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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Vaiere Mara, un enfant de Rurutu</title>
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		<dc:creator>Jonathan Bougard</dc:creator>


		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
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		<dc:subject>Oc&#233;anie</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Saluons dans Mara, aujourd'hui homme de Raiatea, un incontestable sculpteur polyn&#233;sien moderne, un artiste dont les &#339;uvres se trouvent &#234;tre l'expression authentique d'un temp&#233;rament qui a su traduire des conceptions &#224; la fois traditionnelles et mythiques du pass&#233; tahitien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Patrick O Reilly, &lt;i&gt;Bois l&#233;gendaires de Mara, sculpteur tahitien&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/sculpture" rel="tag"&gt;sculpture&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2248-de1c1.jpg?1772233332' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Saluons dans Mara, aujourd'hui homme de Raiatea, un incontestable sculpteur polyn&#233;sien moderne, un artiste dont les &#339;uvres se trouvent &#234;tre l'expression authentique d'un temp&#233;rament qui a su traduire des conceptions &#224; la fois traditionnelles et mythiques du pass&#233; tahitien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Patrick O Reilly, &lt;i&gt;Bois l&#233;gendaires de Mara, sculpteur tahitien&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'Archipel des Australes se situe au Sud de Tahiti, il est compos&#233; de cinq &#238;les hautes principales, Tubua&#239;, Rimatara, Raivavae, Rurutu, Rapa et d'un certain nombre d'ilots d&#233;serts. Chacune des &#238;les Australes poss&#232;de sa culture et sa langue propre. Quatre des cinq &#238;les hautes sont aujourd'hui reli&#233;es au reste de la Polyn&#233;sie par un a&#233;roport, &#224; l'exception de Rapa, qui reste l'une des &#238;les les plus isol&#233;es du Pacifique, encore r&#233;gie par un conseil de sages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rurutu est une &#238;le recul&#233;e de l'archipel des Australes peupl&#233;e tardivement entre le dixi&#232;me et le treizi&#232;me si&#232;cle par des navigateurs venus des Tonga. Le 13 ao&#251;t 1769, la capitaine James Cook est en vue de l'&#238;le sans pouvoir y d&#233;barquer, en raison de la houle. Les premiers europ&#233;ens &#224; y mettre les pieds sont probablement des baleiniers. Les cons&#233;quences de ces contacts sont des affrontements et des &#233;pid&#233;mies qui ram&#232;nent la population de l'&#238;le, selon les sources, de 3000 &#224; 6000 habitants &#224; la fin du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, &#224; entre 200 et 600 en 1820. En 1834, Moerenhout &#233;crivait : &lt;i&gt;&#171; Rurutu et Rimatara &#8230; de 1000 &#224; douze cents habitants qu'avait chacune d'elles, il leur en reste &#224; peine aujourd'hui 200 ; et, pour comble de malheur, par une singularit&#233; fatale, la maladie ayant frapp&#233; l'un des deux sexes plut&#244;t que l'autre dans les 2 &#238;les, il ne se trouve presque plus que des hommes &#224; Rurutu, tandis qu'&#224; Rimatara il n'y a gu&#232;re que des femmes qui aient &#233;chapp&#233; au fl&#233;au. &#187;&lt;/i&gt; Croyant &#224; une mal&#233;diction, une partie des survivants construisent une go&#233;lette. Ils quittent l'&#238;le et finissent par aborder &#224; Raiatea, o&#249; ils entrent en contact avec les missionnaires de la London missionary society. De retour dans leur &#238;le natale ils ont vite fait de convertir toute la population au protestantisme. Tous les marae et les anciennes sculptures sont d&#233;truits dans la foul&#233;e. Les habitations traditionnelles sont d&#233;laiss&#233;es au profit de construction en dur et blanchies &#224; la chaux, qui donnent aux villages un caract&#232;re parfaitement europ&#233;en. Les Australes deviennent de grands producteurs agricoles. En 1893, peu apr&#232;s l'entr&#233;e des Australes sous le protectorat fran&#231;ais, un recensement fait &#233;tat de 730 personnes, dont 200 &#224; Avera. En 1940, la population de l'&#238;le culmine &#224; 1200 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rurutu reste un petit royaume ind&#233;pendant jusqu'en 1900, date de l'annexion par la France. Le droit coutumier s'est appliqu&#233; &#224; Rurutu jusqu'en 1946, date du changement de statut de colonie &#224; Territoire d'Outre-Mer. La loi fran&#231;aise y est alors appliqu&#233;e et les habitants obtiennent la nationalit&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La fameuse sculpture du British Museum, figurant le r&#233;ceptacle d'un grand dieu polyn&#233;sien, et qui est-elle m&#234;me orn&#233;e de multiples divinit&#233;s, est sans doute originaire de Rurutu&lt;/i&gt;, note Patrick O Reilly dans l'introduction de son ouvrage &lt;i&gt;Mara sculpteur tahitien&lt;/i&gt;. Il en dit un peu plus dans le texte &lt;i&gt;&#171; De la notion de faux dans les collections d'objets oc&#233;aniens &#187;&lt;/i&gt; (Journal de la soci&#233;t&#233; des oc&#233;anistes, ann&#233;e 1970) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tr&#232;s vite, &#224; la suite de ces premi&#232;res visites, des outils de fer furent introduits qui mettaient un terme &#224; certaines techniques. Des gouges, des ciseaux, des compas, des limes apparaissent dans les &#238;les et vont faire partie de l'outillage normal du sculpteur. Suivis un jour de meules-&#233;meri et de tours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objets sont alors fabriqu&#233;s par les indig&#232;nes pour leur usage personnel, avec des instruments de m&#233;tal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne citer qu'un seul exemple, la fameuse statue de Tangaroa, envoy&#233;e en Angleterre par les missionnaires de la Soci&#233;t&#233; Missionnaire de Londres et provenant de Rurutu, aux &#238;les Australes, en Polyn&#233;sie fran&#231;aise, est certainement une pi&#232;ce de basse &#233;poque. L'obsidienne n'existant pas &#224; Rurutu, il a fallu un outil en fer pour obtenir les entailles s&#233;parant les doigts de Tangaroa, ou le model&#233; anguleux de certains d&#233;tails des membres des petites divinit&#233;s qui pars&#232;ment le corps. Le r&#233;dacteur du catalogue du British Mus&#233;um ne s'y est pas tromp&#233;, qui a &#233;crit : &#171; XVIIIe ou XIXe si&#232;cle &#187;. C'est une fort belle pi&#232;ce, mais elle est incontestablement pour nous d'une &#233;poque post&#233;rieure &#224; Cook. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Guiart, qui eut l'occasion d'examiner de visu la dite sculpture se montra plus cat&#233;gorique, en relevant des traces de gouge m&#233;tallique, ce qui la lui fit attribuer aux mains d'un de ces baleiniers europ&#233;ens imaginatifs, experts dans l'art de sculpter les dents de cachalots, et qui faisaient commerce des t&#234;tes maori tatou&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;couvre une attribution plus po&#233;tique dans les &lt;i&gt;Puta Tupuna&lt;/i&gt;, registres ancestraux familiaux r&#233;dig&#233;s &#224; Rurutu entre les ann&#233;es 1885 et 1890, et dont le contenu rel&#232;ve pour une part de mythes et de l'autres de la chronique. Le mythe d'Amaiterai est repris dans la plupart des &lt;i&gt;Puta Tupuna&lt;/i&gt;. Voici un bref r&#233;sum&#233; de la transcription qu'en dresse Alain Babadzan (journal de la soci&#233;t&#233; des oc&#233;anistes, ann&#233;e 1979) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amaiterai est le fils du &lt;i&gt;arii&lt;/i&gt; de Rurutu, Teuruarii. Celui-ci lui ordonne de quitter l'&#238;le &#224; la recherche du Dieu de sagesse. Sa qu&#234;te le conduit de Tahiti en Chine, puis en Angleterre, o&#249; il obtient le dieu de sagesse, &#224; savoir la trinit&#233; Roometuaore, Auraroiteata et Te Atuaiteroa. Amaiterai s'en retourne aux Australes en passant par la Nouvelle-Z&#233;lande et les &#238;les Cook. Il prend la succession de son p&#232;re, devient le &lt;i&gt;arii&lt;/i&gt; de Rurutu et d&#233;cide d'instituer le culte du Dieu de sagesse. Son peuple lui demande &#224; voir &#171; de ses yeux &#187; ce nouveau dieu, alors Amaiterai sculpte le fameux tiki de Rurutu aujourd'hui connu sous le nom de AA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mythe ou r&#233;alit&#233;, ce qui nous int&#233;resse dans cette histoire, c'est l'instant o&#249; appara&#238;t ce tiki singulier, qui fait transition entre deux &#226;ges, les anciens cultes et le protestantisme. Cet instant que Vaiere Mara va incarner lorsqu'&#224; son tour, il abandonnera la sculpture de tiki pour des raisons religieuses, et deviendra le premier sculpteur polyn&#233;sien moderne. Cet instant qui semble devoir revenir pour chaque artiste polyn&#233;sien, et o&#249; les meilleurs restent encore aujourd'hui coinc&#233;s, &#224; l'image d'un Teva Victor, un des rares sculpteurs polyn&#233;siens ayant l'ambition de sortir de l'artisanat, qui r&#233;alisant des visages moiti&#233; tiki moiti&#233; humains, se positionne exactement &#224; l'intersection des deux sculpteurs Mara : le sculpteur de tiki et le sculpteur moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'h&#244;tel de ville de Moerai, on peut admirer la r&#233;plique du fameux tiki A'a. Le registre de l'&#233;tat-civil de la mairie de Moerai nous apprend que Vaieretiai Mara est n&#233; &#224; Avera le 31 mars 1936 et d&#233;c&#233;d&#233; &#224; Papara le 31 juillet 2005. Son p&#232;re s'appelait Teriimatau Rururahi Teriimataae MARA, n&#233; en 1909, sa m&#232;re Tiare Tapeta (1909 1940). Le couple a eu quatre autres enfants, tous des filles. Apr&#232;s de d&#233;c&#232;s de sa premi&#232;re femme, le p&#232;re de Vaiere Mara se remarie avec une jeune femme qui lui donnera six autres enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses anc&#234;tres &#233;taient charpentiers de marine de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. C'est-&#224;-dire des fabricants de pirogues qui ont mis un terme &#224; certaines techniques ancestrales suite &#224; l'introduction des outils en fer. Dans les temps anciens on pouvait plus facilement obtenir une pirogue par combustion lente du bois, qu'en utilisant des herminettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1883, des go&#233;lettes de Tahiti continuent de desservir l'archipel des Australes, mais la pr&#233;&#233;minence de celles des Australes et notamment de Rurutu est &#233;vidente. Chaque district de Rurutu arme sa propre sa go&#233;lette : Avera, Moerai et Auti, avec la &lt;i&gt;Vahine Avera&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;Manureva&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;Toerau&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Docteur d'&#233;tat en droit et membre de la Commission fran&#231;aise d'histoire maritime, Adrien Degage a &#233;tudi&#233; le sujet de la desserte des Australes au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle. Il recense 21 go&#233;lettes construites par les &#238;les Australes et pour leur usage entre 1840 et 1940. Selon lui, 10 le furent par Rurutu. (&lt;i&gt;Les go&#233;lettes &#224; voile des &#238;les australes&lt;/i&gt;, Alain Degage 1990.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19251 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/1_mara_v.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH429/1_mara_v-d7170.jpg?1680375843' width='500' height='429' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaire Mara &#8212; T&#234;te d'homme au chapeau en corail fossile &#233;vid&#233;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; Danton qui a creus&#233; le sujet donne un total d'au moins 44 go&#233;lettes, originaires des Australes sur la p&#233;riode 1840-1920. Sur ce nombre, il en comptabilise 22 pour Rurutu. &lt;i&gt;Rurutu devient l'&#238;le dominante &#224; compter de l'ann&#233;e 1858, 9 de ses 22 go&#233;lettes sont construites entre 1858 et 1869, 7 de ses 22 go&#233;lettes sont construites apr&#232;s l'ann&#233;e 1890. Cette domination ne s'arr&#234;tera pas avant 1943. Rurutu arme jusqu'&#224; 3 go&#233;lettes en m&#234;me temps, une par village. Nous ne connaissons le devenir exact que de 20 go&#233;lettes sur les 44 recens&#233;s&lt;/i&gt;. Herv&#233; Danton suppose la disparition des 24 autres en mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concurrence &#233;tait donc rude. Aucune r&#233;glementation ne venait temp&#233;rer le nombre de ces unit&#233;s qui transportaient jusqu'&#224; 50 tonnes de marchandises : coprah, animaux et autres productions agricoles. La conversion &#233;clair au christianisme de ces districts traditionnellement rivaux semble avoir fait glisser les anciens combats guerriers vers une esp&#232;ce de lutte &#233;conomique. Si chaque district avait besoin de son propre moyen de communication avec l'ext&#233;rieur, on imagine ais&#233;ment que &#231;a n'&#233;tait pas pour aller se promener. C'&#233;tait pour faire du commerce au meilleur prix, sans avoir &#224; passer par des interm&#233;diaires gourmands. Tout &#233;tait g&#233;r&#233; au mieux par de grandes familles terriennes, et les Australes jouaient d&#233;j&#224; un peu de r&#244;le de grenier &#224; grain des &#233;tablissements fran&#231;ais de l'Oc&#233;anie, favoris&#233;es par un climat plus propice au mara&#238;chage et l'implantation de nouvelles cultures comme le coton, sous l'impulsion des missionnaires. Activit&#233;s dont la population tirait de notables revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;moire de Terooeata dit Metuaaro (1878 1959), grand-p&#232;re de Vaiere Mara, est rest&#233;e tr&#232;s vive &#224; Avera et fait partie int&#233;grante de l'histoire des villageois. Fr&#232;re de Atora Mara (1862 1958), Metuaaro avait construit de ses mains la go&#233;lette Va'ine Avera (La dame de Avera), dont le premier voyage est signal&#233; le 18 janvier 1905 (4 sur cette ann&#233;e). &lt;i&gt;Elle effectue 4 voyages en 1906, autant en 1907, 3 en 1908, et autant en 1910 et disparut corps et biens au retour de Tahiti vers Rurutu, lors de son dernier voyage au d&#233;part de Papeete le 20 octobre 1910&lt;/i&gt;. (&lt;i&gt;La desserte des Australes de 1840 &#224; nos jours&lt;/i&gt;, Herv&#233; Danton, BSEO N&#176; 307-308, Ao&#251;t/Octobre 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le naufrage de &lt;i&gt;Va'ine Avera&lt;/i&gt; a servit de th&#232;me &#224; un spectacle de danse traditionnelle de la troupe &lt;i&gt;Rurutu Tumu Hau no Avera&lt;/i&gt; (l'arbre de paix de Avera) ayant repr&#233;sent&#233; Rurutu au Heiva de Tahiti en 2013 (Auteur du th&#232;me Sunema Mairau). Voici le r&#233;sum&#233; du th&#232;me, qui donne le premier r&#244;le &#224; Atora Mara, la tante de Vaiere :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au large de Rurutu&lt;br class='autobr' /&gt;
Suite au naufrage de va'ine Avera&lt;br class='autobr' /&gt;
Atora resta silencieuse et triste&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle pleura son bien aim&#233; et son fils disparus dans le naufrage&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cloches sonn&#232;rent &#224; sa demande&lt;br class='autobr' /&gt;
Celle qui fut notre m&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve le r&#233;cit des derniers jours de Atora Mara dans l'ouvrage &lt;i&gt;La terre dans l'archipel des &#238;les Australes : Etude du pluralisme juridique&lt;/i&gt;, de Tamatoa Bambridge. Ses derniers mots ont &#233;t&#233; : &lt;i&gt;Il y a des choses qui sont cach&#233;es&lt;/i&gt;. Elle avait 96 ans. En ce qui concerne la transmission des savoirs et des terres &#224; Rurutu, Tamatoa Bambrige parle d'une v&#233;ritable &#171; &#233;thique du silence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit de la disparition de la go&#233;lette &lt;i&gt;Va'ine Avera&lt;/i&gt; est consign&#233; de mani&#232;re assez romanesque par Taaria Walker dite Pare, Auteur de &lt;i&gt;Rurutu, m&#233;moires d'avenir d'une &#238;le australe&lt;/i&gt; publi&#233; aux &#233;ditions Haere Po en 1999 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette go&#233;lette a &#233;t&#233; construite par les Rurutu en 1910 ; elle suit la ligne Australes-Tahiti habituellement, mais elle va &#224; Huahine pour la cueillette du kapok et aussi aux &#238;les Cook pour des charters de marque. Les Rurutu projettent de construire un temple et font l'honneur &#224; la go&#233;lette Va'ine Avera d'accomplir la pr&#233;cieuse mission d'aller &#224; Tahiti choisir et ramener &#224; Rurutu tout le n&#233;cessaire pour la r&#233;alisation de la sainte maison.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un comit&#233; est &#233;lu, parmi les sages (ati arai'a), parmi les meilleurs artisans, ma&#231;ons, charpentiers, sculpteurs ; parmi les membres de l'&#201;glise les plus dignes, diacres, porte-parole, tr&#233;soriers ; parmi les princes, les chefs, les p&#234;cheurs, les guerriers, les 'arioi, tous experts et de r&#233;putation irr&#233;prochable. Toutes les disciplines de l'&#238;le sont repr&#233;sent&#233;es dans ce comit&#233;, mais aucune femme n'est admise &#224; participer &#224; ce voyage. Apr&#232;s les rites particuliers accomplis en son honneur, tout ce beau monde quitte Rurutu. [&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au bout d'un an, aucune &#226;me n'appara&#238;t, Rurutu est en deuil. Les arai'a passent leur temps en pri&#232;re sur les marae dans les grottes et offrent de g&#233;n&#233;reux sacrifices &#224; leurs dieux. Les pasteurs chr&#233;tiens ordonnent des je&#251;nes r&#233;p&#233;t&#233;s et des journ&#233;es enti&#232;res de pri&#232;res dans les maisons de paroisse. Femmes et enfants se plaignent de la longue absence des ma&#238;tres du foyer. D'un commun accord, la population met en place dans chaque village un local o&#249; l'on entasse nourriture, linge, ustensiles de cuisine et tous objets susceptibles d'&#234;tre utiles aux veuves, aux orphelins et aux parents des absents. Rurutu pleure la colossale perte en vies humaines qui touche son royaume. [&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour une vieille femme du nom de Inaite est poss&#233;d&#233;e par une l&#233;gion d'esprits. Elle convoque toute la population pour lui transmettre des nouvelles de &lt;i&gt;Va'ine Avera&lt;/i&gt;. En transes, la femme frisonne et est secou&#233;e de convulsions, elle produit le son d'une conque et se met &#224; parler avec la voix du capitaine. Puis elle s'adresse aux parents de disparus, un a un, ils parlent &#224; travers elle avec leur propre voix. Tout le monde se met &#224; hurler et cette hyst&#233;rie dure jusqu'au premier chant du coq. Epuis&#233;e, la vieille femme s'&#233;croule, inerte. Lorsqu'on la r&#233;anime &#224; grands coups d'eau de Cologne, elle n'a aucun souvenir de la sc&#232;ne qui vient de se d&#233;rouler. Toute la population de l'&#238;le accourt et la sc&#232;ne se reproduit trois nuits de suite, jusqu'&#224; ce que chacun ait pu avoir des nouvelles de ses chers disparus. Au terme de la quatri&#232;me s&#233;ance, ne manque plus &#224; l'appel que Vaitoare Va'ine, r&#233;sidante de Moera'i. Cette derni&#232;re est une fervente chr&#233;tienne qui voit d'un mauvais &#339;il les pratiques sataniques de ses compatriotes. Elle accepte cependant d'aller &#233;couter la vieille, non pas pour entendre la voix des g&#233;nies du mal mais par compassion, afin de la d&#233;barrasser de ses ignobles locataires. On apprend alors que les disparus ont re&#231;u le ch&#226;timent d'une vague sc&#233;l&#233;rate haute comme Rurutu pour s'&#234;tre appropri&#233; ce qui restait de l'argent du temple, apr&#232;s l'achat des mat&#233;riaux de construction... Ainsi s'ach&#232;ve l'existence de la go&#233;lette &lt;i&gt;Va'ine Avera&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On imagine le coup port&#233; &#224; Metuaaro Terooatea Mara par la disparition corps et bien de &lt;i&gt;Va'ine Avera&lt;/i&gt;, alors qu'il &#233;tait d&#233;j&#224; mari&#233; et p&#232;re de quatre enfants. Dans les ann&#233;es qui suivent il donne naissance &#224; trois nouveaux enfants. Un nouveau coup du sort le frappe en 1917 avec le d&#233;c&#232;s en couches de sa femme Apa Roomataaroa, qui lui laisse une derni&#232;re fille Opunui, et sept enfants &#224; nourrir. Metuaaro n'est pas homme &#224; se laisser abattre, il se remet &#224; l'ouvrage. Dans la maison familiale de Rurutu maintenant occup&#233;e par Vaihi Mara, cousin germain du sculpteur qui ne parle que la langue Rurutu, on conserve encore aujourd'hui la lame de la grande scie qui &#233;tait son principal instrument de travail, ainsi que le grand &lt;i&gt;umete&lt;/i&gt; dans lequel il faisait lui-m&#234;me le pain pour la maisonn&#233;e, entre autres reliques. Et dans le jardin, derri&#232;re la maison, on montre au visiteur la tombe du charpentier-armateur, en lui louant les qualit&#233;s du patriarche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1924 la go&#233;lette &lt;i&gt;Matieura&lt;/i&gt; prend du service. On imagine qu'un chantier de cette envergure a bien d&#251; occuper Metuaaro une dizaine d'ann&#233;es, puisque d'apr&#232;s la tradition familiale il a r&#233;alis&#233; le b&#226;timent tout seul. Son fils a&#238;n&#233; Teriimatau Rururahi Teriimataae Mara, le futur p&#232;re de Vaiere est encore adolescent, trop jeune pour endosser le r&#244;le de capitaine, mais il commence &#224; naviguer. Le reste de l'&#233;quipage est probablement membre de la famille. Dans les ann&#233;es 1940 &lt;i&gt;Matieura&lt;/i&gt; sera motoris&#233;e. A quinze ans &#224; peine le jeune homme est d&#233;j&#224; mari&#233; avec Tiare, la future m&#232;re de Vaiere, mariage traditionnel permit par les lois coutumi&#232;res. Lorsque Vaiere voit le jour en 1936, le jeune couple a d&#233;j&#224; eu trois filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#232;re de Vaiere est un jeune marin toujours au large. En plus de la liaison Avera Papeete, &lt;i&gt;Matieura&lt;/i&gt; a repris les activit&#233;s d&#233;velopp&#233;es par &lt;i&gt;Va'ine Avera&lt;/i&gt; : cueillette du kapok aux &#238;les-sous-le-vent, ce fruit du fromager dont on tire une fibre utilis&#233;e pour remplir des matelas confortables et chauds populaires en Europe, activit&#233;s de charters aux &#238;les Cook&#8230; . Les go&#233;lettes concurrentes &lt;i&gt;Tumu Hau&lt;/i&gt; et puis &lt;i&gt;Manureva&lt;/i&gt; ont fait naufrage &#224; Tupuai. Le capitaine &#233;tait alcoolis&#233; et entour&#233; de plusieurs nanas. Anetu Tehio, le seul Rurutu qui savait naviguer au sextant... &lt;i&gt;Matieura&lt;/i&gt; doit d&#233;sormais souvent se charger des marchandises des trois districts.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19252 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH723/2_mara_v-19a70.jpg?1680375843' width='500' height='723' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Buste de femme en corail fossile
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Tiare d&#233;c&#232;de en donnant le jour &#224; Urarii, une derni&#232;re fille, le p&#232;re est au large. Elle laisse cinq enfants en bas &#226;ge, quatre filles et un gar&#231;on. Le grand-p&#232;re Metuaaro avait d&#233;j&#224; sept enfants &#224; sa charge. Les enfants sont confi&#233;s &#224; la garde de sa s&#339;ur Atora, qui avait perdu son &#233;poux et son fils dans le naufrage de &lt;i&gt;Va'ine Avera&lt;/i&gt;. On imagine que Metuaaro a jou&#233; un r&#244;le dans le fait que son fils reprenne vite une &#233;pouse qui puisse s'occuper des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rururahi se remarie avec une femme plus jeune et reprend le large, la laissant s'occuper des enfants. Et le jeune Vaiere, chouchout&#233; par ses grandes s&#339;urs, devient la b&#234;te noire de la belle-m&#232;re. Elle le prive de nourriture, et parce que c'est le seul gar&#231;on le charge des t&#226;ches les plus p&#233;nibles. Elle l'envoie chercher de grandes quantit&#233;s d'eau dans la montagne et s'il lui arrive de revenir en ayant fait chavirer son chargement elle le fouette. Le gar&#231;on est battu &#224; tout propos, au moindre pr&#233;texte. La femme passe ses nerfs dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation p&#233;nible a dur&#233; jusqu'&#224; ce que le jeune gar&#231;on n'en puisse plus et s'enfuie en courant dans la tarodi&#232;re voisine, o&#249; il est tomb&#233; sur son p&#232;re qui revenait du large. Constatant que les choses n'allaient plus, celui-ci a &#233;t&#233; confier l'enfant &#224; Metuaaro, qui l'a &lt;i&gt;faamu&lt;/i&gt; &#224; partir de ce jour. Dans la foul&#233;e les quatre s&#339;urs de Vaiere ont &#233;t&#233; plac&#233;es chez leurs tantes Atora et Mareta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara passe ses ann&#233;es d'enfance &#224; Avera. On est en pleine seconde guerre mondiale et l'&#233;cole n'est pas obligatoire. Il n'y a que trois classes : la classe des petits, celles des moyens et celles des grands. Seul le chef de poste qui faisait office d'administrateur avait quelques informations sur le conflit. On ignorait tout, mais c'&#233;tait la belle &#233;poque pour les enfants. On se d&#233;pla&#231;ait sur Tahiti en bateau &#224; voiles. En 1947 les avions militaires am&#233;ricains bas&#233;s &#224; Bora Bora passaient au-dessus de l'&#238;le par vagues de six. Sur l'&#238;le on les appelait &lt;i&gt;les enfants des dieux&lt;/i&gt; et on faisait des signes aux pilotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieux qui l'ont connu se souviennent de Vaiere comme d'un gar&#231;on un peu eff&#233;min&#233;. A l'&#226;ge de huit ans on vous donnait une b&#234;che, un coupe-coupe, une lime et un sac de jute pour ramener de la nourriture &#224; la maison. Tarodi&#232;re obligatoire, mais Mara pr&#233;f&#233;rait tresser des paniers et des chapeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore ce qui frappe lorsque l'on pose le pied sur cette terre vraiment recul&#233;e, petite &#238;le perdue dans un immense oc&#233;an, c'est ce caract&#232;re communautaire coutumier. Partout au bord de la route des fruits app&#233;tissants &#224; port&#233;e de la main, et la premi&#232;re chose que l'on vous dit c'est que vous pouvez vous servir. Tout ce qui pousse sur l'&#238;le appartient &#224; la communaut&#233;. D'ailleurs tout le monde est cousin sur cette &#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaiere Mara a grandi dans le monde polyn&#233;sien des anciens temps. Pas le monde polyth&#233;iste des c&#233;r&#233;monies sur les marae non, celui-l&#224; a disparu pour de bon un si&#232;cle plus t&#244;t. Enfin pas compl&#232;tement &#224; Rurutu. Si les cultes avaient laiss&#233; la place &#224; l'&#233;vangile, les anciennes lois restaient en vigueur concernant tout ce qui rel&#232;ve du droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara rejoint l'&#233;cole centrale &#224; Tahiti en 1947. Il est boursier comme tous les Rurutu. A l'&#233;cole centrale on pratique le football. Ses condisciples conservent des souvenirs m&#233;morables de Mara footballeur. Au football il allait tout droit, il n'avait pas le sens de l'orientation. Il tapait fort dans le ballon mais l'envoyait n'importe o&#249;. Alors on le mettait gardien de but. Il avait un style personnel vraiment incroyable, quand le ballon venait sur lui il l'attrapait mais lorsqu'il allait &#224; droite ou &#224; gauche il restait indiff&#233;rent alors tout le monde se f&#226;chait contre lui. Au terme de deux ann&#233;es d'internat le jeune boursier obtient son certificat d'&#233;tudes et puis retourne &#224; Rurutu o&#249; tout enfant masculin est cens&#233; travailler dans la tarodi&#232;re et p&#234;cher.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19253 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH718/3_mara_v-9fe43.jpg?1772189613' width='500' height='718' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212;Tahitienne
