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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>C&#233;cile Croce : &#171; Que croyons-nous voir ? &#187;</title>
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		<dc:date>2026-07-30T12:28:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Laure Desjardins</dc:creator>


		<dc:subject>entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Couleur</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La couleur semble aller de soi. Elle habille les paysages, attire les pollinisateurs, structure les imaginaires, nourrit les cr&#233;ations artistiques&#8230; Pourtant, ce que nous voyons lorsque nous regardons une couleur est loin d'&#234;tre une &#233;vidence. Entre ph&#233;nom&#232;nes physiques, constructions culturelles, r&#233;cits symboliques et dispositifs techniques, les couleurs r&#233;v&#232;lent autant notre rapport au vivant qu'elles contribuent &#224; le fa&#231;onner.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Entretien" rel="tag"&gt;entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Couleur" rel="tag"&gt;Couleur&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/fig-4-1536x1024-46867.jpg?1785414780' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La couleur semble aller de soi. Elle habille les paysages, attire les pollinisateurs, structure les imaginaires, nourrit les cr&#233;ations artistiques&#8230; Pourtant, ce que nous voyons lorsque nous regardons une couleur est loin d'&#234;tre une &#233;vidence. Entre ph&#233;nom&#232;nes physiques, constructions culturelles, r&#233;cits symboliques et dispositifs techniques, les couleurs r&#233;v&#232;lent autant notre rapport au vivant qu'elles contribuent &#224; le fa&#231;onner.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;big&gt;&lt;i&gt;Professeure en Esth&#233;tique et Sciences de l'art &#224; l'Universit&#233; Bordeaux Montaigne et co-directrice du laboratoire MICA, C&#233;cile Croce explore depuis de nombreuses ann&#233;es les liens entre perception, cr&#233;ation artistique, performance et technosciences. Ses recherches interrogent la mani&#232;re dont les &#339;uvres transforment notre compr&#233;hension du monde et de nous-m&#234;mes. Elle revient sur son parcours, de l'esth&#233;tique psychanalytique aux recherches actuelles sur l'image num&#233;rique et les couleurs. Elle &#233;voque le r&#244;le des imaginaires dans notre perception du vivant, l'histoire culturelle des couleurs, leur &#233;mancipation dans l'art moderne, mais aussi les mutations introduites par les technologies contemporaines. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette interview a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e dans le cadre des Conversations sous l'arbre organis&#233;es par le Domaine de Chaumont-sur-Loire. &lt;/i&gt; &lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;ArtsHebdoM&#233;dias. &#8211; Quelle place ont occup&#233; la nature et l'art dans votre enfance ? Pourquoi avoir choisi de faire de l'art votre sujet d'&#233;tude ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;cile Croce. &#8211; &lt;/i&gt; J'ai grandi pr&#232;s d'Angoul&#234;me et mon terrain de jeu pr&#233;f&#233;r&#233; &#233;tait un lyc&#233;e &#224; l'abandon situ&#233; au pied d'une colline. Nous l'appelions le Centre. Dans la cour, la nature avait, en quelque sorte, repris ses droits, sorte de green urbex avant l'heure. C'&#233;tait un terrain d'aventure quotidienne, juste en face de chez moi. Il me suffisait de traverser la rue. On pouvait partir &#224; la d&#233;couverte d'objets abandonn&#233;s, mais aussi grimper aux arbres. Nous utilisions des cartons comme des luges pour d&#233;valer les pentes. J'adorais inventer des territoires et des r&#233;cits dans lesquels j'embarquais mes copains. Ce lieu en ruines &#233;tait pour nous la nature, avec sa v&#233;g&#233;tation et ses insectes. C'&#233;tait merveilleux. J'y pr&#233;levais toutes sortes de petits mat&#233;riaux, comme des bouts de verre poli, pour r&#233;aliser chez moi des sortes de tableaux. Ainsi en &#233;tait-il de mon lien avec la cr&#233;ation ! L'art est arriv&#233; apr&#232;s le lyc&#233;e o&#249; j'ai suivi la fili&#232;re C, la plus valoris&#233;e &#224; l'&#233;poque, avec les math&#233;matiques et la physique. L'espace de libert&#233; qui me manquait, sans m&#234;me que je le r&#233;alise, m'est apparu &#224; la fac sous la forme d'une affichette pr&#233;sentant la formation en arts plastiques J'ai d&#233;cid&#233; d'abandonner mon cursus en &#171; administration &#233;conomique et sociale &#187; ainsi que l'institut d'&#233;tudes politiques. Mon dossier artistique &#233;tait modeste, mais contrebalanc&#233; par une extr&#234;me motivation. Plus d&#233;terminant encore fut l'opportunit&#233; de poursuivre ma th&#232;se de doctorat &#224; Paris. Trois jours par semaine, mon temps libre me propulsait dans les mus&#233;es et les galeries. Cette passion ne m'a jamais quitt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous avez travaill&#233; aussi bien sur l'esth&#233;tique psychanalytique que sur la performance ou les technosciences. Quel fil relie ces diff&#233;rentes recherches dans votre parcours ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'esth&#233;tique psychanalytique ? C'est comprendre, appr&#233;hender, approcher la r&#233;ception de l'&#339;uvre. Ce que l'&#339;uvre nous fait intimement, psychiquement, ce qu'elle soul&#232;ve, d&#233;gage, engage, ce qu'elle incite, motive, d&#233;veloppe, &#224; l'aide d'outils psychanalytiques habiles &#224; &#233;clairer la r&#233;ception des &#339;uvres ou encore le processus de cr&#233;ation. Cette formation, je l'ai suivie aupr&#232;s de Murielle Gagnebin. Mais au bout de quelques ann&#233;es de recherche, j'ai eu le sentiment que quelque chose ne fonctionnait plus, sorte de but&#233;e dans la pens&#233;e esth&#233;tique : les arts de la performance faisaient obstacle &#224; l'esth&#233;tique et pire encore &#224; l'esth&#233;tique psychanalytique. Ce que j'avais pu d&#233;gager, c'est-&#224;-dire l'&#233;tayage de l'esth&#233;tique sur la po&#239;&#233;tique, ne fonctionnait plus. Signe pour moi qu'il &#233;tait temps de penser autrement. La question d'alors &#233;tait : qu'est-ce que l'art performance peut apporter de singulier ? Pour y r&#233;pondre, il fallait d'autres outils que ceux de l'esth&#233;tique traditionnelle, d'autres m&#233;thodes. Cela a &#233;t&#233; l'objet de ma recherche durant une bonne dizaine d'ann&#233;es. Pour moi, l'&#339;uvre motive la th&#233;orie, elle la bouleverse. C'est donc la th&#233;orie qui doit se renouveler et non l'inverse. Ces arts de l'action travaillent avec le corps, avec le temps. Mais attention, le corps n'est pas seul, il poss&#232;de des prolongements techniques, voire technoscientifiques. Une constatation qui devait transformer ce que j'avais trouv&#233;. Il me fallait donc d&#233;sormais m'int&#233;resser aux technosciences, sans oublier le contexte dans lequel nous nous ins&#233;rons. L'un des axes de recherches principaux du MICA, laboratoire que je co-dirige, s'int&#233;resse aux outils num&#233;riques et &#224; leur place dans nos soci&#233;t&#233;s. Des recherches qui ont encore nourri davantage mon int&#233;r&#234;t pour ce qui peut croiser l'art et les technosciences. Je ne devais n&#233;gliger ni les technologies, ni les sciences. Ce qui a complexifi&#233; encore mon questionnement et qui m'am&#232;ne aujourd'hui &#224; m'interroger sur ce que pourrait &#234;tre l'&#171; art-science &#187;. Dans tous les cas, il s'agit de r&#233;pondre &#224; une double question : qu'est-ce que l'art nous fait et qu'est-ce qu'il fait de nous ? Autrement dit, comment transforme-t-il &#224; la fois notre exp&#233;rience sensible et notre mani&#232;re d'habiter le monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous reprenez la formule d'Herv&#233; Fischer selon laquelle les couleurs sont aussi &#171; celles de nos mythes &#187;. En quoi les couleurs rel&#232;vent-elles autant de constructions culturelles et imaginaires que de la perception sensible ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une question pi&#232;ge que nous pourrions r&#233;sumer ainsi : &#171; Que croyons-nous voir ? &#187; Prenons un exemple. Hier, j'ai achet&#233; un bouquet de pivoines roses. L'Antiquit&#233; n'avait pas de mot sp&#233;cifique pour cette couleur. Il existe bien pallidus, qui signifie &#171; p&#226;le &#187;, ou roseus, qui renvoie &#224; la couleur de la rose, mais le rose n'&#233;tait pas encore constitu&#233; comme une cat&#233;gorie chromatique autonome, distincte du rouge. Cela ne signifie pas que les Anciens ne percevaient pas les nuances entre rouge et rose, mais qu'ils ne les conceptualisaient pas n&#233;cessairement comme nous le faisons aujourd'hui. Cette couleur pouvait &#234;tre pens&#233;e comme un rouge att&#233;nu&#233;, d&#233;lav&#233; ou &#233;clairci. Il faut attendre le XVIIIe si&#232;cle pour que le rose s'affirme v&#233;ritablement comme une couleur autonome dans les usages sociaux, artistiques et vestimentaires. En fran&#231;ais, il prend le nom de la fleur. En anglais, pink d&#233;signe &#224; l'origine l'&#339;illet. C'est amusant de constater ce jeu de langage qui fait des roses des &#339;illets ! Par la suite, le rose a &#233;t&#233; largement associ&#233; &#224; la petite fille, tandis que le bleu &#233;tait attribu&#233; aux gar&#231;ons. Il est devenu tr&#232;s girly avec la poup&#233;e Barbie, et se voit accentuer son c&#244;t&#233; sensuel, frivole, voire sexuel dans de nouveaux usages de langage (par exemple avec le Minitel rose). Au Japon, on retrouve un ph&#233;nom&#232;ne comparable avec l'esth&#233;tique kawaii, qui valorise certaines figures de la femme-enfant. Pour revenir &#224; votre question : construction culturelle, assur&#233;ment. Le rose a connu un d&#233;veloppement culturel incroyable. Il s'est progressivement autonomis&#233;, distingu&#233; du rouge. Ou peut-&#234;tre l'inverse (c'est le rouge que nous percevons diff&#233;remment depuis ledit &#171; rose &#187;). Quant &#224; la perception sensible, on voit bien qu'il y a l&#224; une difficult&#233;, m&#234;me s'il existe sans conteste quelque chose qui se passe entre chaque individu et la couleur. Pourquoi ai-je choisi ce bouquet de pivoines plut&#244;t qu'un autre ? Le vivant semble aussi transmettre quelque chose de particulier &#224; travers ses couleurs, une pr&#233;sence ou une intensit&#233; qui exc&#232;de leur seule signification culturelle. Comment ce rose &#233;tait-il per&#231;u il y a plusieurs si&#232;cles ? Sans doute diff&#233;remment, non parce que sa r&#233;alit&#233; visuelle aurait chang&#233;, mais parce que les significations culturelles qui lui &#233;taient associ&#233;es n'&#233;taient pas les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que nous disent les couleurs de l'histoire des soci&#233;t&#233;s, de leurs valeurs, de leurs peurs ou de leurs d&#233;sirs ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#234;tre humain est un &#234;tre social et culturel. Toute soci&#233;t&#233; repose sur des valeurs communes, plus ou moins partag&#233;es et accept&#233;es. Mais pour qu'elles tiennent, ces valeurs doivent aussi s'&#233;tayer sur un imaginaire. Un imaginaire qui participe de ce que Cornelius Castoriadis appelait l'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233; et qui prend forme &#224; travers des r&#233;cits, des symboles et des mythes. C'est dans cette perspective que s'inscrivent les travaux d'Herv&#233; Fischer. Dans son livre Mythanalyse de la couleur, il montre que les couleurs ne sont jamais de simples ph&#233;nom&#232;nes perceptifs. Lorsqu'il s'int&#233;resse aux soci&#233;t&#233;s dites premi&#232;res, il observe que le vocabulaire chromatique renvoie souvent aux ressources naturelles dont sont extraits les pigments, aux gestes de la peinture ou encore &#224; des marquages symboliques propres &#224; chaque groupe humain. Autrement dit, chaque soci&#233;t&#233; d&#233;veloppe son propre syst&#232;me de significations color&#233;es. Fischer s'int&#233;resse notamment aux associations entre couleurs et repr&#233;sentations du monde. Dans les soci&#233;t&#233;s premi&#232;res, chez indiens Zunis du Nouveau-Mexique, six couleurs sont associ&#233;es aux six orients, en accord avec leur arrangement de l'univers. Les couleurs traduisent alors une mani&#232;re particuli&#232;re d'habiter le monde. Un deuxi&#232;me exemple concerne ce que Fischer appelle le discours &#171; psycho-mystique &#187; des artistes. Il cite notamment Mondrian, dont l'abstraction g&#233;om&#233;trique repose sur les trois couleurs primaires &#8211; rouge, jaune et bleu &#8211; associ&#233;es au blanc et au noir. Chez lui, la couleur doit demeurer pure, stable et autonome. Cette recherche t&#233;moigne d'une volont&#233; de s'&#233;loigner de l'imitation du r&#233;el et de l'expression individuelle pour atteindre une forme d'ordre universel.&#8232;Enfin, Fischer analyse ce qu'il nomme la &#171; bigarrure &#187; des soci&#233;t&#233;s contemporaines : une prolif&#233;ration de couleurs satur&#233;es, s&#233;duisantes et attractives, omnipr&#233;sentes dans la publicit&#233;, les &#233;crans ou l'espace marchand. Ces couleurs ne refl&#232;tent pas seulement nos d&#233;sirs ; elles contribuent aussi &#224; les orienter et parfois &#224; les fabriquer. Ces trois exemples montrent que les couleurs nous renseignent sur les valeurs d'une soci&#233;t&#233;, sur ses croyances, ses aspirations, ses peurs et ses d&#233;sirs. Elles r&#233;v&#232;lent autant notre mani&#232;re de voir le monde que celle de le construire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27601 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;95&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/piet_mondriaan_1930_-_mondrian_composition_ii_in_red_blue_and_yellow.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH507/piet_mondriaan_1930_-_mondrian_composition_ii_in_red_blue_and_yellow-8101d.jpg?1784115952' width='500' height='507' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Piet Mondrian, Composition II in Red, Blue and Yellow, 1930
