; et ultralib&#233;rales qui abreuvent de leurs conseils, aujourd'hui-m&#234;me, tous les d&#233;cideurs du Monde. Il s'agissait alors de cr&#233;er la bible, encore une, de l'&#233;conomie dite de march&#233; et de la pens&#233;e lib&#233;rale et de rejeter le keyn&#233;sianisme, &#224; l'instar de Ayn Rand qui l'assimilait, ainsi que le New Deal de Roosevelt, au communisme. De nombreux membres de la Soci&#233;t&#233; du Mont-P&#232;lerin ont re&#231;u le prix de la Banque de Su&#232;de, le Nobel d'&#233;conomie sur lequel les &#201;tats-Unis exercent un quasi-monopole.
&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22268 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/photo10-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH249/photo10-2-c6759.jpg?1772213244' width='500' height='249' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Hayek pr&#233;sidant une s&#233;ance de la Soci&#233;t&#233; du Mont-P&#232;lerin.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Je ne sais plus qui a dit que le lib&#233;ral, et &#224; fortiori l'ultralib&#233;ral, est un &#171; religieux &#187; qui pousse la logique de son &#233;glise au paroxysme en v&#233;n&#233;rant non seulement l'&#233;conomie de march&#233; et l'entreprise priv&#233;e, mais aussi en pr&#244;nant la suppression des libert&#233;s individuelles pour le commun, la cessation de toute r&#233;gulation &#233;tatique et le &#171; laissez-faire &#187; int&#233;gral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prom&#233;th&#233;isme de Ayn Rand a impr&#233;gn&#233;, et impr&#232;gne toujours, la vie &#171; intellectuelle &#187; et politique des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique et contamine particuli&#232;rement les R&#233;publicains, malgr&#233; son ath&#233;isme, mais on peut dire aussi, aujourd'hui, une grande partie du camp d&#233;mocrate, gens de Wall Street et de la Silicon Valley, du monde de l'Art et du spectacle etc... &lt;i&gt;&#171; Les &#201;tats-Unis furent [sont] la premi&#232;re soci&#233;t&#233; morale de l'histoire &#187;&lt;/i&gt;, proclamait-elle en oubliant l'esclavage suivi par la s&#233;gr&#233;gation raciale et le massacre des &#171; Natives &#187;, premier g&#233;nocide de l'histoire moderne. Cette id&#233;ologie contamine les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique donc mais pas seulement, toute l'Europe et le Monde entier aussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dystopie globale !
&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22267 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;122&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L426xH270/photo09-a7325.jpg?1742661951' width='426' height='270' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ayn Rand t&#233;moignant devant la commission des activit&#233;s anti-am&#233;ricaines institu&#233;e par le Maccarthysme
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;le 20 octobre 1947
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ils tombent les hommes souffrants aveugl&#233;ment comme l'eau de falaise en falaise vers l'incertain en bas... dans l'incertain en bas... fr&#232;res malheureux du dieu du dieu fr&#232;res malheureux. &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait de la deuxi&#232;me &#238;le du Prometeo inspir&#233; de &#171; Hyp&#233;rion &#187; d'H&#246;lderlin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; suivre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Septembre et octobre 2024&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#339;uvre largement inspir&#233;e de la &#171; Th&#233;ogonie &#187; d'H&#233;siode &#8211; Ch&#339;ur et voix parl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait de la premi&#232;re &#238;le du Prometeo inspir&#233; du &#171; Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233; d'Eschyle &#187;. Selon Nono, le dialogue entre Hepha&#239;stos et Prom&#233;th&#233;e ne doit pas &#234;tre dit mais ressenti &#224; partir des quatre groupes orchestraux et des solos de cordes, avec intervention de Mythologie dont le texte s'entend.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Atomistes : Leucippe et D&#233;mocrite (5&#7497; si&#232;cle avant notre &#232;re).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mil&#233;siens : Thales, Anaximandre et Anaxim&#232;ne (6&#7497; si&#232;cle avant notre &#232;re).&lt;br class='autobr' /&gt;
Anaxagore (5&#7497; si&#232;cle avant notre &#232;re).&lt;br class='autobr' /&gt;
Noosph&#232;re : sph&#232;re de la pens&#233;e humaine qui enveloppe la Terre, au-dessus de l'atmosph&#232;re, dans laquelle certains voient l'annonce d'Internet. Concept cr&#233;&#233; par Vladimir Vernadski (1863-1945) et d&#233;velopp&#233; par Pierre Theilhard de Chardin (1881-1955).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Estienne (1531-1598).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le transcendantisme, mouvement litt&#233;raire et philosophique, reprenant en gros la th&#232;se de Rousseau : &#171; L'Homme est n&#233; bon, c'est la soci&#233;t&#233; qui le corrompt et le rend mis&#233;rable &#187;. Il pr&#244;ne le respect de l'Homme &#224; l'&#233;gard de la nature. Grands noms : Emerson (&#171; Nature &#187;, 1836) et Thoreau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait de la deuxi&#232;me &#238;le du Prometeo inspir&#233; de &#171; Hyp&#233;rion &#187; d'H&#246;lderlin avec transformation &#233;lectronique des voix chant&#233;es et parl&#233;es ce qui donne un sentiment d'instabilit&#233; et de chute.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Membres de la Soci&#233;t&#233; du Mont-P&#232;lerin lors de sa premi&#232;re rencontre en 1947.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>D&#233;mesure</title>
		<link>https://tk-21.com/Demesure</link>
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		<dc:date>2025-03-02T10:08:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>Mythologie</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Au fil des si&#232;cles le mythe de Prom&#233;th&#233;e pos&#233; par H&#233;siode, ce berger auquel les muses de l'H&#233;licon si bien dansantes et si bien chantantes ont donn&#233; un b&#226;ton de bel olivier et inspir&#233; le &#171; chant mystique &#187;, ce mythe essentiel a donc a subi quelques mutations cons&#233;quentes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH134/arton2629-74602.jpg?1772251784' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='134' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au fil des si&#232;cles le mythe de Prom&#233;th&#233;e pos&#233; par H&#233;siode, ce berger auquel les muses de l'H&#233;licon si bien dansantes et si bien chantantes ont donn&#233; un b&#226;ton de bel olivier et inspir&#233; le &#171; chant mystique &#187;, ce mythe essentiel a donc a subi quelques mutations cons&#233;quentes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_22170 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;151&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L363xH476/promethee_1-818bf.jpg?1739713470' width='363' height='476' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Statue de Prom&#233;th&#233;e brandissant la foudre devant la centrale nucl&#233;aire de Tchernobyl.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#171; Les dieux sont morts, car la foudre est &#224; moi. &#187; **
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Prom&#233;th&#233;e, ayant form&#233; les hommes avec de la terre et de l'eau, leur donna le feu &#224; l'insu de Jupiter, l'ayant d&#233;rob&#233; dans une fine tige de f&#233;rule. Jupiter s'en &#233;tant aper&#231;u, ordonna &#224; Vulcain de le clouer sur le Caucase, qui est une montagne de Scythie. [...] il fut d&#233;livr&#233; par Hercule &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Pseudo-Apollodore (Ier ou IIe si&#232;cle) - Biblioth&#232;que - Livre I - Chapitre VII.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est Apollodore le Mythographe qui raconte cette histoire, mais il la tient d'autres c'est s&#251;r, peut-&#234;tre bien de Ph&#233;r&#233;cyde d'Ath&#232;nes, un mythographe lui aussi mais beaucoup, beaucoup plus ancien et dont il ne reste traces d'aucun &#233;crit, si ce n'est quelques feuillets possiblement dissimul&#233;s derri&#232;re l'iconostase d'un monast&#232;re du mont Athos o&#249; on les y aurait oubli&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc Prom&#233;th&#233;e ne se cantonnerait pas au r&#244;le d'apporteur de civilisation mais il aurait cr&#233;&#233; l'homme... l'homme mais pas la femme puisque celle-ci fut fa&#231;onn&#233;e par H&#233;pha&#239;stos, le Vulcain des Latins, sur ordre de Zeus, le Jupiter des Latins, pour r&#233;compenser &#201;pim&#233;th&#233;e, le &lt;i&gt;&#171; nigaud &#187;&lt;/i&gt; selon H&#233;siode, et surtout pour nuire aux hommes, car divinement belle certes mais bien trop curieuse, Pandora, la premi&#232;re femme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#233;siode (VIIe si&#232;cle avant notre &#232;re) &#8211; Les Travaux et les Jours.