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A Rurutu &#224; l'&#233;poque on organisait des mariages entre famille, o&#249; les jeunes mari&#233;s n'avaient pas leur mot &#224; dire. Tout &#233;tait organis&#233; par les anciens, afin de conserver les terres dans la famille. La famille avait ainsi d&#233;cid&#233; de marier les s&#339;urs a&#238;n&#233;es de Mara, qui &#233;taient en &#226;ge, avec leurs cousins. Une avait refus&#233; et les deux autres avaient tout simplement quitt&#233; l'&#238;le pour Tahiti. L'a&#238;n&#233;e de ses s&#339;urs, Tavai Mara, &#233;tait ainsi rest&#233;e avec le propri&#233;taire du magasin Ha Tioni sur le quai &#224; Avera. Le couple avait achet&#233; un terrain &#224; Vaininiore Tahiti. C'est &#224; ce moment-l&#224; que Mara est retourn&#233; &#224; Tahiti pour aider &#224; construire la maison de sa s&#339;ur. Ses s&#339;urs lui ont expliqu&#233; que c'&#233;tait une mani&#232;re de lui faire &#233;chapper au mariage traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes d&#233;but 1956. A 17 ans la jeune Marie-Madeleine Tane rencontre Vaiere Mara &#224; bicyclette, sur la route du lyc&#233;e Gauguin. Il va avoir 20 ans et lui aussi va toujours &#224; l'&#233;cole, dans un centre o&#249; on travaille le bois &#224; c&#244;t&#233; du lyc&#233;e Gauguin &#224; Papeete. Son professeur de sculpture est aussi inspecteur de police, le marquisien Joseph Kimitete, n&#233; en 1919 &#224; Nuku Hiva, qui sera plus tard membre de l'Acad&#233;mie tahitienne, &lt;i&gt;Fare Vanaa&lt;/i&gt; de vingt membres inaugur&#233; le 2 juillet 1974 avec la mission de lutter contre l'appauvrissement et la d&#233;ch&#233;ance de la langue. Bien oubli&#233; aujourd'hui, Kimitete a beaucoup &#339;uvr&#233; pour la transmission du patrimoine marquisien. Voici la br&#232;ve notule qui lui est consacr&#233;e dans le dictionnaire de cette acad&#233;mie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce sculpteur traditionnel dont le renon s'&#233;tend &#224; tout le Pacifique, de Hawaii &#224; l'Australie, est originaire de Nuku Hiva, aux Marquises. L'acad&#233;mie a sans doute voulu honorer &#233;galement en lui l'artiste et le dialecte marquisien.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kimitete exposait &#224; Paris et il d&#233;cora de nombreux grands h&#244;tels &#224; Hawaii. Il habitait Arue, non loin de chez Mara. S'il a transmis les bases techniques de la sculpture sur bois &#224; Mara, ce dernier n'a pas &#233;t&#233; r&#233;ceptif aux machines qu'utilisait le marquisien pour produire du tiki en s&#233;rie. Kimitete r&#233;alisait des tables, des portes, des tiki, de casse-t&#234;te et des &lt;i&gt;umete&lt;/i&gt;. S'il jouissait d'un certain renom, ce sculpteur n'a jamais cherch&#233; &#224; innover. C'&#233;tait un artisan d'art qui ne signait pas ses cr&#233;ations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaiere et Marie-Madeleine &#233;taient amoureux. Lorsque Mara est sorti dipl&#244;m&#233; de l'atelier de sculpture sur bois de Kimitete, le jeune couple a lou&#233; une petite maison en bord de mer &#224; Arue, avec un jardin et des arbres fruitiers. En 1956 est n&#233; un premier gar&#231;on, Michel. Mara a eu besoin de davantage d'argent pour subvenir aux besoins de sa famille. Payer le loyer, du lait pour le b&#233;b&#233;, et surtout du Bison et de la bi&#232;re. Mara et sa jeune femme &#233;taient alors de gros fumeurs, et ils buvaient sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara aurait travaill&#233; quelques mois comme instituteur suppl&#233;ant avant d'int&#233;grer les ateliers de la SONABO, Soci&#233;t&#233; de la Nacre et du Bois des Iles de Ren&#233; Pailloux, qui le payait 2500 francs par semaine pour sculpter des tiki marquisiens et graver des nacres. Dans la journ&#233;e sa jeune concubine Madeleine allait p&#234;cher sur le r&#233;cif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans les ann&#233;es 50, on trouvait &#224; Tahiti des sculptures de Mara chez Pailloux, un homme de go&#251;t, qui animait, sur le quai, un magasin de curios, install&#233; dans les boutiques en bois qui ont flamm&#233; depuis, &#224; l'emplacement du Vaima actuel. Pailloux, avec son &#226;me g&#233;n&#233;reuse d'ap&#244;tre de l'Art, avait m&#234;me attir&#233; Mara dans une sorte de phalanst&#232;re polyn&#233;sien o&#249; il avait group&#233; une &#233;quipe d'artisans, form&#233;e surtout de graveurs de nacres, auxquels il avait apprit un m&#233;tier qu'il connaissait bien et dont il exigeait, avec une lucide et pers&#233;v&#233;rante exigence, un travail de qualit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les artisans de la SONABO, de la Soci&#233;t&#233; de la Nacre et du Bois des &#238;les, travaillaient dans une modeste bicoque de parpaings, peinte &#224; la chaux, dans le quartier de Vaininiore, si j'ai bonne m&#233;moire. Mara, un temps, fut associ&#233; &#224; cette &#233;quipe. Pailloux aurait m&#234;me envoy&#233; en France une dizaine d'&#339;uvres de Mara lors d'une exposition consacr&#233;e &#224; l'artisanat dans la France d'Outre-Mer. Elles y furent remarqu&#233;es. Ce serait un probl&#232;me de savoir ce qu'elles sont devenues&#8230;&lt;/i&gt; (Patrick O'Reilly, &lt;i&gt;Bois l&#233;gendaires de Mara&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait &#234;tre polyvalent chez Pailloux : il fallait d'abord nettoyer les nacres, d&#233;grossir le bois, il fallait savoir graver et d&#233;couper les nacres pour les assembler en figures stylis&#233;es ornant des lampes veilleuses aux socles en bois, il fallait &#234;tre menuisier, savoir orner le bois de motifs marquisiens. Mais tr&#232;s vite le jeune Mara s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre un sculpteur de tiki particuli&#232;rement inventif. Au point que son employeur exp&#233;dia une dizaine de ses cr&#233;ations en France lors d'une exposition consacr&#233;e &#224; l'artisanat dans les Outre-Mer. Ou elles auraient &#233;t&#233; remarqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t une photographie du premier employeur de Vaiere Mara, le ma&#238;tre artisan Ren&#233; Pailloux, devant son curios d'art, bois et nacre du centre Vaima de Papeete. Magasin qui a br&#251;l&#233; lors du grand incendie des ann&#233;es 60. Sur cette photo rare, on voit l'homme de la SONABO (Soci&#233;t&#233; des Nacres et des Bois des &#238;les) encadr&#233; de grands poteaux bruts sculpt&#233;s dans le style de l'&#233;poque du tout jeune sculpteur Vaiere Mara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le jeune Vaiere Mara sculpte des tikis pour Pailloux &#224; la fin des ann&#233;es 1950, les ateliers de Pailloux &#224; Vaininiore disposent d'un quasi-monopole de cette cr&#233;ation artisanale et de sa commercialisation dans les magasins de curios de Pailloux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaiere et Marie-Madeleine s'unissent par les liens du mariage &#224; Arue en 1960. Ann&#233;e de la naissance de leur deuxi&#232;me enfant, une fille, Jeanne. Aussit&#244;t apr&#232;s le mariage, Mara commence &#224; &#233;tudier la bible avec les t&#233;moins de J&#233;hovah. En 1961 les t&#233;moins publient pour la premi&#232;re fois leur propre version de la bible : La traduction du monde nouveau des saintes &#233;critures. L'organisation enseigne l'imminence d'Armageddon, la fin du monde. Mara a grandi dans une &#238;le loin de tout et se retrouve dans un Tahiti en pleine m&#233;tamorphose. La guerre froide entre les grandes puissances est &#224; son comble. Un autre gar&#231;on voit le jour en 1961, Maurice. Mara se fait baptiser en 1962.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Son appartenance &#224; cette secte s'est traduite par une heureuse influence sur une production qui, devenue plus r&#233;guli&#232;re, est actuellement commercialis&#233;e &#224; Tahiti par des marchands chinois, avec tous les avantages et les inconv&#233;nients de cette mise en condition&lt;/i&gt;. (Patrick O'Reilly, &lt;i&gt;Bois l&#233;gendaires de Mara&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1960, lorsque Mara est baptis&#233; t&#233;moin de J&#233;hovah, il doit renoncer &#224; son activit&#233; d'artisan sculpteur salari&#233;, la repr&#233;sentation de divinit&#233;s marquisiennes allant &#224; l'encontre de ses croyances chr&#233;tiennes. Du m&#234;me coup il renonce aux bois pr&#233;cieux et aux nacres mis &#224; sa disposition par les ateliers Pailloux, et doit se procurer la mati&#232;re premi&#232;re pour cr&#233;er &#224; son propre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Madeleine se souvient d'une crise du sculpteur, qui se grattait la t&#234;te pour trouver une solution. Il passe des heures &#224; feuilleter des magazines, regarde les visages des mannequins en sculptant dans l'air avec ses mains. Des mois durant, Mara mod&#232;le ainsi dans le vide. Six mois sans sculpter. La vieille dame rit encore en se souvenant de ce spectacle &#233;trange&#8230; C'est une p&#233;riode de crise d&#233;cisive. La forme et la mati&#232;re se heurtent, des corps surgissent du fond pa&#239;en des &#226;ges et se m&#233;tamorphosent en ic&#244;nes renaissantes, mais &#231;a n'est pas si simple, &#231;a na&#238;t dans la douleur, comme si on lui ouvrait la t&#234;te pour en sortir un magma de pens&#233;es qui doit refroidir avant de pouvoir s'organiser&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re &#339;uvre de Mara identifi&#233;e avec certitude est une paire de bustes probablement taill&#233;s dans un m&#234;me tronc &#224; la teinte miel clair, dat&#233;s 1961 et localis&#233;s &#224; Tahiti. Le premier buste repr&#233;sente une vahin&#233; &#224; l'hibiscus qui montre les dents. Le deuxi&#232;me deux femmes et un enfant. C'est la premi&#232;re m&#232;re &#224; l'enfant connue sign&#233;e Mara. Ces sculptures sont bien lisses et ont quelque chose d'indon&#233;sien, rien de marquisien. La vahin&#233; &#224; l'hibiscus ressemble &#224; Madeleine Mara, m&#234;me forme du visage, m&#234;me regard, ce qui permet de d&#233;duire que sa jeune femme posait alors sur lui, ce dont elle n'a jamais parl&#233; de son vivant. En 1961 Mara avait 25 ans et il faisait donc d&#233;j&#224; autre chose que du tiki marquisien, il avait d&#233;j&#224; trouv&#233; son style propre et deux de ses th&#232;mes les plus souvent d&#233;clin&#233;s, la vahin&#233; &#224; l'hibiscus et la m&#232;re &#224; l'enfant. Mara a probablement commenc&#233; &#224; signer ses &#339;uvres &#224; partir du moment o&#249; il a arr&#234;t&#233; de faire du marquisien et s'est trouv&#233; contraint de se forger un style, pour des consid&#233;rations religieuses &#224; la base. On ne connait aucun tiki sign&#233; Mara. On ne signe pas un tiki.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19254 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;97&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/4_mara_v.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH316/4_mara_v-d0c2d.jpg?1772189613' width='500' height='316' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; D&#233;tail d'un bas relief en bois conserv&#233; au minist&#232;re du tourisme polyn&#233;sien
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1962 le sculpteur adopte une fille, Gina, reconnue Mara. Une fille toute blanche dont la maman est &#224; Raiatea, sans ressources pour l'&#233;lever. Mara a eu cinq enfants plus une fille &lt;i&gt;faamu&lt;/i&gt;. Deux sont morts, dont cette fille &lt;i&gt;faamu&lt;/i&gt; qui &#233;tait vraiment blanche, Gina. Le sculpteur l'avait reconnue Mara et &#233;lev&#233;e comme sa fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1962 est donc une ann&#233;e charni&#232;re. L'ann&#233;e o&#249; le sculpteur renonce d&#233;finitivement aux tiki marquisiens en se faisant baptiser, et o&#249; il reconnait cette fille toute blanche, dont il n'est pas le p&#232;re biologique. 1962, ann&#233;e charni&#232;re dans la vie de Mara, mais aussi curieusement dans l'histoire de la Polyn&#233;sie. C'est l'ann&#233;e de l'ouverture de l'a&#233;roport international de Faaa et aussi du tournage du film de la MGM les r&#233;volt&#233;s de la Bounty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le triomphe du christianisme au d&#233;but du quatri&#232;me si&#232;cle, on consid&#233;ra que la sculpture antique &#233;tait habit&#233;e par le d&#233;mon. On commen&#231;a &#224; mettre en morceaux les chefs-d'&#339;uvre. Une statue n'est pas seulement une image, elle peut &#234;tre impr&#233;gn&#233;e d'une myst&#233;rieuse magie. T&#233;moignant d'un paganisme vaincu, ces objets sont les ennemis de Rome, qui pr&#233;conise de neutraliser par le feu les mal&#233;fices contenus dans la pierre et le bois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune Mara se tourne vers le reste du monde. La Polyn&#233;sie vit son premier contact massif avec l'occidental, sa civilisation et son argent. L'ouverture du Centre d'Exp&#233;rimentation du Pacifique va amplifier ce ph&#233;nom&#232;ne. 1962 c'est l'ann&#233;e de la fin du Tahiti aux temps anciens. C'est l'ann&#233;e du contact, le grand choc, les champignons atomiques des essais a&#233;riens &#224; partir de 1966. Le deuxi&#232;me tir porte le nom &#233;vocateur de Tamour&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune sculpteur qui a grandi dans son &#238;le recul&#233;e des Australes, o&#249; il n'y avait pas de route de ceinture, il fallait cavaler &#224; cheval jusqu'au village voisin, le monde &#233;tait en guerre mais le savait-on, se retrouve en contact avec une soci&#233;t&#233; en pleine mutation, o&#249; l'argent va couler &#224; flots&#8230; Il a certainement eu affaire avec l'&#233;quipe de la MGM, en tournage tout pr&#232;s de son domicile de la baie de Matavai, et dont se souvient bien Chief Miko&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1962, &#224; 26 ans, Mara est le jeune p&#232;re de quatre enfants. Michel l'a&#238;n&#233; est pris en charge par ses grands-parents. Sa fille de deux ans, Jeanne, a &#233;t&#233; adopt&#233;e par un de ses fr&#232;res. Reste un fils de un an, Maurice, et ce b&#233;b&#233; qu'il a reconnu, Gina. Mara doit nourrir sa petite famille avec son art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Madeleine se fait baptiser &#224; son tour en 1964. Mateha voit le jour en 1965. On connait une sculpture sign&#233;e Vaiere Mara et dat&#233; du 26 novembre 1965. C'est d'ailleurs la seule &#224; &#234;tre sign&#233;e du nom et du pr&#233;nom de l'artiste, avant qu'il ne signe plus que de son nom suivi de l'initiale de son pr&#233;nom. Si la plupart de ses sculptures sont sign&#233;es, tr&#232;s peu sont dat&#233;es, ce qui complique les choses si l'on veut pouvoir se repr&#233;senter l'&#233;volution stylistique du sculpteur. En observant cette pi&#232;ce, on peut penser que Mara n'avait pas encore trouv&#233; son style, caract&#233;ris&#233; par le traitement des visages de type polyn&#233;sien. S'ils sont grossi&#232;rement travaill&#233;s en facettes, les visages de ce couple n'ont rien de typiquement polyn&#233;sien. Le bois est travaill&#233; en facettes, sans &#234;tre poli, ce qui donne un c&#244;t&#233; brut, et produit cette impression de force. Mara vient d'innover parce qu'il ne pouvait pas continuer &#224; faire ce que lui avait appris son ma&#238;tre Kimitete. L'interdit pos&#233; par sa nouvelle &#233;glise l'a contraint &#224; trouver quelque chose, et il avait en lui assez de finesse et de force pour trouver quelque chose de compl&#232;tement neuf. Et puis il devait nourrir sa famille. Il y a dans les bois de cette p&#233;riode une sorte de rage contenue, parce qu'en sculptant une femme, Mara se comporte en iconoclaste : en sculptant une vahin&#233; il casse un tiki. Tout le monde se souvient de Mara comme d'un homme tr&#232;s d&#233;brouillard. Un homme plein de solutions. Face &#224; un probl&#232;me, au lieu de s'arr&#234;ter de sculpter, Mara aura &#233;t&#233; d&#233;brouillard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t aussi quelques visages de petite dimension qui doivent dater de cette &#233;poque, et qui sont peut-&#234;tre ant&#233;rieurs au fameux couple. Ils sont simplement sign&#233;s Mara et ne sont pas dat&#233;s et ne sont pas identifiables comme polyn&#233;siens. Ce pourrait &#234;tre des pi&#232;ces africaines o&#249; am&#233;rindiennes. Si le style peut &#234;tre si diff&#233;rent d'une pi&#232;ce &#224; l'autre, c'est que Mara aura &#233;t&#233; en perp&#233;tuelle recherche. Il ne s'est pas content&#233; de trouver un style et de s'y tenir. Toujours, il cherchait des formes, ou plut&#244;t les trouvait. Tant&#244;t brutales, anguleuses, tant&#244;t bien lisses et rondes, d'autres fois tr&#232;s primitives, archa&#239;ques, d'autres fois encore fines et d&#233;taill&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1966, l'organisation des t&#233;moins de J&#233;hovah annonce une date pour Armageddon : 1975. Armageddon sera pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une p&#233;riode de grande tribulation o&#249; tous les t&#233;moins de J&#233;hovah seront pers&#233;cut&#233;s par le monde. Le couple doit &#234;tre perturb&#233; par ces perspectives. En effet, les sculptures connues de cette p&#233;riode sont pour le moins tourment&#233;es&#8230; Mara produit de grands bois, surtout des femmes, souvent des m&#232;res &#224; l'enfant, des sc&#232;nes empreintes d'une religiosit&#233; brute, le tiki aux dents affut&#233;es et aux petits yeux est devenu une femme &#224; la chevelure fleurie et aux grands yeux inquiets tourn&#233;s vers le ciel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette &#233;poque que Mara gagne l'estime de Jean Sicurani, gouverneur de la Polyn&#233;sie fran&#231;aise du 14 janvier 1965 au 4 f&#233;vrier 1969. Sicurani consid&#233;rait Mara comme un g&#233;nie et appr&#233;ciait sa compagnie au point de r&#233;guli&#232;rement envoyer son chauffeur le chercher afin de petit-d&#233;jeuner en sa compagnie. Jean Sicurani acqui&#232;re pour l'&#233;tat une grande sculpture en ronde-bosse, la L&#233;gende de Hina, qui orne toujours les appartements du Haut-Commissaire de la Polyn&#233;sie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de cette &#339;uvre, on trouve une anecdote amusante dans le livre de Patrick O Reilly Mara sculpteur tahitien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sandy Winkler, l'animateur de la plus vieille galerie de peinture de Papeete, s'est lui aussi int&#233;ress&#233; &#224; Mara dont il appr&#233;ciait le travail. &#034;En une occasion, me dit-il, je lui commandai une grande pi&#232;ce. Et Mara de promettre de s'attaquer &#224; la l&#233;gende de Hina. Pour l'encourager et sceller cet engagement, je lui remis 10 000 francs. De temps &#224; autres, Mara revenait me voir : J'ai enfin trouv&#233; le bois, m'assurait-il, la pi&#232;ce est en chantier ! Et de me demander une nouvelle avance. Dix mille francs par-ci, vingt mille par-l&#224;, je finis par d&#233;passer les 100 000 francs sans jamais voir arriver la pi&#232;ce promise. Harcel&#233; par moi, Mara finit un jour par me d&#233;clarer : &#034;Tu peux venir, c'est fini !&#034; Tout en m'avouant : &#034;Mais tu sais, cette pi&#232;ce, j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; la vendre au gouverneur Sicurani. Il m'en a donn&#233; 60 000 francs. &#034; Et voil&#224; comment la r&#233;sidence du Haut-Commissaire s'est enrichie &#224; bon compte d'une &#339;uvre ma&#238;tresse de Mara et comment Sandy Winkler a pu joindre &#224; sa patente de marchand de tableaux, l'&#233;tat, &#233;minemment plus prestigieux, encore qu'ici involontaire, de m&#233;c&#232;ne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour amusante qu'elle soit, cette anecdote est pourtant fausse. La preuve se trouve &#233;crite de la main m&#234;me de Mara, dans son exemplaire personnel du livre de Patrick O Reilly, lequel fut d'ailleurs &#233;crit et publi&#233; sans qu'il soit au courant. C'est un de ses amis qui lui avait offert pour qu'il en prenne connaissance. Dans les marges de cet ouvrage, Mara a rectifi&#233; au crayon gris les quelques passages qui lui posaient probl&#232;me. En marge du passage en question, on trouve &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jamais en contact avec Monsieur O Reilly Patrick. Sculpture vendue &#224; Winkler pour 75 000, qui lui-m&#234;me vendit au gouverneur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suisse ancien &#233;l&#232;ve de l'Ecole du Louvre, Sandy Winkler n'avait rien d'un m&#233;c&#232;ne. Il a sans doute voulu se donner bonne figure apr&#232;s du p&#232;re O Reilly en lui racontant cette histoire. On l'imagine mal y &#234;tre all&#233; de sa poche de 100 000 francs de l'&#233;poque, l'&#233;quivalent de six mois de salaire &#224; la fin des ann&#233;es 1960. Sa galerie a d'ailleurs continu&#233; &#224; commercialiser la production de Mara jusqu'&#224; ce qu'il la transmette &#224; Shirley Elliot et Michel Williams en 1980, or une telle histoire, si elle &#233;tait exacte, n'aurait pas manqu&#233; de mettre un terme &#224; leur collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19255 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L495xH750/5_mara_v-31a67.jpg?1680375843' width='495' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Famille taill&#233;e en bois de fer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette &#339;uvre a longtemps &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e perdue. Alors que je travaillais sur le documentaire consacr&#233; au sculpteur, j'ai fait des d&#233;marches aupr&#232;s du Haut-Commissariat de le R&#233;publique en Polyn&#233;sie fran&#231;aise qui n'ont pas abouties. Une dame m'a envoy&#233; des photos anciennes o&#249; on la voyait vernie et mont&#233;e sur des roulettes. Finalement elle est r&#233;apparue en 2021, apr&#232;s la diffusion du film &#224; la t&#233;l&#233;vision. Le Haut-Commissaire l'a pr&#234;t&#233;e lors de l'exposition collective &lt;i&gt;les peuples de l'eau&lt;/i&gt;, &#224; l'universit&#233; la biblioth&#232;que universitaire de Punaauia, dans un souci de sensibilisation de la jeunesse au patrimoine culturel. Le vernis avait &#233;t&#233; nettoy&#233; et les roulettes d&#233;mont&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quelques ann&#233;es Mara alimente les curios du centre-ville de Papeete. Ses enfants grandissent, et 1975 se rapproche. L'ann&#233;e de l'Armageddon. La fin des temps. A la fin des ann&#233;es soixante le jeune couple part s'installer &#224; Raiatea, dans la commune d'Avera, o&#249; il n'y a pas encore de congr&#233;gation de t&#233;moins de J&#233;hovah. Ils partent l&#224;-bas en tant que missionnaires, pour faire de la pr&#233;dication : de porte &#224; porte, annoncer la bonne nouvelle du Royaume. Ils partent avec le dipl&#244;me de Mara enroul&#233; dans un bambou, qui sera perdu lors d'une grosse pluie&#8230; En quelques ann&#233;es de porte &#224; porte, le couple Mara constitue le noyau dur de ce qui deviendra la congr&#233;gation de Raiatea, l'&#238;le du marae Taputapuatea, l'&#238;le sacr&#233;e au c&#339;ur de l'ancien culte maohi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Raiatea, Mara se lie avec Hugh Kelley, un am&#233;ricain qui cr&#233;&#233; les h&#244;tels &lt;i&gt;Bali Hai&lt;/i&gt;, premiers h&#244;tels polyn&#233;siens avec bungalows sur pilotis. Hugh Kelley lui commande la d&#233;coration de ses h&#244;tels. Une de ces grandes pi&#232;ces est conserv&#233;e chez le fils de Hugh Kelley &#224; Moorea. Ce bois qui repr&#233;sente une r&#233;union de treize personnages a d'ailleurs &#233;t&#233; au centre d'une curieuse histoire. Laurent Vidal, moniteur de tennis h&#233;berg&#233; chez les Kelley aurait &#233;t&#233; &#171; boucan&#233; &#187; par la sculpture accroch&#233;e dans la chambre d'amis o&#249; il s&#233;journait. Les personnages l'ont frapp&#233; d'obsession et son s&#233;jour sur l'&#238;le s'est termin&#233; &#224; l'h&#244;pital psychiatrique. Le mana de la sculpture l'a litt&#233;ralement ensorcel&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Mara se souvient de la vie &#224; Raiatea : les Mara &#233;taient les premiers de la commune &#224; avoir un t&#233;l&#233;viseur, et chaque soir tout le quartier se retrouvait chez eux pour regarder le programme&#8230; C'est tr&#232;s diff&#233;rent du Mara que s'imagine Patrick O Reilly. Mara continue de sculpter tous les jours, surtout le tau et le miro (bois de rose).