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Domaine public/Wikimedia Commons.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans l'histoire de l'art occidental, &#224; quel moment la couleur cesse-t-elle d'&#234;tre seulement descriptive pour traduire une exp&#233;rience ou un &#233;tat int&#233;rieur ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore un point sujet &#224; bien des discussions. Il me semble que ce moment accompagne l'affranchissement progressif de l'art &#224; l'&#233;gard de ce &#224; quoi il &#233;tait cens&#233; se r&#233;f&#233;rer et qui n'&#233;tait pas lui-m&#234;me. Comme l'explique Panofsky dans Idea, la cr&#233;ation artistique a longtemps &#233;t&#233; orient&#233;e par des mod&#232;les religieux, philosophiques ou id&#233;aux. L'art renvoyait &#224; autre chose qu'&#224; lui-m&#234;me, et la couleur gagnait cette dimension id&#233;elle par ses fonctions symboliques, narratives ou descriptives. &#192; partir de la fin du XVIIIe si&#232;cle, puis plus nettement au XIXe si&#232;cle (sans doute apr&#232;s le romantisme, avec le tournant symbolisme et les transformations li&#233;es &#224; la modernit&#233;), l'art se s&#233;cularise. Il commence &#224; interroger sa propre d&#233;finition. Cela donnera lieu &#224; de nombreuses hypoth&#232;ses : l'art est-il ce que je vois ? Est-il, pour reprendre la c&#233;l&#232;bre formule de Maurice Denis, &#171; une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assembl&#233;es &#187; ? Plus tard, on se demandera encore si l'art r&#233;side dans le support, dans l'intention de l'artiste ou dans le regard de celui qui le re&#231;oit. Peut-&#234;tre cette conception de l'art n'est-elle qu'un nouveau mythe. Toujours est-il que la couleur s'&#233;mancipe progressivement de sa fonction descriptive ou symbolique pour devenir un param&#232;tre plastique &#224; part enti&#232;re. Elle n'est plus seulement au service de la repr&#233;sentation d'un paysage ou d'un personnage ; elle acquiert une force propre, une autonomie et une signifiance sp&#233;cifiques. L'abstraction constitue &#224; cet &#233;gard un point d'orgue au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Kandinsky propose de se d&#233;lester des r&#233;f&#233;rences directes aux objets du monde. Il parle de &#171; n&#233;cessit&#233; int&#233;rieure &#187; et cherche &#224; faire des couleurs une v&#233;ritable grammaire de l'exp&#233;rience sensible et spirituelle. Reste que cette dimension spirituelle demeure toujours difficile &#224; justifier rationnellement. &#192; la m&#234;me &#233;poque, les peintres fauves participent eux aussi &#224; cette lib&#233;ration de la couleur. Chez Matisse, Derain ou Vlaminck, elle devient avant tout vecteur de sensation et d'expression. Elle n'est plus tenue de reproduire fid&#232;lement les couleurs observ&#233;es dans le monde, mais peut traduire une intensit&#233; affective, une perception ou un &#233;tat int&#233;rieur. Mieux : elle prend son autonomie, hurle de ses rouges ses jaunes, ses roses, ses bleus, et leurs rapports vibrants de lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27604 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/vassily_kandinsky_1910_-_the_cow.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH443/vassily_kandinsky_1910_-_the_cow-5a6a6.jpg?1784115952' width='500' height='443' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Wassily Kandinsky, La Vache (Die Kuh), 1910
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Domaine public/ Wikimedia Commons.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les technologies contemporaines &#8211; des &#233;crans &#224; l'intelligence artificielle en passant par l'imagerie scientifique &#8211; transforment profond&#233;ment notre rapport aux couleurs. Que font ces outils &#224; notre perception du vivant ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre question me fait penser aux travaux de Martine Joly sur l'image. Elle montre que nous avons tendance &#224; attribuer aux images une forme de cr&#233;dibilit&#233; ou de proximit&#233; avec le r&#233;el. Nous croyons souvent qu'elles vont nous donner quelque chose du monde tel qu'il est. L'image porterait notamment une valeur indicielle, comme un fragment du r&#233;el. Or nous savons tr&#232;s bien que dans l'imagerie m&#233;dicale ou scientifique en g&#233;n&#233;ral, les couleurs utilis&#233;es n'ont souvent rien &#224; voir avec les couleurs de l'objet ou du ph&#233;nom&#232;ne observ&#233;. Elles sont choisies pour faciliter la lecture, distinguer des zones ou rendre certaines informations plus visibles. Leur fonction n'est ni &#233;motionnelle ni expressive. Dans ce cas, les couleurs ne cherchent ni &#224; reproduire fid&#232;lement le monde visible ni &#224; traduire un &#233;tat int&#233;rieur. Elles rel&#232;vent avant tout d'un syst&#232;me de conventions destin&#233; &#224; rendre l'information lisible. Il est donc l&#233;gitime de se demander si ces usages transforment notre rapport aux couleurs. La r&#233;ponse est oui. Notre perception du vivant est toujours filtr&#233;e par ce que nous apprenons du monde &#224; travers les images, et de plus en plus &#224; travers les &#233;crans, les imprimantes ou les dispositifs num&#233;riques. Des mod&#232;les math&#233;matiques permettent de coder, traiter et restituer les couleurs. Diff&#233;rents syst&#232;mes sont &#224; l'&#339;uvre et nous comptons maintenant avec les &#171; espaces colorim&#233;triques &#187;, qui sont plus r&#233;duits que le diagramme de chromaticit&#233; correspondant le plus &#224; notre perception des couleurs, tout en tentant de s'en approcher. On peut souligner, par exemple, que certains syst&#232;mes num&#233;riques accordent davantage de poids au vert qu'au rouge ou au bleu, notamment parce que l'&#339;il humain est particuli&#232;rement sensible &#224; cette partie du spectre. Cela montre que nos appareils ne se contentent pas de restituer les couleurs : ils les traduisent, les calculent et les interpr&#232;tent selon des mod&#232;les techniques pr&#233;cis. &#192; force de les fr&#233;quenter, ces dispositifs finissent par influencer notre mani&#232;re de voir le monde. Ils enrichissent parfois notre perception, mais peuvent aussi la normaliser ou la restreindre en nous habituant &#224; certaines repr&#233;sentations du vivant plut&#244;t qu'&#224; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lorsque l'on regarde aujourd'hui les couleurs du vivant &#8211; celles des plantes, des animaux, des paysages &#8211; avons-nous encore affaire &#224; une exp&#233;rience de la nature ou d&#233;j&#224; &#224; une construction technique du regard ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette question, je r&#233;pondrais par d'autres : &#171; Quelles plantes ? Quels animaux ? Quels paysages ? &#187; Il y a actuellement une exposition au CAPC de Bordeaux, intitul&#233;e Pollen, &#224; laquelle participe Jesse Darling. L'artiste y pr&#233;sente Still Life (Nature morte), un ensemble de fleurs fra&#238;ches plac&#233;es dans un cube de Plexiglas et destin&#233;es &#224; faner au fil du temps. Nous pourrions y voir une forme d'humour : une nature morte encore vivante, mais plus pour longtemps. &#192; mesure que les fleurs se fl&#233;trissent, les couleurs perdent progressivement leur &#233;clat. Avons-nous alors affaire &#224; une exp&#233;rience de la nature ou &#224; un regard construit ? L'artiste nous rappelle que notre exp&#233;rience de la nature passe toujours par une construction du regard. Cette nature qu'il a tent&#233; de saisir est enferm&#233;e dans un cube, d&#233;plac&#233;e dans un espace d'exposition et soumise &#224; un dispositif de pr&#233;sentation. L'exp&#233;rience est donc m&#233;diatis&#233;e une premi&#232;re fois par l'objet artistique, puis une seconde fois par le contexte mus&#233;al. On pourrait d'ailleurs &#233;largir la r&#233;flexion &#224; la notion m&#234;me de nature. Herv&#233; Fischer parle de Nouvelle Nature pour d&#233;signer les environnements visuels et chromatiques produits par les technologies num&#233;riques. Cette nature, &#224; laquelle nous acc&#233;dons de plus en plus par l'interm&#233;diaire des &#233;crans, est souvent m&#233;diatis&#233;e, filtr&#233;e et reconfigur&#233;e par les dispositifs techniques. Elle ne co&#239;ncide plus toujours avec l'exp&#233;rience directe que nous faisons de notre environnement naturel. D&#232;s lors, l'opposition entre exp&#233;rience de la nature et construction technique du regard est peut-&#234;tre moins pertinente qu'il n'y para&#238;t. Toute perception est d&#233;j&#224; m&#233;di&#233;e par une culture, un langage, des images et des dispositifs. Les technologies contemporaines ne font sans doute qu'ajouter une couche suppl&#233;mentaire &#224; cette m&#233;diation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Beaucoup d'artistes contemporains travaillent avec des mati&#232;res organiques, des r&#233;actions chimiques ou d'autres mat&#233;riaux instables. Pourquoi s'int&#233;ressent-ils tant aux couleurs comme processus ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probablement parce que ce processus est celui de la vie elle-m&#234;me. La vie est un processus : elle se d&#233;ploie dans le temps et demeure toujours en &#233;quilibre instable. Il en va de m&#234;me pour les couleurs. Je pense &#224; Wolfgang Laib et &#224; ses carr&#233;s de pollen, comme ceux pr&#233;sent&#233;s au MoMA en 2019. Pour les r&#233;aliser, l'artiste proc&#232;de &#224; une collecte extr&#234;mement ritualis&#233;e et attentive. Lors de l'installation &#233;galement, il manipule cette mati&#232;re avec un immense respect. Le pollen est extrait des &#233;tamines, les organes m&#226;les des fleurs. Cette poudre jaune vif n'est pas, selon Laib, un simple pigment. Le pollen n'a pas besoin d'eau pour se d&#233;velopper : il est d&#233;j&#224; porteur de vie. Il peut attirer des insectes, se disperser ou se transformer avec le temps. La couleur elle-m&#234;me demeure vivante et instable. Cette question rejoint celle du cycle du vivant : naissance, d&#233;veloppement, transformation, d&#233;p&#233;rissement. Elle soul&#232;ve &#233;galement des interrogations &#233;thiques. Est-il l&#233;gitime de pr&#233;lever du vivant pour le d&#233;tourner de sa fonction biologique ? Dans une exposition pr&#233;sent&#233;e &#224; l'Orangerie face aux Nymph&#233;as de Monet, Laib expliquait d'ailleurs qu'il ne travaillait pas du tout comme son pr&#233;d&#233;cesseur, tout en consid&#233;rant son &#339;uvre comme entrant en r&#233;sonance avec la sienne. Cette proximit&#233; entre couleur et vivant conduit presque &#224; une forme de tautologie : la couleur appara&#238;t comme une manifestation de la vie elle-m&#234;me, tandis que la vie semble difficilement pensable sans m&#233;tamorphoses chromatiques. Mais la couleur comme processus peut aussi &#234;tre envisag&#233;e autrement. On peut penser, par exemple, &#224; la s&#233;rie Mille et un carr&#233;s (2022) d'Elissar Kanso qui mobilise les ph&#233;nom&#232;nes perceptifs et les variations lumineuses. Dans ce projet, la couleur se transforme selon les conditions de vision, sous lumi&#232;re noire, et met en &#233;chec ce que l'&#339;il croit percevoir imm&#233;diatement, donnant l'impression d'un n&#233;gatif de l'image initiale. Pourquoi s'int&#233;resser ainsi au processus perceptif ? Parce qu'il permet de produire un sens diff&#233;rent, parfois critique ou politique. La vie dont parle alors l'artiste n'est plus seulement biologique. Elle devient sociale, politique, culturelle ou religieuse. Les transformations de la couleur permettent ainsi d'interroger les conditions m&#234;mes de notre existence collective.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27603 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/pollen-mountains-bruxelles-galerie-des-beaux-arts.-_c_-wolfgang-laib.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH263/pollen-mountains-bruxelles-galerie-des-beaux-arts.-_c_-wolfgang-laib-a0684.jpg?1784115953' width='500' height='263' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pollen Mountains