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les hommes seraient faits d'argile et d'eau, recette d&#233;j&#224; test&#233;e par les dieux Maya en qu&#234;te d'adoration mais qui n'a pas fonctionn&#233; du tout chez eux. &lt;i&gt;&#171; Au premier vent tout se dispersait, &#224; la premi&#232;re pluie tout fondait, et puis &#224; chaque instant tout se ramollissait et s'effondrait... humanit&#233; molle... &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chapitre traitant du Popol Vuh (Le livre du Conseil) dans mon texte le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le climat de la Gr&#232;ce devait &#234;tre bien moins humide et venteux que celui du Guatemala en cette &#233;poque de gen&#232;se.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi qu'il en soit, l'argile et l'eau ne pouvaient suffire &#224; elles seules, &#233;videmment, et il fallait encore le souffle de vie, conf&#233;r&#233; par Minerve, plus ou moins l'Ath&#233;na des Grecs, ainsi qu'un &#233;l&#233;ment pour la maintenir cette vie, le feu de la Connaissance d&#233;rob&#233; par Prom&#233;th&#233;e, soit dans la forge de Vulcain soit au char du soleil, les avis divergeant sur ce point.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apollodore rappelle aussi qu'H&#233;siode &#233;voquait un autre motif de la col&#232;re de Zeus &#224; l'&#233;gard de Prom&#233;th&#233;e. Il y aurait eu tromperie sur la mati&#232;re des sacrifices, des os couverts de graisse au lieu de chair et de tripaille. Et puis il rapporte aussi que Douris de Samos parlait de l'amour que ressentait fortement Prom&#233;th&#233;e &#224; l'&#233;gard de Minerve, ce que faisait plus que condamner le &#171; p&#232;re &#187; de celle-ci, Jupiter. Beaucoup de litiges et de griefs en fait !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boccace dans &#171; Genealogium deorum gentilium &#187;, sa g&#233;n&#233;alogie des dieux pa&#239;ens, analyse le Mythe et fait une distinction franche entre deux Prom&#233;th&#233;e, le cr&#233;ateur du premier homme et le transmetteur de la civilisation, donc de la culture. Ces deux dieux &#171; fabriquent &#187; deux types d'hommes, l'homme de la cr&#233;ation, &#171; l'homme &#224; l'&#233;tat de nature &#187;, pur mais aussi ignorant et faible, donc sujet au p&#233;ch&#233; originel, et l'homme rachet&#233; par le don du feu, l'homme en voie de connaissance puis connaissant, l'homme &#224; l'&#233;tat de civilisation, mais attachant au mot &#171; civilisation &#187; plus de largeur et surtout de hauteur, on pr&#233;f&#232;rera &#224; ce stade &#171; l'homme &#224; l'&#233;tat de soci&#233;t&#233; &#187;. Partant de l&#224;, tout coupable qu'il est, Prom&#233;th&#233;e le cr&#233;ateur d'homme est un bienfaiteur ce qui est un gage d'innocence et m&#234;me d'un peu plus. Comme le souligne Fran&#231;ois Flahault, il y a l&#224; t&#233;moignage d'une &#171; christianisation &#187; du mythe de Prom&#233;th&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Piero di Cosimo, le d&#233;licat peintre florentin, illustre cette &#233;volution du &#171; mythe de Prom&#233;th&#233;e &#187; dans une sorte de bande dessin&#233;e en deux volets, un diptyque &#233;parpill&#233; entre deux institutions, et malheureusement c'est presque toujours le cas quand il s'agit de diptyque ou de triptyque.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/promethee_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH273/promethee_2-306fb.jpg?1772188019' width='500' height='273' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier tableau, dans la partie gauche, on voit Prom&#233;th&#233;e fa&#231;onnant l'homme en la pr&#233;sence &#233;merveill&#233;e d'&#201;pim&#233;th&#233;e, puis, au centre, la sculpture achev&#233;e sur un socle, un &#233;ph&#232;be, et enfin sur la gauche Minerve invitant Prom&#233;th&#233;e &#224; l'accompagner suivi de leur envol &#224; tous deux vers l'Olympe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le second tableau, profitant de sa mont&#233;e au ciel, alors au centre d'un gros nuage moutonneux, Prom&#233;th&#233;e d&#233;robe un peu de feu &#224; une roue du char du soleil puis, sur la gauche, il donne le souffle de vie &#224; la statue de l'homme en approchant de son c&#339;ur le roseau qui contient ce feu vol&#233;. D&#233;j&#224; la peau n'a plus une teinte argileuse et l'homme parait s'animer. Sur la droite, Prom&#233;th&#233;e est li&#233; &#233;troitement au tronc d'un arbre effeuill&#233;, ce qui renvoie au bois de la crucifixion, sur une branche duquel le &#171; chien ail&#233; de Zeus &#187;, l'aigle, attend f&#233;brilement de lui d&#233;vorer le foie. Au centre, au milieu d'une petite assembl&#233;e, Minerve pr&#233;sente une Pandora langoureuse &#224; &#201;pim&#233;th&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/promethee_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH273/promethee_3-05b8a.jpg?1772188019' width='500' height='273' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Christianisation du mythe certes mais Prom&#233;th&#233;e n'est pas le Christ pour autant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fran&#231;ois Flahault rappelle fort justement que pratiquement toujours &lt;i&gt;&#171; dans la trag&#233;die grecque, la fronti&#232;re qui s&#233;pare le juste et l'injuste, l'innocence et la culpabilit&#233;, ne passe pas entre deux personnages, elle n'oppose pas le bon et le m&#233;chant ; cette fronti&#232;re passe &#224; l'int&#233;rieur d'un personnage... &#187;&lt;/i&gt; Ce sont les autres qui voient et disent ce que lui-m&#234;me ne veut pas voir. D&#233;j&#224; chez Eschyle, les visiteurs de Prom&#233;th&#233;e sur son rocher le mettent en garde contre ses propos inconsid&#233;r&#233;s. Le ch&#339;ur compos&#233; des filles d'Oc&#233;an : &lt;i&gt;&#171; Toujours de l'audace ! Malgr&#233; cette am&#232;re infortune ne vouloir rien c&#233;der ! Ton langage est bien t&#233;m&#233;raire ! ... Quel est ton espoir ? Ne vois-tu pas que tu as manqu&#233; de sagesse ?... &#187;&lt;/i&gt; Oc&#233;an lui-m&#234;me, dieu plus ancien que Zeus : &lt;i&gt;&#171; ... Rentre en toi-m&#234;me ; forme-toi un nouveau caract&#232;re... Plus d'outrages, plus de traits ac&#233;r&#233;s : prends garde... j'ai l&#224; devant moi les fruits qu'on tire d'une langue trop pr&#233;somptueuse... &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eschyle (525-456 avant notre &#232;re) - Prom&#233;th&#233;e enchain&#233;.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; Ce qui est reproch&#233; &#224; Prom&#233;th&#233;e c'est son arrogance et son orgueil, en un mot son HUBRIS, sa d&#233;mesure. L'hubris, le grand mot est jet&#233;, qui va traverser toutes les &#233;poques et pratiquement tous les hommes... et bien des femmes aussi !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22175 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L274xH512/promethee_6-1540c.jpg?1739713470' width='274' height='512' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e cr&#233;ateur de l'homme et pourvoyeur de la Connaissance se positionne de facto comme LE concurrent de Zeus. Il remet en question le dieu supr&#234;me puisqu'il remplit une partie de ses fonctions, la cr&#233;ation, celle de l'homme, et qu'il s'est empar&#233; de son attribut majeur, le feu ou la foudre, tout en &#233;tant celui qui voit dans le futur, par opposition &#224; &#201;pim&#233;th&#233;e, &#171; celui qui pense apr&#232;s &#187;, et aux autres dieux aussi qui n'ont pas le don de voyance. Prom&#233;th&#233;e s&#233;pare le dieu supr&#234;me de l'homme tout en le reliant &#224; lui par la Connaissance. C'est ici d&#233;j&#224; une sacr&#233;e br&#232;che ouverte dans la transcendance ! Il ne reste plus qu'&#224; op&#233;rer le glissement de Prom&#233;th&#233;e &#224; l'Homme, lui faire profiter de cette br&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre connaissant c'est &#234;tre conscient, et &#234;tre conscient c'est avoir la capacit&#233; de penser. &#192; partir de l&#224; qu'est-ce qui pourrait emp&#234;cher de penser l'Infini ? Fran&#231;ois Flahault cite Ludwig Feuerbach : &lt;i&gt;&#171; La religion, du moins la chr&#233;tienne, est la relation de l'homme &#224; lui-m&#234;me... l'&#234;tre conscient a pour objet l'infinit&#233; de sa propre conscience &#187; et puis &#171; Homo homini deus est &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ludwig Feuerbach (1804-1872) - L'Essence du Christianisme (1841).