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette &#233;poque que Mara ouvre une petite galerie &#224; Uturoa, &#224; la fin des ann&#233;es soixante. C'est un certain Charley Brotherson qui lui avait laiss&#233; un petit local attenant &#224; son salon de coiffure, en plein centre-ville, en face du march&#233;. Charley Brotherson &#233;tait le coiffeur de la ville &#224; l'&#233;poque. Il &#233;tait tr&#232;s li&#233; avec le sculpteur. Son fr&#232;re Philippe Brotherson le maire de la commune collectionnait &#233;galement ses &#339;uvres, et a m&#234;me organis&#233; des expositions du sculpteur &#224; l'H&#244;tel de Ville&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matahi Brotherson, petit-fils de Philippe Brotherson, fr&#232;re de Charley, est aujourd'hui &#224; son tour le tavana de Uturoa (le maire). La collection de Charley a &#233;t&#233; dispers&#233;e entre ses h&#233;ritiers qui sont absents de l'&#238;le, en revanche Matahi a h&#233;rit&#233; de la collection de son p&#232;re. Douze pi&#232;ces en tout. Un grand bois a &#233;t&#233; mont&#233; en lampe par Philippe Brotherson. Premi&#232;re curiosit&#233;, un profil de chinois au chignon. La d&#233;couverte ce sont deux grands visages, plus grands que nature. Cette fois plus de facettes, les visages sont bien lisses, polis. Mara a voulu faire joli, comme avec le corail, et on peut dire que c'est r&#233;ussi. Suspendue &#224; un mur, ce que Philippe Brotherson appelait une &lt;i&gt;sainte sc&#232;ne&lt;/i&gt; de deux bons m&#232;tres. Un festin plut&#244;t. Treize femmes et enfants se r&#233;galent. La main &#224; la bouche o&#249; plong&#233;e dans des plats, voire tenant des cruches sur les lesquelles le contenu est grav&#233; : &lt;i&gt;fafaru, mitihue, uina, poe&lt;/i&gt;. Poisson ferment&#233;, vin, pate de fruit&#8230; Au centre un r&#233;gime de bananes, des &lt;i&gt;uru&lt;/i&gt; coup&#233;s en deux et un gros poisson. C'est un pur &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt; tahitien. Rien de vraiment religieux. D'ailleurs au centre de la sc&#232;ne, on ne trouve pas J&#233;sus mais une opulente vahin&#233;, un hibiscus piqu&#233; &#224; l'oreille droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matahi Brotherson se souvient que dans le m&#234;me tronc qui a servi &#224; Mara pour r&#233;aliser cette sainte sc&#232;ne, le sculpteur avait r&#233;alis&#233; un autre bas-relief conserv&#233; dans les locaux de la direction administrative des &#238;les sous le vent. Une commande publique pass&#233;e par son p&#232;re. Le bois y est toujours, verni, en parfait &#233;tat de conservation. Un groupe de personnages agglutin&#233;s. Deux jumeaux adultes, l'un est accroupi et l'autre porte trois femmes sur ses jambes allong&#233;es. Une de ces femmes tient un enfant dans ses bras. On trouve une autre pi&#232;ce dans le bureau de l'administratrice, un bois brut proprement extraordinaire. Un personnage debout porte un enfant dans chaque bras. Le visage est assez travaill&#233; mais le corps massif est &#224; peine esquiss&#233;, impossible de d&#233;finir le sexe du porteur des enfants. Ce qui frappe dans cette composition, ce sont les regards tr&#232;s intenses. L'adulte l&#232;ve les yeux au ciel. Les enfants sont curieux des alentours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les nombreux th&#232;mes trait&#233;s par Mara, celui de la m&#232;re &#224; l'enfant est sans conteste le plus connu. Il l'a d&#233;clin&#233; sur tous les supports qu'il avait coutume de travailler : bois, pierre, argile et corail. Si l'on n'en a retrouv&#233; qu'une en argile et que quelques-unes en pierre, en revanche les bois sont nombreux. Aucune m&#232;re &#224; l'enfant en bois ne ressemble &#224; une autre : l'artiste se laissait vraiment guider par les n&#339;uds et les fibres naturels. Ainsi d'une grande racine, Mara tire une m&#232;re h&#233;ro&#239;que qui semble porter son enfant &#224; bout de bras, en lutte contre des &#233;l&#233;ments d&#233;chain&#233;s. D'un bois plein, il fera parfois sortir de la masse une ic&#244;ne qui berce contre son sein l'enfant endormi. Une autre fois, il se lancera dans un vrai travail d'orf&#232;vre, comme sur cette pi&#232;ce qui ne ressemble &#224; rien de connu o&#249; les figures, soud&#233;es par le haut du cr&#226;ne, sont pench&#233;es l'une vers l'autre. Le tronc sert alors de support &#224; une maternit&#233; tr&#232;s stylis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le visage maternel est souvent lumineux, sans vraiment sourire, mais pas toujours. Parfois l'expression est celle d'une femme dont la vie ne doit pas &#234;tre facile. Le visage reste souvent travaill&#233; en facettes, et tout est exag&#233;r&#233;. Pas de fleur &#224; l'oreille, un d&#233;nuement qui sugg&#232;re la modestie de la vie de ces femmes tahitiennes, femmes de p&#234;cheurs qui passent leur vie aux t&#226;ches quotidiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Nativit&#233; est un des th&#232;mes chr&#233;tiens qui a le plus inspir&#233; les artistes, qui s'est &#233;norm&#233;ment d&#233;velopp&#233; &#224; partir du moyen-&#226;ge, o&#249; on a commenc&#233; &#224; repr&#233;senter l'enfant J&#233;sus dans une cr&#232;che entour&#233; d'animaux, o&#249; ador&#233; par les rois mages. Les m&#232;res &#224; l'enfant de Mara ont un c&#244;t&#233; profond&#233;ment chr&#233;tien, elles se rapprochent parfois des premi&#232;res repr&#233;sentations connues de la nativit&#233;, &#224; partir du deuxi&#232;me si&#232;cle, o&#249; la vierge &#233;tait alors repr&#233;sent&#233;e allaitant son enfant. On trouvait d'ailleurs, parmi les vierges, une m&#232;re &#224; l'enfant de Mara dans le bureau de monseigneur Hubert Coppehrath, archev&#234;que &#233;m&#233;rite de Papeete depuis 2011. Ce dernier la voyait comme une vierge catholique et n'avait aucune id&#233;e qu'il s'agissait d'une &#339;uvre de Mara. Il est vrai que si l'on trouve des m&#232;res &#224; l'enfant de Mara en corail dans un grand nombre de foyers polyn&#233;siens, c'est en bois que la figure de la m&#232;re et de son enfant est d&#233;clin&#233;e avec le plus de vari&#233;t&#233; par le sculpteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1977 la famille Mara d&#233;m&#233;nage sur Tahaa, l'&#238;le s&#339;ur de Raiatea. Taaha l'&#238;le vanille. Une &#238;le plus sauvage o&#249; aucune route ne fait le tour de l'&#238;le. Pour s'y d&#233;placer il faut aller &#224; cheval ou en bateau. Mara, sa femme et ses enfants y passeront quatre ans loin du monde, dans la commune de Tapuamu. Pas acc&#232;s autrement qu'en bateau&#8230; Au magasin du village, on rencontre tr&#232;s vite des gens qui se souviennent tr&#232;s bien du sculpteur. Ils nous conduisent o&#249; il habitait, &#224; l'&#233;poque un grand fare local sur pilotis tout en niau, palmes de cocotier tress&#233;es, en bord de mer derri&#232;re l'&#233;cole primaire. Aujourd'hui une maison en dur. La voisine aussi se souvient tr&#232;s bien de lui. Il vendait dans son petit atelier o&#249; il travaillait les cailloux sortis de la mer. Dans cet endroit recul&#233; les visiteurs devaient se faire rares, le sculpteur pouvait produire en toute qui&#233;tude. Un environnement id&#233;al pour un homme r&#233;tif &#224; toute exploitation m&#233;diatique ou politique de son &#339;uvre. Il avait laiss&#233; sa galerie de Uturoa entre les mains de son fils ain&#233; Michel. Et descendait r&#233;guli&#232;rement sur Papeete approvisionner les galeries et les magasins de curios d'art s'occupant de commercialiser sa production. Winkler, l'Atelier du Vaima, Christine. Ses deux filles &#233;taient adolescentes, ses deux derniers fils grandissaient. Ils allaient faire de la pr&#233;dication en pirogue autour de l'&#238;le. Il y avait d&#233;sormais une congr&#233;gation de t&#233;moins de J&#233;hovah &#224; Raiatea, Mara avait rempli sa mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante ans plus tard, en dehors des souvenirs des r&#233;sidents de Tapuamu, plus aucune trace du s&#233;jour du sculpteur ne subsiste sur l'&#238;le vanille&#8230; C'est &#224; Tahaa que le sculpteur se mit &#224; travailler le corail &#233;chou&#233; sur le rivage. Apr&#232;s un cyclone, de gros blocs de corail morts &#233;taient sortis du lagon et se retrouvaient &#233;parpill&#233;s sur le rivage. On peut voir quelques-unes de ses premi&#232;res &#339;uvres en corail dans le livre de Patrick O Reilly, qui date de cette p&#233;riode. Le p&#232;re mariste d&#233;crit ainsi une des premi&#232;res vahin&#233;s en corail, aspect de la production de Mara qui va rapidement se d&#233;velopper jusqu'&#224; atteindre un volume quasi industriel :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19256 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/6_mara_v.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH326/6_mara_v-c8e94.jpg?1680375843' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Groupe en racine
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'une concr&#233;tion de corail recouverte d'une fine contexture hexagonale d'un gris terne, Mara a conserv&#233; la forme g&#233;n&#233;rale et, par quelques coups de gouge dans la masse blanch&#226;tre, a d&#233;gag&#233; l'&#233;bauche d'une femme ensommeill&#233;e. Sa vahin&#233;, sorte de V&#233;nus polyn&#233;sienne accroupie, s'inscrit curieusement dans un cercle qui fait corps avec la masse du corail. Une sorte d'image du d&#233;but des temps ; une &#233;vocation du premier repos humain apr&#232;s la cr&#233;ation du monde : c'est Eve endormie. Et le corail semble dormir du m&#234;me sommeil que la femme. Dans sa frustre rusticit&#233;, une assez belle pi&#232;ce, lourde de po&#233;sie et de myst&#232;re.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O Reilly nous signale aussi une pi&#232;ce o&#249; la formation corallienne a incorpor&#233;e une bouteille de bi&#232;re hollandaise, bloc &#224; la base duquel le sculpteur a taill&#233; un visage. S'il ne nous en donne pas de visuels, c'est probablement parce que O Reilly a obtenu les photographies illustrant l'ouvrage chez Sandy Winkler, au cours de ses recherches ayant suivi sa visite de l'exposition &#224; l'Atelier du Vaima, seule fois o&#249; il ait rencontr&#233; de visu le sculpteur. Quoi qu'il en soi ce d&#233;tail souligne assez la curiosit&#233; de Mara, toujours en qu&#234;te de nouvelles mati&#232;res &#224; travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick O Reilly nous laisse une photographie d'une des toutes premi&#232;res m&#232;res &#224; l'enfant en corail, accompagn&#233;e de ce court descriptif :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans la &#171; M&#232;re et l'enfant &#187;, Mara, une fois encore a utilis&#233; deux rondeurs naturelles d'une concr&#233;tion corallienne. Les parties externes, salies, lui servent pour marquer les chevelures. Les visages, assez frustres, ont &#233;t&#233; trait&#233;s dans la partie interne et d&#233;cap&#233;es du corail, et sont donc clairs.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet Patrick O Reilly nous donne &#224; voir les tous premiers essais de Mara en corail. On voit que ce prototype est encore trait&#233; comme il avait l'habitude de travailler le bois dur, dans un style brut qui n'est pas sans rappeler les anciens tiki en corail. Ce n'est qu'avec l'habitude qui parviendra &#224; tirer ton son potentiel du corail, et &#224; obtenir ces m&#232;res &#224; l'enfant parfaitement lisses, qui font penser au pl&#226;tre ou aux biscuits occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corail tendre incarne moins des anc&#234;tres primitifs que des jeunes filles pr&#233;parant une danse nocturne. Des s&#339;urs, des filles o&#249; des cousines&#8230; Masque flamboyant, &#224; la couronne v&#233;g&#233;tale comme pourvue d'appendices cornus, cette vahin&#233; devient l'image synth&#233;tique o&#249; s'amalgament les extr&#234;mes : innocence et tradition. Extr&#234;me finesse des traits, la commissure des l&#232;vres, le dessin des yeux, les courbes du visage, surtout de ces statuettes de corail. Simplicit&#233; du costume, la poitrine souvent nue, un simple pagne autour de la taille. Ce corail blanc comme le lait o&#249; l'essence charnelle de la fille des &#238;les se clarifie. Rejoint le totem. Ce corail blanc o&#249; la chair se d&#233;pigmente, fant&#244;me des heures de conviction joyeuse, des moments de joie vraie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#232;res &#224; l'enfant en corail ont &#233;t&#233; le th&#232;me le plus populaire du sculpteur, mais aussi le plus uniforme. D'abord parce que c'&#233;tait le plus souvent des commandes pass&#233;es pour des naissances, des anniversaires o&#249; des mariages. Peu de marge pour improviser. Aussi parce que le corail se travaille vite, et qu'avec la maitrise de ce mat&#233;riau fragile auquel il &#233;tait parvenu, une m&#232;re &#224; l'enfant en corail ne lui demandait souvent pas plus d'une heure de travail. La m&#232;re est pench&#233;e sur l'enfant qu'elle tient sur sa poitrine, souvent elle donne le sein. Elle sourit et son oreille est fleurie d'un hibiscus, sauf si Mara pr&#233;f&#232;re laisser le corail brut en guise de chevelure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1980 la famille Mara retourne &#224; Arue, Erima d'o&#249; ils ne bougeront plus. Il n'a plus boug&#233; de son logement social de Erima, o&#249; il y a encore sa plaque, que pour aller s'approvisionner en mati&#232;re premi&#232;re dans les &#238;les. De Raiatea et de Rurutu il revenait avec des caisses de racines et des blocs de corail, qu'il travaillait inlassablement&#8230; A Tahiti les commandes affluaient&#8230; On peut penser qu'il a ainsi produit plusieurs milliers d'&#339;uvres, de la petite pi&#232;ce en corail taill&#233;e en quelques minutes aux grandes plaques de bois, qui devaient tout de m&#234;me lui demander plusieurs semaines de labeur pour les plus grandes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec celui de la m&#232;re &#224; l'enfant, le th&#232;me du &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt; tahitien est probablement le plus connu du sculpteur Mara. Il a commenc&#233; jeune &#224; produire ces grandes plaques de bois, qui ne figuraient pas encore des sc&#232;nes de bringue tahitienne, mais plut&#244;t des sc&#232;nes galantes. Le succ&#232;s &#233;tant au rendez-vous, sa production de tamaaraa est devenue importante &#224; partir du d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unique rencontre entre Mara et Patrick O Reilly date de mars 1978, lors de son exposition &#224; l'Atelier, galerie d'art du Centre Vaima &#224; Papeete. Mara partageait la galerie avec Henriette Robin, dont des huiles et des aquarelles &#233;taient accroch&#233;es aux murs. Ses sculptures occupaient le centre de la galerie, plac&#233;es en g&#233;n&#233;ral sur des socles trop bas qui ne permettaient pas de les regarder &#224; hauteur d'&#339;il. O Reilly pr&#233;cise que cette exposition attira un tr&#232;s grand nombre de visiteurs, touristes et curieux. La pi&#232;ce la plus importante de cette manifestation, - elle mesure plus d'un m&#232;tre de large sur 75 centim&#232;tres de haut - est une plaque de bois qui m&#233;lange le haut relief et la ronde-bosse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce &lt;i&gt;Tamaaraa&lt;/i&gt; reproduit dans l'ouvrage n'a a pas &#233;t&#233; localis&#233;, la famille du sculpteur s'en souvient bien. Il &#233;tait &#224; l'origine pourvu de pieds et, recouvert d'une &#233;paisse plaque de verre, servait de table sur la terrasse de la maison familiale de Tapuamu, o&#249; les Mara r&#233;sidaient &#224; l'&#233;poque, sur l'&#238;le de Taaha. Ce &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt; est caract&#233;ristique de cette p&#233;riode o&#249; Mara gravait le nom des diff&#233;rents ingr&#233;dients du repas sur les r&#233;cipients : &lt;i&gt;miti hue, fafaru, uina&lt;/i&gt;&#8230; Le sculpteur avait fait cadeau de cette table &#224; sa fille Jeanne. A l'&#233;poque, une fois par an la famille Mara se d&#233;pla&#231;ait dans le Pacifique, pour assister &#224; des assembl&#233;es de leur &#233;glise durant lesquelles, en sa qualit&#233; d'ancien, Vaiere Mara tenait parfois des discours devant une assistance de plusieurs milliers de fid&#232;les, venus de toute la zone Pacifique. Ces rassemblements pouvaient se d&#233;rouler &#224; Noum&#233;a en Nouvelle-Cal&#233;donie, mais aussi aux Fiji o&#249; aux Tonga. Pour financer ces s&#233;jours, qui pouvaient durer deux mois et dans lesquels toute sa famille le suivait, Mara devait vendre un grand nombre de sculptures. Tel &#233;tait le but de cette exposition &#224; l'Atelier du centre Vaima. Ne disposant pas d'un nombre suffisant de pi&#232;ces disponibles, sa fille Jeanne qui &#233;tait friande de voyage avait alors insist&#233; pour qu'il mette en vente ce &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt;. Mara avait &#233;t&#233; r&#233;ticent mais elle avait insist&#233;, arguant le fait qu'il pourrait toujours lui refaire une autre sculpture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on on lui passait commande d'un &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt;, Mara exigeait une avance importante pour faire r&#233;aliser la plaque de bois chez l'&#233;b&#233;niste. Selon la taille de la plaque et le nombre de personnages sculpt&#233;s, un &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt; pouvait lui demander de quelques semaines &#224; plusieurs mois de travail. Les t&#233;moignages sont nombreux de commanditaires qui commen&#231;aient &#224; perdre patience. Mara n'&#233;tait jamais press&#233; de livrer ces grandes pi&#232;ces&#8230; Dans sa fi&#232;vre cr&#233;atrice il avait besoin de se lancer sur de nouvelles pi&#232;ces tous les jours, besoin d'improviser, de cr&#233;er, et ce n'est qu'une fois cette &#339;uvre journali&#232;re accomplie qu'il allait donner quelques coups de gouge sur les pi&#232;ces de commande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour les m&#232;res &#224; l'enfant, aucun &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt; n'est la copie d'un autre. Mara ne moulait pas. En g&#233;n&#233;ral le tableau repr&#233;sente une famille en train de manger ou de confectionner un repas. Tout le monde est assis en tailleur, il y a autant de tane que de &lt;i&gt;vahine&lt;/i&gt; et aussi un ou deux enfants. Les &lt;i&gt;vahine&lt;/i&gt; ont une grande fleur &#224; l'oreille, les mains plong&#233;es dans un umete o&#249; sont occup&#233;es &#224; d&#233;couper des fruits et des l&#233;gumes. Les hommes s'occupent eux d'un cochon o&#249; du produit de la p&#232;che du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune plaque n'est identique &#224; une autre. Sur celle-ci il n'y a que des femmes et des enfants, huit femmes, une fillette et un nourrisson. Tandis qu'une des femmes se coiffe les autres font la sieste, coll&#233;es les unes contre les autres. En t&#234;te de cette composition, une seule femme travaille, la main plong&#233;e dans un &lt;i&gt;umete&lt;/i&gt;, elle pr&#233;pare du &lt;i&gt;poe&lt;/i&gt;&#8230; Sur cette tr&#232;s grande plaque tout est en place : &#224; gauche de la composition on retrouve une femme &#224; la main plong&#233;e dans un &lt;i&gt;umete&lt;/i&gt;, en train de se servir cette fois. A c&#244;t&#233; d'elle d'autres personnages mangent, entour&#233;s d'enfants et de fruits. Une femme est couronn&#233;e de fleurs et un homme porte un chapeau local en niau tress&#233;. Une m&#232;re donne le sein &#224; un grand gar&#231;on. Il y a un cochon qui ne demande qu'&#224; &#234;tre consomm&#233; &#224; leurs pieds. A l'autre bout de cette composition, profitant de ce que le tronc se divise en deux maitresses branches, le sculpteur &#224; fait tenir une danseuse debout, un chien &#224; ses pieds. Un jeune homme joue du &lt;i&gt;ukulele&lt;/i&gt;, c'est le d&#233;but de la bringue tahitienne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19257 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/7_mara_v.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH488/7_mara_v-f8e30.jpg?1772189613' width='500' height='488' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Le-buisson ardent
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Onze personnages sur cette autre plaque, toujours le cochon pr&#234;t &#224; &#234;tre consomm&#233;, le chapeau local, le &lt;i&gt;maa tahiti&lt;/i&gt;, mais un d&#233;tail in&#233;dit : une bouteille de bi&#232;re locale Hinano fait son apparition&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Treize personnages sur ce grand &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt;, une variation sur le th&#232;me de la sc&#232;ne du christ command&#233;e par le maire de Uturoa Brotherson au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix. Cette fois, si jusqu'&#224; pr&#233;sent on se demandait ce qu'il y avait dans les plats et autres r&#233;cipients accumul&#233;s aux pieds des protagonistes, on a enfin la r&#233;ponse : c'est &#233;crit en toute lettre. &lt;i&gt;Fafaru, mitihue, uaina et poe&lt;/i&gt;&#8230; On remarquera aussi les &lt;i&gt;uru&lt;/i&gt; coup&#233;s en tranches, pas de cochon mais un grand poisson et l'enfant qui d&#233;vore dans le coin tout &#224; fait &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt; me fait penser &#224; cet extrait du &lt;i&gt;Bois l&#233;gendaires&lt;/i&gt; de Mara par O Reilly : &lt;i&gt;Jean Dubuffet accepterait-il d'accueillir une production de Mara dans son mus&#233;e de l'Art Brut que les difficult&#233;s de l'existence et des incompr&#233;hensions parisiennes l'ont oblig&#233; de transf&#233;rer en Suisse ?&lt;/i&gt; Mais la question ne se pose plus...