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Bruxelles, Galerie des Beaux-Arts. &#169; Wolfgang Laib
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans une &#233;poque marqu&#233;e par les crises &#233;cologiques, pensez-vous que les artistes ont un r&#244;le particulier &#224; jouer pour transformer notre perception de la nature et nous aider &#224; mieux la consid&#233;rer ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre dont je viens de vous parler est d&#233;crite par l'artiste comme une construction &#233;quilibr&#233;e, ma&#238;tris&#233;e, mais aussi profond&#233;ment humaine parce que fabriqu&#233;e et organis&#233;e. Elissar Kanso consid&#232;re son carr&#233; comme le pr&#233;cipit&#233; d'une rencontre entre le corps de l'artiste et le corps urbain. Il y a l&#224; quelque chose de politique, car cette rencontre ne peut &#234;tre dissoci&#233;e du contexte g&#233;opolitique contemporain et des conflits qui traversent nos soci&#233;t&#233;s. Cette mani&#232;re de voir pourrait nous conduire &#224; penser que nous sommes s&#233;par&#233;s de la nature et du vivant. Pourtant, dans une performance de la s&#233;rie Une rencontre improbable avec la nature r&#233;alis&#233;e en 2022 dans le cadre de la r&#233;sidence Art et nature, &#224; Cantabrie, en Espagne, l'artiste entra&#238;ne derri&#232;re elle une toile souple recouverte de carr&#233;s fluorescents. Au fil du parcours, la toile recueille les traces du vivant : terre, eau, feuilles, poussi&#232;res. Elle devient une sorte de v&#234;tement vivant qui se transforme au rythme du corps de l'artiste et de sa travers&#233;e du paysage. Cette &#171; mati&#232;re critique performante &#187;, selon les termes d'Elissar Kanso, constitue une mani&#232;re de s'inscrire dans un milieu tout en portant les traces de ce milieu. Elle cherche un rythme commun avec ce qui l'entoure, rythme que nous percevons parfois difficilement dans des existences domin&#233;es par les conflits, l'urgence ou la consommation. La performance nous invite ainsi &#224; interroger ce qui nous s&#233;pare de la nature autant que ce qui nous relie &#224; elle. J'aimerais &#233;galement citer Le Jardin des neuf soleils de Trevor Yeung, expos&#233; eu CAPC en ce moment. L'artiste hongkongais plonge les visiteurs dans une lumi&#232;re verte o&#249; apparaissent un double arc-en-ciel et neuf soleils artificiels. L'impression premi&#232;re est celle d'un univers enti&#232;rement construit dans une ambiance de vivarium synth&#233;tique, rejoignant en cela l'id&#233;e de Nouvelle Nature d&#233;velopp&#233;e par Herv&#233; Fischer. Pourtant, cette installation renvoie &#224; un ancien mythe chinois. Selon l'une de ses versions, une m&#232;re donna naissance &#224; dix soleils et n'en faisait appara&#238;tre qu'un seul chaque jour afin d'&#233;clairer le monde. Jusqu'au moment o&#249; les dix d&#233;cid&#232;rent de se lever ensemble, provoquant une catastrophe. L'empereur demanda alors &#224; l'archer Yi d'abattre neuf de ces soleils afin de rendre &#224; nouveau la Terre habitable. Les neuf soleils que Trevor Yeung fait r&#233;appara&#238;tre dans l'espace d'exposition r&#233;activent ainsi un r&#233;cit ancien pour interroger notre pr&#233;sent. Au fil de la visite, les spectateurs sont invit&#233;s &#224; d&#233;poser des v&#339;ux, comme si l'&#339;uvre ouvrait un espace de r&#233;flexion sur notre responsabilit&#233; collective face aux &#233;quilibres fragiles du vivant. C'est peut-&#234;tre l&#224; que r&#233;side aujourd'hui le r&#244;le des artistes. Non pas nous dire ce qu'il faut penser de la nature, mais transformer les conditions m&#234;mes de notre perception afin de nous rendre plus attentifs aux liens, souvent invisibles, qui nous unissent au vivant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27602 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;112&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/fig2-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH577/fig2-2-1761f.jpg?1784115703' width='500' height='577' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Projet Mille et un carr&#233;s
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Vu de l'installation in situ avec projection de lumi&#232;re noire. Courtesy de l'artiste
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Infos pratiques&gt; Les Conversations sous l'arbre, Couleurs et perception du vivant. Les expositions de la Saison d'art et le Festival international des jardins sont visibles jusqu'au 1er novembre, au domaine de Chaumont-sur-Loire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image d'ouverture&gt; Performance d'Elissar Kanso, r&#233;alis&#233;e en juillet 2022, dans le cadre de la r&#233;sidence Art et nature, instants de cr&#233;ation &#224; Cantabrie, en Espagne. En partenariat avec l'association SM Pro Art Circle (source Andrea Juan). Courtesy de l'artiste&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>La consolatrice</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Gavard-Perret</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ecrivain et po&#232;te, vid&#233;aste et r&#233;alisateur, Frank Smith poursuit ses pratiques artistiques de &#171; gu&#233;rillas po&#233;tiques &#187; afin de produire une &#339;uvre o&#249; livres, films, performances et installations font alliance. Cr&#233;ateur du &#171; Bureau d'investigations po&#233;tiques &#187; il explore jonctions et disjonctions entre po&#233;sie, politique et image.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH101/mer-800-b5936.jpg?1785414781' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ecrivain et po&#232;te, vid&#233;aste et r&#233;alisateur, Frank Smith poursuit ses pratiques artistiques de &#171; gu&#233;rillas po&#233;tiques &#187; afin de produire une &#339;uvre o&#249; livres, films, performances et installations font alliance. Cr&#233;ateur du &#171; Bureau d'investigations po&#233;tiques &#187; il explore jonctions et disjonctions entre po&#233;sie, politique et image.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le livre &#171; Mer x Soleil, vers un impossible cin&#233;ma de po&#233;sie &#187; se d&#233;ploie sous la forme d'un ab&#233;c&#233;daire qui relie textes et images. Il devient un livre-album qui r&#233;actualise le concept de &#171; cin&#233;ma de po&#233;sie &#187; que Pier Paolo Pasolini avait d&#233;fini lors d'une conf&#233;rence prononc&#233;e en 1965 au Festival du nouveau cin&#233;ma de Pesaro : &#171; Peut-on voir ce que l'on dit et peut-on dire ce que l'on voit ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sormais &#224; l'heure, et comme il l'&#233;crit d'une &#171; novlangue technofasciste et d'une imagerie dystopique d&#233;vastatrices &#187;, Smith repense le dicible et le visible &#224; partir de l'art vid&#233;o. Elle devient, pr&#233;cise-t-il encore, &#171; une promesse consolatrice &#187;. Dans une approche &#224; la fois critique et prospective, le cr&#233;ateur reprend l'histoire exp&#233;rimentale du cin&#233;ma au gr&#233; de l'&#339;uvre comme d&#233;placement et impossible d&#233;finition qu'en plateaux.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
La conception &#233;ditoriale du livre est assur&#233;e par Rodolphe Perez, critique litt&#233;raire et universitaire. Son travail scientifique interroge la notion de la mort de l'auteur et de l'autorit&#233; intellectuelle depuis la relecture de Nietzsche par Georges Bataille jusqu'aux manifestations auctoriales num&#233;riques. Celui-ci rejoue la cartographie cin&#233;ma versus po&#233;sie en d&#233;jouant la pagination et l'ordre convenu de la lecture, tout en proc&#233;dant par &#171; acentrement &#187; entre les &#233;nonc&#233;s, sans hi&#233;rarchie. Si bien que ce livre devient un &#171; adventice &#187;, sans sujet ni objet fixes, r&#233;solument non attribuable.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Franck Smith donne ici &#224; ses semblables et fr&#232;res (s&#339;urs idem) remarques et conseils &#8212; m&#234;me si l'imp&#233;ratif de chaque segment pourrait faire penser &#224; des d&#233;sordres sous forme d'ordres. Le tout sous l'&#233;gide d'une injonction capitale : ne pas se conformer &#224; un usage &#8212; soit-il pr&#233;tendu bon &#8212; et fonctionner par intersections ou croisements de trajectoires. C'est une mani&#232;re de se d&#233;gager de l'image et de la po&#233;sie l&#224; o&#249; la d&#233;route est pr&#233;f&#233;r&#233;e &#224; la route &#8212; ligne droite et g&#233;n&#233;rale &#8212; s'extraire des exercices d'imb&#233;cillit&#233; que toute r&#232;gle implique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
De fait Smith r&#234;ve d'une vid&#233;o qui ne raconte pas d'histoire et qui n'a rien &#224; dire &#8212; surtout quand la sc&#232;ne finale ram&#232;ne &#224; la sc&#232;ne liminaire ne pr&#233;voyant de rien. Au milieu, la vid&#233;o se d&#233;roule, elle a lieu, juste l&#224;, sortant de la fausse alternative entre fiction n&#233;cessairement mensong&#232;re et du documentaire forc&#233;ment vrai. La vid&#233;o en cons&#233;quence se refuse &#224; lui, pour mieux montrer son vertige et il renverse l'imagination dans une succession d'images en absence de sens et de non-sens sans jamais prendre parti entre les deux. Cela permet de savourer le temps sans actions, sans propos, dont les prises sont des d&#233;prises.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frank Smith, &#171; Mer x Soleil, vers un impossible cin&#233;ma de po&#233;sie &#187;, La Mar&#233;chalerie / &#233;ditions Cr&#233;aphis, 2026, 80 p., 35 &#8364;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27596 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/smith_800.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/IMG/jpg/smith_800.jpg' width=&#034;547&#034; height=&#034;800&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>De la censure&#8230;</title>
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		<dc:date>2026-07-29T12:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby et Martial Verdier</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>censure</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;De la censure des &#339;uvres culturelles et dans la culture
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La censure ou le m&#233;pris du &#171; public &#187; (Christian Ruby, philosophe).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pens&#233;es sur l'autocensure (Carole Douillard, artiste). &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une formation sur (contre) la censure chez les r&#233;alisateurs (Elliott Covrigaru, r&#233;alisateur et compositeur). &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Question de la formation contre la censure dans les &#201;coles d'art (Myriam Mechita, enseignante et artiste). &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Censure et photographie (MartialVerdier, photographe, directeur de TK-21LaRevue). &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; R&#233;genter le go&#251;t de la foule (Christian Ruby).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Publications" rel="directory"&gt;Publications&lt;/a&gt;