&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'homme est un dieu pour l'homme car &#233;tant un &#234;tre conscient il peut penser l'Infini. Dieu pense le monde et le cr&#233;e en m&#234;me temps. La cr&#233;ation c'est ce qui d&#233;finit l'artiste. Donc Dieu est un artiste, l'Artiste ! Dieu peut mettre une id&#233;e dans l'esprit de l'homme, et celui-ci, r&#233;alise alors une imitation de l'id&#233;e, ici c'est un artisan, mais l'homme peut aussi &lt;i&gt;&#171; concevoir une id&#233;e qui n'existait pas avant lui &#187;&lt;/i&gt; et quand il la r&#233;alise cette id&#233;e il y a non plus imitation mais cr&#233;ation. Il y a donc similitude entre l'homme et Dieu. La qu&#234;te de l'homme connaissant c'est conna&#238;tre ce que connait Dieu, comprendre l'univers qu'a cr&#233;&#233; Dieu, accro&#238;tre sa parent&#233; avec lui puisque l'homme a &#233;t&#233; fait &#224; l'image de Dieu. Pour les philosophes, et les th&#233;ologiens, &#234;tres connaissants par d&#233;finition, la religion ne peut donc plus se r&#233;sumer &#224; une simple sot&#233;riologie, une doctrine de salut de l'&#226;me. Il faut d&#233;coupler le corps et l'esprit, la mati&#232;re et l'&#226;me. Le corps est corruptible mais l'&#226;me est immortelle. L'&#226;me c'est le &#171; sujet pensant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Saint-Augustin, il existe une &lt;i&gt;&#171; parent&#233; entre personne humaine et personne divine &#187;&lt;/i&gt;, ce qui peut constituer une premi&#232;re formulation du Cogito mais demeure la &lt;i&gt;&#171; d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de Dieu &#187;&lt;/i&gt;. Pour Descartes l'&#226;me est bien s&#251;r cr&#233;&#233;e par Dieu mais &lt;i&gt;&#171; l'&#234;tre se r&#233;alise dans le conna&#238;tre &#187;&lt;/i&gt;, et il va plus loin encore, Descartes, en d&#233;clarant qu'il faut &lt;i&gt;&#171; se rendre comme ma&#238;tre et possesseur de la nature &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Descartes (1596-1650) - Discours de la m&#233;thode.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/i&gt; C'est cette formule quasi programmatique qui pose LE probl&#232;me ! L'homme connaissant se croit en position d'ext&#233;riorit&#233; par rapport au monde mat&#233;riel, la Nature, comme il se sentira plus tard en position d'ext&#233;riorit&#233; par rapport &#224; la soci&#233;t&#233;. Hubris ! Il va s'agir de chercher &#224; conna&#238;tre les lois de la Nature pour s'approprier celle-ci. Certains diront qu'il y a un &lt;i&gt;&#171; pouvoir naturel d'appropriation &#187;&lt;/i&gt; ... de la Nature. Parall&#232;lement, il y a construction et d&#233;veloppement de l'Id&#233;e de Soi et aussi de &#171; l'individu prom&#233;th&#233;en &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on a oubli&#233; c'est que plus on joue avec le feu plus on risque de se br&#251;ler. Tout ceci ne peut que tr&#232;s mal finir. C'est pour cette raison que Fran&#231;ois Flahault consacre quelques lignes de son introduction &#224; l'&#233;vocation de la catastrophe de Tchernobyl.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A suivre...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22173 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH358/promethee_4-fbec8.jpg?1739713470' width='500' height='358' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ao&#251;t 2024&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Fran&#231;ois Flahault, &lt;i&gt;Le cr&#233;puscule de Prom&#233;th&#233;e&lt;/i&gt;, Contribution &#224; une histoire de la d&#233;mesure humaine (Mille et une nuits, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;** Louis M&#233;nard (1822-1901), Prom&#233;th&#233;e d&#233;livr&#233; in &lt;i&gt;Po&#235;mes&lt;/i&gt; (1863), cit&#233; par Fran&#231;ois Flahault dans &lt;i&gt;Le cr&#233;puscule de Prom&#233;th&#233;e&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Pseudo-Apollodore (Ier ou IIe si&#232;cle) - Biblioth&#232;que - Livre I - Chapitre VII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#233;siode (VIIe si&#232;cle avant notre &#232;re) &#8211; &lt;i&gt;Les Travaux et les Jours&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chapitre traitant du &lt;i&gt;Popol Vuh&lt;/i&gt; (Le livre du Conseil) dans mon texte le Th&#233;&#226;tre de Dieu in &lt;i&gt;Autour de la Cosmogonie-Cosmologie de Hildegarde von Bingen&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eschyle (525-456 avant notre &#232;re) - &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e enchain&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ludwig Feuerbach (1804-1872) - &lt;i&gt;L'Essence du Christianisme&lt;/i&gt; (1841).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Descartes (1596-1650) - &lt;i&gt;Discours de la m&#233;thode&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Y a-t-il un spectateur sans corps ?</title>
		<link>https://tk-21.com/Y-a-t-il-un-spectateur-sans-corps</link>
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		<dc:date>2025-02-02T11:31:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>art</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8230; mais s'il y a un(e) spectateur&#183;trice sans corps, comment le public d'art fait-il corps et quel corps ? C'est la question &#224; laquelle tente de r&#233;pondre le volume d'analyses dirig&#233; par Bruno Trentini, intitul&#233;&lt;/i&gt; Le corps spectatoriel &#224; l'&#233;preuve &lt;i&gt;(2024, Bordeaux, Le Bord de l'eau), par ailleurs accompagn&#233; d'un autre volume,&lt;/i&gt; Le corps &#224; l'&#339;uvre, cr&#233;er, vivre, interagir &lt;i&gt;(Ibidem), dirig&#233; avec Paul Dirkx et Jeanne E. Glesener.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Creation-et-commentaires" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation et commentaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/corps" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH37/arton2610-8ed2d.jpg?1772248095' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='37' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8230; mais s'il y a un(e) spectateur&#183;trice sans corps, comment le public d'art fait-il corps et quel corps ? C'est la question &#224; laquelle tente de r&#233;pondre le volume d'analyses dirig&#233; par Bruno Trentini, intitul&#233;&lt;/i&gt; Le corps spectatoriel &#224; l'&#233;preuve &lt;i&gt;(2024, Bordeaux, Le Bord de l'eau), par ailleurs accompagn&#233; d'un autre volume,&lt;/i&gt; Le corps &#224; l'&#339;uvre, cr&#233;er, vivre, interagir &lt;i&gt;(Ibidem), dirig&#233; avec Paul Dirkx et Jeanne E. Glesener.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Il n'interroge pas d'autres mani&#232;res d'artifier le corps (tatouages, body art), de faire corps politique (manifestation) ou en d&#233;fense (homosexuels, handicap&#233;s, minorit&#233;s), ni la mani&#232;re dont certains corps sont abusables (femmes, enfants&#8230;). Il en est d'ailleurs une qui est complexe : c'est l'exp&#233;rience corporelle synchrone, mais pas n&#233;cessairement collective (ce qui serait &#224; reprendre &#224; la lumi&#232;re du travail de Judith Butler&lt;/i&gt; (Dans quel monde vivons-nous ?, &lt;i&gt;Paris, Flammarion, 2023), survenue lors de l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19, exp&#233;rience qui malgr&#233; tout portait &#224; solidarit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Non, ce volume interroge cette question du corps dans le &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; aux &#339;uvres et travaux artistiques. Entendons bien : dans le &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; spectatoriel, le &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; auctorial participant par ailleurs du second volume, lequel est laiss&#233; ici de c&#244;t&#233;. Cette question, donc, d&#233;pouill&#233;e au long des articles du premier volume, dont nous rendons compte ici, &lt;i&gt;Le corps spectatoriel &#224; l'&#233;preuve,&lt;/i&gt; n'est pas si innocente que beaucoup le croient, ainsi que nous l'avions sugg&#233;r&#233; dans notre conf&#233;rence : &lt;i&gt;Huit notes autour du corps-spectateur (d'art), Ou Dante et Virgile, au Purgatoire, ont besoin de leurs yeux pour voir le beau&lt;/i&gt; (19 avril 2018, Tours, Mus&#233;e des Beaux-arts). Au demeurant, tout un &#171; corpus &#187; de tableaux, de dessins, de photographies, de films, de captations th&#233;&#226;trales donnant &#224; voir des spectateurs/trices tourne autour d'un certain m&#233;pris de leur corps, compar&#233; au sch&#232;me anatomique du &#171; beau &#187; (harmonie, proportions) d&#233;fini d&#232;s la Renaissance, du regard et des gestes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_22060 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/img_0283.