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours en qu&#234;te de nouveaux supports, Mara a fait beaucoup d'exp&#233;riences, d'essais de mati&#232;re qui n'ont pas toujours d&#233;bouch&#233;s sur des r&#233;sultats concrets&#8230; Au d&#233;but on sait qu'il n'avait pas beaucoup d'outils, quelques couteaux, des maillets taill&#233;s &#224; la main et ses genoux en guise d'&#233;taux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au d&#233;but des ann&#233;es 1970 alors qu'il faisait l'exp&#233;rience d'une vie &#224; la campagne sur l'&#238;le recul&#233;e de Tahaa, au lendemain d'un cyclone qui a fait sortir du lagon de gros blocs de corail, il devait trouver un vrai filon. Une fois qu'il s'est appropri&#233; ce mat&#233;riau cassant et poreux au point d'arriver &#224; le polir jusqu'&#224; faire dispara&#238;tre les asp&#233;rit&#233;s, gommer les petites cavit&#233;s, le travail du corail lui a permis d'exprimer ce qui &#233;tait rest&#233; enfoui en lui et de donner naissance &#224; des formes nouvelles en Polyn&#233;sie. Il ne semble pas s'&#234;tre tout de suite attaqu&#233; &#224; de grandes pi&#232;ces spectaculaires comme il en produisit beaucoup plus tard, mais plut&#244;t s'&#234;tre acharn&#233;, en produisant beaucoup de petites pi&#232;ces, &#224; parvenir &#224; une maitrise absolue de cette mati&#232;re d'une grande fragilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande d&#233;licatesse de ces figurines plus proches des biscuits en porcelaine produits par la manufacture de S&#232;vres que de l'artisanat marquisien, il la doit peut-&#234;tre davantage &#224; la formation re&#231;ue du ma&#238;tre artisan Pailloux qu'&#224; son ma&#238;tre Kimitete. Quoi qu'il en soit ce sont certainement ses vahin&#233;s en corail qui ont ouvert les portes des notables au sculpteur Mara, davantage que sa production de bois bruts. Cette client&#232;le plut&#244;t europ&#233;enne trouvait l&#224; un &#233;cho aux garnitures de chemin&#233;es et autres objets de vertu et de vitrines qui avaient berc&#233; son enfance, et Mara produisit un grand nombre de ces objets d&#233;licats. Notaires, avocats, m&#233;decins, archev&#234;que, ministres, bijoutiers, tous en ornaient leurs cabinets et leurs int&#233;rieurs. Les figurines de Mara se vendaient comme des petits pains, dans ces ann&#233;es o&#249; le champagne et l'argent coulaient &#224; flots en Polyn&#233;sie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces objets de vitrines n'&#233;taient pas fabriqu&#233;s sp&#233;cialement pour l'&#233;tranger, mais plut&#244;t comparables &#224; ce que furent longtemps les miniatures peintes sur ivoire en Europe, r&#233;serv&#233;s &#224; une &#233;lite de propri&#233;taires bien install&#233;s, bien meubl&#233;s, davantage qu'aux touristes qui devaient pr&#233;f&#233;rer emporter en souvenir des &#238;les des objets moins susceptibles de souffrir du transport que ces bustes de corail cassant et encombrant&#8230; Encore ceci de comparable avec les dites miniatures que Mara se contentait souvent de tailler un buste voire un visage, concentrant tout son art dans la repr&#233;sentation des traits caract&#233;ristiques de la vahin&#233;, ou du tan&#233;. Mais si cette production rapide lui permettait de subvenir aux besoins de sa nombreuse famille, il ne s'est pour autant pas laiss&#233; enfermer dans un syst&#232;me, et aura jusqu'au bout renouvel&#233; ses th&#232;me et cherch&#233; &#224; fixer la beaut&#233; sous d'autres angles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Mara n'a rien d'un animalier, les figures zoomorphes sont toutefois tr&#232;s pr&#233;sentes dans son &#339;uvre. Dans les grands &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt;, cochons et poissons sont l&#224; pour &#234;tre consomm&#233;s, et des chiens tournent autour du repas, mais ce ne sont l&#224; que des personnages secondaires. Les cochons et les chiens deviennent les acteurs principaux dans les &#339;uvres illustrant le th&#232;me de la chasse aux cochons, mais on y reviendra ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'animal le plus couramment repr&#233;sent&#233; par Mara est le dauphin, sans doute parce qu'il se vendait bien. On retrouve beaucoup de dauphins en corail sign&#233;s MARA V. Le corail est une mati&#232;re traditionnellement utilis&#233;e dans toute l'Oc&#233;anie, tomb&#233;e en d&#233;su&#233;tude. Le corail est aujourd'hui interdit comme mat&#233;riau de construction. Pour le sculpteur, il se travaillait bien. On peut d&#233;grossir &#224; la scie &#224; m&#233;taux et &#224; la r&#226;pe &#224; bois. Travailler au couteau. On peut produire beaucoup. Beaucoup plus qu'avec la pierre. On sait par ses enfants que Mara pouvait r&#233;aliser 50 sculptures en corail par semaine. Parfois les dauphins en coraux se signalent par une sorte de sceau : une tortue grav&#233;e dans le corail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photo d'un dauphin en bois est conserv&#233;e dans les archives du sculpteur. On sait par ses enfants qu'il produisit une grande quantit&#233; de dauphins et de tortues de petites dimensions, grav&#233;s sur des galets. Ses enfants se chargeaient d'aller les vendre en ville, &#231;a leur faisait de l'argent de poche. Tortues, dauphins, cochons, chiens, anguilles, oiseaux : les animaux sculpt&#233;s par Mara sont toujours en mouvement. Les dauphins ne font pas exception &#224; cette r&#232;gle, le plus souvent saisis en train de sauter hors de leur &#233;l&#233;ment, o&#249; en couple, en plein jeu aquatique&#8230; Ces deux dauphins de Mara ont &#233;t&#233; incrust&#233;s de perles par la fantaisie d'un propri&#233;taire bijoutier&#8230; Cela renforce l'effet objet de vitrine mais d&#233;truit l'&#233;conomie de moyen si caract&#233;ristique de l'artiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs chiens en corail sont conserv&#233;s dans des collections priv&#233;es, que leurs propri&#233;taires nous ont laiss&#233; visiter sans toutefois nous accorder le droit de prendre des photos. En voici un, un chien &#224; l'oreille cass&#233;e qu'il a fallu acheter &#224; sa propri&#233;taire, qui ne voulait pas qu'on prenne de photo des nombreuses &#339;uvres qu'elle a achet&#233; directement aupr&#232;s de Mara. Le fait que l'oreille soit cass&#233;e nous a permis d'en faire l'acquisition &#224; un prix raisonnable&#8230; Ce chien &#224; l'oreille cass&#233; &#224; quelque chose des chiens en &lt;i&gt;pietra serana&lt;/i&gt; qui agr&#233;mentent les jardins toscans, du c&#244;t&#233; de Florence. Mara ne les connaissait pourtant pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2000 Mara avait r&#233;alis&#233; une t&#234;te de lion en corail. Ce chef d'&#339;uvre a disparu apr&#232;s avoir &#233;t&#233; cass&#233;... Mais d'autres figures animales devraient bient&#244;t venir enrichir ce bestiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les nombreux bustes de vahin&#233; en corail sculpt&#233;s par Mara avec la minutie d'un miniaturiste anglais de la fin du dix-huiti&#232;me si&#232;cle ne cherchent qu'&#224; exprimer l'harmonie des formes, l'unit&#233; d'une humanit&#233; pas encore s&#233;par&#233;e de quoi que ce soit, la nature o&#249; l'esprit, il en est autrement de ses &#339;uvres illustrant le th&#232;me de la famille. L&#224; s'exprime une puissance qui ne peut plus se contenir, l&#224; se lib&#232;re un concentr&#233; d'&#233;motions contenues, int&#233;rioris&#233;es depuis trop longtemps, et qui doit bien, d'une mani&#232;re ou d'une autre, prendre forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bois se pr&#234;te mieux que les autres mati&#232;res travaill&#233;es par l'artiste &#224; cette op&#233;ration. Il se sert des d&#233;fauts du bois, des colorations anormales du c&#339;ur, des ger&#231;ures, des cassures, r&#233;v&#232;le la moelle, laisse apparentes des poches de r&#233;sine&#8230; Regardons cette sculpture, les trois personnages enlac&#233;s peuvent &#234;tre un couple et son enfant, mais qu'en est-il de ce quatri&#232;me au corps d&#233;construit et comme emmaillot&#233; dans on ne sait quel cocon ? Le sens reste cach&#233;. A mesure que l'on regarde, l'&#339;il suit une sorte de boucle sans fin, on a beau tourner autour, le sens possible se d&#233;robe&#8230; Mara ayant souvent d&#233;clin&#233; le m&#234;me th&#232;me sur des supports diff&#233;rents, c'est en mettant cette sculpture en regard d'autres qu'on pourra parvenir &#224; l'&#233;lucider. Voici une sc&#232;ne semblable trait&#233;e en corail : un jeune homme tient deux enfants dans ses bras, mais cette fois c'est une femme plus &#226;g&#233;e qui vient se joindre &#224; cette &#233;treinte. On n'en saura pas davantage&#8230; Sur cet autre tronc, une femme embrasse la t&#234;te d'un enfant tandis qu'&#224; c&#244;t&#233; une autre femme mange le bras d'un homme. Enfin l'englouti dans sa gorge profonde. Une grande brutalit&#233; c&#244;toie la douceur maternelle, et si l'anecdote se d&#233;robe c'est sans doute faute de ne pas conna&#238;tre la l&#233;gende o&#249; le r&#234;ve qui inspira cette &#339;uvre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19258 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH516/8_mara_v-d21a5.jpg?1680375843' width='500' height='516' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Te pu fenua en corail fossile
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crivait O Reilly les productions de Mara sont souvent lourdes de myst&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On terminera cet aper&#231;u du th&#232;me de la famille en revenant &#224; cette pi&#232;ce conserv&#233;e &#224; la subdivision administrative des &#238;les sous le vent et qui date du tout d&#233;but des ann&#233;es 1970. La belle vahin&#233; est pench&#233;e vers une chose qui ne nous est pas montr&#233;e, les yeux riv&#233;s au loin, un enfant accroch&#233; &#224; ses flancs. Deux autres jeunes femmes sont coll&#233;es &#224; elle, tandis que deux hommes, souriants, regardent ailleurs, droit devant eux, les bras crois&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la notule qui lui est consacr&#233;e dans le dictionnaire de l'acad&#233;mie tahitienne cite le danseur comme une des &#339;uvres principales de Mara, c'est parce les membres de ladite acad&#233;mie ne connaissaient le sculpteur que par le livre de Patrick O Reilly, et qu'un danseur en bois occupe une bonne place dans cet ouvrage, o&#249; il est ainsi d&#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il y a beaucoup de virtuosit&#233; et tout autant de facilit&#233; inn&#233;e dans le danseur. Mara a tir&#233; un parti &#233;tonnant de cette branche fourchue. Comme il lui &#233;tait impossible de trouver dans son bois la mati&#232;re pour deux bras, il en a relev&#233; un, le droit, en le pla&#231;ant, le coude cass&#233;, au-dessus de la t&#234;te, dans le prolongement du corps. Et le tour est jou&#233;. Un more, une ceinture de danse en fibre de bourau, plac&#233;e de travers sur un d&#233;hanchement, et voil&#224; le mouvement donn&#233; &#224; l'ensemble. Mara n'a m&#234;me pas pris la peine de d&#233;grossir les jambes et le bras droit. Elles sont rest&#233;es quasiment brutes, mais tout est parfaitement &#224; sa place. L'&#233;bauche, derri&#232;re le danseur, d'un portique dont la verticale statique fait valoir la mobilit&#233; et le dynamisme du sujet principal, ajoutent encore un charme suppl&#233;mentaire &#224; cette savante composition.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait mieux r&#233;sumer cette &#339;uvre dont la localisation nous est aujourd'hui inconnue. Heureusement le th&#232;me du danseur et de la danse a &#233;t&#233; d&#233;clin&#233; par le sculpteur sur des nombreuses pi&#232;ces toutes tr&#232;s diff&#233;rentes les unes des autres, et dont certaines parmi celles qui nous sont parvenues sont d'un tr&#232;s grand int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara appartient &#224; la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dent ce qu'il est convenu d'appeler le renouveau culturel polyn&#233;sien. Aucun de ses contemporains n'&#233;tait tatou&#233;, et il n'a jamais repr&#233;sent&#233; de personnage tatou&#233;, ce qui aurait d'ailleurs &#233;t&#233; &#224; l'encontre de ses convictions religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La danse tahitienne n'avait pas compl&#232;tement disparu, mais on l'appelait alors tamour&#233; et elle &#233;tait cantonn&#233;e aux bo&#238;tes &#224; marins et filles l&#233;g&#232;res. Mara appr&#233;ciait pourtant la danse tahitienne. Il &#233;tait contemporain de Madeleine Moua, chef de la troupe Heiva qui a redonn&#233; ses lettres de noblesse &#224; la danse tahitienne apr&#232;s avoir d&#233;couvert les danses folkloriques en Bretagne et en Auvergne. Une fois par mois, il emmenait tous ses enfants d&#238;ner au Radisson de Arue, devant le spectacle de la troupe Heiva de Madeleine Moua, o&#249; la meilleure danseuse dansait seins nus pour les touristes. C'&#233;tait un de ses grands plaisirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a donc naturellement repr&#233;sent&#233; un certain nombre de sc&#232;nes de danse tahitienne, principalement int&#233;gr&#233;es dans de grandes compositions, comme sur cette plaque remarquable qui repr&#233;sente un &lt;i&gt;tiurai&lt;/i&gt;, anc&#234;tre de l'actuel &lt;i&gt;Heiva&lt;/i&gt;. Probablement une commande du gouvernement de la Polyn&#233;sie fran&#231;aise, puisqu'elle orne aujourd'hui les murs d'un minist&#232;re. Une sc&#232;ne de danse endiabl&#233;e, trait&#233;e dans sa mani&#232;re brute, les coups de ciseaux sont visibles. L'orchestre aussi est repr&#233;sent&#233;, deux musiciens qui tapent sur leurs grands &lt;i&gt;pahu&lt;/i&gt;, un troisi&#232;me qui joue du &lt;i&gt;to'ere&lt;/i&gt;. D&#233;tail curieux, dans les gradins, au premier rang, un des spectateurs tient sur ses genoux un gros poste de radio, anc&#234;tre des actuels &lt;i&gt;boomblaster&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mettre en regard de cet autre bois figurant un couple de danseurs, les jambes de la femme prises en ciseau entre les cuisses de son partenaire. C'est la m&#234;me sc&#232;ne qui figure sur la grande plaque, mais plus travaill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On connait trois autres danseuses sculpt&#233;es par Mara, deux grands bois o&#249; la vahin&#233; a de tr&#232;s longs cheveux et un hibiscus &#224; l'oreille. Et enfin cette grande pi&#232;ce en corail, qui orne le cabinet d'un m&#233;decin de Punaauia. D'une hauteur de 62 centim&#232;tres, elle porte une ceinture de tiare &#224; la taille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands sculpteurs occidentaux ont travaill&#233; en entrepreneurs, souvent assist&#233;s d'un grand nombre d'&#233;l&#232;ves et de techniciens. Mara est rest&#233; un cr&#233;ateur solitaire, qui travaillait principalement pour l'agr&#233;ment d'une client&#232;le ais&#233;e, d'un petit cercle d'amateurs, essentiellement en taille directe. Pourtant lorsqu'il se mit &#224; travailler pour les bijouteries au d&#233;but des ann&#233;es mille neuf cent quatre-vingt, la demande est devenue &#233;norme, et sa production presque industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, ce serait le bijoutier Michel Fouchard qui le premier se serait servi d'une sculpture en corail de Mara comme d'un pr&#233;sentoir pour ses colliers de perles noires de Tahiti. C'est vrai que le blanc du corail fait merveilleusement ressortir la perle noire et ses nuances de nacre. Fouchard a pass&#233; commande d'un grand nombre de sculptures de petites tailles pour valoriser ses bijoux, mais aussi de plus grandes pi&#232;ces, et a vite &#233;t&#233; suivi par l'ensemble des bijoutiers de Tahiti, pour ne pas dire de Polyn&#233;sie. Comme le corail est rugueux, Mara devait polir ses &#339;uvres pour qu'elles ne rayent pas les colliers de perle, ce dont il ne c'&#233;tait pas souci&#233; sur ses premi&#232;res r&#233;alisations avec ce m&#233;dium. Et il arrivait &#224; rendre le corail lisse comme du verre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois jolies pi&#232;ces en corail, tr&#232;s repr&#233;sentatives de ce que Vaiere Mara produisait pour les bijouteries de Robert Wan, Michel Fouchard, Sibani, Phil Robin et autres, dans les ann&#233;es 80. Il pouvait aussi produire des pi&#232;ces plus synth&#233;tiques voire ac&#233;phales servant de pr&#233;sentoirs &#224; colliers, voire des blocs de corail poli pour mettre en valeur les plus belles perles noires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production de Mara pour les bijoutiers aura &#233;t&#233; consid&#233;rable. Durant plus de deux d&#233;cennies il a r&#233;alis&#233; l'essentiel des bustes et pr&#233;sentoirs destin&#233;s &#224; mettre en valeur la perle noire de Tahiti. Pour une foire en Suisse Robert Wan lui passa ainsi commande d'une trentaine de bustes en corail. D&#233;but 2020, plus de quinze ans apr&#232;s la disparition du sculpteur, on trouve encore ces pi&#232;ces en corail dans une dizaine de bijouteries en Polyn&#233;sie, entre Papeete, Punaauia, Moorea, Raiatea et Bora Bora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de Mara pour les marchands de perles ne se sera pas born&#233; au corail puisque sa seule sculpture longtemps visible en Polyn&#233;sie, expos&#233;e en vitrine d'une bijouterie du centre Vaima, est une grande racine en bois brut figurant une d&#233;esse de la mer. Les nombreuses excroissances de cette chim&#232;re permettaient d'y installer quantit&#233; de colliers de perles et de bijoux. Elle a aujourd'hui rejoint une collection priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; noter que le sculpteur signait V MARA la moindre pi&#232;ce, m&#234;me lorsqu'il s'agissait d'un simple bloc de corail poli pour ne pas rayer les perles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara allait chercher les mati&#232;res dont il avait besoin dans la nature, souvent en bord de mer. Il &#233;tudiait ses trouvailles avant de s'en emparer. Si branches et troncs peuvent avoir des formes harmonieuses ou singuli&#232;res, des surfaces lisses o&#249; rugueuses o&#249; les n&#339;uds et les bourgeons affleurent, sugg&#233;rant des mouvements furieux comme un &#233;quilibre plastique, si les combinaisons de courbes sont infinies, tordues et enchev&#234;tr&#233;es, les racines donnent souvent &#224; voir des organismes plus complexes. La partie &#233;merg&#233;e d'un arbre n'est souvent pas la plus importante. Chaque esp&#232;ce d'arbre &#224; son esp&#232;ce de racines. Pivotantes, lat&#233;rales, ramifi&#233;es, prolif&#233;rantes, aux fourchaisons spontan&#233;es, &#233;pousant les pierres l'architecture racinaire d&#233;pend de la texture du sol, de la pente du terrain, de la force des vents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les racines &#233;taient privil&#233;gi&#233;es pour fabriquer certaines pi&#232;ces de charpenterie navale. Elev&#233; par Metua Aro le constructeur de go&#233;lettes, le jeune Mara a d&#251; &#234;tre familiaris&#233; aux propri&#233;t&#233;s particuli&#232;res des racines d'arbres et au dessouchage d&#232;s son enfance,&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19259 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L407xH750/9_mara_v-c99b7.jpg?1680375843' width='407' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Vahin&#233; &#224; l'hibiscus en corail fossile
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De cette petite racine de &lt;i&gt;miki miki&lt;/i&gt;, en quelques coups de canifs Mara a fait sortir une geisha aux cheveux retenus en un gros chignon. Seuls le visage, le torse et les bras sont sculpt&#233;s. Le reste du corps &#233;pouse les formes naturelles du bois. Mara pouvait aller plus loin dans le minimalisme. Ainsi avec cette grande racine, longue de plus d'un m&#232;tre, dans laquelle il s'est content&#233; de tailler quatre visages. Le r&#233;sultat obtenu est saisissant de modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours dans la m&#234;me veine, ce tronc de &lt;i&gt;noni&lt;/i&gt;. Un simple visage et Mara donne &#224; voir une cr&#233;ature hybride, un esprit de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me proc&#233;d&#233; sur un tronc haut de plus d'un m&#232;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin encore une grande racine de &lt;i&gt;miki miki&lt;/i&gt;, cette fois il faut tourner autour pour d&#233;couvrir trois visages, voir apparaitre des corps contorsionn&#233;s, crucifi&#233;s, en gestation, comme les art&#232;res, les veines et les capillaires d'un circuit circulatoire r&#233;v&#233;l&#233; par une fluoroscopie v&#233;g&#233;tale. Une image dynamique non plus de ce qui est &#224; l'int&#233;rieur, mais de ce qui &#233;tait en dessous, &#224; la recherche de nourriture. Du temps solidifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieux tahitiens ont coutume de dire que la beaut&#233; de la femme, c'est ses cheveux. La femme des &#238;les soigne sa chevelure, cette chevelure chant&#233;e par Baudelaire. Enduite de mono&#239;, coiff&#233;e. Epaisse et longue, souvent retenue au-dessus de la t&#234;te en un chignon serr&#233;, elle n'en aura que plus de volume une fois le chignon d&#233;nou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de la chevelure revient souvent chez Mara, d'abord dans ces petites pi&#232;ces en corail o&#249; la femme se coiffe. Les cheveux sont alors travaill&#233;s &#224; longs coup de ciseau &#224; bois, qui strient le corail. C'est ainsi qu'il repr&#233;sentait g&#233;n&#233;ralement les cheveux, simplement &#224; coups de gouge pour les bois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite viennent ces pi&#232;ces o&#249; le corail brut est conserv&#233; pour figurer la chevelure, ces bouclettes, comme Mara les appelait. Le corail donne &#224; ses vahin&#233;s des airs de dames de qualit&#233; versaillaises du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, comme observait judicieusement Patrick O Reilly : &lt;i&gt;Une silhouette fine aux traits d&#233;licats surmont&#233;s d'une perruque boucl&#233;e. Ce visage est-il celui d'une femme de la Belle Epoque ou le profil de la Pompadour ? Nous h&#233;sitons. Mara, lui ; n'h&#233;site pas et intitule &#171; bouclette &#187;. C'est lui qui a raison. Ici c'est le cheveu qui compte. Nous sommes plus pr&#232;s d'une figure destin&#233;e &#224; la vitrine d'un coiffeur pour dames que d'une pi&#232;ce de mus&#233;e. Mara ignore les habitudes f&#233;minines de l'Occident ; il n'a bien s&#251;r, jamais rencontr&#233; une &#171; femme en bigoudis &#187;. Sinon cette l&#233;gende se serait impos&#233;e &#224; lui.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les pi&#232;ces exceptionnelles retrouv&#233;es, cette pi&#232;ce unique. Le corail brut est conserv&#233; pour figurer la chevelure ch&#226;tain clair de cette t&#234;te. Cette petite pi&#232;ce haute d'une quinzaine de centim&#232;tres est sign&#233;e MARA V et est en parfait &#233;tat de conservation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois comme c'est le cas avec cette sculpture en corail, la chevelure devient totalement extravagante, surr&#233;aliste m&#234;me, cette femme coiff&#233;e d'ailerons&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara faisait de m&#234;me avec le bois, ici on voit une vahin&#233; dans une pose &#233;trange, les cheveux retenus en une natte qui lui tombe jusqu'aux pieds. Il n'h&#233;sitait pas &#224; utiliser admirablement les d&#233;fauts du bois, les n&#339;uds, les boursoufflures, pour en tirer ce qui lui venait &#224; l'esprit, comme sur cette autre pi&#232;ce, un bois flott&#233; o&#249; seul le visage est sculpt&#233;, le chignon &#233;tant une forme naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Mara est all&#233; encore plus loin : en sculptant un visage sur ce tronc, il fait de l'arbre entier une chevelure flottante&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitants de Rurutu, l'&#238;le natale de Mara, sont connus pour leur artisanat, et particuli&#232;rement leur dext&#233;rit&#233; &#224; tresser des chapeaux en pandanus. Des chapeaux solides mais aussi d'une grande d&#233;licatesse d'ex&#233;cution. Pour la messe du dimanche aux Australes, les femmes arborent des chapeaux d'une complexit&#233; incroyable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait qu'enfant, Mara pr&#233;f&#233;rait tresser des chapeaux au travail dans la tarodi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve parfois de ces chapeaux des Australes sur ces bustes en corail. Mais plus g&#233;n&#233;ralement, la diversit&#233; des coiffes de ses personnages sculpt&#233;s en ferait presque un th&#232;me &#224; part enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien s&#251;r le classique chapeau de paille qui revient souvent, la couronne de fleurs, mais aussi d'&#233;tranges bonnets, parfois de vraies tiares hautes d'un m&#232;tre lorsqu'il se met &#224; repr&#233;senter les pr&#234;tres des anciens temps. Toute la fantaisie de Mara se retrouve dans cette panoplie de couvre-chefs. Mais &#231;a peut aller beaucoup plus loin que de la simple fantaisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet homme au chapeau de paille en corail en est l'illustration : Mara est all&#233; travailler le corail jusqu'&#224; l'&#233;vider. Dans sa partie la plus fine cette sculpture n'est &#233;paisse que de quelques millim&#232;tres. Une merveille de d&#233;licatesse qui se briserait en miettes au moindre choc, et un miracle qu'elle nous soit parvenue intacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet homme au chapeau est aussi sans doute un hommage du sculpteur &#224; son &#238;le. Il a voulu rendre compte d'un savoir-faire artisanal exceptionnel en r&#233;alisant cette pi&#232;ce tout aussi spectaculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapeau vient de la couronne, et de la couronne de fleurs pour les chapeaux f&#233;minins. En Europe les chapeaux de plus en plus compliqu&#233;s ne sont venus se substituer aux couronnes de fleurs qu'au dix-huiti&#232;me si&#232;cle. En Polyn&#233;sie o&#249; le soleil tape fort toute l'ann&#233;e, les chapeaux europ&#233;ens ont d&#251; conna&#238;tre un succ&#232;s consid&#233;rable jusqu'&#224; ce que les casquettes ne s'imposent et ne les rel&#232;guent &#224; la messe du dimanche, ou elles seraient mal vues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant Mara nous appara&#238;t tortur&#233; lorsqu'il illustre le th&#232;me de la famille, autant il semble devenir simple, calme et bienheureux lorsqu'il se met &#224; repr&#233;senter le couple. Il y d'abord cette &#339;uvre de jeunesse, ce bois travaill&#233; en facettes sign&#233; Vaiere Mara. Le couple est enlac&#233;, la femme l&#232;ve des au ciel des yeux grands ouverts. L'homme est souriant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite cette autre &#339;uvre de jeunesse, monumentale celle-l&#224;, pr&#232;s de trois m&#232;tres. Un bas-relief figurant six couples, ou plut&#244;t six fois le m&#234;me couple d'amoureux, qui est une sorte d'autoportrait. Le th&#232;me des amoureux enlac&#233;s est d&#233;clin&#233; de nombreuses fois, souvent des troncs entiers o&#249; les formes du bois deviennent des corps amoureux, parfois coiff&#233;s d'&#233;tranges chapeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara nous livre quelques pi&#232;ces en corail d'une facture assez classique sur ce th&#232;me, qu'un &#339;il non avertit prendrait facilement pour des pl&#226;tres acad&#233;miques europ&#233;ens. Ces pi&#232;ces en corail ont m&#234;me un c&#244;t&#233; m&#233;di&#233;val, elles sont pourtant contemporaines du rhinoc&#233;ros habill&#233; en dentelles de Salvador Dali&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi ces profils d'amoureux qui se regardent l'un l'autre. Difficile de faire plus simple. Mara n'&#233;tait pas un homme compliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une variante int&#233;ressante, les amoureux qui regardent ensemble dans la m&#234;me direction, en profils perdus, ont &#233;t&#233;s d&#233;clin&#233;s en bois et en corail.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19260 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/10_mara_v.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH434/10_mara_v-e68f0.jpg?1680375843' width='500' height='434' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaoere Mara &#8212; M&#232;re &#224; l'enfant en corai