/ 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH105/censure_couv-c1a5e.jpg?1785414781' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De la censure des &#339;uvres culturelles et dans la culture
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La censure ou le m&#233;pris du &#171; public &#187; (Christian Ruby, philosophe).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pens&#233;es sur l'autocensure (Carole Douillard, artiste). &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une formation sur (contre) la censure chez les r&#233;alisateurs (Elliott Covrigaru, r&#233;alisateur et compositeur). &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Question de la formation contre la censure dans les &#201;coles d'art (Myriam Mechita, enseignante et artiste). &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Censure et photographie (MartialVerdier, photographe, directeur de TK-21LaRevue). &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; R&#233;genter le go&#251;t de la foule (Christian Ruby).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De la censure des &#339;uvres culturelles et dans la culture&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dossier portant sur la censure culturelle a &#233;t&#233; con&#231;u et r&#233;alis&#233; gr&#226;ce &#224; la participation et &#224; la r&#233;flexion d'autrices et auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dossier ne porte pas sur la censure uniquement et en g&#233;n&#233;ral, mais aussi sur la mani&#232;re dont les artistes vivent les censures, arrivent &#224; se battre contre elles et peuvent s'en emparer, m&#234;me sous la forme de l'autocensure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre est disponible aupr&#232;s des auteurs, et peut &#234;tre command&#233; sur TK-21 et sur Hello Asso :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/tk-21/boutiques/de-la-censure-des-oeuvres-culturelles-et-dans-la-culture&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.helloasso.com/associations/tk-21/boutiques/de-la-censure-des-oeuvres-culturelles-et-dans-la-culture&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27695 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L200xH200/qr-791b1.png?1785087839' width='200' height='200' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;big&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://tk-21.com/De-la-censure-des-oeuvres-de-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Voir aussi la pr&#233;sentation pr&#233;c&#233;dente&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les autos-tamponneuses</title>
		<link>https://tk-21.com/Les-autos-tamponneuses</link>
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		<dc:date>2026-07-04T19:37:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc Corigliano</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le jour o&#249; mon oncle jean est mort un man&#232;ge d'autos-tamponneuses est venu s'installer sous sa fen&#234;tre.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/marc_corigliano_photo-dbf71.jpg?1783194122' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le jour o&#249; mon oncle jean est mort un man&#232;ge d'autos-tamponneuses est venu s'installer sous sa fen&#234;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mon Oncle &#233;tait aveugle, mais nul autre que lui ne savait &#224; ce point glisser les unes dans les autres des coquilles vides de moules et les disposer en un demi-cercle parfait dans son assiette, sous nos yeux m&#233;dus&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fait nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les auto-tamponneuses sont rang&#233;es les unes &#224; c&#244;t&#233; des autres, b&#226;ch&#233;es pour leur sommeil. Le grincement strident d'un camion poubelle se fait entendre. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai le nez coll&#233; &#224; la vitre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re moi, dans l'obscurit&#233; de l'appartement, une pendule hache menue le temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon oncle est couch&#233; sur son lit, tout habill&#233;, comme s'il s'appr&#234;tait &#224; sortir (il ne lui resterait qu'&#224; enfiler ses chaussures et &#224; mettre sa casquette).&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la premi&#232;re fois que je vois un mort. J'ai failli &#233;crire c'est la premi&#232;re fois que je vois mon oncle mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est d&#233;j&#224; plus lui. Bien que sa montre pos&#233;e sur la table de nuit continue de donner l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors qu'il fait encore jour une employ&#233;e des pompes fun&#232;bres passe. Elle me demande de l'accompagner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cou de mon oncle est enfl&#233; comme s'il avait un goitre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant m&#234;me que je comprenne ce qu'elle fait cette femme me prend la main. Je r&#233;siste un peu. Elle me dit n'ayez pas peur. Et elle enfonce un de mes doigts dans la peau du cou de mon oncle, en m'expliquant que ce n'est l&#224; qu'une simple r&#233;tention d'eau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle me dit encore, cela peut s'&#233;tendre assez vite sur tout le corps, il ne faudrait pas trop attendre de temps pour l'inhumation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour passer la nuit ma tante m'a laiss&#233; la petite chambre qui sert de d&#233;barras et s'est am&#233;nag&#233;e un lit &#224; m&#234;me le sol dans la salle &#224; manger, pr&#232;s de l'aquarium brillamment &#233;clair&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A peine endormi, j'entends un cri. Je me l&#232;ve pr&#233;cipitamment. La chambre de mon oncle est &#233;clair&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma tante est l&#224;, debout en robe de chambre, pench&#233;e sur lui, en larmes, tremblante, &#224; baragouiner je ne sais quoi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je la convaincs de retourner se coucher. Mais elle veut que je reste un peu aupr&#232;s d'elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'assois &#224; ses c&#244;t&#233;s &#224; m&#234;me le sol. Mes yeux sont &#224; la hauteur de l'aquarium. Sa clart&#233; m'&#233;blouit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, elle se redresse brusquement et s'agrippe &#224; moi. Je tente de la repousser, de me d&#233;faire de ses bras qui m'enserrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vois son corsage entrouvert, sa poitrine encore belle. Je vois dans ses yeux qu'elle voit ce que je vois et je comprends que c'est ce qu'elle veut. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je vacille, et je pense que je vais basculer en avant. Mais au m&#234;me moment mon attention est attir&#233;e par les poissons exotiques, par l'insouciance avec laquelle ils &#233;voluent dans l'aquarium.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la seconde qui suit, je r&#233;alise que j'ai oubli&#233; d'&#233;teindre la lumi&#232;re dans la chambre de mon oncle et je sens sous moi les doigts de ma tante se rel&#226;cher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vois sa t&#234;te retomber sur l'oreiller.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vois ses yeux se fermer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je la vois s'endormir en ronflant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me l&#232;ve pour &#233;teindre cette lumi&#232;re dont mon oncle &#8212; ce mort qui ne peut plus vivre &#8212; n'a plus besoin et retourne dans ma chambre. Je n'ai plus sommeil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je regarde dehors, avec la sensation au bout des doigts du jeton offert &#224; la fente des auto-tamponneuses.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27413 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/marc_corigliano-oncle.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L385xH800/marc_corigliano-oncle-b23b8.jpg?1781816683' width='385' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Exposition collective &#224; l'Atelier Cinq&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec Ren&#233; Jacobs, Bernard Plossu, Michel Lozano, Marc Corigliano&lt;br class='autobr' /&gt;
LA VIE EST DIFF&#201;RENTE, Marc Corigliano&lt;br class='autobr' /&gt;
du 3 au 11 juillet 2026, 10h-20h, galerie l'Atelier Cinq, Place Voltaire (locaux du PCF), Arles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vernissage dimanche 5 juillet &#224; 18 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Signature du livre &#171; La vie est diff&#233;rente &#187; par Marc Corigliano, le vendredi 10 juillet &#224; 19 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;v&#233;nements &#224; l'Atelier Cinq du 3 au 10 juillet : &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/p/Latelier-cinq-arles-100064643441067/?locale=fr_FR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CLIQUEZ ICI&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la censure des &#339;uvres de nos jours</title>
		<link>https://tk-21.com/De-la-censure-des-oeuvres-de-nos</link>
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		<dc:date>2026-07-04T19:16:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby et Martial Verdier</dc:creator>


		<dc:subject>censure</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; quoi pensons-nous lorsque nous pronon&#231;ons le mot : censure ? Qu'est-ce qui fait de tel acte d'un pouvoir une censure notamment d'une &#339;uvre d'art ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Publications" rel="directory"&gt;Publications&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/censure" rel="tag"&gt;censure&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH118/actualite_s.181.horace_censure___g-7b8e0.jpg?1783192853' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; quoi pensons-nous lorsque nous pronon&#231;ons le mot &#171; censure &#187; ? Qu'est-ce qui fait de tel acte d'un pouvoir une censure, notamment d'une &#339;uvre d'art ? &lt;br class='autobr' /&gt;
TK-21 LaRevue a publi&#233; au fil des mois une suite de six articles favorisant une perspective globale sur notre pr&#233;sent et les actes de censure culturelle. Ces articles existent d&#233;sormais sous forme de livre, que l'on peut se procurer en contactant la revue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comment d&#233;finir ce terme-clef, censure, et que dire de l'obsession d'interdire tout ce qui, dans notre culture, peut questionner le monde sous nos yeux ? Affirmer cela, c'est d&#233;j&#224; postuler qu'il n'y a rien d'absurde dans la censure, m&#234;me si ce sont les premiers mots qui viennent &#224; la bouche d&#232;s lors qu'on tombe sous une censure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La censure constitue un des moyens de la sauvegarde d'un rapport de domination. Elle tente &#233;videmment de se faire passer pour l'exercice d'un bien. En cela il est bon de souligner, en se pla&#231;ant du c&#244;t&#233; du pouvoir, que si vous voulez censurer la soci&#233;t&#233; civile sans qu'on le remarque, dites simplement : c'est pour pr&#233;server l'unit&#233; du corps politique ! Mais si vous voulez qu'on le remarque, dites qu'il s'agit d'une affaire de &#171; bon sens &#187; : lorsqu'on vous attaque, il faut r&#233;pondre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, cette d&#233;termination est insuffisante. Certes, elle r&#233;pond au souci de pr&#233;ciser que la censure est une pratique utilis&#233;e afin de limiter la diffusion d'id&#233;es, d'&#339;uvres ou d'images, d'interrogations ou de termes consid&#233;r&#233;s comme dangereux par tel pouvoir, parfois camoufl&#233;e sous la mention &#171; inappropri&#233; &#187; ou une simple restriction de pr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe Jacques Derrida &#8211; dans &lt;i&gt;Du droit &#224; la philosophie&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Derrida, Du droit &#224; la philosophie, Paris, Galil&#233;e, 1990&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;-, donne du &lt;i&gt;concept&lt;/i&gt; de censure une d&#233;finition plus cibl&#233;e : il suffit qu'un discours, quel qu'il soit, m&#234;me le moins l&#233;gitime, le moins reconnu, le moins acceptable, ne puisse pas &#234;tre discut&#233; dans l'espace public, et il y a &lt;i&gt;effet de censure.