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/img_0283-6b625.jpg?1737321628' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'une absurde philosophie des spectateurs &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ordinairement, la grande d&#233;rive autour du corps spectatoriel est organis&#233;e parce que &#171; spectateur &#187; semble toujours renvoyer &#224; un individu consid&#233;r&#233; en soi, isol&#233; sur son si&#232;ge ou devant une &#339;uvre. Or un tel individu, que l'on pourrait appeller &#171; spectateur &#187;, n'existe pas, parce que &#171; spectateur &#187; (voire &#171; regardeur &#187;, etc.) n'advient que dans un &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; (aux &#339;uvres), lui-m&#234;me d&#233;pendant du &lt;i&gt;principe&lt;/i&gt; de l'adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; n'importe qui, r&#233;sultat des pratiques artistiques (&#339;uvres ou travaux, installations, performances, protocoles, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette consid&#233;ration d&#233;cisive met en pi&#232;ces les approches les plus ordinaires de ces questions, le plus souvent marqu&#233;es au sceau d'absurdes cr&#233;dits accord&#233;s &#224; des vocables philosophiques &#233;cul&#233;s. L'article d'Agn&#232;s Lontrade (&lt;i&gt;Le spectateur &#224; l'&#233;preuve du jeu et du don&lt;/i&gt;) souligne ce fait sous la critique qu'elle conduit des esth&#233;tiques d&#233;sincarn&#233;es d'un spectateur innocent et ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et certes, le plus souvent, lorsque le corps est cit&#233;, c'est dans les termes classiques du corps oppos&#233; &#224; l'esprit, lesquels sont r&#233;fut&#233;s par d'autres auteurs de l'ouvrage (Christian Ruby, Coline Mathet, Marianne Massin). Il devrait donc &#234;tre possible de r&#233;fl&#233;chir cette question du corps spectatoriel autrement. Mais cela suppose que l'on se d&#233;fasse encore de deux axes d'analyse philosophiquement tra&#231;ables attach&#233;s au dualisme : les approches empiristes et les approches rationalistes, ces deux options imposant l'id&#233;e d'une perception d&#233;sincarn&#233;e, li&#233;e soit &#224; des donn&#233;es sensibles atomiques r&#233;pondant &#224; des principes d'association propres &#224; l'entendement (les empiristes), soit &#224; une id&#233;e unifiante, elle-m&#234;me m&#233;tonymie du sujet pensant (les rationalistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En ce qui regarde l'empirisme, souvenons-nous de la doctrine longtemps pr&#233;gnante dans le cadre de l'art public. Cette doctrine pr&#233;tend que cette pratique d'art dans les lieux publics produira des effets (civiques, moraux, culturels) &#224; proportion de son approche par les sens des passants singuliers et quelconques (pas toujours spectateurs). Dans la version r&#233;publicaine classique : par la hauteur et l'effet de domination (bien relev&#233;s par Charles Baudelaire et en photographie par Brassa&#239;), par la gestuelle et une image inspiratrice (la &#171; moraline &#187; relev&#233;e par Friedrich Nietzsche), par le lieu d'implantation et la fr&#233;quentation (r&#233;examin&#233;s r&#233;cemment par la revue &lt;i&gt;M&#233;moire en jeu,&lt;/i&gt; n&#176;21, 2024). Le mus&#233;e en plein air fait alors office de lieu d'&#233;ducation subreptice par le moyen d'un corps consid&#233;r&#233; comme simple r&#233;cepteur par rapide impr&#233;gnation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22059 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;64&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/art_public_susanna_hesselberg_quand_mon_pe_re_est_mort_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH329/art_public_susanna_hesselberg_quand_mon_pe_re_est_mort_2022-a2395.jpg?1772188263' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Art public : Susanna Hesselberg, Quand mon p&#232;re est mort, 2022
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; En ce qui regarde le jugement du spectateur, il est pr&#233;suppos&#233; qu'en termes d'esth&#233;tique classique &#8211; d&#233;riv&#233;e avec pertinence ou non de propos d'Immanuel Kant, rappel&#233;s par Thomas Morisset dans son article qui d&#233;borde d'ailleurs le cadre de l'art (&lt;i&gt;Sentir et appr&#233;cier sensiblement&lt;/i&gt;) &#8211;, si le jugement esth&#233;tique doit &#234;tre pur, c'est qu'il est d&#233;sint&#233;ress&#233;. Et s'il est d&#233;sint&#233;ress&#233;, sans poids du d&#233;sir et de l'agr&#233;ment, alors il convient de n&#233;gliger le corps du spectateur dans toutes les consid&#233;rations le prenant pour objet. Au mieux, il devient un moyen technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ces deux approches de l'art, empiriste et rationaliste, non seulement ne peuvent pas &#234;tre aussi antagonistes que leurs partisans le croient, mais encore sont d&#233;pass&#233;es par de nombreux travaux d'artistes r&#233;percut&#233;s sur le public. &#192; preuve, dans ce &lt;i&gt;Glossaire pour le XXI&#7497; si&#232;cle,&lt;/i&gt; dirig&#233; par Michael Marder &amp; Giovanbattisa Tusa (publi&#233; &#224; Dijon, aux presses du r&#233;el, 2024), au mot &#171; corps &#187;, cette r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#339;uvre de l'artiste &#201;milie Conrad qui consiste &#224; faire ondoyer son torse sur le sol rugueux afin de faire de son corps une question vivante &#224; l'adresse du public, une question haptique, une prosodie du corps entra&#238;nant les assistants de ses performances &#224; r&#233;sonner avec elle. Et que dire de nos jours du corps du spectateur m&#233;di&#233; par les machines, quand ce n'est pas les difficult&#233;s de cohabitation autour d'une &#339;uvre, les outils de communication, etc. ! ainsi que les explorent Ugo Schimizzi &#224; propos des jeux pervasifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'un support sociologique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il est toujours possible de minimiser la dimension du jugement de go&#251;t, mais il est impossible de ne pas saisir le double mouvement qui le structure : le rapport &#224; un objet social commun distinct du sujet &#233;metteur du jugement et le rapport aux autres, susceptible ou non d'un &#171; sens commun &#187;. En cela, une r&#233;flexion sur le corps spectatoriel est n&#233;cessairement projet&#233;e dans l'histoire et la sociologie, deux champs de recherche largement parcourus par Peter Berger et Pierre Bourdieu, sur les travaux desquels nous n'insistons pas ici. C'est sans doute en passant par la dimension du corps fatigu&#233; que ces champs transparaissent au mieux dans les analyses, puisque &lt;i&gt;&#171; une personne spectatrice et fatigu&#233;e est [donc] &#224; l'&#233;preuve des failles de son propre corps &#187;&lt;/i&gt; (Bruno Trentini, &lt;i&gt;&#192; bout de force, une esth&#233;tique du corps fatigu&#233;&lt;/i&gt;), et des failles qui replacent les sensibilit&#233;s dans un processus global. C'est &#224; juste titre que Trentini cale sa r&#233;flexion sur le propos jadis tenu par un pr&#233;sident de cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision, que l'on peut d&#233;caler : plus les &#171; gens &#187; sont fatigu&#233;s plus leur cerveau est disponible&#8230; et si ce n'&#233;tait pas vrai ou plut&#244;t le contraire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est justement en ce point que l'ouvrage, dans sa teneur globale, n'oublie pas de souligner qu'il existe un rapport particulier &#339;uvre-spectateur en culture occidentale entretenu par les institutions qui assurent l'h&#233;ritage du th&#233;&#226;tre &#224; l'italienne (horaires pr&#233;cis, chaises align&#233;es, silence requis) et du mus&#233;e classique (ordonnance des &#339;uvres, silence requis), et qui diff&#232;re de celui d'autres cultures et d'autres &#233;poques (Barbara Formis, &lt;i&gt;La sc&#232;ne au-del&#224; du spectacle&lt;/i&gt;). Dans d'autres propos, cette question rel&#232;verait de l'aboutissement d'un long processus de domestication du corps du spectateur, qui d&#233;bute &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XVIII&#7497; si&#232;cle, &#233;poque o&#249; &#233;mergent les b&#226;timents sp&#233;cialis&#233;s dans l'activit&#233; spectaculaire. Petit &#224; petit, les spectateurs, qui deviennent un public, vont &#234;tre progressivement disciplin&#233;s, d'une part par l'intervention de l'&#201;tat qui vise &#224; assurer la s&#233;curit&#233; des personnes et &#224; r&#233;primer les troubles &#224; l'ordre public, d'autre part par la constitution de la mise en sc&#232;ne en tant que discipline artistique et la repr&#233;sentation en tant qu'&#339;uvre d'art qui impliquent l'instauration radicale de la place des spectateurs, inexistants dans l'art de