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a ce magnifique escalier sculpt&#233; par Mara chez B&#233;linda Hart, l'ancienne directrice du mus&#233;e Gauguin. Un couple de deux femmes &#233;troitement enlac&#233;es, couronn&#233;es de hautes coiffes piqu&#233;es de fleurs. L'attitude est proche de celles des nombreuses m&#232;res &#224; l'enfant que Mara produisait en s&#233;rie, cadeaux pour les naissances, mais les deux personnages sont adultes. On pense &#224; des s&#339;urs&#8230; Encore une &#339;uvre myst&#233;rieuse o&#249; le sculpteur s'est content&#233; de suivre la forme du tronc, et de r&#233;v&#233;ler ce qu'il cachait&#8230; Deux dryades en l'occurrence. Les dryades, figures divines pr&#233;sidant au culte des arbres et de la for&#234;t, sont g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233;es comme des cr&#233;atures tr&#232;s timides qui se montrent rarement. Ces deux divinit&#233;s foresti&#232;res, tout droit sorties des M&#233;tamorphoses d'Ovide, pourraient aussi bien &#234;tre des Mokorea de la mythologie polyn&#233;sienne. Fortes et robustes mais aussi douces et bienveillantes, les dryades appartiennent &#224; la famille des dames blanches. Les mokorea seraient plut&#244;t membres de celle des dames rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On terminera avec cette petite sculpture en bois dur o&#249; les visages des amoureux &#233;mergent d'une sorte de corps en fusion symbolisant l'union charnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mi-chemin entre le village de Avera dont est natif Vaiere Mara et le chef-lieu Moerai, sur la route on tombe sur des masses rocailleuses qui &#233;voquent le travail du sculpteur. A Avera les anciens se souviennent tr&#232;s bien de Mara. Antonio Lacour habitait en face de la maison familiale des Mara. C'&#233;tait un cousin &#224; sa m&#232;re. Il d&#233;voile ses souvenirs et fait souvent voir une statuette en bois dont Mara lui a fait cadeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mamie Repeta habite non loin de chez Antonio. C'est la doyenne du quartier et elle a grandi avec Mara. Elle se souvient bien du petit Vaiere Mara, particuli&#232;rement d'une sayn&#232;te de th&#233;&#226;tre qu'ils avaient mont&#233; &#224; l'&#233;cole d'apr&#232;s le loup et l'agneau, &#224; l'occasion de la venue du gouverneur. Mara incarnait l'agneau, et son interpr&#233;tation avait particuli&#232;rement amus&#233; l'assistance. Elle avait des sculptures qui ont disparu lors de son d&#233;m&#233;nagement. Elle se souvient qu'&#224; la fin de ses jours, le sculpteur voulait revenir terminer sa vie &#224; Rurutu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a encore de la famille Mara &#224; Rurutu. Le cousin germain du sculpteur sculpte aussi, Veihi Mara. Un de ses fils aussi est sculpteur, Jean-Marie Mara. Un muet install&#233; &#224; Tahiti &#224; la presqu'&#238;le. C'est ici qu'est conserv&#233; le &lt;i&gt;umete&lt;/i&gt; qui servait &#224; Metuaaro pour p&#233;trir le pain. Ainsi que la grande scie qui lui servit &#224; la construction des go&#233;lettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chor&#233;graphe Olivier Lenoir, de passage dans sa famille, se souvient tr&#232;s bien de son oncle Vaiere Mara. Mara a deux s&#339;urs encore en vie, Tavai et Taurua Vahine. Elles sont sur Tahiti en ce moment. Elles sont encore saines d'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christian David est aujourd'hui le seul sculpteur de l'&#238;le. Il est n&#233; &#224; Tubua&#239; mais a grandi &#224; Rurutu. Il travaille surtout sur commande et ne cherche pas &#224; exposer ailleurs qu'&#224; Rurutu. Il a beaucoup entendu parler de Mara et sa maman avait une sculpture en corail, un visage de femme qui l'a influenc&#233;. C'est cette sculpture qui lui a donn&#233; envie de travailler le corail. Il a commenc&#233; par en faire des copies avant de trouver son propre style. Il a vu une autre pi&#232;ce en corail de Mara dans une pension en ville. Une m&#232;re &#224; l'enfant. C'est le p&#232;re du propri&#233;taire qui en avait fait cadeau &#224; sa femme aujourd'hui d&#233;c&#233;d&#233;e. Leur fils Louis Amuta est un vieil homme qui vit aujourd'hui &#224; Raiatea. Il a &#233;t&#233; condisciple de Mara &#224; Papeete. Il &#233;clate encore de rire tout seul lorsqu'il se souvient de Mara gardien de but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alphonse le beau-fr&#232;re de David Christian, a lui aussi bien connu Mara &#224; Tahiti. Il se souvient l'avoir accompagn&#233; dans la grotte de Peva chercher des blocs de stalactiques cass&#233;s dont Mara avait fait des sculptures apr&#232;s les avoir ramen&#233;s &#224; Tahiti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara revenait parfois &#224; Rurutu pour se fournir en bois. Il en remplissait des caisses qu'il exp&#233;diait sur Tahiti en bateau. Il pouvait aller ramasser des souches de &lt;i&gt;aito&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;miro&lt;/i&gt; qu'il chargeait dans des sacs en toile de jute sur des chevaux. Parfois, ils allaient chercher du bois en pirogue, dans les endroits inaccessibles &#224; cheval, au pied des falaises de l'&#238;le. Alphonse avait un film d'une de ces exp&#233;ditions film&#233; par un photographe de l'&#233;poque, qu'il a &#233;gar&#233; depuis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le week-end, on fait encore le four tahitien &#224; Rurutu. On pr&#233;pare encore le &lt;i&gt;poi&lt;/i&gt;, la p&#226;te de &lt;i&gt;taro&lt;/i&gt;, &#224; l'aide d'un pilon en corail. Mara s'est certainement souvenu de ces pilons apr&#232;s le passage du cyclone sur Tahaa, lorsqu'il se mit &#224; travailler le corail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande s&#339;ur de Vaiere, Ouauuraivaiotaa Mara aujourd'hui &#226;g&#233;e de 89 ans vit chez elle &#224; Papara. Comme Veia, elle ne parle pas fran&#231;ais. Sa ni&#232;ce Naumi poss&#232;de &#233;norm&#233;ment de photos de la famille. En cherchant dans ses albums elle retrouve plusieurs photos de Vaiere ainsi que sa g&#233;n&#233;alogie, des photos du p&#232;re de Vaiere et m&#234;me une photo de son grand-p&#232;re, le fameux Metua Aro. Metua Aro avait trois fr&#232;res et deux s&#339;urs cheffesses de districts. Atora Mara avait beaucoup d'autorit&#233; sur lui. D'apr&#232;s la tradition familiale Metua Aro et ses fr&#232;res avaient des surnoms car ils avaient organis&#233; le meurtre d'un des derniers rois de l'&#238;le et de tous ses gardes. On parle encore de lui comme de l'instigateur de la guerre &#224; Avera. Je n'ai trouv&#233; mention de cette histoire dans aucun livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un entretien avec la grande s&#339;ur de Vaiere aura confirm&#233; ce qu'on savait d&#233;j&#224; de son enfance. Sa m&#232;re est morte alors qu'il avait deux ans et son p&#232;re s'est ensuite remari&#233;. La s&#339;ur de Vaiere se souvient &#233;galement de leur belle-m&#232;re comme d'une femme tr&#232;s m&#233;chante, qui les d&#233;testait &#224; tel point que les huit enfants se sont retrouv&#233;s &#233;parpill&#233;s&#8230; D'apr&#232;s la s&#339;ur de Vaiere Mara leur arri&#232;re arri&#232;re grand-m&#232;re venait de Rarotua Aitutaki. A l'&#233;poque la coutume voulait que lorsqu'un roi arrive dans un pays le roi du pays lui offre sa fille. C'est ainsi que l'anc&#234;tre des Mara est revenu de Aitutaki avec la fille du roi. C'&#233;tait un des enfants du dernier roi de Raiatea Tamatoa 6 dont la m&#232;re a r&#233;gn&#233; &#224; Huahine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait toute l'influence qu'ont eu les sculptures et les tapas polyn&#233;siens sur la formation du cubisme et les recherches des surr&#233;alistes. A l'&#233;poque dans les ann&#233;es 1920 on parlait beaucoup d'aventure esth&#233;tique. Avec le recul cette aventure peut sembler n'avoir &#233;t&#233; beaucoup que l'oubli d'une tradition occidentale au b&#233;n&#233;fice d'une sorte de pillage des traditions plastiques extra europ&#233;ennes. On ne parlait pas encore d'appropriation culturelle. On mettait au-dessus de tout l'originalit&#233; et le d&#233;ni des principes ent&#233;rin&#233;s. Le conformisme &#233;tait devenu l'ennemi de l'exp&#233;rience individuelle du cr&#233;ateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cubisme est n&#233; avec C&#233;zanne et ses disciples qui ont &#233;t&#233;s se ressourcer chez les primitifs italiens avant d'en arriver &#224; se tourner vers les peuplades qu'on qualifiait alors de primitives, c'est-&#224;-dire l'Afrique et l'Oc&#233;anie. Le f&#233;tiche sauvage contenait tout ce que la vie civilis&#233;e avait perdu de suprasensible. Entre le cubisme et le surr&#233;alisme il y a eu le dada&#239;sme, dont le principe se r&#233;sumait &#224; la n&#233;gation de tous les syst&#232;mes et la destruction de toutes les valeurs admises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Polyn&#233;sie, s'il y a une hi&#233;rarchie des disciplines artistiques, la danse se classe en haut en termes de popularit&#233;, c'est une pratique quotidienne pour une partie importante de la population. En deuxi&#232;me place par le nombre, les artisans sculpteurs, 5200 cartes de sculpteurs inscrits au service de l'artisanat traditionnel. Il y a pourtant un probl&#232;me de m&#233;moire de ces deux disciplines artistiques. Aucun livre n'a &#233;t&#233; consacr&#233; &#224; Madeleine Moua o&#249; Coco Hotahota, qui ont &#233;crit toute l'histoire de la danse tahitienne depuis sa renaissance. Les sculpteurs importants comme Joseph Kimitete et Vaiere Mara ont sombr&#233; dans un parfait oubli. Heureusement Mara avait eu droit &#224; un livre, ce qui est exceptionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut faire le constat que l'on se souvient pourtant beaucoup plus des peintres occidentaux que des sculpteurs et des chefs de troupe indig&#232;nes : Gauguin bien s&#251;r, mais aussi Morillot, Jacques Boullaire, Ravello et Bobby Holcomb. Tous ont &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;s par des publications et des expositions r&#233;trospectives. On peut peut-&#234;tre en partie expliquer ce retard des sculpteurs pour des raisons mat&#233;rielles : la sculpture pose des probl&#232;mes de transport et de mise en espace bien plus lourds que la peinture. Pourtant la peinture n'est pas un art polyn&#233;sien. Tous les peintres cit&#233;s sont &#233;trangers. L&#233;on Taerea, probablement le peintre polyn&#233;sien le plus important, n'a encore eu droit &#224; aucune r&#233;trospective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &lt;i&gt;tiki&lt;/i&gt; authentique &#233;tait r&#233;alis&#233; &#224; des fins utilitaires et religieuses, avec des techniques ancestrales correspondant &#224; celles de l'&#226;ge de la pierre polie : herminettes en bois et en pierres, gouges en os et dents de requins. Un &lt;i&gt;tiki&lt;/i&gt; r&#233;alis&#233; de nos jours n'a qu'une raison d'&#234;tre mercantile et un usage d&#233;coratif. M&#234;me chose pour les &lt;i&gt;tiki&lt;/i&gt; &#224; la mode sculpt&#233;s dans des planches de surf et expos&#233;s en galerie d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un stand d'artisanat au march&#233; d'Uturoa, on peut voir des sculptures tr&#232;s influenc&#233;es par le style Mara, pour ne pas dire des copies conformes. Ces bois sont vendus au prix fort aux croisi&#233;ristes en escale. Le style Mara a pu ainsi se transmettre de personne &#224; personne, et il suffit parfois de conna&#238;tre une seule pi&#232;ce pour &#234;tre durablement influenc&#233;. Je pr&#233;sume que parmi les 5200 artisans sculpteurs recens&#233;s en Polyn&#233;sie, un certain nombre doit &#234;tre influenc&#233; par la production de Vaiere Mara, souvent m&#234;me sans conna&#238;tre son nom&#8230; Parfois avoir &#233;t&#233; en contact avec une seule de ses sculptures aura influenc&#233; toute la production d'un sculpteur. Mara, un artiste dont la production est indiscutablement significative pour comprendre le d&#233;veloppement possible d'un art oc&#233;anien moderne. Mais il serait vain de dresser une liste de noms, conna&#238;tre son &#339;uvre suffira pour que chacun puisse de faire son id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19261 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Personnage mythologique
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19262 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;49&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Visage dans une pierre dure
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19263 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; De-retour &#224; Rurutu &#224; la fin de sa vie
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Vaiere Mara &#8212; Buste de femme au chapeau des Australes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>L'&#233;cole de Muta Mayola</title>
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		<dc:date>2023-05-05T10:34:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jonathan Bougard</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>sculpture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Car, &#224; la veille de l'ind&#233;pendance du Congo, Brazzaville fut &#224; la pointe d'une nouvelle expression culturelle et artistique issue des pratiques traditionnelles de l'arri&#232;re-pays en confrontation avec celles d&#233;riv&#233;es de l'action culturelle urbaine de l'administration coloniale fran&#231;aise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Luc Aka Evy&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH119/arton2270-6282e.jpg?1772298940' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='119' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Car, &#224; la veille de l'ind&#233;pendance du Congo, Brazzaville fut &#224; la pointe d'une nouvelle expression culturelle et artistique issue des pratiques traditionnelles de l'arri&#232;re-pays en confrontation avec celles d&#233;riv&#233;es de l'action culturelle urbaine de l'administration coloniale fran&#231;aise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Luc Aka Evy&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la pauvret&#233; des sources &#233;crites et leur difficult&#233; d'acc&#232;s, la m&#233;moire de Muta Mayola est rest&#233;e vive aux deux Congo du fait du grand nombre de ses disciples, qui ont eux-m&#234;mes eu des &#233;coles. Il s'agit incontestablement du sculpteur congolais le plus influent du vingti&#232;me si&#232;cle, et certainement du premier artiste moderne d'un pays &#224; peu de choses pr&#232;s vid&#233; de son riche patrimoine artistique. Vide du fait d'abord de l'absence d'&#233;criture des anciens royaumes, de la diversit&#233; des peuples et de la vocation utilitaire des objets, ensuite de la colonisation dont l'impact &#224; transform&#233; en profondeur leurs modes de fabrication, leur nature et les modalit&#233;s de leur diffusion. Vide aussi du fait des politiques contradictoires des diff&#233;rents r&#233;gimes souverains qui se sont succ&#233;d&#233; depuis les ind&#233;pendances, succession ponctu&#233;e de p&#233;riodes de guerre civile. On con&#231;oit que dans ce contexte douloureux, les priorit&#233;s de la nation congolaise n'aient pas &#233;t&#233; d'&#233;tablir les catalogues raisonn&#233;s de ses artistes fondateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; vers 1880 sur des terres coutumi&#232;res T&#233;k&#233; du district de Brazzaville, Muta Mayola est &#224; l'origine au Congo Brazzaville vers 1930 de ce qui appara&#238;t avec le recul des ann&#233;es comme un mouvement artistique singulier, qui n'a &#233;t&#233; l'objet d'aucune &#233;tude en dehors d'un essai de Marion Johnson publi&#233; en 1952 dans la revue britannique &lt;i&gt;The Studio&lt;/i&gt;, et surtout d'un important texte du docteur Jean-Luc Aka Evy paru d&#232;s 2002 dans le catalogue de l'exposition &lt;i&gt;&#171; l'&#233;b&#232;ne noire dans la sculpture congolaise &#187;&lt;/i&gt; (Beijing 2002). Ce texte a &#233;t&#233; revu une premi&#232;re fois pour une publication dans la revue &lt;i&gt;Pr&#233;sence Africaine&lt;/i&gt; en 2003 sous le titre &#171; Consid&#233;rations historiques sur les tendances actuelles de la sculpture congolaise moderne &#187;. L'auteur l'a de nouveau revu et r&#233;vis&#233; pour les &lt;i&gt;Cahiers d'&#233;tudes africaines&lt;/i&gt; en 2010, sous le titre (Les arts au creuset de la pens&#233;e congolaise contemporaine &#187;. Jean-Luc Aka Evy occupait alors le poste de Directeur G&#233;n&#233;ral des Arts et Lettres au Minist&#232;re des Arts et de la Culture congolais. En contact direct avec tout ce que le pays comptait d'artistes, il ne pouvait &#234;tre mieux inform&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre ces deux sources d'informations essentielles, soixante ann&#233;es de blanc. Aucune analyse, aucun passage en vente publique, aucune volont&#233; d'&#233;tablir un catalogue r&#233;trospectif permettant de se repr&#233;senter ce qui se joue dans l'&#339;uvre de Muta Mayola et de ses nombreux disciples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Aka Evy &#171; Il est malheureusement impossible aujourd'hui de trouver les &#339;uvres de cet artiste dont la plupart furent &#8221;achet&#233;es&#8221; ou c&#233;d&#233;es aux chefs de terre t&#233;k&#233;. &#187; Impossible au Congo peut-&#234;tre mais pas &#224; l'&#233;tranger, o&#249; se trouvent un grand nombre d'&#339;uvres d'art africain de la p&#233;riode coloniale, particuli&#232;rement en France et en Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui install&#233; &#224; Katmandou, c'est le peintre et collectionneur de putalis n&#233;palaises Vincent Greby qui m'a fait d&#233;couvrir un grand masque en weng&#233; sign&#233; Gr&#233;goire Massengo. L'objet m'a tout de suite beaucoup plu, autant pour ses qualit&#233;s intrins&#232;ques que par le fait qu'il soit &#224; peu pr&#232;s contemporain des &#339;uvres de Vaiere Mara, sculpteur polyn&#233;sien auquel je venais de consacrer plusieurs ann&#233;es d'enqu&#234;te. Nous avons fait affaire et j'ai accroch&#233; ce masque chez moi, avec l'id&#233;e d'entreprendre quelques recherches. Quelques temps plus tard, je recevais la visite d'un ami qui tombait en arr&#234;t devant ce masque. Il avait une cave pleine de ce genre de sculptures que ses grands-parents instituteurs avaient ramen&#233;s du Congo peu avant l'ind&#233;pendance. Nous y sommes all&#233;s. La plupart des sculptures &#233;taient sign&#233;es sous la base, ce dont il ne s'&#233;tait jamais rendu compte. C'est ainsi que je tombais sur un premier buste sign&#233; Mayola, et localis&#233; Nouvelle-Cit&#233; avenue Dibaya.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19371 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/2-mayola.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH307/2-mayola-c8188.jpg?1683293215' width='500' height='307' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A partir de ce jour, la recherche des &#339;uvres et des sculpteurs de cette &#233;cole est devenue l'essentiel de mes activit&#233;s. Ainsi en une ann&#233;e et demi de recherches entre la France, la Belgique et les Etats-Unis, il m'aura &#233;t&#233; possible de retrouver un ensemble de sept sculptures sign&#233;es Mayola, auquel on peut adjoindre deux sculptures non sign&#233;es qui peuvent lui &#234;tre attribu&#233;es, trois sculptures sign&#233;es par des &#233;l&#232;ves de son atelier et des photographies d'&#339;uvres disparues. Ce corpus d'&#339;uvres d&#233;sormais constitu&#233; permet d'attester que Muta Mayola n'est pas une l&#233;gende et de se faire une id&#233;e de sa production, de son &#233;volution et de son influence sur l'art africain du vingti&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de cet article est de rendre public ce corpus d'&#339;uvres, pour maigre qu'il soit encore, afin qu'elles permettent &#224; tout un chacun de reconna&#238;tre Mayola et d'identifier clairement ses cr&#233;ations, qui n'ont encore &#233;t&#233; r&#233;f&#233;renc&#233;es nulle part. Tous les jours en France passent en salle des ventes des &#339;uvres appartenant &#224; cette &#233;cole du Congo Brazzaville, de Kingoma pr&#233;cis&#233;ment. On en trouve &#233;galement un grand nombre chez les antiquaires et les brocanteurs. Davantage encore sommeillent dans les caves et les greniers de la descendance des coloniaux. Car la production de l'&#233;cole de Mayola a commenc&#233; &#224; &#234;tre consid&#233;rable &#224; partir des ann&#233;es cinquante. A l'&#233;poque la sculpture nourrissait son homme au Congo. Mayola a sign&#233; ses &#339;uvres &#224; partir des ann&#233;es 1930, il a &#233;t&#233; actif jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1950, et ne vivait que de la vente de son art. Si on envisage une centaine de statuettes sign&#233;es produites par an, ce qui semble un minimum, on arrive &#224; plusieurs milliers d'objets. Beaucoup n'ont pas d&#251; nous parvenir, mais toutes n'ont certainement pas disparu. Dans les ann&#233;es &#224; venir ses &#339;uvres vont continuer &#224; r&#233;appara&#238;tre, surtout de petites pi&#232;ces mais aussi certainement des pi&#232;ces importantes. Le sculpteur reste myst&#233;rieux mais on finira par bien le conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19372 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH723/3-mayola-73670.jpg?1683293215' width='500' height='723' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Choix d'objets d'art caract&#233;ristiques de l'&#233;cole de Muta Mayola.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les nombreux &#233;l&#232;ves de Muta Mayola ont beaucoup produit. Les plus c&#233;l&#232;bres sont ses neveux Gr&#233;goire Massengo et Benoit Konongo, consid&#233;r&#233;s comme les p&#232;res de la sculpture congolaise. Parmi les plus notables il faut encore citer le prolifique Joseph Bansimba, le vagabond Edouard Malonga, le probl&#233;matique Daniel Bouesso, le pr&#233;coce Joachim Babimbamana dit Baby Damana, M Bondji l'invisible, le professeur Deskobet qui signait aussi Dekobet, Bidounga &#224; Kingoma l'ancien, le myst&#233;rieux Tomto dont on ne conna&#238;t qu'une m&#232;re &#224; l'enfant exceptionnelle, Bamza Mahoungou le ma&#238;tre des fumeurs de pipe, Julien Diandaha le sp&#233;cialiste de l'&#233;b&#232;ne noire, Dominique Ntembe le continuateur de Massengo. Liste &#224; laquelle il faut rajouter Joseph Mketelela, Joseph Louhou, Louya, Jean Mbahouka, Donatien Mbemba, Mobak&#233;, Mounkala, Patrice Mbongo, Mketelela, Basile Manzouna, Fulgence Youlou et Lubemba. Et m&#234;me le fran&#231;ais Roger Favin, qui dans les ann&#233;es cinquante, apr&#232;s avoir produit d&#232;s les ann&#233;es 30 un grand nombre de t&#234;tes africaines d'inspiration gabonaise, se mit &#224; signer des bustes congolais typiques de l'&#233;cole de Mayola. Sans oublier les enfants de ces sculpteurs, dont beaucoup ont repris le flambeau, jusqu'&#224; le transmettre &#224; leur tour &#224; leurs enfants. Encore ne parle-t-on l&#224; que des ma&#238;tres sculpteurs, assez r&#233;put&#233;s pour signer leurs &#339;uvres. Car si un certain nombre d'&#339;uvres de ces artistes congolais sont sign&#233;es, un plus grand nombre encore ne le sont pas. La ligne est mince entre l'artiste et l'artisan congolais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que peu connus des africanistes en g&#233;n&#233;ral, les travaux des principaux acteurs de l'&#233;cole de Mayola ont &#233;t&#233; quelquefois class&#233;s et cit&#233;s (par Jan Savina notamment) comme relavant d'une cat&#233;gorie nouvelle qualifi&#233;e (avec une esp&#232;ce d'&#233;pouvante navr&#233;e) d'&lt;i&gt;art d'a&#233;roport&lt;/i&gt; &#224; partir des ann&#233;es 1960, mais principalement ignor&#233;s. Savina classait Massengo qu'il connaissa&#238;t par ses &#171; bustes typiques &#187; dans l'art touristique. Pour le congolais Aka Levy, Massengo est un des p&#232;res de la sculpture congolaise moderne. On voit comme de l'int&#233;rieur, le regard port&#233; sur les cat&#233;gories o&#249; tendances se nuance et diverge de celui d'un observateur &#233;tranger, tout aussi savant soit-il comme Jan Savina, et comme les traditions se font et se d&#233;font, peut-&#234;tre de plus en plus vite. Quoi qu'il en soit, il me semble assez audacieux de cat&#233;goriser d'art d'a&#233;roport, c'est-&#224;-dire de souvenirs pour touristes, des &#339;uvres qui peuvent attendre une taille de deux m&#232;tres pour un poids de plusieurs centaines de kilos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce mouvement ait &#233;t&#233; ignor&#233; par les historiens de l'art contemporains &#224; son &#233;mergence on le con&#231;oit ais&#233;ment. Il est plus &#233;tonnant qu'aujourd'hui personne ne s'y int&#233;resse encore en France, &#224; l'heure o&#249; un certain nombre d'expositions d'envergure commencent &#224; dresser le tableau de ce que fut cet art touristique o&#249; d'a&#233;roport en Europe, et &#224; lui reconna&#238;tre une valeur ethnographique certaine, historique &#233;vidente, et parfois artistique. Expositions importantes au London Bank River, au Mus&#233;e Ethnographique de Lausanne ainsi qu'au Mus&#233;e Pitt Rivers en Hollande par exemple. Le Mus&#233;e Royal d'Ethnologie de Leyde a r&#233;cemment d&#233;vou&#233; une salle d'exposition permanente &#224; cet art d'a&#233;roport si d&#233;cri&#233; par des historiens de l'art amateurs de belles provenances et de patines crouteuses c&#233;r&#233;monielles, mais trop souvent imperm&#233;ables &#224; l'originalit&#233; d'un objet comme &#224; sa qualit&#233; d'ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour trouver une &#233;cole africaine &#224; peu pr&#232;s &#233;quivalente &#224; l'&#233;cole de Mayola, &#224; la m&#234;me &#233;poque on peut citer la dynastie de sculpteurs Fakeye au Nig&#233;ria. Leurs &#339;uvres ont &#233;t&#233; beaucoup plus document&#233;es et fait l'objet de plusieurs r&#233;trospectives importantes aux Etats-Unis, notamment au Metropolitan Museum of Art en 1999. Leur influence a pourtant &#233;t&#233; bien moindre dans le champ culturel africain que celle de Muta Mayola et de ses h&#233;ritiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on ne trouve pas tant d'&#233;quivalents &#224; Mayola que &#231;a. Mayola dut voir le jour vers 1880. Sikire Kambire (1896 1963), lui fut &#224; peu de choses pr&#234;t contemporain. Maitre sculpteur Lobi, il fait partie des rares sculpteurs africains de l'&#233;poque dont on connaisse le travail, en grande partie gr&#226;ce aux commandes que lui passa Henri Labouret. Kambire ne fut pourtant pas innovant comme l'a &#233;t&#233; Mayola, il n'a pas non plus &#233;t&#233; &#224; l'origine d'un vaste mouvement artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est bien ce dont il est question avec Mayola, un vaste mouvement artistique, une profusion d'&#339;uvres qui sont rest&#233;es vierges de tout discours, de toute conceptualisation, durant plus de sept d&#233;cennies de circulation et de passages en ventes, publiques ou priv&#233;es. Ce n'est pas par hasard, car la singularit&#233; de ces &#339;uvres les rend difficiles &#224; envisager dans leur enti&#232;ret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tr&#232;s grand nombre d'&#339;uvres appartenant &#224; l'&#233;cole de Mayola sont conserv&#233;es en France. A l'heure o&#249; ses contemporains les premiers artistes africains sont red&#233;couverts, comme le ma&#238;tre sculpteur nig&#233;rian de la tradition yor&#249;b&#225; Moshood Ol&#250;&#7779;&#7885;m&#7885; B&#225;migb&#243;y&#232; (ca. 1885&#8211;1975) qui a fait l'objet d'une exposition &#224; la Yale University Art Gallery jusqu'en janvier 2023, il appara&#238;t l&#233;gitime de s'int&#233;resser &#224; ce qui s'est jou&#233; autour de Muta Mayola au Congo Brazzaville &#224; l'&#233;poque coloniale, et de rendre justice &#224; une &#233;cole d'artistes reconnus de leur vivant mais tomb&#233;s dans un relatif oubli. Cela ne pourra se faire qu'en France puisque c'est l&#224; que se trouvent la grande majorit&#233; des productions historiques de cette &#233;cole, toujours active au Congo mais dont les repr&#233;sentants contemporains travaillent d&#233;sormais essentiellement pour une client&#232;le d'expatri&#233;s chinois, en l'occurrence les cadres de l'industrie foresti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fond repr&#233;sentatif d'une centaine de pi&#232;ces importantes est d&#233;sormais constitu&#233;. Un plus grand nombre d'&#339;uvres conserv&#233;es dans des collections priv&#233;es ou publiques sont identifi&#233;es. Un gros travail d'&#233;criture a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;. Il est donc d&#232;s maintenant possible de monter une exposition r&#233;trospective de ce que fut l'&#233;cole de Muta Mayola, et de la faire sortir du grenier o&#249; elle patiente depuis des ann&#233;es. Mais beaucoup reste &#224; faire, et en premier lieu aller sur place au Congo, afin de recueillir les t&#233;moignages des descendants de ces sculpteurs, dont beaucoup ont repris le flambeau. Ce travail pourra faire l'objet d'enregistrements vid&#233;os puis d'un film documentaire, qu'il serait int&#233;ressant de programmer conjointement &#224; une exposition r&#233;trospective.