&lt;/i&gt; Que cette non-discussion provienne d'une censure officielle (par l'&#201;tat ou l'un de ses agents), de l'indiff&#233;rence du public, de la s&#233;lection faite par les journalistes ou les maisons d'&#233;dition, d'un rejet ou d'un refoulement, cela ne change rien au &lt;i&gt;concept&lt;/i&gt; - mais cela n'implique &#233;videmment pas qu'en pratique, ces censures puissent &#234;tre &#233;vit&#233;es (d'autant moins qu'il ne peut y avoir ni institution, ni raison sans censure).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste, notamment, &#224; prendre en compte la notion d'une censure accusatoire, ce genre d'accusation destin&#233;es &#224; s'indigner ou &#224; d&#233;noncer des pratiques que ceux qui les r&#233;alisent nomment, de leur c&#244;t&#233;, nomment &#171; choix &#187;, &#171; s&#233;lection &#187;, &#171; mod&#233;ration &#187;, &#171; correction &#187;, &#171; classification &#187;, etc. Pierre Bourdieu en a parl&#233; dans &#171; Censure et mise en forme &#187; (&lt;i&gt;Langage et pouvoir symbolique)&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, &#171; Censure et mise en forme &#187;, (Langage et pouvoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27351 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH715/censurecouv-904fc.jpg?1781966701' width='500' height='715' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plus globalement, il n'est pas inutile de se demander si ce n'est pas la question de l'espace public qui est en jeu (non les lieux publics, sinon en second ressort) &#224; partir de ses dissensus. Cette notion, &#171; espace public &#187;, d&#233;ploy&#233;e entre Kant, cit&#233; ci-dessus, sous les Lumi&#232;res, et au XX&#7497; si&#232;cle, J&#252;rgen Habermas &#8211; dans &lt;i&gt;L'espace public. Arch&#233;ologie de la publicit&#233; comme dimension constitutive de la soci&#233;t&#233; bourgeoise&lt;/i&gt; &#8211; a au moins contribu&#233; &#224; recentrer la question de la censure dans le politique, sans s'enfermer dans celle de l'&#201;tat. Elle comprend la dimension de l'action politique des citoyennes et citoyens entre eux, et la possibilit&#233; de s'emparer de la notion de &#171; publicit&#233; &#187; en un sens radical. &#192; l'encontre de la saturation de l'espace public organis&#233;e par des autorit&#233;s, l'id&#233;e de publicit&#233; renvoie &#224; des &#233;changes potentiels entre chacune et chacun, &#224; la mani&#232;re dont la parole en public et sous d&#233;bats peut aider &#224; rompre &#224; la fois avec les normes impos&#233;es et avec l'indiff&#233;rence volontaire qui finit par faire croire que l'on aime la servitude, entre &#171; je ne savais pas &#187; et &#171; je ne voulais pas savoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;*****&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Les articles publi&#233;s en ligne et dans le livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La censure ou le m&#233;pris du &#171; public &#187;,&lt;/i&gt; par Christian Ruby, philosophe ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pens&#233;es sur l'auto-censure,&lt;/i&gt; par Carole Douillard, artiste visuelle et performer ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le review bombing dans le cin&#233;ma,&lt;/i&gt; par Elliott Covrigaru, sc&#233;nariste, r&#233;alisateur et compositeur ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une histoire de casier,&lt;/i&gt; par Myriam Mechita, artiste plasticienne enseignante chercheuse ; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Photo &amp; Censure,&lt;/i&gt; par Martial Verdier, photographe et directeur de TK-21 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;genter le go&#251;t de la foule,&lt;/i&gt; par Christian Ruby.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Derrida, Du droit &#224; la philosophie, Paris, Galil&#233;e, 1990&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &#171; Censure et mise en forme &#187;, (&lt;i&gt;Langage et pouvoir symbolique)&lt;/i&gt; Paris, Seuil, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D'un livre, l'autre : l'Incompossible</title>
		<link>https://tk-21.com/D-un-livre-l-autre-l-Incompossible</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tk-21.com/D-un-livre-l-autre-l-Incompossible</guid>
		<dc:date>2026-07-04T17:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Gavard-Perret</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Tandis que je me trouvais &#224; mon bureau, pench&#233; sur mon &#233;cran, entour&#233; de mes livres, j'avais la sensation singuli&#232;re que ma fille, son espi&#232;gle et bienveillant petit fant&#244;me, se tenait derri&#232;re moi, &#233;piant par-dessus mon &#233;paule ce que j'&#233;tais en train d'&#233;crire et, avec moi, s'enchantant de la vieille histoire que si souvent nous avions racont&#233;e ensemble. Comme si, ayant maintenant chang&#233; de r&#244;le, pareille &#224; Peter, flottant dans le vide, de l'autre c&#244;t&#233; d'une immat&#233;rielle fen&#234;tre ferm&#233;e derri&#232;re laquelle je n'aurais pas pu la rejoindre (Philippe Forest).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/miniture_article_1.jpg-3704494134-831ab.webp?1783201143' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tandis que je me trouvais &#224; mon bureau, pench&#233; sur mon &#233;cran, entour&#233; de mes livres, j'avais la sensation singuli&#232;re que ma fille, son espi&#232;gle et bienveillant petit fant&#244;me, se tenait derri&#232;re moi, &#233;piant par-dessus mon &#233;paule ce que j'&#233;tais en train d'&#233;crire et, avec moi, s'enchantant de la vieille histoire que si souvent nous avions racont&#233;e ensemble. Comme si, ayant maintenant chang&#233; de r&#244;le, pareille &#224; Peter, flottant dans le vide, de l'autre c&#244;t&#233; d'une immat&#233;rielle fen&#234;tre ferm&#233;e derri&#232;re laquelle je n'aurais pas pu la rejoindre (Philippe Forest).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au livre qu'il a autrefois &#233;crit - le superbe et douloureux &#171; L'enfant &#233;ternel &#187; - Philippe Forest avait donn&#233; pour titre le d&#233;but de la premi&#232;re phrase du roman de Barrie (premi&#232;re version &#233;crite de Peter Pan : &#171; Tous les enfants, sauf un &#187;. &#192; celui qu'il publie aujourd'hui, il donne pour titre la fin de sa derni&#232;re phrase &#187; : Gais, innocents et sans c&#339;ur. Ces deux livres se r&#233;unissent et se rejoignent enfin dans les deux bouts de la cha&#238;ne et les deux bouts d'une fable et d'une r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fable de Peter Pan a contenu la sienne - la vraie, m&#234;me si son nouveau roman disparait au sein de la l&#233;gendaire fiction de J.M. Barrie, auteur de Peter Pan. Et Forest de pr&#233;ciser : &#171; L'histoire se termine. Elle recommence aussi. La derni&#232;re phrase formule la promesse que tiendra la premi&#232;re lorsqu'il se trouvera quelqu'un pour reprendre le roman et pour le rouvrir &#224; la page par laquelle il d&#233;butait. &#187; Et pour le romancier le propre des contes est que jamais ils ne se terminent que pour recommencer aussit&#244;t. Ceux qui les racontent ou qui les &#233;coutent ont disparu depuis longtemps, personne ne se souvient plus d'eux ni de ce que fut leur vie, mais, myst&#233;rieusement, ils leur survivent. Ils scintillent dans le soir comme la F&#233;e Clochette de Peter Pan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si Barrie avait &#233;crit que les enfants sont &#171; sans c&#339;ur &#187;, pour Forest ils parlent de la cruelle et triste loi du Temps. L'existence reste un &#171; sauve qui peut ! &#187; o&#249; tous les coups sont permis, surtout si l'on pense au Capitaine Crochet. Certes le monde n'est qu'un meurtrier man&#232;ge dont la roue d&#233;p&#234;che vers le rien mais selon l'auteur ceux qui s'abandonnent &#224; son abominable vertige, y ont pris leur passager plaisir. Ce n'est la faute de personne. Nul n'est coupable. Chacun, innocent, jouit ainsi, bravement, gaiement, du r&#233;pit que lui accorde le crocodile dont le ventre, monotone et imperturbable m&#233;tronome, &#233;nonce le verdict &#224; l'ex&#233;cution duquel l'existence ne sursoit jamais tr&#232;s longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les histoires n'aient jamais de fin, c'est ce que dit Barrie et Forest le croit (un peu) m&#234;me si, bien s&#251;r, il en va autrement de la vie, sans rien nous faire oublier de son am&#232;re le&#231;on. Elles nous consolent un peu du terrible tour que lui donne le Temps. La loi veut que les enfants grandissent, qu'ils vieillissent et qu'ils meurent. Wendy s'en souvient quand Peter l'oublie. Mais lui, n'a qu'une id&#233;e en t&#234;te. Il veut jouer encore et toujours aux jeux qui lui plaisent, profiter sans peine de l'&#233;ternel recommencement de la vie, s'enchanter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, c'&#233;tait le souhait de Philippe Forest lorsqu'il racontait Peter Pan &#224; sa fille. &#171; Nous nous plaisions des m&#234;mes choses sur lesquelles, parfois, nous versions les m&#234;mes larmes. Nous les d&#233;couvrions, nous les retrouvions. Et nul, pas m&#234;me nous, n'aurait pu dire quel sens avait le sourire que l'on voyait &#224; nos deux visages, si nous faisions seulement semblant d'&#234;tre gais ou alors simplement semblant d'&#234;tre tristes &#187;, &#233;crit Forest. Preuve que son nouveau roman fait avec le premier le joint parfait &#8211; enfin si l'on peut dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que Forest nous touche une fois de plus, en acm&#233; : &#171; Tandis que je me trouvais &#224; mon bureau, pench&#233; sur mon &#233;cran, entour&#233; de mes livres, j'avais la sensation singuli&#232;re que ma fille, son espi&#232;gle et bienveillant petit fant&#244;me, se tenait derri&#232;re moi, &#233;piant par-dessus mon &#233;paule ce que j'&#233;tais en train d'&#233;crire et, avec moi, s'enchantant de la vieille histoire que si souvent nous avions racont&#233;e ensemble. &#187; En fait Peter Pan est un astre et comme le romancier nous nous nourrissons de lui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Philippe Forest, &#171; Gais, innocents et sans c&#339;ur&#034;. &#192; propos de Peter Pan &#187;, &lt;br class='autobr' /&gt;
coll. Blanche, Gallimard, 2026, 160 p., 18 &#8364;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27526 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/IMG/jpg/1-38.jpg' width=&#034;228&#034; height=&#034;340&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A&#768; me&#770;me les e&#769;le&#769;ments&#8232;- Dancing with elements</title>
		<link>https://tk-21.com/A%CC%80-me%CC%82me-les-e%CC%81le%CC%81ments</link>
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		<dc:date>2026-05-03T18:24:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olga Caldas et Zack Rogow</dc:creator>


		<dc:subject>photographie contemporaine</dc:subject>
		<dc:subject>po&#233;sie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Zack Rogow, poems&lt;br class='autobr' /&gt;
Olga Caldas, photographs&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/olga_caldas_zack_rogow__page_49_image_0001-1854d.jpg?1777833662' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Zack Rogow, poems&lt;br class='autobr' /&gt;
Olga Caldas, photographs&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt; NEW YORK&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; SAN FRANCISCO&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; PARIS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; PRAIA DA AMOROSA&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27044 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/olga_caldas_zack_rogow__page_03_image_0001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/olga_caldas_zack_rogow__page_03_image_0001-03801.jpg?1773850757' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;W A T E R&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E A R T H&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F I R E&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A I R&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27053 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/olga_caldas_zack_rogow__page_13_image_0001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/olga_caldas_zack_rogow__page_13_image_0001-67881.jpg?1773850757' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;The Ocean, for Example&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What does the ocean do when it creates a failure&lt;br class='autobr' /&gt;