culte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; N'est-ce pas l&#224;, justement, que s'est jou&#233; un rapport sp&#233;cifique au corps, par l'interm&#233;diaire duquel naissent le spectateur et ce que nous nommons le public ? C'est souvent en termes de n&#233;gation du corps que cela s'interpr&#232;te : &lt;i&gt;&#171; Le corps r&#234;v&#233;, id&#233;al est un corps absent ou mort. Le spectateur r&#234;v&#233; est un spectateur sans corps, sans bronches encombr&#233;es ni articulation ankylos&#233;e. Il doit rester immobile, fig&#233; &#187; &lt;/i&gt; puisque &lt;i&gt;&#171; le culturel cela se m&#233;rite ! &#187; &#187;&lt;/i&gt; (Agn&#232;s Lontrade). Mais c'est oublier que le corps du spectateur, et bient&#244;t de la spectatrice (plus avant dans le XVIII&#7497; si&#232;cle), joue un r&#244;le primordial dans l'exercice du spectacle. S'il est vrai que dans une salle de spectacle, le spectateur manifeste une &#171; attention rituelle &#187; vis-&#224;-vis de l'&#339;uvre et que son corps est soumis &#224; des r&#232;gles contraignantes comme ne pas bouger ou ne pas faire de bruit, nous sommes aujourd'hui loin de cette id&#233;e d'asc&#233;tisme dans le fait d'aller au spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le corps spectatoriel &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'interview conduite par Marianne Massin (&lt;i&gt;&#192; l'&#233;preuve des disjonctions&lt;/i&gt;) avec l'artiste Anri Sala recadre la d&#233;marche globale du volume autour d'une question qui traverse la plupart des commentaires. Le regard (ou l'oreille, etc.) tendu vers une &#339;uvre d&#233;cline-t-il une exp&#233;rience ou un exercice spectaroriels ? Ce qui est ici en jeu, c'est une pens&#233;e de l'art rapport&#233;e &#224; un temps de construction qui est bien celui du corps du spectateur ou de la spectatrice. L'artiste pr&#233;cise : &lt;i&gt;&#171; Ces &#339;uvres ne sont pas l&#224; pour &#234;tre vues comme des contenus, mais plut&#244;t pour cultiver &#224; l'int&#233;rieur de chacun ce potentiel d'intervalle, ce d&#233;calage, de perte d'&#233;quilibre &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Certes, il existe bien des &#339;uvres &#224; exp&#233;riences, comme il existe des &#339;uvres &#224; usages (notamment dans les 1% scolaires, comme l'a montr&#233; Marie-Laure Viale dans sa th&#232;se, non publi&#233;e). Et existent non moins des discussions autour de l'emploi du terme &#171; exp&#233;rience &#187;, Massin en sugg&#233;rant la teneur par allusion &#224; des discussions avec la philosophe Catherine Grout et la danseuse Micheline Leli&#232;vre. Mais en g&#233;n&#233;ral, le principe m&#234;me d'une adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; chacune et chacun implique une sorte de n&#233;gociation de chaque instant entre soi et l'&#339;uvre envelopp&#233;e dans une vigilance aiguis&#233;e dans la r&#233;ception. Et de conclure que les dispositifs, notamment ceux que propose Anri Sala, permettent au spectateur d'&#233;prouver et de cultiver un rapport de syncope &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me. N'est-ce pas exactement ce qui peut prendre le nom d'exercice, cette invitation &#224; se vivifier soi-m&#234;me et &#224; exercer sa vigilance sur le suspens du jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En r&#233;alit&#233;, la discussion sur ce plan est plus large qu'on ne le croit. Elle engage en sous-main une critique des &#171; spectateurs &#187; de m&#233;dias de masse. Depuis longtemps, on leur reproche leur &#171; passivit&#233; &#187;, leur mani&#232;re de se livrer au formatage dans lesquels on les conduit, leur inculture par dissolution de soi dans l'image. Le photographe Olivier Culmann en a propos&#233; une version tout &#224; fait explicite dans un ancien ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22061 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/img_4517.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/img_4517-41116.jpg?1772188263' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	L'exaltation de l'id&#233;e d'exp&#233;rience relativement aux arts tend &#224; imposer une distinction entre deux types de spectateurs : les spectateurs &#224; exp&#233;rience, qui agissent et se mobilisent pour saisir l'image avec pertinence, et les spectateurs &#224; passivit&#233;, qui re&#231;oivent l'image sans prendre de distance avec elle. L'ouvrage a au moins le m&#233;rite sur ce plan de ne pas adh&#233;rer &#224; ce partage un peu rapide et formel, par trop distinctif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le corps du public &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Reste une question qui traverse aussi ce volume. Qu'en est-il du corps du public ? Ou plut&#244;t, le public fait-il corps ? Et quel corps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Thomas Morisset, en fin de volume, conduit une r&#233;flexion &#224; partir de laquelle des r&#233;ponses peuvent &#234;tre &#233;labor&#233;es. En s'int&#233;ressant aux gestes et aux efforts d'autrui tels qu'ils sont appr&#233;hend&#233;s dans les &#339;uvres et les spectacles, il livre une s&#233;rie de remarques. Ainsi, insiste-t-il sur le d&#233;veloppement de la culture de sa sensibilit&#233; par chacun et chacune dans la confrontation impos&#233;e dans le spectacle entre spectateur et &#339;uvre et entre les spectateurs. Cette culture passe donc pour une des modalit&#233;s de constitution du public. Ce dernier n'est ni un bloc, ni une chose, ni imm&#233;diatement form&#233; : il r&#233;sulte des interactions activ&#233;es durant le temps de la confrontation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En somme, r&#233;fl&#233;chir &#224; cette dimension esth&#233;tique revient &#224; se demander non seulement ce que signifie faire corps, mais encore en quoi et pourquoi il est important de faire corps ou de pouvoir faire corps. Ce ne sont pas seulement les pratiques artistiques traditionnelles qui sont mises ainsi en point de mire, mais encore les arts vivants, et surtout les arts de la rue. D'autant que ces derniers sont souvent propuls&#233;s au rang de mod&#232;le d'&#233;galit&#233; et de libert&#233; transposable &#224; la forme d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Deux images pourraient porter ce d&#233;bat. La premi&#232;re se trouve en t&#234;te de cet article. Elle renvoie au travail de Ruedi et V&#233;ra Baur, dans le quartier des Loch&#232;res &#224; Sarcelles. Ce travail, portant sur un immeuble entier, ne se contente pas d'interroger la place du sensible dans les lieux et l'espace publics. Ce qu'il accomplit tout de m&#234;me. Il prolonge largement l'analyse en direction du public de l'ouvrage, d'autant que ce public, les habitantes et habitants de l'immeuble, se trouve &#234;tre au principe de la cr&#233;ation de l'installation. Se rencontrent par cons&#233;quent en ce point la diversit&#233; des sensibilit&#233;s, la diversit&#233; des personnes et des cultures, et la diversit&#233; des rapports &#224; des &#339;uvres d'art. Heureusement Ruedi et V&#233;ra Baur ne pr&#233;tendent pas pour autant proposer des recettes en mati&#232;re d'art et de public. Mais ce &#224; quoi ils ont &#339;uvr&#233; contribue fort bien &#224; sculpter un public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La seconde image appartient &#224; Henri Cartier-Bresson. Nous la livrons &#224; l'approche que le lecteur et la lectrice voudra bien se proposer. Elle est toutefois coh&#233;rente avec le d&#233;veloppement que nous venons de donner &#224; lire et &#224; critiquer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22063 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/william_powell_frith_a_private_view_at_the_royal_academy.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH324/william_powell_frith_a_private_view_at_the_royal_academy-57f5a.jpg?1737321628' width='500' height='324' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Powell Frith, A Private View at the Royal Academy
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Autour de l'architecture baroque et de la spirale</title>
		<link>https://tk-21.com/Autour-de-l-architecture-baroque</link>
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		<dc:date>2025-02-02T11:27:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>musique</dc:subject>
		<dc:subject>architecture</dc:subject>