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19373 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH694/4-mayola-c993d.jpg?1772222300' width='500' height='694' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Choix d'objets d'art caract&#233;ristiques de l'&#233;cole de Muta Mayola.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mayola &#224; Kingoma : de l'&#233;ducation traditionnelle &#224; l'&#233;ducation coloniale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;n&#233;ficiant d'une culture traditionnelle t&#233;k&#233;, Muta Mayola sculptait des objets pour les Chefs de Terres T&#233;k&#233; du district de Brazzaville au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle. Des objets de prestige tels que des coupes, des pipes aux fourneaux anthropomorphes, statuettes votives et g&#233;mellaires d'inspiration t&#233;k&#233;, statuettes d&#233;coratives de coqs et d'oiseaux, probablement aussi des objets utilitaires tels que des mortiers &#224; graine o&#249; &#224; tabac, des tables et des tabourets et certainement aussi des instruments de musique, la conception des tambours en particulier revenant &#224; ce genre de sculpteur traditionnel polyvalent. Enfin tout ce qui devait permettre &#224; un sculpteur traditionnel de servir sa communaut&#233; dans un cadre coutumier et d'assurer sa subsistance et celle de sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1900 le ph&#233;nom&#232;ne d'acculturation particulier aux peuples colonis&#233;s par les puissances occidentales &#233;tait bien enclench&#233;. Il est difficile de se repr&#233;senter ce que pouvait &#234;tre la vie quotidienne au village de Kingoma. Comment la population s'alimentait-elle en eau, par exemple ? Probablement en allant &#224; la rivi&#232;re, o&#249; au puits. On se prot&#233;geait comme on pouvait des insectes propagateurs de certains fl&#233;aux redoutables : maladie du sommeil, chol&#233;ra, paludisme et fi&#232;vre jaune ! Dans les anciens villages T&#233;k&#233; un chef de famille avait droit de vie ou de mort sur les membres de sa famille. Le chef du village dirigeait de nombreuses c&#233;r&#233;monies au cours desquelles les objets de prestiges sculpt&#233;s avaient un r&#244;le important. Le sculpteur et le forgeron &#233;taient des donc hommes importants, des notables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Balandier alors &#224; Brazzaville, cite dans sa &lt;i&gt;Sociologie actuelle de l'Afrique noire&lt;/i&gt; une enqu&#234;te sanitaire de 1948 qui atteste du caract&#232;re jeune de la population du Congo de l'&#233;poque : cette enqu&#234;te donne une moyenne de 5% de personnes &#226;g&#233;es de plus de 45 ans. La dur&#233;e de vie est m&#233;diocre et la mortalit&#233; infantile &#233;lev&#233;e. Toujours d'apr&#232;s Balandier, &#171; les Ba-T&#233;k&#233; se sont efforc&#233;s de limiter les contacts avec les europ&#233;ens en se repliant et en maintenant une sorte de conservatisme d&#233;fensif. &#187; Parmi les facteurs qui ont contribu&#233; &#224; cette r&#233;sistance, Balandier cite un attachement r&#233;el &#224; la terre, l'existence de chefferies, l'efficacit&#233; de l'organisation clanique et la participation &#224; une culture originale ayant une r&#233;elle ampleur. Les rares chefs couronn&#233;s encore reconnus en 1950 poss&#232;dent toujours, parmi les attributs mat&#233;riels de leur dignit&#233;, des objets hautement sacr&#233;s symbolisant les anc&#234;tres et les terres abandonn&#233;es (corbeilles des anc&#234;tres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Jean-Luc Aka Evy, Mayola avait d&#233;j&#224; un &#226;ge avanc&#233; lorsque ses sculptures attir&#232;rent l'attention des occidentaux vers 1930. Il commencera alors &#224; &#233;laborer ce que Aka Evy appellera &#171; la premi&#232;re rencontre moderne congolaise entre l'imaginaire urbain et le bois &#187;. On pourra longtemps disserter sur les apports de Muta Moyola &#224; la sculpture traditionnelle, dans quelle mesure ils furent audacieux, et dans quelle mesure ils rel&#232;vent d'un ph&#233;nom&#232;ne classique d'acculturation. A partir de 1930 sa production d&#251; ainsi commencer &#224; se diversifier, puisqu'il travaillait essentiellement &#224; la commande. Les europ&#233;ens n'attendaient certes pas de lui le m&#234;me genre d'objets que les Chefs de Terres T&#233;k&#233;. Mayola acquit ainsi la r&#233;putation d'un sculpteur capable de tout faire, et il d&#251; d&#233;velopper en parall&#232;le de ses cr&#233;ations utilitaires un style de statuettes hybride, qui doit peut-&#234;tre plus aux personnages taill&#233;s dans les grandes ivoires Vili qu'&#224; la statuaire T&#233;k&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mayola ne s'&#233;tant mis &#224; signer ses &#339;uvres que tardivement et probablement &#224; la demande de sa client&#232;le occidentale, toutes les &#339;uvres de sa premi&#232;re p&#233;riode peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme d&#233;finitivement perdues. En effet si certaines ont probablement &#233;t&#233; conserv&#233;es jusqu'&#224; nos jours il sera difficile de parvenir &#224; les lui attribuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs statuettes sign&#233;es de sa seconde p&#233;riode nous sont heureusement parvenues, repr&#233;sentatives de la diversit&#233; de ses &#339;uvres. Aucune n'est dat&#233;e, mais il semble possible en le comparant de suivre une &#233;volution, et de distinguer les plus anciennes des derni&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle qui est probablement la plus ancienne est une statuette d'un style naturaliste. Elle doit dater des ann&#233;es 1930. Haute d'une trentaine de centim&#232;tres, en bois de weng&#233; marron fonc&#233;, elle repr&#233;sente un homme v&#234;tu d'un pagne traditionnel le bras gauche repli&#233; sur l'&#233;paule comme s'il portait une charge. Peut-&#234;tre un chasseur de retour de la brousse. La t&#234;te est disproportionn&#233;e par rapport au corps. Le personnage est un petit homme du commun. On imagine que Mayola a d&#251; produire un certain nombre de ces figurines, dont le style et les dimensions ont &#233;t&#233; repris par &#233;norm&#233;ment de sculpteurs africains.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19374 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH717/5mayola-1b6be.jpg?1772222300' width='500' height='717' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t une autre statuette de guerrier en weng&#233; sign&#233; Mayola, sensiblement de m&#234;mes dimensions mais qui date des ann&#233;es 1950 alors qu'il &#233;tait install&#233; de l'autre c&#244;t&#233; du fleuve &#224; L&#233;opoldville. Le style du sculpteur s'est &#233;panoui dans les d&#233;tails et les proportions sont plus r&#233;alistes, la t&#234;te est moins grosse par rapport au corps. Deux d&#233;cennies doivent bien s&#233;parer ces deux guerriers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19375 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/6-mayola.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH251/6-mayola-c3968.jpg?1683293216' width='500' height='251' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une autre sculpture n'est pas sign&#233;e mais peut-&#234;tre attribu&#233;e &#224; Mayola sans trop de crainte de se tromper, puisqu'elle se trouvait avec d'autres pi&#232;ces sign&#233;es et qu'on y retrouve tout &#224; fait le style du chasseur &#224; la grosse t&#234;te. Il s'agit d'un fumeur de pipe en &#233;b&#232;ne. Ses bras sont maigres et son ventre rond.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19376 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/7-mayola.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH271/7-mayola-dbcdd.jpg?1772222300' width='500' height='271' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ensuite vient une coupe anthropomorphe d'une vingtaine de centim&#232;tres. Ce qui fait son originalit&#233; est qu'elle soit sign&#233;e. La coupe &#233;tait conserv&#233;e depuis plusieurs d&#233;cennies dans une famille de la c&#244;te d'azur fran&#231;aise, ce qui permet de pr&#233;sumer qu'elle date de la p&#233;riode Kingoma de Mayola. Si elle datait de la p&#233;riode belge, on l'aurait plut&#244;t retrouv&#233;e en Belgique. Cette coupe rel&#232;ve de l'art traditionnel, mais a elle d&#251; &#234;tre vendue &#224; des colons, pour se retrouver sur la c&#244;te d'azur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19377 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/8-mayola.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH326/8-mayola-ad0c8.jpg?1772222300' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On trouve ensuite une paire de beaux visages taill&#233;s dans un bois couleur miel. Des appliques, un homme et une femme. De petite dimension, une dizaine de centim&#232;tres, il s'agit presque de miniatures. Ils sont accompagn&#233;s d'un troisi&#232;me visage, plus grand, taill&#233; dans une pi&#232;ce de weng&#233;. Ce mod&#232;le de visages caract&#233;ristiques continue d'&#234;tre produit par plusieurs ateliers congolais avec des variantes. Ils ont &#233;galement &#233;t&#233; reproduis en s&#233;rie au Cameroun dans les ann&#233;es soixante, puis dans d'autres pays comme le Tchad jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19378 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/9-mayola.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH288/9-mayola-d32e0.jpg?1683293216' width='500' height='288' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enfin vient ce buste d'homme souriant, cet africain au sourire, dont l'expression contraste si fortement avec les visages ferm&#233;s qui caract&#233;risent les cr&#233;ations de tous les disciples de Mayola. Il doit s'agir d'un des tous premiers bustes en weng&#233;, et on est encore loin de la ma&#238;trise de ce bois tr&#232;s dur &#224; tailler dont le sculpteur fera preuve un peu plus tard, &#224; partir du milieu des ann&#233;es quarante. On est aussi tr&#232;s loin des dimensions spectaculaires des bustes en weng&#233; que r&#233;aliseront bient&#244;t ses neveux Massengo et Konongo. Le buste est un coup d'essai encore maladroit, les yeux ne sont pas tr&#232;s bien dessin&#233;s, les oreilles ne sont pas sym&#233;triques, m&#234;me si on est face &#224; un objet d&#233;j&#224; beaucoup plus travaill&#233; que ces t&#234;tes d'africains en &#233;b&#232;ne qu'on vendait aux blancs &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19379 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/10-mayola.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH303/10-mayola-78b87.jpg?1772222300' width='500' height='303' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici pour les &#339;uvres connues du Mayola de la premi&#232;re p&#233;riode, le ma&#238;tre de Massengo et de Konongo. C'est &#224; la fois tr&#232;s peu, pas assez pour pr&#233;tendre conna&#238;tre le sculpteur, mais suffisant pour attester que Muta n'est pas un mythe et qu'il a d&#251; beaucoup produire et dans des registres vari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mayola et ses neveux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s les informations dont on dispose Mayola ne sculptait que le bois. Il devait travailler en plein air &#224; l'ombre d'un grand arbre ou d'une toiture de palme, assis sur un tabouret devant une bille de bois qu'il tenait en &#233;tau entre ses genoux pour la tailler avec des outils rudimentaires, herminette et couteau, comme beaucoup de sculpteurs en Afrique. A proximit&#233; on trouvait probablement un potager et des animaux. Les poules, les coqs et les enfants devaient aller et venir. Papa Mayola devait souvent &#234;tre entour&#233; d'enfants qui l'observaient avec int&#233;r&#234;t, et qui devaient attendre le bon moment pour lui demander le privil&#232;ge d'essayer ses outils et s'initier &#224; la taille du bois. A l'&#233;poque tout congolais devait savoir manier l'herminette. C'est ainsi que parmi les nombreux enfants qu'il initia &#224; la taille du bois, outre ses fils qui devinrent &#233;galement sculpteurs, ses neveux Gr&#233;goire Massengo et Benoit Konongo se distingu&#232;rent vite au point d'attirer l'attention des europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1943 Benoit Konongo quitte l'atelier Mayola de Kingoma. Sur recommandation de l'architecte Roger Leli&#232;vre alias Errel, il int&#232;gre l'&#233;cole des Arts Appliqu&#233;s de Brazzaville, o&#249; il sera rejoint par le jeune Edouard Malonga. Ils y d&#233;couvrent les techniques de taille et de finition occidentales. Leur &#339;uvre s'en ressentira. D'apr&#232;s Aka Evy c'est l'architecte Errel qui leur fait d&#233;couvrir le bois de weng&#233;, qui deviendra vite la mati&#232;re de pr&#233;dilection des sculpteurs de l'&#233;cole de Mayola. Information plausible mais &#224; v&#233;rifier, Mayola semblant avoir lui-m&#234;me adopt&#233; d&#232;s les ann&#233;es 1930 ce bois pr&#233;cieux tr&#232;s dense qui n'&#233;tait pas travaill&#233; par les artistes traditionnels T&#233;k&#233;, qui lui pr&#233;f&#233;raient des essences plus tendres. L'id&#233;e essentielle de l'architecte &#233;tant &#233;t&#233; d'allier les techniques occidentales avec le savoir-faire et les mat&#233;riaux des artisans locaux, il serait plus vraisemblable que ce soit les sculpteurs congolais qui lui aient fait d&#233;couvrir le weng&#233;, ainsi que le gr&#232;s mauve qu'il utilisera souvent. Quoi qu'il en soit ce moment inaugure un v&#233;ritable &#233;change de savoirs entre occidentaux et indig&#232;nes, Mayola aussi &#233;tait d&#233;sireux d'assimiler de nouvelles techniques, et Konongo a d&#251; lui rendre compte ainsi qu'&#224; Massengo de ce qu'il apprenait aux Arts Appliqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1945 nous arrivons au terme d'un mill&#233;naire d'expansion fran&#231;aise dans les pays d'outre-mer depuis les Croisades. Cette ann&#233;e-l&#224; Benoit Konongo sera le premier artiste indig&#232;ne &#224; recevoir une commande du gouverneur F&#233;lix Ebou&#233;, un buste de jeune femme nue en pierre de Mbigou. S'ensuit une commande venant de l'&#233;piscopat, plusieurs statues pour la Cath&#233;drale Saint-Anne de Brazzaville. Konongo passe du statut de tailleur de bois traditionnel &#224; celui d'artiste acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mayola chez Charles Lejeune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1945 &#224; Kingoma que Mayola re&#231;oit la visite du collectionneur Charles Lejeune, propri&#233;taire associ&#233; des assurances Lejeune, premi&#232;re Soci&#233;t&#233; d'Assurances congolaise alors pr&#233;sente dans sept pays de l'Afrique Centrale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'entreprise se portait suffisamment bien pour que Charles et Alick Lejeune puissent investir dans une propri&#233;t&#233; de premi&#232;re cat&#233;gorie sur la Grande Corniche, le promontoire du Mont L&#233;opold qui offrait une vue imprenable sur Stanley Pool, les rapides de Kinsuka et Brazzaville de l'autre c&#244;t&#233; du fleuve. Au d&#233;but de la guerre, apr&#232;s un passage par la France Libre, le c&#233;l&#232;bre baron Antoine Allard avait acquis la parcelle voisine, o&#249; il avait &#233;difi&#233; une haute tour en moellons du fleuve. Apr&#232;s le d&#233;part du baron avant la fin de la guerre, Charles et Alick obtinrent sa parcelle et entreprirent de transformer la tour en un v&#233;ritable ch&#226;teau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Collectionneur d'art africain, Charles Lejeune cherchait un sculpteur capable de travailler parall&#232;lement aux ma&#231;ons et aux menuisiers pour faire de cette demeure une &#339;uvre d'art unique. Il faut croire que les sculpteurs nombreux dans les cercles artisanaux indig&#232;nes de L&#233;opoldville ne lui convenaient pas, trop influenc&#233;s par l'art occidental. Lejeune cherchait un sculpteur traditionnel authentique, et on lui parla de Muta Mayola, qui devait d&#233;j&#224; &#234;tre tr&#232;s connu. A vrai dire Mayola &#233;tait &#233;galement influenc&#233; par ce qu'il avait pu voir de l'art occidental, mais moins formellement, les sculpteurs et autres artisans du Congo Brazzaville n'ayant aucun encadrement comparable avec ce qui &#233;tait en place c&#244;t&#233; belge. Et avant tout, Mayola &#233;tait un sculpteur traditionnel t&#233;k&#233;. C'est ainsi que l'assureur d&#233;sireux d'en avoir le c&#339;ur net fit la travers&#233;e du fleuve jusqu'au village de Kingoma, o&#249; il recruta toute la famille Mayola &#8211; Papa Mayola et ses fils Maurice et C&#233;lestin. Mayola avait d&#251; montrer &#224; Lejeune ce qu'il voulait voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les boiseries du domaine Lejeune devaient &#234;tre sculpt&#233;es, portes, fen&#234;tres, balustrades et queues de chevrons, des rampes d'escalier aux poutres du toit, en passant par les &#233;crans du salon jusqu'aux lits des chambres &#224; coucher ! Les Mayola ont travaill&#233; pendant au moins sept ans &#224; r&#233;aliser le r&#234;ve des Lejeune.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19380 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/11-mayola.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH216/11-mayola-943d2.jpg?1683293216' width='500' height='216' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On imagine que les fortun&#233;s Lejeune devaient beaucoup recevoir dans leur vaste demeure, et que les visiteurs avaient droit &#224; un tour du propri&#233;taire. En pr&#233;sentant ainsi les &#339;uvres d&#233;corant son petit palais Lejeune se fit le promoteur de Muta Mayola qui devint vite le sculpteur le plus en vue de L&#233;opoldville. Suite au passage d'un auteur britannique, une visite de l'incroyable maison sculpt&#233;e de l'assureur est publi&#233;e en octobre 1950 dans la c&#233;l&#232;bre revue britannique &lt;i&gt;Country life&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Muta Mayola et son fils C&#233;lestin se sont install&#233;s dans un coin du domaine Lejeune, il y a environ cinq ans. Les r&#233;sultats de ces cinq ann&#233;es de travail d&#233;corent aujourd'hui la maison. M Lejeune indique aux Mayola la taille de la sculpture qu'il d&#233;sire, leur explique &#224; quoi elle servira, et leur montre o&#249; elle doit &#234;tre plac&#233;e. Il laisse le choix de la conception des sujets aux artistes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mayola se retrouve illico r&#233;f&#233;renc&#233; dans le prestigieux &lt;i&gt;Art Index&lt;/i&gt; &#233;dit&#233; &#224; New York par la H. W. Wilson Company. L'ann&#233;e suivante Charles et Alick Lejeune re&#231;oivent la visite d'un autre sujet de sa gracieuse Majest&#233;. Marion Johnson, une photographe et historienne de l'architecture dont les int&#233;r&#234;ts allaient de la Rome antique &#224; la p&#233;riode m&#233;di&#233;vale en Sicile, auteur de nombreux ouvrages sous le pseudonyme de Georgina Masson. Grande voyageuse, elle venait de passer du temps &#224; &#233;tudier la statuaire m&#233;di&#233;vale italienne, et ne s'attendait pas &#224; trouver des affinit&#233;s entre l'art roman sicilien et l'art congolais. Elle d&#233;crivit la collection des Lejeune comme une des plus remarquables collections d'&#339;uvres d'art congolaises modernes qui existent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'&#233;tait extraordinaire ; l&#224;, au c&#339;ur de &#171; l'Afrique la plus sombre &#187;, inconnue du monde occidental jusqu'au voyage d'exploration de Stanley dans les ann&#233;es 70, se trouvaient des colonnes sculpt&#233;es et des reliefs qui pourraient provenir de quelque cath&#233;drale romane ou &#233;glise paroissiale &#233;loign&#233;e des provinces italiennes des Pouilles ou la Calabre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19381 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH508/12-mayola-cf4be.jpg?1772222300' width='500' height='508' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Panneau sculpt&#233; par Muta Mayola chez Charles Lejeune.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette ressemblance est particuli&#232;rement significative dans le cas de la collection Lejeune car la source de toutes les &#339;uvres est connue, et il ne peut &#234;tre question d'influence missionnaire moderne ou que les sculpteurs aient pu voir des &#339;uvres d'art europ&#233;ennes. La collection est constitu&#233;e de sculptures de Muta et C&#233;lestin Mayola qui travaillent pour les Lejeune depuis sept ans, en fait depuis que M. Charles Lejeune les a d&#233;couverts dans un village indig&#232;ne recul&#233; perdu dans la brousse de la rive fran&#231;aise du Congo ; il s'est efforc&#233; de s'assurer qu'ils n'aient pas &#233;t&#233; soumis par la suite aux influences europ&#233;ennes qui perturbent trop souvent l'instinct cr&#233;atif de l'indig&#232;ne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'en dise Marion Johnson, &#224; ce m&#234;me moment en 1952 une notule de la revue &lt;i&gt;Brousse&lt;/i&gt;, &#233;dit&#233;e par les Amis de l'Art Indig&#232;ne, dresse le bilan du Salon des Arts Indig&#232;nes de L&#233;opoldville. On y apprend que pour la sculpture sur bois, ce fut Mayola qui remporta l'&#233;preuve avec un beau buste en weng&#233;. Un de ces bustes typiques qu'il taillait d&#233;j&#224; dans les ann&#233;es 1930, mais dont il avait perfectionn&#233; le mod&#232;le et les finitions jusqu'&#224; obtenir des sculptures d'un acad&#233;misme rigoureux, &#224; l'expression grave, aux coiffures sophistiqu&#233;es, &#224; la finition soign&#233;e, au polissage m&#233;ticuleux. Des bustes qui n'avaient plus rien &#224; envier techniquement aux bustes classiques antiques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19382 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/13-mayola.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH271/13-mayola-935db.jpg?1772222300' width='500' height='271' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19383 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH671/14-mayola-b91fb.jpg?1683293216' width='500' height='671' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Non content de s'imposer dans la presse internationale comme un sculpteur authentique et pr&#233;serv&#233; des influences occidentales, Mayola vient &#233;craser la concurrence sur le terrain des bustes acad&#233;miques. Suite &#224; ces nombreux succ&#232;s le sculpteur peut ouvrir son atelier au quartier artisanal Dibaya de L&#233;opoldville. Atelier qui devient vite une &#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19384 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/15-mayola.