of a wave, a mangy little billow that fizzles onto the shore,&lt;br class='autobr' /&gt;
a dud that never goes beyond muddled ruffles ?&lt;br class='autobr' /&gt;
What does the ocean do then ? It makes another wave.&lt;br class='autobr' /&gt;
And what does the ocean do when it spins a perfect turquoise Murano wave,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a liquid aqua cylinder flawlessly unfurling ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27050 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/olga_caldas_zack_rogow__page_10_image_0001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/olga_caldas_zack_rogow__page_10_image_0001-bb400.jpg?1773850757' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;What does the ocean do then ? I think you already know.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27049 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/olga_caldas_zack_rogow__page_09_image_0001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/olga_caldas_zack_rogow__page_09_image_0001-fef72.jpg?1773857283' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_27055 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/olga_caldas_zack_rogow__page_15_image_0001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH750/olga_caldas_zack_rogow__page_15_image_0001-0818e.jpg?1773857283' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que fait l'oc&#233;an, lorsqu'il &#233;choue&lt;br class='autobr' /&gt;
et ne cr&#233;e qu'un petit mouton miteux qui gargouille jusqu'au rivage&lt;br class='autobr' /&gt;
un rat&#233; qui s'&#233;puise en glouglous ? Que fait-il alors l'oc&#233;an ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait une autre vague.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27053 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/olga_caldas_zack_rogow__page_13_image_0001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/olga_caldas_zack_rogow__page_13_image_0001-67881.jpg?1773850757' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et que fait l'oc&#233;an lorsqu'il souffle&lt;br class='autobr' /&gt;
une vague Murano turquoise parfaite,&lt;br class='autobr' /&gt;
un cylindre liquide qui se d&#233;roule &#224; merveille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que fait-il alors l'oc&#233;an ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que vous le savez d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27054 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/olga_caldas_zack_rogow__page_14_image_0001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH750/olga_caldas_zack_rogow__page_14_image_0001-6bdf8.jpg?1773850757' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Traduction Armelle Blackledge &amp; Fran&#231;oise Vidal&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27052 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/olga_caldas_zack_rogow__page_12_image_0001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/IMG/jpg/olga_caldas_zack_rogow__page_12_image_0001.jpg' width=&#034;945&#034; height=&#034;630&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#339;uvre et son syndrome</title>
		<link>https://tk-21.com/L-oeuvre-et-son-syndrome</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tk-21.com/L-oeuvre-et-son-syndrome</guid>
		<dc:date>2026-05-03T18:04:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Gavard-Perret</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sans le savoir (ou presque) James-Matthew Barrie a cr&#233;&#233; par Peter Pan non seulement un mythe mais un syndrome. Il fut d'ailleurs victime de son personnage. Le fils pr&#233;f&#233;r&#233; de sa m&#232;re (David) qui avait &#224; peu pr&#232;s le double de son &#226;ge (13 ans), mourut lorsque le futur auteur n'avait pas encore sept ans. Il essaya de le remplacer dans le c&#339;ur de sa m&#232;re, allant jusqu'&#224; s'habiller avec les v&#234;tements du d&#233;funt pour s'identifier &#224; lui.&lt;/p&gt;

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/ 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH150/jpgp_peter_pan-0ccbc.jpg?1777833663' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sans le savoir &#8212; ou presque &#8212; James-Matthew Barrie a cr&#233;&#233; par Peter Pan non seulement un mythe mais un syndrome. Il fut d'ailleurs victime de son personnage. Le fils pr&#233;f&#233;r&#233; de sa m&#232;re, David, qui avait &#224; peu pr&#232;s le double de son &#226;ge &#8212; 13 ans &#8212; mourut lorsque le futur auteur n'avait pas encore sept ans. Il essaya de le remplacer dans le c&#339;ur de sa m&#232;re, allant jusqu'&#224; s'habiller avec les v&#234;tements du d&#233;funt pour s'identifier &#224; lui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'enfance de J. M. Barrie est marqu&#233;e par ce drame, et le petit James se construit sur une f&#234;lure. Toute sa vie, il essaye d'emporter l'amour de sa m&#232;re, mais n'y parvient jamais tout &#224; fait. Il se donne mission de consoler sa m&#232;re de cette perte, et son besoin d'&#233;crire provient tr&#232;s probablement d'une volont&#233; de r&#233;cr&#233;er le monde en niant le drame. Le th&#232;me de la jeunesse &#233;ternelle est r&#233;current dans son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. M. Barrie &#233;tait un homme menu et fluet, de petite taille. On a parfois soulign&#233; sa d&#233;marche quasi-enfantine &#8212; tel son h&#233;ros Peter qui ne veut pas grandir. On suppose, sans la moindre preuve, que ce personnage atypique &#233;tait androgyne et que ce fut l'une des raisons de son divorce. Le personnage de Peter Pan appara&#238;t pour la premi&#232;re fois dans un roman fantaisiste intitul&#233; &lt;i&gt;&#171; Le petit oiseau blanc &#187;.&lt;/i&gt; J. M. Barrie d&#233;veloppe le personnage de Peter pour cr&#233;er la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre &#171; Peter Pan, ou le gar&#231;on qui ne voulait pas grandir &#187;, et sa carri&#232;re n'eut plus d'interruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel h&#233;ros est caract&#233;ris&#233; par le refus persistant de quitter l'enfance &#8212; on en trouve plus tard chez le &lt;i&gt;Roi de la Pop&lt;/i&gt; Michael Jackson une illustration saisissante. Il pr&#233;senta d&#232;s son plus jeune &#226;ge des signes distinctifs de cette pathologie. Elle marquera profond&#233;ment sa vie personnelle et professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme chez Michael Jackson, dans la vie de J. M. Barrie, les racines de ce syndrome remontent &#224; sa structure familiale particuli&#232;re et aux conditions de son d&#233;veloppement pr&#233;coce dans une fratrie de dix enfants o&#249; s'installent des dynamiques dysfonctionnelles. L'enfant devrait normalement construire son identit&#233; &#224; travers des interactions sociales &#233;quilibr&#233;es mais de fait, il ne les trouva que plus tard dans ses &#233;tudes et sa vie &#224; Londres en tant que dramaturge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, Peter Pan &#233;chappe &#224; son cr&#233;ateur. Il n'a rien d'un &#171; Bambi &#187;, ignore sa fragilit&#233; en conduisant ses proches vers une certaine maturit&#233;. Son histoire et son mythe nous ram&#232;nent au monde des contes de f&#233;es, de l'attraction naturelle vers le monde de l'enfance et sa capacit&#233; &#224; &#233;tablir des relations privil&#233;gi&#233;es avec les jeunes, voire avec des adultes, en acceptant le conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun peut y voir, &#224; tort ou &#224; raison, une identification profonde &#224; l'enfance comme refuge psychologique. Mais reste &#224; savoir si Peter Pan se per&#231;oit lui-m&#234;me comme un enfant et trouve naturel de partager leur univers ? De fait, loin d'un stress &#233;motionnel, il subsume les adultes et leur pouvoir. Avec ses compagnons (et certes avec une conjonction magique et f&#233;tiche), il r&#233;pond aux incompr&#233;hensions du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'existe donc pas dans cette f&#233;erie la phobie du monde adulte et de ses responsabilit&#233;s. Les adultes autoritaires n'incarnent plus des mod&#232;les masculins matures, mais face &#224; eux Peter Pan est rassurant, escogriffe, aventurier. De fait, Peter Pan joue le r&#244;le de figure parentale alternative qui gomme toute carence relationnelle. Un tel h&#233;ros est l'as de performance face aux pirates. Et apr&#232;s tout il devient une th&#233;rapie et une sublimation litt&#233;raire du syndrome dont il h&#233;rita.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. M. Barrie exprime, &#224; travers lui et son &#339;uvre, une conqu&#234;te d'expression &#233;motionnelle et des moments cr&#233;atifs o&#249; il acc&#233;da &#224; un accomplissement. Par le succ&#232;s de son h&#233;ros, il est sans doute sorti de sch&#233;mas psychologiques &#233;tablis dans l'enfance. Il a r&#233;alis&#233; une reconstruction contre le refus persistant de la maturit&#233; &#233;motionnelle et contre l'&#233;vitement des responsabilit&#233;s adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, exit dans les attitudes des enfants de son histoire la conservation de traits comportementaux infantiles et la recherche de protection dans l'univers de l'enfance. Sans troubles anxieux li&#233;s &#224; la perspective de grandir. Au contraire. Preuve que l'univers de Peter Pan reste une &#339;uvre ouverte et &#224; suivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_27131 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/IMG/jpg/19-12.jpg' width=&#034;188&#034; height=&#034;300&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;James Matthew Barrie, &#171; Peter Pan &#187;, &#201;dition de Cornelius Crowley, Jean-Michel D&#233;prats et Philippe Forest, Collection &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187; (n&#176;684), Gallimard, 2026, 1168 p., 67 &#8364;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La le&#231;on du langage</title>
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		<dc:date>2026-05-03T18:03:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Gavard-Perret</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans les &#171; Histoires de Samora M&#226;chel &#187;, il ne s'agit pas de saccage ni de destruction, mais d'un retour dans une forme d'exaltation et d'une paradoxale r&#233;surrection. D'autant que Pierre Guyotat &#233;tait habit&#233; par l'Histoire, celle des soci&#233;t&#233;s et des corps, comme par celle de la langue. &lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH150/jpgp_guyotat-24e71.jpg?1777833663' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les &#171; Histoires de Samora M&#226;chel &#187;, il ne s'agit pas de saccage ni de destruction, mais d'un retour dans une forme d'exaltation et d'une paradoxale r&#233;surrection. D'autant que Pierre Guyotat &#233;tait habit&#233; par l'Histoire, celle des soci&#233;t&#233;s et des corps, comme par celle de la langue. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La lecture publique qu'il fit de ce livre fut une &#233;preuve. Il la vivait comme telle, mais aussi comme un accomplissement d'une teste au rythme &#233;trange, inou&#239; non sans une extraordinaire douceur. Tous ceux qui l'ont entendu lire le savent, c'&#233;tait comme une exp&#233;rience de transsubstantiation : des sc&#232;nes de bordel chant&#233;es avec la tendresse murmur&#233;e d'une berceuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crit ou vocalis&#233; le livre est la &#171; poche de rythmes &#187; l&#224; l'id&#233;e y est d'abord. Son rythme est li&#233; au souffle, au battement du c&#339;ur, &#224; la vision sociale et organique qu'il avait de la langue. Elle &#233;tait pour lui vivante, travaill&#233;e par ses origines mais la transformation de la langue &#233;tait en plus un acte politique pour la rendre plus vive m&#234;me si, surtout, un c&#339;ur bat : celui de l'humanit&#233; avec ses contradictions, sa violence et sa tendresse dans le frottement des extr&#234;mes l&#224; &#171; l'ordure et la m&#233;taphysique &#187; qui fait chanter la langue. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humain est ici sauvage, violent et saisissant de nos soci&#233;t&#233;s. Ici le &#171; prostitutionnel &#187; &#8212; &#224; savoir le personnage omnipr&#233;sent &#8212; est celui du &#171; putain &#187; qui ne veut pas qu'on l'abandonne &#224; un autre &#233;tat sans pour autant se faire consoler. Et ce l&#224; o&#249; ces &#171; Histoires &#187; tiennent le monde qu'elles repr&#233;sentent pour celui qui ne terrifierait que s'il &#233;tait r&#233;el. Or il n'y a rien de plus r&#233;el, ni de plus naturel que le monde que Guyotat montre par une langue et non de leurs &#171; effets &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce titre les &#233;diteurs des &#171; Histoires de Samora M&#226;chel &#187; offrent quelques cl&#233;s. Par exemple les r&#232;gles dites de la &#171; bab&#233;lisation &#187;, concernant les lettres &#171; a &#187;, &#171; e &#187;, &#171; u &#187;, &#171; i &#187;. Mais ils expliquent encore comment dire &#224; la place de &#171; cinq &#187; &#171; &#231;anq &#187;, et &#171; vingt &#187; &#171; vangt &#187;. Dans ce texte les lettres ne disparaissent pas : elles se m&#233;tamorphosent, pour ralentir, acc&#233;l&#233;rer, muscler le texte et lui offrir du &#171; Change &#187; comme l'appelait Jean-Claude Montel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas limiter cette langue o&#249; l'oralit&#233; r&#232;gnerait en ma&#238;tre. Tout est &#171; bien &#187; &#233;crit certes mal, mais pour exprimer mieux et sans jamais pour l'auteur de se faire complice d'une illusion ou participer &#224; un fantasme. Guyotat &#233;crit son langage en et avec lui, voire &#224; sa place mais pour le signer en m&#234;me temps que lui. Et surtout existe ici &#8212; comme dans &#171; Prog&#233;nitures &#187; ou &#171; Joyeux animaux de la mis&#232;re &#187; &#224; une &#171; le&#231;on sur la langue fran&#231;aise &#187; pour reprendre le titre que Guyotat avait donn&#233; &#224; ses cours &#224; l'universit&#233; de Paris VIII Saint-Denis,&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_27129 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/IMG/jpg/17-14.jpg' width=&#034;244&#034; height=&#034;340&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pierre Guyotat, Histoires de Samora M&#226;chel, Gallimard, Hors-s&#233;rie Litt&#233;rature, 2026, 710 p., 28 &#8364;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La lic&#233;it&#233; de la repr&#233;sentation de la Vierge enceinte dans le catholicisme</title>
		<link>https://tk-21.com/La-liceite-de-la-representation-de</link>
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		<dc:date>2026-04-05T10:04:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucienne Cordier</dc:creator>


		<dc:subject>th&#233;ologie</dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le livre de Marc Lenot aux &#233;ditions Cinabre, &lt;i&gt;La micro-aventure de la Vierge enceinte,&lt;/i&gt; &#224; propos du devenir de la fresque &lt;i&gt;La Madonna del Parto&lt;/i&gt; de Piero della Francesca (vers 1420-1492), montre bien toute l'ambigu&#239;t&#233; de l'&#201;glise envers la repr&#233;sentation corporelle de la Madone enceinte. Ce texte a pour but d'&#233;clairer cette ambigu&#239;t&#233; d'un point de vue &#224; la fois historique et th&#233;ologique.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH130/la-madonna-del-parto-di-piero-della-francesca-e911a.jpg?1775383487' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='130' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le livre de Marc Lenot aux &#233;ditions Cinabre, &lt;i&gt;La micro-aventure de la Vierge enceinte,&lt;/i&gt; &#224; propos du devenir de la fresque &lt;i&gt;La Madonna del Parto&lt;/i&gt; de Piero della Francesca (vers 1420-1492), montre bien toute l'ambigu&#239;t&#233; de l'&#201;glise envers la repr&#233;sentation corporelle de la Madone enceinte. Ce texte a pour but d'&#233;clairer cette ambigu&#239;t&#233; d'un point de vue &#224; la fois historique et th&#233;ologique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au moins depuis l'an mil, la Vierge Marie est la femme la plus v&#233;n&#233;r&#233;e au monde, la plus c&#233;l&#233;br&#233;e. Elle est celle qu'on salue, qu'on implore, celle qui interc&#232;de, celle pour laquelle on chante des psaumes et on r&#233;cite des litanies de pri&#232;res. Celle dont des millions de femmes portent le nom. Celle que les artistes ont tant de fois repr&#233;sent&#233;e. Certaines de ces images sont resplendissantes de beaut&#233; et d'autres sont de m&#233;diocres bondieuseries. Ses repr&#233;sentations sont souvent des symboles, des dogmes : Marie des Sept Douleurs (Mater Dolorosa), Marie &#233;crasant le serpent, Marie Reine du monde, Reine des cieux, en majest&#233;, la Madone de l'humilit&#233;, la Vierge consolatrice, m&#233;diatrice, de compassion, l'Immacul&#233;e Conception, et la Madone de la Mis&#233;ricorde. Et la plus fr&#233;quente, la Vierge &#224; l'Enfant, que ce soit une sc&#232;ne familiale intime, de jeu ou d'allaitement, ou que ce soit une repr&#233;sentation plus majestueuse avec saints, anges ou donateurs. Mais jamais, au grand jamais, la Vierge enceinte, image rarissime dans l'iconographie chr&#233;tienne, qui a &#233;t&#233; constamment occult&#233;e par l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en tant que femme et th&#233;ologienne, je veux affirmer haut et fort que Marie n'est pas un pur esprit, un mythe d&#233;sincarn&#233;, mais qu'elle est une femme, une femme avec un corps de femme : des seins, des fesses, des organes sexuels. Comme moi. Comme nous toutes, Marie a menstru&#233; tous les mois, et parfois c'&#233;tait douloureux. Elle a &#233;t&#233; une jeune fille comme toutes les jeunes filles. Belle, brune, les cheveux boucl&#233;s ; Palestinienne, donc sans doute plus basan&#233;e que ses repr&#233;sentations habituelles. Pauvre, digne, d'une famille ordinaire. Sans doute plus instruite que ses amies, gr&#226;ce aux le&#231;ons de son p&#232;re Joachim et de sa m&#232;re Anne, sachant lire et &#233;crire, et connaissant la Torah. Elle a &#233;t&#233; une adolescente comme toutes les adolescentes, avec des &#233;mois incompr&#233;hensibles et des peurs irraisonn&#233;es, des doutes et des esp&#233;rances. Comme ses amies, elle aimait les f&#234;tes, la danse et le chant, elle go&#251;tait les compliments quand elle &#233;trennait une nouvelle robe, et le regard des gar&#231;ons sur elle. Un jour, l'un d'eux, un charpentier nomm&#233; Joseph, lui a dit : &lt;i&gt;&#171; Marie, je t'aime &#187; &lt;/i&gt; et, frissonnante, elle lui a r&#233;pondu : &lt;i&gt;&#171; Moi aussi &#187;&lt;/i&gt;. Ils ont fait des plans, ils en ont parl&#233; &#224; leurs parents, et ils se sont fianc&#233;s. Et ils se sont peut-&#234;tre m&#234;me embrass&#233;s chastement, en attendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'archange Gabriel est arriv&#233;. Peut-&#234;tre ne l'a-t-elle pas cru tout de suite, mais elle a appris &#224; sa stupeur qu'elle &#233;tait choisie. &#192; quinze ans &#224; peine, elle est tomb&#233;e enceinte sans savoir comment, alors que, bien s&#251;r, elle n'ignorait pas le lien entre copulation et grossesse. Certains (dont les auteurs du Talmud et des Toledot Yeshu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ont pr&#233;tendu qu'elle avait &#233;t&#233; viol&#233;e par un l&#233;gionnaire romain du nom de Pantera. D'autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Giosu&#232; Calaciura, Je suis J&#233;sus, Lausanne, Noir sur Blanc, 2022, traduit de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont racont&#233; que ses parents avaient voulu la faire avorter, pour pr&#233;server l'honneur de la famille ; elle aurait refus&#233;, elle se serait d&#233;battue, elle aurait cri&#233;, son p&#232;re aurait renonc&#233;. C'est en tout cas ce que l'on raconte dans des &#233;vangiles que l'&#201;glise qualifie d'apocryphes. Une grossesse embarrassante. Il fallut cacher sa grossesse sous des v&#234;tements amples et des mensonges. Comme on l'a cach&#233;e ensuite en peinture, ne la repr&#233;sentant presque jamais enceinte. C'est l'un des seuls moments de la &#171; vie &#187; de J&#233;sus qui n'a presque pas &#233;t&#233; peint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Visitation a &#233;t&#233; au contraire souvent montr&#233;e. C'est, dans toute la Bible, la seule conversation ayant lieu entre deux femmes, et, avec l'Annonciation, ce sont les deux seules sc&#232;nes bibliques montr&#233;es du seul point de vue d'une femme, sans mari et sans fils. Marie est donc partie trois mois chez sa cousine &#201;lisabeth, elle aussi enceinte malgr&#233; son grand &#226;ge. Leurs ventres tressaillaient et elles s'&#233;treignaient, &#233;merveill&#233;es devant le myst&#232;re de la naissance : c'&#233;tait pour Marie le noviciat d'une grossesse qui la d&#233;passait. Quand elle est revenue &#224; Nazareth, Joseph &#233;tait inquiet, il doutait. Le doute de Joseph est une sc&#232;ne que l'on repr&#233;sente peu, tr&#232;s peu de peintres ont abord&#233; ce th&#232;me. Or il existe au mus&#233;e de Cluny &#224; Paris un petit ivoire du XIV&#7497; si&#232;cle, carr&#233; de deux pouces de c&#244;t&#233; : Joseph appuie de biais sa main droite sur le ventre enceint de Marie, alors que Dieu le P&#232;re tend deux doigts protecteurs vers elle, pour dissiper les doutes de Joseph. Comme dans la fresque de Piero della Francesca, la robe de Marie semble fendue pour lib&#233;rer son ventre trop gros, et la main de Joseph se pose sur cette entaille.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26942 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;65&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/joseph.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH626/joseph-07dcf.jpg?1772473975' width='500' height='626' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Anonyme, Le doute de Joseph
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;XIV&#7497; si&#232;cle, Mus&#233;e de Cluny, Paris.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Marie a &#233;pous&#233; Joseph, confiant et rassur&#233; ; heureux pr&#232;s d'elle, il s'effor&#231;ait de satisfaire ses envies, de calmer ses angoisses, de soulager ses fatigues. Sentant les petits coups de poing ou de pied du f&#339;tus dans son ventre, elle disait : &lt;i&gt;&#171; Regarde, Joseph, il bouge &#187;&lt;/i&gt;, et il posait sa grosse main sur elle et &#233;tait ravi. Enceinte, elle a eu des naus&#233;es et des cernes sous les yeux ; les derniers mois, elle a &#233;t&#233; fatigu&#233;e. Elle a accouch&#233; dans la douleur avec l'aide des sage-femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les clercs pr&#233;tendent qu'elle n'a pas souffert et ont m&#234;me voulu interdire toute repr&#233;sentation de cette souffrance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Molanus, Trait&#233; des Saintes Images, Paris, Cerf, 1996 [traduction de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que savent-ils du corps des femmes ? Elle a souffert, comme moi, comme toutes les femmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le Coran, sourate 19 (Maryam) verset 23 : &#171; Puis les douleurs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Souvenez-vous de son double dans l'&lt;i&gt;Apocalypse&lt;/i&gt; de Jean, qui &lt;i&gt;&#171; &#233;tait enceinte et criait, &#233;tant en travail d'enfant, souffrant les grandes douleurs de l'enfantement &#187;&lt;/i&gt;. Elle a d&#251; rester quelques jours au lit, elle aussi, et son corps a mis du temps avant de reprendre une forme plus svelte, m&#234;me si Brigitte de Su&#232;de dit avoir eu la r&#233;v&#233;lation qu'il avait repris sa forme originelle juste apr&#232;s l'accouchement (autre r&#233;v&#233;lation de Brigitte : la Vierge garda le cordon ombilical et l'offrit plus tard &#224; Marie-Madeleine). Son Fils est n&#233;, sale de son sang, visqueux de ses mucosit&#233;s, et criant. Comme mon fils. Comme tous les b&#233;b&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26939 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;158&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/boschtheepiphanytriptych.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH730/boschtheepiphanytriptych-e761c.jpg?1772473975' width='500' height='730' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Anonyme, &lt;i&gt;Marie lisant, Joseph s'occupant du b&#233;b&#233;,&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;miniature fran&#231;aise du d&#233;but du XV&#7497; si&#232;cle, Walters Art Museum, Baltimore (manuscrit 10 920, feuillet 69).