		<dc:subject>baroque</dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>sculpture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Johannes Kepler, tout en am&#233;liorant la th&#233;orie copernicienne, va remettre en question le primat du cercle, figure absolue de la perfection divine &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale, au profit de celui de l'ellipse, v&#233;ritable g&#233;om&#233;trie qui marque le mouvement des plan&#232;tes autour du soleil.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Creation-et-commentaires" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation et commentaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/musique" rel="tag"&gt;musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/architecture" rel="tag"&gt;architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/baroque" rel="tag"&gt;baroque&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2619-d4f4f.jpg?1772251784' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Johannes Kepler, tout en am&#233;liorant la th&#233;orie copernicienne, va remettre en question le primat du cercle, figure absolue de la perfection divine &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale, au profit de celui de l'ellipse, v&#233;ritable g&#233;om&#233;trie qui marque le mouvement des plan&#232;tes autour du soleil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_22114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH372/spirale_baroque-8-945a0.jpg?1772204456' width='500' height='372' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#169; DR
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien avant Newton, Johannes Kepler en arrivera &#224; sp&#233;culer sur la gravitation universelle, c'est-&#224;-dire sur l'attraction des corps entre eux en fonction de leurs masses. Mais, tout math&#233;maticien et astronome qu'il ait pu &#234;tre, Kepler demeure un ancien du point de vue de la M&#233;taphysique, c'est-&#224;-dire qu'il est encore impr&#233;gn&#233; de vieille mystique d'inspiration plus pa&#239;enne que chr&#233;tienne. Par exemple, il investit le soleil d'un r&#244;le de moteur dans le syst&#232;me plan&#233;taire et donc dans l'Univers, autrement dit il lui accorde une place privil&#233;gi&#233;e, bien qu'archa&#239;que, dans le syst&#232;me divin, et puis il y a aussi sa croyance in&#233;branlable en l'astrologie, d&#233;rive quasi in&#233;vitable d'un penseur de cette &#233;poque &#224; la fois math&#233;maticien et astronome.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22108 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH485/spirale_baroque-2-96fe6.jpg?1737542649' width='500' height='485' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En dehors de la cosmologie et de ses magnifiques lois, lois b&#226;ties &#224; partir d'une histoire assez compliqu&#233;e d'embo&#238;tement de tout un tas de poly&#232;dres r&#233;guliers qui constituerait l'infrastructure de cette architecture sph&#233;rique qu'est l'Univers, o&#249; Kepler redevient vraiment int&#233;ressant, c'est dans le domaine musical, avec sa conception d'un Univers harmonique &#224; la fois largement inspir&#233;e de &#171; l'harmonie des sph&#232;res &#187; des Pythagoriciens et de &#171; L'Harmonica &#187; de Ptol&#233;m&#233;e, et en r&#233;action avec elles et eux. Je ne rentrerai pas dans tous les d&#233;tails. Mais l'id&#233;e de base chez Johannes Kepler se rapproche assez largement de celle d'Hildegarde von Bingen, &#224; savoir que l'Univers constitue la face visible de Dieu, son image, et que l'harmonie de la musique est un reflet de celle de l'Univers, donc de l'harmonie qui &#233;mane de Dieu. On pourrait attribuer &#224; chaque plan&#232;te une ou plusieurs notes, notes de musique s'entend, pas celles de l'&#233;cole de notre enfance, en fonction des variations de leurs vitesses de rotation entre le p&#233;rih&#233;lie, distance la plus courte par rapport au soleil, et l'aph&#233;lie, distance la plus longue, en consid&#233;rant bien s&#251;r des orbites elliptiques. Plus l'ellipse est grande, plus le rapport des vitesses de rotation, ou vitesses angulaires, est &#233;lev&#233;, plus le nombre de notes est important, cas de Mercure, et &#224; l'inverse si l'ellipse est tr&#232;s courte, et la vitesse angulaire faible, il pourrait n'y avoir qu'une seule note, cas de V&#233;nus. Les plan&#232;tes jouent donc une symphonie cosmique dont la musique des Hommes, tant vocale qu'instrumentale, s'inspire largement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ellipse a domin&#233; l'art renaissant et le Baroque, la musique on vient de le voir avec Kepler et son &#171; Harmonices Mundi &#187;, mais aussi la peinture et l'architecture. En fait, et de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, on pourrait parler d'une sorte de contamination de l'Art et de tout ce qui est relatif &#224; la pens&#233;e, y compris la pens&#233;e th&#233;ologique, par la cosmologie et ses avanc&#233;es. Dans la peinture, on retrouve l'ellipse de-ci de-l&#224; jusque dans la Sixtine, et peut-&#234;tre n'a-t-on que trop cit&#233; le dieu de Michel-Ange envelopp&#233; de son manteau ovo&#239;de tout plein d'anges et de ch&#233;rubins, image de l'&#339;uf cosmique enfermant d&#233;j&#224; Eve, la tentatrice fatale, Dieu qui donne naissance &#224; Adam en effleurant sa main d'un doigt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ellipse est omnipr&#233;sente dans l'architecture romaine archi-domin&#233;e par les figures de Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin, et Francesco Borromini. Du c&#244;t&#233; du Bernin et de l'ellipse architecturale on se tournera surtout vers la place &#224; quatre rang&#233;es d'arcades de la basilique Saint-Pierre, colonnade qui figure deux bras ouverts pour accueillir le peuple des fid&#232;les, mais c'est l&#224; une ellipse non ferm&#233;e pour que ledit peuple puise acc&#233;der &#224; la place et contempler la splendeur et la puissance de son &#201;glise et de ses dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le v&#233;ritable ma&#238;tre de l'ellipse c'est Borromini, collaborateur tragique du Bernin, &#224; qui la ville de Rome doit un nombre impressionnant de basiliques, d'&#233;glises, de palais et de villas. Severo Sarduy dans ce d&#233;sert glac&#233; qu'est &#171; Barroco &#187; d&#233;finit l'ellipse comme &#233;tant &lt;i&gt;&#171; l'anamorphose du cercle &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Severo Sarduy (1937 - 1993), po&#232;te et critique d'art d'origine cubaine, est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;alis&#233;e par Borromini pour &#233;tablir le plan de &#171; San Carlino &#187; &#224; Rome. Il est vrai que Borromini est par excellence l'architecte du Baroque qui int&#232;grera dans ses &#339;uvres toutes ses superbes outrances et ses magnificences innovantes en les m&#234;lant &#224; de beaux morceaux puis&#233;s dans l'Antique, le Gothique et le Renaissant. Mais, le v&#233;ritable apport de Borromini c'est la lumi&#232;re, non pas celle qui jette au passage des vitraux le v&#234;tement d'Arlequin sur les prie-Dieu ou les dalles humides des &#233;glises, mais la lumi&#232;re z&#233;nithale tombant de puits elliptiques creus&#233;s dans des coupoles souvent elliptiques aussi. Les ellipses de Borromini sont discr&#232;tes mais divines car la lumi&#232;re qu'elles diffusent c'est &#171; la Sapienza &#187;, la sagesse d'un dieu qui purifie et instruit les Hommes. Du reste, Borromini fut l'architecte de la &#171; Sapienza &#187; et de son &#233;glise &#171; Sant'Ivo &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;glise Saint-Yves-de-la-Sagesse qui appartient &#224; l'&#233;norme complexe de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22111 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH492/spirale_baroque-5-4c2e4.jpg?1737542649' width='500' height='492' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux m'emp&#234;cher de percevoir l'architecture baroque, celle de Borromini, comme l'une des figures adopt&#233;es par la musique sacr&#233;e. Le rythme compliqu&#233; dict&#233; par ses fa&#231;ades, courbes, contre-courbes, incurvations, arcs de cercles invers&#233;s, indentations multiples, concavit&#233;s et rotondit&#233;s r&#233;unies, les riches ornementations de ses lignes int&#233;rieures et ext&#233;rieures, lignes tant m&#233;lodiques que polyphoniques, ses volumes plus ou moins vastes, habiles modulateurs de sons, on parlerait aujourd'hui d'une musique spatialis&#233;e, ces zones de clair-obscur ou d'&#233;clats lumineux, des &#233;blouissements chromatiques, tout, absolument tout, fait musique dans le Baroque et son architecture. Maintenant, la question est de savoir si, malgr&#233; l'ellipse de Kepler, le Baroque e&#251;t &#233;t&#233; pleinement ce qu'il est hors contexte de la Contre-R&#233;forme ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22110 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L494xH742/spirale_baroque-4-8a383.jpg?1737542649' width='494' height='742' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;N'en d&#233;plaise &#224; Severo Sarduy qui ne consid&#232;re