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH298/15-mayola-b016b.jpg?1683293216' width='500' height='298' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs il aurait &#233;t&#233; difficile de pr&#233;server le sculpteur t&#233;k&#233; &#171; des perturbations caus&#233;es par les influences europ&#233;ennes qui perturbent l'esprit cr&#233;atif de l'indig&#232;ne &#187;, comme l'&#233;crit Marion Johnson, dans le L&#233;opoldville de 1952, o&#249; florissaient les effigies en bronze de Stanley et de L&#233;opold. En 1948 avait &#233;t&#233; pos&#233; sur la fa&#231;ade de la gare centrale de L&#233;opoldville un bas-relief en bronze monumental du sculpteur Arthur Dupagne, Le monument du rail, pour c&#233;l&#233;brer le cinquantenaire de l'ach&#232;vement de la ligne Matadi L&#233;opoldville. Le sculpteur Dupagne avait pass&#233; des ann&#233;es au Congo &#224; &#233;tudier la sculpture locale et il &#233;tait au sommet de son art avec cette frise de bronze. Son monument du rail est une &#339;uvre d'une grande qualit&#233;, qui rend bien le caract&#232;re dramatique de ce chantier de chemin de fer qui causa la mort de plusieurs milliers de congolais. D&#233;boulonn&#233; par Mobutu en 1971, le monument du rail avait &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; dans ses jardins priv&#233;s de Ngaliema, juste &#224; c&#244;t&#233; de la propri&#233;t&#233; des Lejeune, o&#249; il se trouve toujours. Il s'agissait probablement de la manifestation la plus brillante de l'art occidental qui &#233;tait possible de rencontrer dans le L&#233;opoldville de l'&#233;poque, et Mayola l'a probablement longuement &#233;tudi&#233;e, et a pu s'en inspirer pour s'approprier ce qu'il lui trouvait d'int&#233;ressant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de cet aspect de son sculpteur, Lejeune ne dit rien &#224; Marion Johnson. Il lui raconta certainement ce qu'elle voulait entendre, une histoire exotique. Rien ne devait &#234;tre aussi simple au Congo. Elle a tout de m&#234;me pu observer le sculpteur au travail et en rendre compte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Mayolas travaillent avec les outils les plus primitifs : un petit couteau, un morceau de verre bris&#233; et un petit marteau en bois. Ils dessinent les motifs de leur relief directement sur le bois avec une rapidit&#233; &#233;tonnante, et leur sens de la composition est vraiment remarquable ; motifs humains, animaux, floraux et rarement g&#233;om&#233;triques se conjuguent avec une extraordinaire f&#233;licit&#233;. L'&#233;vidente spontan&#233;it&#233; de leur inspiration rend d'autant plus remarquable la ressemblance entre leur travail et celui des artisans m&#233;di&#233;vaux europ&#233;ens. J'ai d'abord &#233;t&#233; frapp&#233;e par la similitude entre le style allong&#233; et le groupement de leurs figures et celles des sculptures romanes (notamment le c&#233;l&#232;bre pupitre de Freudenstatd), et ensuite par les motifs m&#234;mes employ&#233;s ; qui &#233;taient des versions l&#233;g&#232;rement plus fleuries des palmettes et des spirales de vigne de conception m&#233;di&#233;vale. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marion Johnson d&#233;veloppe sur quelques pages une comparaison entre l'art roman et l'art congolais qui sera publi&#233; en 1952 dans la c&#233;l&#232;bre revue d'art britannique &lt;i&gt;The Studio&lt;/i&gt;, puis reprit dans son &#233;dition internationale le mois suivant. Cet article est illustr&#233; de photographies qui d&#233;montrent des motifs quasiment identiques chez Mayola et chez les artistes romans, &#224; un tel point que &#231;a en est troublant. La dame juxtapose brillamment les similitudes sans chercher &#224; &#233;lucider le myst&#232;re. Ses photographies des &#339;uvres des Mayola sont malheureusement tout ce qui reste du domaine des Lejeune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ces premi&#232;res impressions re&#231;ues de la collection Lejeune se sont confirm&#233;es et multipli&#233;es lors de mon voyage &#224; travers le Congo de L&#233;opoldville &#224; la fronti&#232;re ougandaise. J'ai vu beaucoup d'autres motifs romans familiers pr&#233;sent&#233;s sous une forme africanis&#233;e - comme des figures humaines utilis&#233;es comme supports de si&#232;ges de la m&#234;me mani&#232;re que les tr&#244;nes &#233;piscopaux des Pouilles ; des colonnes sculpt&#233;es de sc&#232;nes de la vie indig&#232;ne qui ressemblaient aux chandeliers pascaux romans de l'Italie m&#233;ridionale, m&#234;me les masques rituels avaient quelque chose de commun avec les grotesques qui lorgnaient &#224; l'ombre des vo&#251;tes m&#233;di&#233;vales ; tandis que l'ornement g&#233;om&#233;trique des lignes entrelac&#233;es utilis&#233; dans le tatouage et dans la d&#233;coration de nombreux objets domestiques ressemblait &#233;trangement aux dessins qui se produisent sur les premiers meubles d'&#233;glise en Italie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette impression g&#233;n&#233;rale s'est confirm&#233;e dans le d&#233;tail &#224; mon retour en Europe ; dans la section d'art m&#233;di&#233;val du Victoria and Albert Museum de Londres, j'ai d&#233;couvert des piliers en bois d'une &#233;glise de Salerne qui &#233;taient d&#233;cor&#233;s de personnages et de feuillages presque identiques aux sculptures que j'avais photographi&#233;es dans la collection Lejeune &#224; L&#233;opoldville. La ressemblance &#233;tait si extraordinaire qu'elle m'a donn&#233; envie de d&#233;couvrir si elle &#233;tait unique ou s'il serait possible de prouver par comparaison photographique que mes impressions &#233;taient confirm&#233;es par des faits concrets.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le r&#233;sultat d'une recherche pr&#233;liminaire semble en effet indiquer qu'une ressemblance extraordinaire existe entre la sculpture europ&#233;enne du Moyen Age et celle du Congo belge et de l'Afrique de l'Ouest en g&#233;n&#233;ral. Ce qui est vraiment surprenant, c'est que cela ne se limite pas &#224; une ressemblance superficielle entre deux techniques primitives : celle des tribus n&#232;gres semi-barbares d'une part et les efforts inexp&#233;riment&#233;s des Europ&#233;ens sortant de l'&#226;ge des t&#233;n&#232;bres d'autre part ; mais qu'il y a certains motifs d&#233;finis qui sont communs aux deux, pour lesquels la th&#233;orie de la g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e des id&#233;es chez les peuples primitifs ne para&#238;t pas fournir une explication suffisante.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19385 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH624/16-mayola-7782a.jpg?1683293216' width='500' height='624' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19386 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/17-mayola.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH289/17-mayola-81f8a.jpg?1683293217' width='500' height='289' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19387 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH349/18-mayola-0b7d6.jpg?1772222301' width='500' height='349' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une autre caract&#233;ristique que les sculptures congolaises ont en commun avec celles de l'Europe m&#233;di&#233;vale est l'utilisation de motifs animaux fantastiques et semi-humains en conjonction avec des dessins formels de feuillage. Un excellent exemple en est fourni par le c&#233;l&#232;bre coffret du XVe si&#232;cle de Terracina (pr&#232;s des marais Pontins), qui est remarquablement similaire dans le sentiment &#224; certains des reliefs des Mayolas. Un autre exemple encore est la figure curieuse, mi-poisson, mi-humaine, que l'on peut voir sur un bracelet en ivoire du B&#233;nin au British Museum ; il pourrait avoir &#233;t&#233; copi&#233; de la V&#233;nus Decreto, la d&#233;esse syrienne du poisson, qui figure comme un curieux intrus parmi les symboles chr&#233;tiens des portails du Duomo de la ville apulienne de Trani. De m&#234;me, la spirale de vigne que les Mayolas ont utilis&#233;e pour entourer leur panneau d&#233;coratif repr&#233;sentant une femme, pourrait avoir &#233;t&#233; inspir&#233;e par la m&#234;me source que le motif qui couronne l'Adam et Eve provenant d'une chaire toscane ancienne. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de Marion Johnson fait l'objet d'une relation dans la &lt;i&gt;Revue Coloniale Belge&lt;/i&gt;, qui est reprise dans le magazine &lt;i&gt;Belgique d'Outre-Mer&lt;/i&gt;. On peut y lire que &lt;i&gt;Monsieur Charles Lejeune, personnalit&#233; bien connue de la capitale congolaise, a eu le go&#251;t et le rare m&#233;rite d'orner sa demeure de sculptures ex&#233;cut&#233;es par deux noirs, en l'occurrence Muta et C&#233;lestin Mayola, que M Lejeune &#233;tait all&#233; chercher, il y a une dizaine d'ann&#233;es pensons-nous, dans un petit village de brousse perdu sur la rive Fran&#231;aise du fleuve, et qui, de toute &#233;vidence, n'avaient subi aucune influence occidentale quelle qu'elle soit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'av&#232;nement de la &#171; modernit&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres courants ont vu le jour &#224; la m&#234;me &#233;poque dans les autres sph&#232;res africaines, &#224; commencer par le Congo Belge, o&#249; des associations comme les Amis de l'Art Indig&#232;nes ont obtenus des 1935 les moyens leurs permettant d'&#233;diter des publications consacr&#233;es &#224; ces arts, et m&#234;me de monter plusieurs mus&#233;es. Ainsi un Mus&#233;e de la Vie indig&#232;ne voit le jour &#224; L&#233;opoldville en 1936. L'AAI a mis en place des ateliers d'art indig&#232;ne destin&#233;s &#224; former les artisans locaux. Le Mus&#233;e avait vocation de leur permettre d'avoir acc&#232;s aux motifs ancestraux devenus difficiles d'acc&#232;s. Dans le m&#234;me temps, on cherchait &#224; pr&#233;server les indig&#232;nes de l'influence que pouvait avoir sur eux un acc&#232;s &#224; l'art occidental. Le Gouvernement avait d'ailleurs institu&#233; une commission pour la protection des Arts et M&#233;tiers indig&#232;nes. Au Congo belge quelques sculpteurs indig&#232;nes &#233;taient m&#234;me devenus des artistes c&#233;l&#232;bres d&#232;s les ann&#233;es 1930, tels qu'Andr&#233; May&#233;l&#233;, Niamba Loemba o&#249; encore Daniel Futi. Tr&#232;s en vogue dans les ann&#233;es 1930, May&#233;l&#233; est pass&#233; &#224; la trappe avec l'ind&#233;pendance. Les m&#234;mes personnes qui trouvaient avant son coup de ciseau admirable trouv&#232;rent que finalement, ses groupes de personnages ne d&#233;passaient gu&#232;re le niveau du bon r&#233;cit folklorique. Aujourd'hui on a class&#233; May&#233;l&#233; dans la cat&#233;gorie de l'art touristique, et son &#339;uvre est parfaitement oubli&#233;e. May&#233;l&#233; &#233;tait un bon &#233;l&#232;ve qui &#233;tait pass&#233; de son expressionisme propre &#224; un r&#233;alisme plus rentable. Ecrivait-on apr&#232;s 1960. La m&#234;me critique pourrait certainement s'appliquer &#224; Mayola. Certains sculpteurs du Congo Belge, comme Makosa et Kaseya Ntambwe, avaient d'abord &#233;t&#233;s reconnus et appr&#233;ci&#233;s par la client&#232;le congolaise avant de produire des objets pour les colons europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19388 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/19-mayola.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH196/19-mayola-a1a98.jpg?1683293217' width='500' height='196' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1940 Daniel Futi produisit de beaux bustes qu'il vendait directement sur les march&#233;s. Il semble vite avoir trouv&#233; un style propre, assez lisse et en phase avec l'art d&#233;co alors en vogue, qu'il exploita au moins jusqu'au milieu des ann&#233;es 1960. Des objets tr&#232;s &#233;l&#233;gants mais d&#233;pourvus de la force tranquille qui caract&#233;rise les pi&#232;ces connues de son rival Mayola. Daniel Futi a eu au moins un disciple, Muaka Cyrille qui fut tr&#232;s prolifique &#224; Boma.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19389 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/20-mayola.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH176/20-mayola-e3e25.jpg?1772222301' width='500' height='176' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait rien d'&#233;quivalent au niveau institutionnel au Congo Brazzaville, o&#249; il y avait pourtant une concentration en nombre &#233;lev&#233;e d'artistes originaux, qui ont d&#251; se d&#233;brouiller eux-m&#234;mes pour mettre en place les conditions leur permettant d'exercer leur activit&#233;. A titre de comparaison, un Mus&#233;e National du Congo Brazzaville ne verra le jour qu'en 1965. Cette absence d'encadrement a probablement jou&#233; dans le fait de l'authenticit&#233; des &#339;uvres produites par l'&#233;cole de Mayola, frappante au regard de la production aseptis&#233;e des artisans encadr&#233;s par les coloniaux belges.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19390 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/21-mayola-a.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH244/21-mayola-a-909c7.jpg?1772222301' width='500' height='244' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1954 la revue &lt;i&gt;Belgique d'Outre-Mer&lt;/i&gt; rend compte d'une exposition qui s'est tenue au Mus&#233;e du Livre du 24 avril au 12 mai, dans laquelle, &lt;i&gt;&#171; Parmi d'autres cartons, le portrait expressif du sculpteur congolais Mayola, la pipe &#224; la main et l'&#339;il per&#231;ant, semblait symboliser l'ambiance folklorique des rives du vieux Za&#239;re. &#187;&lt;/i&gt; Ce portrait qui reste &#224; retrouver nous donne bon espoir de mettre un visage sur ce nom encore myst&#233;rieux, Muta Mayola.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est remarquable, c'est que les &#339;uvres de la collection Lejeune sont tr&#232;s diff&#233;rentes des autres &#339;uvres connues de Mayola. Aussi bien celles de sa p&#233;riode Kingoma, que celles de sa p&#233;riode Nouvelle Cit&#233;. Cela vient certainement du fait qu'on conna&#238;t des bustes et des statues, tandis que chez Lejeune il s'agit de bas-reliefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sept ans de travail an&#233;antis en une semaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1960 le jeune Colonel Joseph-D&#233;sir&#233; Mobutu alors Commandant en Chef de l'Arm&#233;e congolaise s'installe dans la maison du Pr&#233;sident de la Banque du Congo Belge, &#233;jectant ce dernier de son bain. Cette maison &#233;tait voisine du manoir des Lejeune. En 1973, devenu grand timonier de la RDC, Mobutu ordonne l'expulsion &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; de ses voisins, estimant que leur pr&#233;sence constitue d&#233;sormais une atteinte &#224; sa s&#233;curit&#233; personnelle. Ils furent &#233;vacu&#233;s en camions militaires sans pouvoir emporter quoi que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maison sculpt&#233;e est rest&#233;e vide jusqu'en 1989 et l'accueil au Congo d'un sommet des chefs d'&#233;tat de la francophonie. Mobutu fit &#233;difier un palais pour le congr&#232;s et ordonna qu'on d&#233;molisse la propri&#233;t&#233; des Lejeune qui g&#226;chait la vue sur les rapides. Les bulldozers mirent une semaine pour an&#233;antir sept ann&#233;es de travail des Mayola.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cole Mayola Nouvelle Cit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Mayola &#233;taient log&#233;s sur place durant leur au moins sept ann&#233;es de travail pour les Lejeune. Dans les ann&#233;es 1950 Mayola a ouvert un atelier au 67 avenue Dibbaya &#224; L&#233;opoldville, l'&#233;cole Mayola. Trouvant davantage de commandes c&#244;t&#233; belge il n'est semble-t-il pas retourn&#233; &#224; Kingoma o&#249; son neveu Gr&#233;goire Massengo avait repris son atelier et continuait de former des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mayola a quitt&#233; Brazzaville pour Kinshasa en 1945, alors que ses neveux avaient pris leur ind&#233;pendance. En suivant Charles Lejeune venu le recruter avec toute sa famille, peut-&#234;tre voulait-il leur laisser le champ libre ? Ou encore profiter des opportunit&#233;s offertes au Congo belge par l'Association des Amis de l'Art indig&#232;ne (AAI). Probablement un peu tout &#231;a &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mayola arrive donc &#224; Kinshasa au milieu des ann&#233;es 1940, alors que des sculpteurs comme Ntonio, Niamba Loemba ou bien encore Daniel Futi commencent &#224; produire des bustes acad&#233;miques d'une certaine qualit&#233; expressive et naturaliste, mais souvent d&#233;pourvus de personnalit&#233;. En 1952 il remporte le premier prix de sculpture sur bois au Salon des Arts Indig&#232;nes de L&#233;opoldville avec un buste de femme congolaise en weng&#233;. Il est difficile d'&#233;valuer son influence au Congo belge. C'est durant cette p&#233;riode charni&#232;re que Mayola ouvre son &#233;cole de l'avenue Dibbaya &#224; Nouvelle-Cit&#233;. On conna&#238;t un grand buste d'un de ses &#233;l&#232;ves repr&#233;sentant une femme mangbetu, avec cette inscription sous la base : &#233;cole Mayola, fait par MilanDou, Quartier artisanal av Dibaya 29/2/57. Ainsi qu'une paire de bustes de l'atelier Mayola dat&#233;s de 1958. Ensuite plus rien. La date nous permet de savoir que Mayola v&#233;cut au moins jusqu'en 1958. Tandis que l'autre c&#244;t&#233; du fleuve, ses &#233;l&#232;ves et neveux devenaient c&#233;l&#232;bres et passaient son style &#224; de nombreux apprentis.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19391 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/21-mayola-b.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH278/21-mayola-b-d112a.jpg?1772222301' width='500' height='278' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De nos jours on compte un certain nombre de Mayola &#224; Kinshasa, qui doivent &#234;tre ses petits et arri&#232;re-petits-enfants. L'&#233;cole de Mayola s'est formalis&#233;e en un courant &#224; la fois artistique et artisanal tr&#232;s actif &#224; partir du d&#233;but des ann&#233;es 1950. Pour les congolais, Mayola est le p&#232;re de la sculpture moderne. On lui associe ses neveux Massengo et Konongo, ses &#233;l&#232;ves les plus fameux, ainsi qu'Edouard Malonga. Il faut leur ajouter leurs enfants et parfois leurs petits-enfants, comme Guinel et Brice Massengo de nos jours. Ensuite il y a bien s&#251;r les propres fils de Papa Mayola, Maurice et C&#233;lestin, qui ont exerc&#233; la profession de sculpteurs. Parmi les plus &#233;minents repr&#233;sentants de cette &#233;cole, il faut encore citer Joseph Bansimba, Daniel Bouesso, M Bondji, Deskobet, Joachim Babindamana, Joseph Bimboulou, Andr&#233; Louya, Dominique Ntembe, Basile Manzouna, Joseph Nketelela, Koua Koua, Moukala, Bernard Mouanga Nkodia, Julien Diandaha, Pierre Malanda et Joseph Mabiala. Tous ont &#233;t&#233; des sculpteurs reconnus ayant leur propre atelier et de nombreux apprentis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rarement un sculpteur aura eu une telle influence. Mais ce qui rajoute une envergure particuli&#232;re &#224; sa figure, c'est la diversit&#233; de ses styles. En effet, si Mayola est avant tout le p&#232;re des bustes typiques congolais, c'est-&#224;-dire le sculpteur de la renaissance africaine, il fut aussi un sculpteur t&#233;k&#233; traditionnel, un cr&#233;ateur de figurines proches de l'art touristique, et le cr&#233;ateur sauvage vierge d'influences occidentales que Charles Lejeune pr&#233;sentait &#224; ses h&#244;tes, dont les motifs avaient ces troublantes similitudes avec l'art roman de l'Italie du sud qui frapp&#232;rent l'esprit de Marion Johnson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2022, un certain nombre de sculpteurs congolais continuent de produire des &#339;uvres r&#233;pondant aux canons esth&#233;tiques d&#233;finis par ce mouvement &#224; l'&#233;poque coloniale. On peut donc parler d'une nouvelle tradition artistique sp&#233;cifiquement congolaise, bien que ses th&#232;mes et son style aient essaim&#233; dans un certain nombre de pays africains, o&#249; ils ont &#233;t&#233; repris en s&#233;rie, d'abord dans les pays voisins comme le Gabon et l'Angola, mais aussi tr&#232;s vite au Cameroun, au Tchad et jusqu'au S&#233;n&#233;gal. C'est-&#224;-dire essentiellement en Afrique francophone.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19392 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/22-mayola.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH353/22-mayola-327eb.jpg?1772222301' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si elle est aussi importante, ce n'est pas seulement par la quantit&#233; d'&#339;uvres produites, c'est surtout parce que l'on peut voir l'&#233;cole de Mayola comme la fin mais aussi une sorte d'apog&#233;e de l'art classique africain, un bouquet final qui se cristalise dans les t&#234;tes g&#233;antes en weng&#233; sorties des ateliers de Massengo et de Konongo. Et des objets qui resteront toujours myst&#233;rieux, comme ce buste reliquaire &#224; la cage thoracique apparente, aux dents d&#233;taill&#233;es et aux yeux &#233;carquill&#233;s, v&#233;ritable morceau de bravoure anonyme qu'on ne peut caract&#233;riser autrement que &#171; &#233;cole de Muta Mayola &#187;. La fin de l'art classique et le d&#233;but d'autres traditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mayola en France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Principalement acquises par les visiteurs occidentaux, dans un premier temps les fonctionnaires coloniaux, ensuite surtout les expatri&#233;s venus travailler en Afrique, le Congo n'ayant jamais vraiment d&#233;velopp&#233; le tourisme depuis son ind&#233;pendance, les productions de l'&#233;cole de Mayola sont &#233;parpill&#233;es aux quatre coins du monde, mais l'essentiel est en France. Il y a &#233;norm&#233;ment d'objets africains en France, plus que n'importe o&#249; ailleurs dans le monde. De tr&#232;s nombreux objets sign&#233;s appartenant &#224; cette &#233;cole de Mayola y sont conserv&#233;s. Ils prennent de la place alors un jour on les &#233;vacue &#224; la cave o&#249; au grenier. Jusqu'au jour de la succession o&#249; ils passent en salle des ventes. Comme ce n'est pas &#224; la mode on les y brade. Rarement on pr&#234;te attention au fait que la sculpture soit sign&#233;e sous la base. On en voit lors des braderies de quartier et autres vide-greniers, o&#249; ils passent de la main &#224; la main pour quelques euros. On trouve de petites pi&#232;ces chez les brocanteurs. Les antiquaires se r&#233;servent les plus belles pi&#232;ces qu'ils peuvent parvenir &#224; monnayer quelques milliers d'euros. Quelques belles pi&#232;ces parviennent &#224; int&#233;grer de belles ventes catalogu&#233;es, o&#249; ils arrivent parfois qu'ils fassent de belles ench&#232;res. Ceci n'a pas encore suffit &#224; inspirer &#224; quelques collectionneurs l'envie de constituer un ensemble qui permettrait de se repr&#233;senter les productions de cette &#233;cole, ses th&#232;mes, et les enjeux port&#233;s par les artistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les enjeux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il faut aussi prendre en compte les diff&#233;rences de &#171; r&#233;gime &#187; entre les pratiques culturelles selon le point de vue d'o&#249; on les appr&#233;hende. Il y a une grande diff&#233;rence entre l'usage que font pour elles-m&#234;mes les cultures dominantes de cultures extra europ&#233;ennes, comme par exemple pour ne prendre qu'un exemple, le recours &#224; la culture africaine chez certains peintres du premier tiers du XXe si&#232;cle et l'usage que ces cultures font de leur propre pass&#233; et de leur propre histoire aujourd'hui sur leur propre territoire. Si l'on ne peut effacer l'histoire, nul n'est contraint de se courber devant elle. Les choses ont chang&#233; depuis quelques d&#233;cennies et c'est sur ces nouvelles bases d'une reconnaissance mutuelle du pass&#233;, de ses bienfaits comme de ses m&#233;faits, qu'il importe de partir. &#187;&lt;/i&gt; Jean-Louis Poitevin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que l'art traditionnel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun vestige de construction indig&#232;ne de quelque importance n'existe au Congo, sous le grand soleil au ciel doucement bleut&#233;. Alors qu'est-ce que l'art traditionnel africain ? Celui qui est conserv&#233; dans les mus&#233;es occidentaux, ou celui qui continue de se pratiquer dans les villages, mais surtout en zone urbaine ? Car aucune tradition n'est fig&#233;e. Les arts traditionnels sont sujets &#224; des &#233;volutions stylistiques, et ils peuvent int&#233;grer des outils nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander si la statuaire ornant les &#233;glises chr&#233;tiennes congolaises s'inscrit dans cette cat&#233;gorie, ou s'il faudrait lui d&#233;vouer une cat&#233;gorie &#224; part, qui inclurait les objets comme les crucifix kongos ? Mais on doit bien se garder de g&#233;n&#233;raliser, il s'agit en r&#233;alit&#233; d'une grande vari&#233;t&#233; de traditions dont chacune a subi des &#233;volutions particuli&#232;res. Si un grand nombre se sont &#233;teintes, certaines sont pleines de vitalit&#233; et d'autres en plein renouveau. Ces cat&#233;gories ne sont pas si herm&#233;tiques qu'elles peuvent le para&#238;tre. On a vu des artistes ayant re&#231;u une formation acad&#233;mique se tourner vers l'art populaire, comme les fondateurs de l'&#233;cole des cuivres repouss&#233;s de Lubumbashi Gabriel Kalumba, Chenge Baruti et son fr&#232;re. On a vu des artistes ayant re&#231;u une formation traditionnelle obtenir des commandes publiques ou de l'&#233;glise, et se mettre &#224; produire pour les touristes lorsqu'ils &#233;taient en mal de commandes. Ceux qui &#233;taient capable de jongler d'une cat&#233;gorie &#224; l'autre &#233;taient les plus brillants. Au Nig&#233;ria on citera George Bamidele Areogun, fils du ma&#238;tre yoruba Dada Amindele. Son disciple le plus brillant fut Lamidi Olonade Fakeye, lui-m&#234;me fils du ma&#238;tre Akobi Ogun Fakeye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qu'il reste &#224; trouver&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne conna&#238;t pas encore le visage de Muta Mayola. On sait que son portrait &#224; &#233;t&#233; publi&#233; dans un ouvrage qu'il reste &#224; retrouver. Par ailleurs, les archives africaines de Marion Johnson sont conserv&#233;es dans les documents du personnel de l'Universit&#233; de Birmingham : 29 bo&#238;tes 2 rouleaux contenant des articles, des chapitres de livres et de p&#233;riodiques relatifs &#224; de nombreux aspects de l'histoire et de la culture ouest-africaines ; photographies et diapositives d'Africains de l'Ouest au travail, artisanat, produits, personnes, lieux, artisans, architecture. On peut s'attendre &#224; trouver un certain nombre de clich&#233;s des sculptures de la collection Lejeune dans ces archives, et peut-&#234;tre des images de Mayola au travail. Marion Johnson a &#233;t&#233; charg&#233;e de cours temporaire au Centre d'&#233;tudes ouest-africaines de l'Universit&#233; de Birmingham de 1969 &#224; 1970, puis membre honoraire jusqu'en 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne serait pas &#233;tonnant de trouver un certain nombre de pi&#232;ces de Mayola o&#249; de son &#233;cole au Mus&#233;e Africain de Namur, ainsi que dans d'autres Mus&#233;es Ethnographiques. Les assurances Lejeune existent toujours au Congo, et la famille doit poss&#233;der de nombreuses informations qui permettront probablement de localiser des sculptures de Mayola, ou des photographies. Enfin il y a les descendants du sculpteur &#224; Kinshasa, qui eux aussi doivent avoir de pr&#233;cieuses informations, qui permettront de reconstituer la biographie d'un sculpteur qui incarne plus d'un demi-si&#232;cle de l'histoire de l'art congolaise.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19393 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;82&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH652/23-mayola-b9f89.jpg?1772222301' width='500' height='652' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les c&#233;l&#232;bres guerriers sign&#233;s Mayola, copi&#233;s dans &#171; Toute l'Afrique &#187;.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sources&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Luc Aka-Evy, &#171; Les arts au creuset de la pens&#233;e congolaise contemporaine &#187;, &lt;i&gt;Cahiers d'&#233;tudes africaines&lt;/i&gt;, 198-199-200 | 2010, 1215-1240.&lt;br class='autobr' /&gt;