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De retour chez eux &#224; Nazareth, ils ont v&#233;cu modestement, simplement, dans une maison de briques de boue, basse et sans confort : ils &#233;taient un couple comme tous les couples. Elle savait filer, tisser, coudre, cuire le pain ; ses mains ont vite &#233;t&#233; abim&#233;es par le travail, ses ongles cass&#233;s. Parfois elle se reposait en lisant pendant que Joseph s'occupait du b&#233;b&#233; (&lt;i&gt;ci-dessus)&lt;/i&gt; ou lavait et s&#233;chait ses langes (&lt;i&gt;ci-dessous&lt;/i&gt;). Comme toutes les femmes du peuple, elle a eu des soucis de sant&#233; et d'argent, elle a &#233;t&#233; pr&#233;occup&#233;e quand les clients de Joseph se faisaient rares, les habits qu'elle cousait et vendait rapportaient peu d'argent en compl&#233;ment. Comme toutes les &#233;pouses, elle a eu des disputes avec son mari trop taciturne que, parfois, elle ne comprenait plus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26940 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;78&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/hieronymus_bosch_-_st_peter_with_the_donor__detail__-_wga2616.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH610/hieronymus_bosch_-_st_peter_with_the_donor__detail__-_wga2616-0ae73.jpg?1772473975' width='500' height='610' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;J&#233;r&#244;me Bosch, L'&#201;piphanie
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;1495, Mus&#233;e du Prado, d&#233;tail du panneau de gauche.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme toutes les m&#232;res, elle a aim&#233; son Fils. Par moments la tentation &#233;tait si forte qu'elle oubliait qu'il &#233;tait Dieu. Elle le serrait dans ses bras et lui disait : &lt;i&gt;&#171; Mon petit &#187;&lt;/i&gt;. Aucune femme n'a eu de la sorte son Dieu pour elle seule, un Dieu tout petit que l'on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu'on peut toucher et qui rit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s Bariona ou le Fils du tonnerre (&#233;ditions Marescot, 1967), le Jeu de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et comme toutes les m&#232;res, elle a tent&#233; de l'&#233;duquer au mieux, et peut-&#234;tre m&#234;me lui a-t-elle parfois donn&#233; une fess&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Max Ernst, La Vierge corrigeant l'enfant J&#233;sus devant trois t&#233;moins : Andr&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, car il &#233;tait un enfant comme tous les autres, faisant des b&#234;tises ordinaires, d&#233;robant une friandise ou lan&#231;ant des pierres sur un chien de passage. Et elle a surveill&#233;, inqui&#232;te et pleine d'espoir, les tumultes de son adolescence. Jusqu'au jour o&#249; il est parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;glise catholique n'aime gu&#232;re ce genre de discours, elle n'appr&#233;cie pas que l'on &#233;voque l'humanit&#233;, la f&#233;minit&#233; de Marie, et encore moins qu'on la c&#233;l&#232;bre. Elle a r&#233;duit la Vierge au silence, en a fait une figure d'abn&#233;gation et de passivit&#233;, une femme soumise, effac&#233;e, qui ne pouvait exister que par son Fils. Marie est un des caract&#232;res les moins connus de la Bible, celui sur qui presque rien n'est dit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alors que le Coran lui consacre toute la sourate 19, Maryam.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est, avec Sara, la seule femme dont la Bible ne donne pas la g&#233;n&#233;alogie. Saint Paul ne la nomme m&#234;me pas dans ses &lt;i&gt;&#201;pitres&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;&#171; son Fils, n&#233; d'une femme &#187;&lt;/i&gt; est sa seule mention d'elle). Dans tout le Nouveau Testament, son nom n'est cit&#233; qu'une vingtaine de fois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont 16 dans l'&#201;vangile de Luc, 5 dans celui de Mathieu, 1 dans celui de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans l'&#201;vangile, non seulement elle n'apparait jamais seule, mais ils ne la laissent parler que quatre fois : lors de l'Annonciation quand elle ose questionner Gabriel (&lt;i&gt;&#171; Comment cela se fera-t-il puisque je n'ai pas eu de relations conjugales ? &#187;&lt;/i&gt;), chantant le &lt;i&gt;Magnificat&lt;/i&gt; devant &#201;lisabeth, quand J&#233;sus va seul au Temple &#224; douze ans (&lt;i&gt;&#171; Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Vois, ton p&#232;re et moi, nous te cherchions tout angoiss&#233;s &#187;&lt;/i&gt;), et aux Noces de Cana quand elle prend l'initiative et incite J&#233;sus &#224; agir et, en agissant, &#224; se r&#233;v&#233;ler (&lt;i&gt;&#171; Fils, ils n'ont pas de vin &#187;&lt;/i&gt;). Et, lors de ces deux derniers &#233;changes, son Fils la rabroue et l'appelle &#171; femme &#187; et non &#171; m&#232;re &#187;. Comme Lui, ils ont fait taire sa voix. Serait-ce que les paroles du &lt;i&gt;Magnificat&lt;/i&gt; les faisaient trembler : &lt;i&gt;&#171; Le Seigneur a jet&#233; les puissants &#224; bas de leurs tr&#244;nes et il a &#233;lev&#233; les humbles. Il a combl&#233; de biens les affam&#233;s et il a renvoy&#233; les riches les mains vides &#187;&lt;/i&gt;. Est-ce cette voix-l&#224; qu'ils ont voulu nier ? Ou simplement la voix d'une femme, la voix de toutes les femmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pratiquement tous les peintres ont repr&#233;sent&#233; Marie avec un m&#233;pris certain du corps des femmes, sans aucun attribut f&#233;minin, ni hanches, ni fesses. La mamelle allaitante qu'ils ont peinte dans les Vierges du Lait ressemble plus souvent &#224; une gourde ou &#224; un go&#238;tre plut&#244;t qu'&#224; un sein, &#224; de rares exceptions comme chez Jean Fouquet. Les peintres ne montrent que son visage, ses mains et, parfois, le bout de ses pieds ; ils nient son corps, son sexe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26941 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;109&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/jean_fouquet_005.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH565/jean_fouquet_005-6ebc6.jpg?1772473975' width='500' height='565' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jean Fouquet, &lt;i&gt;Vierge &#224; l'enfant&lt;/i&gt; (du Diptyque de Melun,)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;vers 1452/1458, Mus&#233;e Royal des Beaux-arts, Anvers.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour les peintres, elle n'a jamais &#233;t&#233; une femme aux formes habit&#233;es par un enfant. Elle ne pouvait &#234;tre montr&#233;e que comme un tabernacle, une ic&#244;ne froide et d&#233;sincarn&#233;e. Nul ne s'est &#233;tonn&#233; de cette occultation picturale de neuf mois de sa vie, nul n'a questionn&#233; cette interdiction. Les tr&#232;s rares repr&#233;sentations d'elle enceinte sont contourn&#233;es, trop symboliques, trop pudiques, si loin de ce qu'est vraiment le corps et l'esprit d'une femme portant un enfant. En quoi un corps de femme enceinte serait-il ind&#233;cent ? Pour nous, femmes, que nous soyons vierges ou mari&#233;es, m&#232;res ou non, la grossesse est un &#233;tat de perfection, une expression de notre f&#233;minit&#233;, pas la soumission &#224; une contrainte. Ne dit-on pas, dans l'Ave Maria, &lt;i&gt;&#171; le fruit de ses entrailles &#187;&lt;/i&gt; ? Et dans le Credo &lt;i&gt;&#171; Il a pris chair de la Vierge Marie &#187;&lt;/i&gt;. Entrailles, chair : pourquoi occulter cette r&#233;alit&#233; physique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Piero della Francesca (peut-&#234;tre parce que, pr&#233;destin&#233;, il portait un nom de femme) a &#233;t&#233; le seul &#224; avoir eu l'audace et le courage de peindre la Vierge comme une vraie femme enceinte, le premier &#224; avoir ainsi rendu hommage &#224; la femme Marie. Il a os&#233; repr&#233;senter sa grossesse de mani&#232;re digne, r&#233;elle, parfaite, pour en montrer &#224; la fois le myst&#232;re et la simplicit&#233;, pour t&#233;moigner en m&#234;me temps du respect et de la proximit&#233; envers elle, et pour r&#233;pondre &#224; l'attente des femmes d&#233;sireuses d'une reconnaissance de la f&#233;minit&#233; de la Madone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques d&#233;cennies, des th&#233;ologiennes catholiques et protestantes s'insurgent contre cette occultation de Marie en tant que femme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut citer, entre autres, France Qu&#233;r&#233; et Sally Cunneen.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est r&#233;v&#233;lateur que, en 1991, le magazine am&#233;ricain &lt;i&gt;Time&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Couverture de Time Magazine, 30 d&#233;cembre 1991.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'ait mise en couverture, se demandant si elle avait &#233;t&#233; la premi&#232;re f&#233;ministe. Pendant des si&#232;cles, l'&#201;glise a ni&#233; et opprim&#233; le corps de Marie et le corps de la femme. Le combat des femmes pour la ma&#238;trise de leur corps, pour le droit &#224; la contraception et &#224; l'avortement, tout comme leur combat pour acc&#233;der &#224; des postes de responsabilit&#233; dans l'&#201;glise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme, par exemple, au sein de l'association Magdala (ex-Comit&#233; de la Jupe)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sont aujourd'hui, d'une certaine mani&#232;re, de lointains h&#233;ritages de l'audace de Piero della Francesca. Le livre de Marc Lenot, ancr&#233; dans le pass&#233;, nous aide aussi &#224; confronter ces probl&#233;matiques d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple &lt;a href=&#034;https://jewishchristianlit.com/toledoth/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://jewishchristianlit.com/toledoth/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Giosu&#232; Calaciura, &lt;i&gt;Je suis J&#233;sus,&lt;/i&gt; Lausanne, Noir sur Blanc, 2022, traduit de l'italien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Molanus, &lt;i&gt;Trait&#233; des Saintes Images,&lt;/i&gt; Paris, Cerf, 1996 [traduction de l'original de 1570-1594], chapitre 27 &#171; Qu'il ne faut pas repr&#233;senter alit&#233;e et souffrante la bienheureuse Vierge en couches &#187;, p. 196-200. Johannes Molanus, un th&#233;ologien flamand de Leuven, est le principal ex&#233;g&#232;te des directives du Concile de Trente sur l'art religieux en 1563.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le Coran, sourate 19 (Maryam) verset 23 : &lt;i&gt;&#171; Puis les douleurs de l'enfantement l'amen&#232;rent au tronc du palmier, et elle dit : &#8220;Malheur &#224; moi ! Que je fusse morte avant cet instant ! Et que je fusse totalement oubli&#233;e !&#8220; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'apr&#232;s &lt;i&gt;Bariona ou le Fils du tonnerre&lt;/i&gt; (&#233;ditions Marescot, 1967), le Jeu de No&#235;l que Jean-Paul Sartre, pourtant ath&#233;e, &#233;crivit en 1940 au stalag XII.D pr&#232;s de Tr&#232;ves, o&#249; il fut prisonnier de guerre de juin 1940 &#224; mars 1941.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Max Ernst, &lt;i&gt;La Vierge corrigeant l'enfant J&#233;sus devant trois t&#233;moins : Andr&#233; Breton, Paul &#201;luard et le peintre&lt;/i&gt;, 1926, Mus&#233;e Ludwig, Cologne. &lt;a href=&#034;https://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-tracesdusacre/popup10.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-tracesdusacre/popup10.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alors que le Coran lui consacre toute la sourate 19, Maryam.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dont 16 dans l'&#201;vangile de Luc, 5 dans celui de Mathieu, 1 dans celui de Marc, 0 dans celui de Jean, et 1 dans les Actes des Ap&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut citer, entre autres, France Qu&#233;r&#233; et Sally Cunneen.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Couverture de Time Magazine, 30 d&#233;cembre 1991. &lt;a href=&#034;https://content.time.com/time/covers/0,16641,19911230,00.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://content.time.com/time/covers/0,16641,19911230,00.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme, par exemple, au sein de l'association Magdala (ex-Comit&#233; de la Jupe) &lt;a href=&#034;https://magdala-feministes.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://magdala-feministes.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Piero della Francesca, La Madonna del Parto, mus&#233;e de Monterchi en Toscane (Italie), 1459, Fresque de 260 &#215; 203 cm.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27077 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/IMG/jpg/la_micro-aventure_de_la_vierge_enceinte.jpg' width=&#034;195&#034; height=&#034;300&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;big&gt;&lt;strong&gt;La Micro-Aventure de la Vierge enceinte. Un Piero della Francesca ind&#233;pla&#231;able,&lt;/strong&gt; Marc Lenot, aux &#233;ditions Cinabre, avril 2026. &lt;a href=&#034;https://www.cinabre-editions.com/la-micro-aventure-de-la-vierge-enceinte-un-piero-della-francesca-indeplacable&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cinabre-editions.com/la-micro-aventure-de-la-vierge-enceinte-un-piero-della-francesca-indeplacable&lt;/a&gt; &lt;/big&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



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