dans le Baroque &#224; peu pr&#232;s que l'ellipse, chez Borromini l'ellipse n'est qu'une figure g&#233;om&#233;trique parmi beaucoup d'autres convoqu&#233;es, en fait toutes, cercle, triangle, &#233;toile, rectangle, carr&#233;, poly&#232;dres en tout genre, ou des parties, ou des combinaisons de ces figures, comme le &#171; sceau de Salomon &#187;, deux triangles en &#233;toile avec des arcs de cercle qui constituent l'id&#233;e de &#171; Sant'Ivo &#187;, et d'autres bien plus savantes encore. Chez lui, il y a beaucoup d'arcades, de colonnades et de plafonds &#224; caissons, et puis, c'est vrai, toujours la divine lumi&#232;re, &#224; la fois produit et composante de l'architecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi les tensions, les torsions, la dynamique du Baroque, c'est la Spirale qui l'exprime le mieux, Spirale &#224; laquelle tous les artistes ont eu maintes et maintes fois recours, et particuli&#232;rement Borromini et Le Bernin, en multipliant au sein de leurs architectures les colonnes torsad&#233;es, les escaliers h&#233;lico&#239;daux, et les volutes ioniques et corinthiennes, bien s&#251;r. Mais, la Spirale est surtout et avant tout une exp&#233;rience de pens&#233;e, qui peut s'&#233;prouver physiquement parfois, lorsque le regard cherche &#224; se porter tr&#232;s haut, jusqu'au centre des coupoles, l&#224; o&#249; volette l'Esprit dit saint, et qu'il tournoie dans sa course ascensionnelle, prenant appui sur le sommet des baldaquins, les chapiteaux &#224; enroulements des colonnes, les ailes battantes des putti, les entablements des rotondes qui diffusent la lumi&#232;re de Borromini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Spirale n'est pas n&#233;e de la cosmologie car en ces temps, et pour longtemps encore, on ignorait tout de l'existence des galaxies. La Spirale est un concept &#233;nerg&#233;tique et inspir&#233; qui a travers&#233; les &#226;ges, depuis les chapiteaux de la Gr&#232;ce et les fines colonnes d'Apam&#233;e en Syrie, et qui a &#233;t&#233; magnifi&#233; par la Renaissance et le Baroque. Michel-Ange me la fait deviner dans le marbre de &#171; La Vierge et l'Enfant &#187; de Bruges, lorsque ce dernier se d&#233;tache d&#233;licatement mais r&#233;solument de sa m&#232;re au regard triste et int&#233;rioris&#233;, qu'il se d&#233;gage du genou et de l'ample robe pliss&#233;e qui l'enveloppe, qu'il s'appr&#234;te &#224; l&#226;cher la douce main, forc&#233;ment apaisante face &#224; l'angoisse des souffrances futures, et &#224; poser le pied &#224; terre en vue de conqu&#233;rir le Monde. Seconde et v&#233;ritable naissance. Mouvement de l'Enfant, amorce d'une spirale dans laquelle se dissout La Madone pour redevenir La Vierge. Exp&#233;rience de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L428xH694/spirale_baroque-6-3c7b0.jpg?1737542649' width='428' height='694' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je la vois aussi inscrite dans le marbre du Bernin lors de &#171; L'enl&#232;vement de Pers&#233;phone &#187;, ou de Proserpine puisque Le Bernin est latin, lorsque cette derni&#232;re tente de s'arracher des mains puissantes et convoiteuses qui s'imprime d&#233;j&#224; dans sa chair d&#233;sirable, et que, prenant appui sur l'une des t&#234;tes de Cerb&#232;re, elle repousse d'une main la face hideuse de l'agresseur et cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment, dans une torsion tragique, un mouvement spiral&#233;, une aspiration vers le ciel. Tentative d'&#233;vasion par et dans la Spirale. Exp&#233;rience de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L305xH742/spirale_baroque-7-63bdc.jpg?1737542649' width='305' height='742' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Fernando Pessoa, un homme qui se d&#233;fiait des d&#233;finitions abstraites, disait [de la spirale] que &lt;i&gt;&#171; c'est un serpent sans serpent qui s'enroule verticalement autour de rien &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fernando Pessoa - Le livre de l'intranquillit&#233; - Traduction Fran&#231;oise Laye (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour Pessoa, ce qui est filtr&#233; par nos sens n'est pas la r&#233;alit&#233;. Il faut dire avec ses mots et ses images en courant le risque de ne pas &#234;tre compris. Seule l'expression litt&#233;raire, le vrai savoir dire, permet de rendre la vie r&#233;elle et la sort de sa trivialit&#233;. Il appartient &#224; chacun d'entre nous de d&#233;finir sa spirale. Mais cette id&#233;e du serpent fait appara&#238;tre l'image d'une spirale n&#233;gative, celle du serpent de la d&#233;ch&#233;ance que l'on trouve chez Masaccio, Cranach, D&#252;rer et beaucoup d'autres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;nergie de la spirale, axe tournoyant du Monde, elle-m&#234;me tournant sur son axe invisible, en m&#234;me temps que dynamique de la Modernit&#233;, c'est une &#339;uvre au nom &#233;nigmatique qui nous la fait percevoir, ressentir, &#233;prouver le mieux... &#171; Le probl&#232;me du fond et de la forme dans l'architecture du baroque (seul le tombeau sera tien sans partage) &#187;, imposante sculpture-installation aux marges du minimalisme et de l'art conceptuel, en fait franchement conceptuelle, con&#231;ue et r&#233;alis&#233;e par Reinhard Mucha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Physiquement, on se trouve confront&#233; &#224; un hybride de vaisseau spatial et de baraquement de chantier, &#224; la forme approximative de tambour pos&#233; sur un cercle de parpaings. Le cylindre, ou plus exactement le dod&#233;ca&#232;dre, est constitu&#233; de produits manufactur&#233;s, cloisons m&#233;talliques, plaque de formica, &#233;chelles en aluminium, tubes de n&#233;on, tous &#233;l&#233;ments strictement fonctionnels utilis&#233;s d'ailleurs pour leur fonctionnalit&#233; par l'institution qui pr&#233;sente occasionnellement, trop rarement, cette installation. Donc au premier regard, rien de bien attirant. Jean Genet disait que lorsque l'on aborde l'Art &lt;i&gt;&#171; il faut se mettre en &#233;tat de na&#239;vet&#233; &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Genet &#8211; L'atelier d'Alberto Giacometti (Marc Barbezat &#8211; L'Arbal&#232;te &#8211; 1963).&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; c'est-&#224;-dire ne pas censurer ses impressions brutes, c'est gros, c'est rouge, c'est pas beau, c'est beau, mais apr&#232;s il faut exercer ce que Sol LeWitt appellera plus tard son &lt;i&gt;&#171; regard mental &#187;,&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire aller bien au-del&#224; de l'&#339;uvre objet-mat&#233;riel, ici se d&#233;gager de l'image somme toute banale renvoy&#233;e par l'utilisation de mat&#233;riaux de construction et d'am&#233;nagement, comme nous y invite le titre de l'&#339;uvre de fa&#231;on tr&#232;s directe du reste. En effet, malgr&#233; son aust&#233;rit&#233; apparente, elle r&#233;unit tous les principes de l'art baroque, absolument tous, tant du point de vue esth&#233;tique que du point de vue sociopolitique et c'est bien l&#224; l'id&#233;e qui est artistique, bien plus que l'objet dans son apparence &#233;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Baroque c'est le d&#233;bordement int&#233;gral, la submersion des sens, le primat de l'impression, la sortie de tous les cadres, le d&#233;cloisonnement de toutes les pratiques, leur m&#233;lange, leur mixage, leur empi&#232;tement l'une sur l'autre, la profusion ornementale, l'exc&#232;s, la dispersion, la confusion, la luxuriance, la saturation de l'espace et en m&#234;me temps l'explosion de ses limites, l'expansion dans toutes les directions, pour les classiques la pure injure faite au bon go&#251;t, pour les autres la tentative de s&#233;duction historiquement la plus aboutie, un absolu, le spectacle int&#233;gral, l'art total. Mais tout art qui se veut total est un art par nature totalitaire, en d&#233;pit de ses aspects profond&#233;ment novateurs, puisqu'il ne permet aucune respiration, qu'il ne laisse aucune ouverture, aucun espace libre pour la pens&#233;e autonome. Le Baroque est un art ultrar&#233;actionnaire, l'art de la Contre-R&#233;forme, un art antihumaniste et morbide car il ne suffit pas de couvrir le corps des supplici&#233;s d'ors et de perles, de sculpter leur image dans le marbre de Carrare le plus pur, de les baigner dans le chant ondoyant et s&#233;raphique des castrats, pour faire oublier le caract&#232;re effroyable de leur supplice. Son objectif c'est l'&#233;touffement, l'&#233;crasement, la soumission inconditionnelle au dogme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH338/spirale_baroque-9-831bc.jpg?1737542649' width='500' height='338' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Baroque est probablement le premier &#224; poser, ou plut&#244;t le premier qui am&#232;ne &#224; se poser, puisque lui-m&#234;me n'est rien d'autres qu'un flot d'images n&#233;gatrices absolues d'interrogation, la question fondamentale qui tourmentera tous les si&#232;cles qui ont suivi son &#233;closion, question paradoxalement moderne puisque d&#233;fiant le temps : qu'est-ce qu'une &#339;uvre d'art et &#224; quoi peut-elle bien servir ? Ce sont les fondements du Baroque et cette question que met en sc&#232;ne Mucha, mise en sc&#232;ne car c'est bien de th&#233;&#226;tre dont il s'agit. Tout d'abord, il utilise les mat&#233;riaux les plus triviaux, des mat&#233;riaux qui consid&#233;r&#233;s isol&#233;ment ne portent aucune charge &#233;motionnelle, et avec eux il remplit totalement l'espace en les disposant d'une mani&#232;re qui annihile leur fonction traditionnelle. Il les d&#233;tourne compl&#232;tement de leur usage et par la m&#234;me provoque chez l'observateur un &#233;garement, un effarement. Il confond, m&#233;lange, confronte, maltraite les domaines et les pratiques en proposant une &#339;uvre ind&#233;finissable, architecturale par le traitement des volumes et l'agencement des mat&#233;riaux, sculpturale par son modelage rigoureux et l'impossibilit&#233; d'y p&#233;n&#233;trer, picturale par le soin apport&#233; &#224; la composition. Il brise tous les crit&#232;res d'esth&#233;tisme, brutalise, voire injurie, les go&#251;ts et les sens, bricole une machine dont le fonctionnement &#233;chappe &#224; toute compr&#233;hension possible. Il fait &#339;uvre de subversion en tournant r&#233;solument le dos aux id&#233;ologues dominants qui eux ne proposent aux peuples que du spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mucha provoque l'artiste, son spectateur, son client, l'institution mus&#233;ale qui l'h&#233;berge. Pour l'artiste il r&#233;cuse le statut d'artisan g&#233;nial orgueilleux de son savoir-faire et p&#233;tri de sensibilit&#233;. Au spectateur, il retire tous les cadres de r&#233;f&#233;rence qui le rassuraient. Au client, il refuse le bel objet d&#233;coratif &#224; poser ou &#224; accrocher dans son salon. Quant au mus&#233;e, il le ridiculise en d&#233;cr&#233;tant &#339;uvre d'art un assemblage d'ustensiles qui servent &#224; le construire ou &#224; l'am&#233;nager. En r&#233;sum&#233;, Mucha s'attaque de front &#224; l'art bourgeois et &#224; la richesse du baroque. Dans l'art bourgeois et le baroque spectaculaire, il n'entrevoit qu'un vide d&#233;sesp&#233;rant, un gouffre sans fond, un abysse, puisque l'un et l'autre ne reposent que sur l'apparence, d&#233;clarent le primat de la forme et de ce fait refusent qu'&#233;merge un fond. A bien y r&#233;fl&#233;chir, le monument de Mucha pourrait bien &#234;tre le tombeau de l'esth&#233;tisme et de la pr&#233;tention bourgeoise. Pour Reinhard Mucha, artiste conceptuel s'il en est, l'Art n'est plus une question de forme mais de fonction. Il a une mission celle de questionner la soci&#233;t&#233;, microcosme des acteurs de l'Art, en tout premier lieu, quant &#224; leur raison d'&#234;tre, leur finalit&#233;, et la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;rale, le macrocosme en second lieu, quant &#224; ses valeurs culturelles, politiques et autres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les ingr&#233;dients de la postmodernit&#233; entrent dans la composition de cette sculpture-installation, hybridation, transdisciplinarit&#233;, primat de la technologie et j'en passe, et pourtant il ne s'agit pas d'une &#339;uvre postmoderne, tout du moins pas par rapport &#224; la question du Baroque. Engendr&#233; par la Contre-R&#233;forme, on l'a d&#233;j&#224; dit, le Baroque a, dans un premier temps, satur&#233; tout l'espace artistique puis est progressivement tomb&#233; dans un demi-sommeil avec des phases paradoxales de Rococo, sorte de clinquant d&#233;gag&#233; de tout caract&#232;re purement religieux, sorte de pornographie architecturale &#224; l'usage de la haute bourgeoisie de ces &#233;poques et des troupeaux touristiques contemporains. A la fin du vingti&#232;me si&#232;cle, il a &#233;t&#233; totalement r&#233;habilit&#233; par les postmodernes, d&#233;rang&#233;s par l'esth&#233;tique froide et d&#233;passionn&#233;e, selon eux, du modernisme et d&#233;sorient&#233;s par la radicalit&#233; artistique et politique des avant-gardes. La volont&#233; des postmodernes &#233;tait de d&#233;molir, pour ne pas employer le concept derridien de d&#233;construire, ce bloc modernisme/avant-garde, trop strict, trop dogmatique, trop id&#233;ologique et trop savant &#224; leur go&#251;t, &#233;difice dont l'Humanisme et les Lumi&#232;res avaient pos&#233; les fondations, en organisant le retour du Baroque en architecture notamment, avec des gens comme Frank Gehry par exemple, et en musique aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reinhard Mucha, lui, se livre &#224; une critique syst&#233;matique du Baroque &#224; finalit&#233; r&#233;actionnaire, r&#233;action dans un premier temps &#224; la R&#233;forme et dans un second temps &#224; la Modernit&#233;, tout en rendant hommage au mouvement, &#224; la dynamique, &#224; l'&#233;nergie qu'il partage avec la Modernit&#233; et c'est ici que revient l'escalier de Rembrandt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans mon texte &#8220;Spirales&#8221; je fais une analyse plus ou moins psychanalytique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la Spirale, car &#171; Le probl&#232;me du fond et de la forme dans l'architecture du baroque &#187; n'est, en derni&#232;re analyse, rien d'autre qu'une spirale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mucha a cercl&#233; son dod&#233;ca&#232;dre de trois rang&#233;es de tubes &#224; n&#233;on et a dispos&#233; deux par deux, en oblique et sur deux &#233;tages, c'est-&#224;-dire entre les cercles de n&#233;ons, huit escabeaux d'aluminium. Les escabeaux impriment &#224; l'ensemble de la sculpture un mouvement de torsion, mouvement &#233;nergique et &#233;nerg&#233;tique, renforc&#233; par la lumi&#232;re, &#233;nergie &#233;lectrique, des cercles de n&#233;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est question de mort aussi et peut-&#234;tre bien de quelque chose qui aurait &#224; voir avec Allemagne et son histoire. Sur l'une des faces du dod&#233;ca&#232;dre est accroch&#233; un grand panneau de formica tout noir, &#233;cran qui ne renvoie aucune image, miroir qui ne refl&#232;te rien, plaque fun&#233;raire ne portant aucune inscription. La reconstruction allemande propre, nette, rapide, efficace et sans &#226;me, s'est op&#233;r&#233;e froidement en foulant les cendres de dizaines de millions de personnes, sur les ruines fumantes de L'Europe et de l'Humanisme et par cons&#233;quent sur le tombeau pr&#233;cipitamment scell&#233; de la Modernit&#233;. Reinhard Mucha dit quelque chose l&#224;-dessus, il ne faut pas en douter. Plus rien de sensible et de v&#233;ritablement sens&#233; ne pourra &#234;tre r&#233;alis&#233; et, comme l'a dit un jour Samuel Becket, je crois, &lt;i&gt;&#171; L'Humanisme est devenu le pet du monde&#8230; apr&#232;s Auschwitz &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22109 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH465/spirale_baroque-1-7710b.jpg?1772204456' width='500' height='465' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Extraits de &#171; Autour de la parole et de la musique d'Hildegarde von Bingen &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
et de &#171; Spirales &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Severo Sarduy (1937 - 1993), po&#232;te et critique d'art d'origine cubaine, est l'auteur de &#171; Barroco &#187; (Le Seuil - 1975), essai que beaucoup consid&#232;rent comme une r&#233;f&#233;rence absolue sur l'art baroque et qui est en fait un ouvrage o&#249; l'on parle fort mal et fort peu du Baroque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;glise Saint-Yves-de-la-Sagesse qui appartient &#224; l'&#233;norme complexe de l'Universit&#233; de Rome, la Sapienza.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fernando Pessoa - Le livre de l'intranquillit&#233; - Traduction Fran&#231;oise Laye (Christian Bourgois Editeur - 1999).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Genet &#8211; L'atelier d'Alberto Giacometti (Marc Barbezat &#8211; L'Arbal&#232;te &#8211; 1963).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans mon texte &#8220;Spirales&#8221; je fais une analyse plus ou moins psychanalytique et th&#233;ologique du &#171; Philosophe en m&#233;ditation &#187; de Rembrandt, petit tableau construit autour d'un escalier en spirale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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