Georges Balandier, 1955, &lt;i&gt;Sociologie actuelle de l'Afrique noire&lt;/i&gt;, Presses universitaires de France.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Country Life Volume&lt;/i&gt; 108 octobre 1950&lt;br class='autobr' /&gt;
Kinshasa 1989 &#8211; &lt;i&gt;The Mad Baron's Castle Demolished&lt;/i&gt;, Choses apprises en cherchant d'autres choses. Article (en anglais) sign&#233; Mwana Mboka sur le blog Kinshasa &lt;i&gt;Then and Now&lt;/i&gt; le 1 08 2013.&lt;br class='autobr' /&gt;
Johnson, Marion, 1952. &#171; Congolese and Romanesque Sculpture, A Comparison &#187;, The Studio.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Revue coloniale belge&lt;/i&gt;, Issues 150-161, 1952.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Brousse&lt;/i&gt;, 1952, Les Amis de l'art indig&#232;ne du Congo belge.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Revue coloniale belge&lt;/i&gt;, Issue 207, page 366, 1954.&lt;br class='autobr' /&gt;
B Chillon, &#171; Le sculpteur Massengo et son buste de la reine N'Galiourou &#187;, &lt;i&gt;Liaison n&#176;60&lt;/i&gt;, pp 37-38, 1957.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lejeune, Denis, 2012, &#171; La Tour du Baron Allard &#224; Kinsuka &#187;, &lt;i&gt;Memoires du Congo&lt;/i&gt;, Ao&#251;t 2012, pp.10-11.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alain Auger, &lt;i&gt;Kinkala. &#201;tude d'un centre urbain secondaire au Congo-Brazzaville&lt;/i&gt;, paru &#224; Paris, chez Maisonneuve et Larose, en 1973.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Masterpieces of the People's Republic of the Congo&lt;/i&gt;, The African-American Institute, September 25, 1980-January 24, 1981, Issue 15990.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Pr&#233;sence africaine&lt;/i&gt;, Issues 167-168, 2003 &#233;ditions du Seuil, page 199.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;UNESCO General History of Africa&lt;/i&gt;, Vol. IV, Jan Vansina 1998.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Histoire g&#233;n&#233;rale du Congo des origines &#224; nos jours : Le Congo et son Avenir&lt;/i&gt;, Th&#233;ophile Obenga, l'Harmattan 2010 page 96.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Cultures and Globalization Cities, Cultural Policy and Governance&lt;/i&gt;. Helmut K Anheier, Yudhishthir Raj Isar 2012 pp 169-170.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Historical Dictionary of Republic of the Congo&lt;/i&gt;, By John Frank Clark, Samuel Decalo, 2012 Scarecrow Press.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Cultural ambassador of Nassau's African American Museum&lt;/i&gt;, Jim Merritt, Newsday, 30 janvier 2014.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Dictionnaire amoureux de l'architecture&lt;/i&gt;, Jean-Michel Wilmotte, Plon.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Congo Brazzaville&lt;/i&gt;, de Muriel Devey Malu Malu publi&#233; en 2019 aux &#233;ditions Karthala.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Coop&#233;ration culturelle : trois jeunes sculpteurs congolais exhibent leur talent en Chine &#187;, Yvette Reine Nzaba, &lt;i&gt;Les D&#233;p&#234;ches de Brazzaville&lt;/i&gt;, 20 juin 2018.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Artisanat : la sculpture se meurt &#187;, Jade Ida Kabat, &lt;i&gt;Les D&#233;p&#234;ches de Brazzaville&lt;/i&gt;, 14 F&#233;vrier 2019.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Carving Postcolonial Kongo Culture : Bakala Kalundi Daniel&lt;/i&gt;, Reinhild Kauenhoven Janzen, African Arts (2019) volume 52 (3) : pp 34&#8211;47.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;L'enterrement de la reine Galifourou&lt;/i&gt; (Ngalifourou). G&#233;rard Rochefort. Document vid&#233;o conserv&#233; &#224; la cin&#233;math&#232;que de Bretagne. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Histoires africaines I - Sculpteur de bois&lt;/i&gt;, reportage d'une dur&#233;e de 5'31mn de Peter Lumfila, Tony Nzolameso et Elys&#233;e Odia pour CongoWeb TV.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19394 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/24-mayola.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/24-mayola-ab0ff.jpg?1683293217' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Aper&#231;u du fond d'&#339;uvres constitu&#233;.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Aper&#231;u du fond d'&#339;uvres constitu&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Deux entretiens avec Jean Guiart</title>
		<link>https://tk-21.com/Deux-entretiens-avec-Jean-Guiart</link>
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		<dc:date>2023-03-01T11:49:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jonathan Bougard</dc:creator>


		<dc:subject>Outre-Mer</dc:subject>
		<dc:subject>entretien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un entretien de Jonathan Bougard avec Jean Guiart, autour du grand sculpteur tahitien, Vaiere Mara et de beaucoup d'autres choses.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tk-21.com/Entretiens" rel="directory"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tk-21.com/Outre-Mer" rel="tag"&gt;Outre-Mer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Entretien" rel="tag"&gt;entretien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2224-d2764.jpg?1772267343' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un entretien de Jonathan Bougard avec Jean Guiart, autour du grand sculpteur tahitien, Vaiere Mara et de beaucoup d'autres choses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques pr&#233;cisions &#224; propos de Jean Guiart&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ma premi&#232;re rencontre avec monsieur Guiart doit remonter &#224; fin 2012. Je n'avais alors jamais entendu parler de lui. C'&#233;tait au salon du livre de Papeete o&#249; il tenait chaque ann&#233;e un stand pr&#233;sentant les titres du Rocher-&#224;-la-Voile, sa petite structure d'&#233;dition. Je passais l&#224; par hasard, revenant de Arue et retournant sur Faa'a, j'ai vu de l'animation et j'ai fait le tour des stands, mon v&#233;lo &#224; la main. Les titres expos&#233;s sur le stand du Rocher-&#224;-la-voile ont retenu mon attention et j'ai commenc&#233; &#224; lire une quatri&#232;me de couverture assez virulente. Le vieux monsieur qui tenait le stand s'est alors int&#233;ress&#233; &#224; mon v&#233;lo :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez un beau v&#233;lo. Dit-il en se levant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il est venu examiner mon v&#233;lo. En effet c'&#233;tait un curieux v&#233;lo tout terrain avec de grosses fourches suspendues, beaucoup de vitesses, un cadre exosquelette et des disques hydrauliques, bien pratique pour grimper la montagne, agr&#233;able pour les descentes mais qui n&#233;cessitait un entretien soign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regardait le v&#233;lo d'un air r&#234;veur et je l'ai laiss&#233; prendre le guidon en main. Il a un peu fait jouer les suspensions avant de retourner s'asseoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il m'a demand&#233; ce que je faisais dans la vie, je lui r&#233;pondis que j'avais &#233;t&#233; adopt&#233; dans une famille tahitienne, que je revenais d'une ann&#233;e pass&#233;e &#224; faire le coprah au secteur de Rangiroa aux Tuamotu, et que je publiais de petites histoires illustr&#233;es de dessins dans la &lt;i&gt;D&#233;p&#234;che de Tahiti&lt;/i&gt; au rythme d'une page en couleurs par semaine, les &lt;i&gt;Chroniques Paumotu&lt;/i&gt;. Les dames qui lui tenaient compagnie se sont alors anim&#233;es, elles ne manquaient pas un &#233;pisode des &lt;i&gt;Chroniques Paumotu&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'en est suivie une conversation &#224; b&#226;tons rompus qui a dur&#233; plus d'une heure je pense, et alors que j'allais quitter son stand il m'a retenu et a choisi deux ouvrages qu'il a demand&#233; &#224; une des deux dames qui lui tenaient compagnie d'empaqueter dans un petit sac en papier. &lt;i&gt;Pr&#233;cis de la m&#233;thode en Anthropologie sociale&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Malekula l'explosion culturelle&lt;/i&gt;. Sur l'un des deux livres monsieur Guiart avait not&#233; son num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone, me proposant de passer lui rendre visite. J'&#233;tais en Polyn&#233;sie depuis six ans et je n'avais encore rien lu sur le Pacifique. J'ai lu et relu ces ouvrages, sans toutefois oser appeler leur auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e suivante je suis repass&#233; au salon du livre de Papeete et cette fois j'y allais pour revoir monsieur Guiart. J'avais renonc&#233; au v&#233;lo pour me d&#233;placer &#224; pieds. Monsieur Guiart &#233;tait bien l&#224;, il se souvenait tr&#232;s bien de moi et on a repris tout naturellement la conversation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui ai beaucoup parl&#233; du sculpteur Vaiere Mara que je venais de d&#233;couvrir gr&#226;ce &#224; l'argentin Miguel Hunt, il &#233;tait tr&#232;s &#233;tonn&#233; de ce que Patrick O Reilly lui ai consacr&#233; un ouvrage qu'il ne connaissait pas, et quasi incr&#233;dule. Comme j'allais prendre cong&#233;, il m'a offert un exemplaire de &lt;i&gt;Connexions&lt;/i&gt;, la revue qu'il venait de lancer, et a demand&#233; aux dames qui s'occupaient de lui de prendre mes coordonn&#233;es. J'ai lu &lt;i&gt;Connexions&lt;/i&gt; dans la soir&#233;e jusque tard dans la nuit. J'avais particip&#233; &#224; plusieurs revues litt&#233;raires dans mon jeune &#226;ge en France, anim&#233;es par de jeunes gens pleins de vanit&#233; dont la plupart &#233;taient d&#233;sormais revenus de leurs illusions et avaient renonc&#233; &#224; toute ambition de publication. Pour ceux qui avaient fait carri&#232;re dans les lettres, ils n'avaient plus grand-chose &#224; dire. Qu'un monsieur &#226;g&#233; de 90 ans se lance dans l'animation d'une revue de cette qualit&#233;, sans concessions aucune &#224; qui que ce soit et qui plus est en Polyn&#233;sie, je mesurais la dimension de l'exploit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain mon t&#233;l&#233;phone a sonn&#233;. C'&#233;tait Jean Guiart et la premi&#232;re chose qu'il m'a dite &#233;tait : &lt;i&gt;Vos informations sont exactes&lt;/i&gt;. Il me demandait un texte sur Vaiere Mara pour sa revue et m'invitait &#224; d&#233;jeuner au Blue Banana le lendemain. Il avait ses habitudes au Blue Banana en bord de lagon. Le d&#233;jeuner s'est prolong&#233; dans l'apr&#232;s-midi. Monsieur Guiart avait de grandes visions pour Mara, je l'avais convaincu, il mesurait tout de suite l'importance de sa production. Il me recommandait de me tourner vers les oc&#233;anistes de Saint-P&#233;tersbourg selon lui plus susceptibles de monter une exposition de qualit&#233; que les fran&#231;ais, et de chercher le soutien du &lt;i&gt;Bishop Museum&lt;/i&gt; de Hawa&#239;. Il passa des heures &#224; m'expliquer comment on fabrique des caisses pour monter une exposition, et me donna un de ses livres, comme &#224; chaque fois que nous nous voyions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'ai rendu &#224; monsieur Guiart &lt;i&gt;Vaiere Mara : le principe du corail&lt;/i&gt;, un texte qu'il a publi&#233; en octobre 2015 dans le num&#233;ro 3 de sa revue &lt;i&gt;Connexions&lt;/i&gt;, il me dit : &lt;i&gt;Bougard, votre texte est un tr&#232;s bon texte&lt;/i&gt;. Et il s'excusa de ne pouvoir me le payer, une revue savante ne doit pas payer ses contributeurs... Venant de sa part, cela me toucha beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; une premi&#232;re fois filmer Jean Guiart chez lui au Lotus courant 2015 pour un film consacr&#233; &#224; un jeune &#233;leveur de coqs de combat, &lt;i&gt;Samson, l'art et le combat&lt;/i&gt;. Il s'est pr&#234;t&#233; au jeu de jouer les consultants &#233;clair&#233;s sur la question. L'entretien s'est d&#233;roul&#233; en int&#233;rieur et &#224; deux cam&#233;ras. Je cor&#233;alisais ce film avec Jean-Philippe Joaquim, un doctorant en anthropologie qui avait d&#233;vi&#233; vers la r&#233;alisation de documentaires grand public. En sortant de chez Guiart, il me dit : &lt;i&gt;pour moi filmer Jean Guiart c'est comme filmer le pape&lt;/i&gt;. Cependant cet entretien me frustra, car si Guiart fut tr&#232;s &lt;i&gt;bon client&lt;/i&gt;, nous travaillions avec un producteur qui r&#233;cup&#233;rait les cam&#233;ras le soir et restait propri&#233;taire des rushs, et je n'ai pas pu en profiter pour poser toutes les questions qui me venaient &#224; l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai commenc&#233; &#224; proposer le sujet d'un film documentaire consacr&#233; &#224; la vie et l'&#339;uvre de Jean Guiart &#224; divers producteurs et diffuseurs qui trouv&#232;rent tous le sujet trop difficile. Je n'ai pu investir dans ma propre cam&#233;ra et devenir ind&#233;pendant qu'en 2017. J'ai tout de suite &#233;t&#233; filmer un premier entretien avec Jean Guiart, chez lui sur la terrasse, suivi d'un second la semaine suivante, alors que je travaillais sur d'autres films. J'ai enfin pu lui poser toutes les questions que j'avais en t&#234;te et enregistrer ses r&#233;ponses. Je sentais qu'il y a avait urgence &#224; le faire. Parce que Guiart &#233;tait exceptionnel. J'en ai publi&#233; de courts extraits puis les rushs sont rest&#233;s dans mes tiroirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon activit&#233; principale &#233;tait devenue le travail de recherches et d'inventaire des &#339;uvres de Vaiere Mara en Polyn&#233;sie, ainsi que l'&#233;criture d'un documentaire qui lui serait consacr&#233;. Je transmettais le fruit de mes recherches &#224; monsieur Guiart, qui d&#233;sirait en faire un livre. Visuels, textes et entretiens. Mais je n'avais plus le temps de monter le voir au Lotus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en 2018 que monsieur Guiart m'a permis de ressentir ce qu'avait d&#251; conna&#238;tre Vaiere Mara lors de la publication du &lt;i&gt;Bois l&#233;gendaires de Mara sculpteur tahitien&lt;/i&gt; de Patrick O Reilly, publi&#233; &#224; son insu. D'abord Jeanne la fille de Mara m'a compliment&#233; pour mon livre sur son p&#232;re. Je n'ai pas compris, sans y accorder trop d'importance. Quelques semaines plus tard ce fut au tour de Michel Mara de me remercier pour mon livre sur le sculpteur. Comme je lui demandais de quel livre il me parlait il n'a pas trop su me r&#233;pondre mais m'a affirm&#233; l'avoir eu entre les mains. Un ami le lui avait pr&#234;t&#233; et il en avait pris connaissance avant de le lui rendre. J'ai commenc&#233; &#224; me poser de s&#233;rieuses questions, sans penser une seconde &#224; monsieur Guiart. Un peu plus tard c'est finalement Gilles Mateha Mara qui a sorti le num&#233;ro 9 de la revue &lt;i&gt;Connexions&lt;/i&gt; de sa biblioth&#232;que et me l'a mis entre les mains. Un de ses collectionneurs lui en avait fait cadeau. Je d&#233;couvris alors que Monsieur Guiart avait publi&#233; la mati&#232;re que je lui avais transmis dans un gros dossier consacr&#233; &#224; l'inventaire Mara, ainsi que les entretiens avec la famille du sculpteur. Il avait tout simplement oubli&#233; de me pr&#233;venir. Je suis all&#233; le voir chez lui. Il avait pris un s&#233;rieux coup de vieux, beaucoup maigrit. Il me remit un exemplaire de l'ouvrage ainsi que le num&#233;ro suivant et son dernier livre, et insista pour rencontrer les enfants Mara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 2019 nous sommes donc mont&#233;s au Lotus avec Michel Mara, fils ain&#233; du sculpteur. Bien qu'ayant encore beaucoup maigri monsieur Guiart avait encore toute sa t&#234;te. Il parla beaucoup, rit beaucoup et offrit &#224; Michel le dernier num&#233;ro de &lt;i&gt;Connexions&lt;/i&gt;, qui s'ouvrait sur la photo d'une belle pi&#232;ce de Mara. Il me reprocha de ne pas lui avoir donn&#233; de nouveau texte pour ce num&#233;ro et je lui en promis un pour le suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro 10 de la revue &lt;i&gt;Connexions&lt;/i&gt; est plus copieux que les autres et rassemble essentiellement des textes de monsieur Guiart lui-m&#234;me, dont un ensemble de cinq longs textes r&#233;unis sous l'intitul&#233; &lt;i&gt;l'histoire coloniale&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vol de la terre&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vol des hommes&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vol des cultures&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vol de la loi&lt;br class='autobr' /&gt;
La trahison des clercs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces essais d'un homme &#226;g&#233; de 96 ans sont ce que j'ai pu lire de meilleur et de mieux inform&#233; sur la question complexe du foncier en Polyn&#233;sie, avec laquelle mon adoption dans une famille d'ascendance royale propri&#233;taire de nombreuses terres m'avait familiaris&#233;. Ils ont &#233;t&#233; tr&#232;s peu lus, la revue &lt;i&gt;Connexions&lt;/i&gt; n'&#233;tant distribu&#233;e que dans deux points de vente sur Papeete et monsieur Guiart ne s'occupant plus des envois. Heureusement gr&#226;ce au remarquable travail d'Andreas Dettloff qui anime le site jeanguiart.org, une version num&#233;rique de tous les num&#233;ros de &lt;i&gt;Connexions&lt;/i&gt; ainsi que d'un certain nombre d'autres ouvrages est aujourd'hui disponible en t&#233;l&#233;chargement libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notre ami commun Andreas Dettloff qui m'a annonc&#233; la nouvelle du d&#233;c&#232;s de monsieur Guiart. J'ai &#233;t&#233; le voir &#224; la veill&#233;e puis j'ai assist&#233; &#224; l'enterrement au cimeti&#232;re de la pointe des p&#234;cheurs de Punaauia, dans la m&#234;me s&#233;pulture que son &#233;pouse Jos&#233;phine. Il y avait une trentaine de personnes. J'ai jet&#233; une rose sur son cercueil. Bient&#244;t trois ans plus tard il n'y a toujours pas son nom sur la tombe, seulement celui de son &#233;pouse Jos&#233;phine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc les deux entretiens qu'il m'a tant tenu &#224; c&#339;ur de filmer tant qu'il en &#233;tait encore temps. Une fois la cam&#233;ra coup&#233;e, il continuait de parler des heures, infatigable. Il parlait surtout g&#233;opolitique et restait tr&#232;s inform&#233;. La question de la Crim&#233;e, qu'il connaissait bien, le tracassait particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19088 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;231&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/1_dernie_re-visite-a_-jean-guiart.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/1_dernie_re-visite-a_-jean-guiart-9ff8a.jpg?1772190922' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Derni&#232;re visite &#224; Jean Guiart en compagnie de Michel Mara, fils a&#238;n&#233; du sculpteur Mara.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Jean Guiart tenait beaucoup &#224; le rencontrer et &#224; lui remettre un exemplaire de sa revue Connexions, qui contenait des &#339;uvres jamais publi&#233;es.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux entretiens avec Jean Guiart&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;alis&#233;s chez lui au Lotus &#224; Punaauia en 2017&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premier entretien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les photographies en couleur ne tiennent pas bien le coup. Au bout de dix ans elles s'ab&#238;ment. Le blanc les photographiait (les canaques) pour gagner de l'argent. Il ne leur donnait rien en &#233;change, alors &#231;a devenait compliqu&#233;. A Tahiti non, ce n'est pas &#231;a. Mais aux Vanuatu, en Nouvelle-Guin&#233;e c'&#233;tait &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donc vous avez renonc&#233; &#224; photographier ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors j'ai arr&#234;t&#233; les photos pour ne pas avoir d'ennuis. Et puis passer mon temps &#224; faire des photos, c'est pas tr&#232;s&#8230; C'est une intrusion dans la vie des gens. Alors faut se faire pardonner apr&#232;s. Quand je les soignais, &#231;a allait. Comme je les soignais, j'avais droit &#224; quelque chose. Mais quand ils avaient quelqu'un sous la main qui pouvait les soigner c'&#233;tait plus la m&#234;me chose. Ce qui &#233;tait marrant c'est qu'ils me fouillaient. Ils fouillaient mes affaires en douce. Toujours. Pour voir si je n'avais pas de p&#233;tard. Parce que si j'avais un p&#233;tard j'&#233;tais comme les autres blancs. Si je n'en avais pas j'&#233;tais diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai lu dans un vos livres que L&#233;vi-Strauss avait lui justement un r&#233;volver sous son oreiller&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. C'est de la connerie. Mais c'&#233;tait l'id&#233;ologie de l'&#233;poque. Et puis au Br&#233;sil ils n'&#233;taient pas tr&#232;s gentils avec les indiens. Alors les indiens se m&#233;fiaient. Mais il n'y avait pas que les indiens, il y avait le jaguar. La nuit. C'&#233;tait aussi pour le jaguar, le p&#233;tard. Parce que les jaguars chassent la nuit. Alors quand ils se mettent &#224; entrer dans les grandes maisons indiennes qui sont ouvertes de tous les c&#244;t&#233;s, il vaut mieux avoir une arme &#224; port&#233;e de la main. Mais je n'ai jamais eu d'arme. Par contre en Nouvelle-Guin&#233;e ils avaient eux des armes. Mais ils avaient pas de cartouches. Ils m'ont fait acheter des cartouches et ils m'ont fait tirer avec leurs fusils. Pour &#234;tre &#224; l'abri des policiers australiens. Alors c'est moi qui tirais sur les oiseaux en vol pour le repas du midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ha, vous avez &#233;t&#233; en Nouvelle-Guin&#233;e ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, y compris en Nouvelle-Guin&#233;e occidentale avant les indon&#233;siens, du temps des hollandais. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;J'ai lu derni&#232;rement que vous n'aimiez pas tellement Godelier, qui s'est int&#233;ress&#233; &#224; la Nouvelle-Guin&#233;e je crois&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; dans l'int&#233;rieur oui, dans la montagne. Moi je suis all&#233; dans la vall&#233;e du Sepik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous avez d&#251; prendre des photos l&#224;-bas ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon appareil est tomb&#233; dans le Sepik et personne n'a voulu plonger &#224; cause des crocodiles. Alors je me suis retrouv&#233; sans appareil. Il &#233;tait dans une bo&#238;te herm&#233;tique mais il &#233;tait mal viss&#233;. Mais j'ai des photos de Nouvelle-Guin&#233;e occidentale. L&#224; l'appareil &#233;tait pr&#233;sent. J'avais un appareil qui faisait des photos carr&#233;es, un appareil allemand d'avant-guerre, on cadrait par le dessus de l'appareil. Je ne me rappelle plus du nom de la marque. Je n'ai jamais pu en racheter un autre. Apr&#232;s j'ai essay&#233; des Minolta mais &#231;a faisait des photos trop petites, on perdait des d&#233;tails. Alors j'ai pris un Canon apr&#232;s. J'ai publi&#233; un certain nombre d'images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous avez beaucoup d'images ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai un peu, oui. Mais j'en ai perdu. J'ai des photos couleur qui se sont ab&#238;m&#233;es. Il y en a d'autres qui ne se sont pas ab&#238;m&#233;es, je sais pas pourquoi. Et puis on m'en a vol&#233;. Quand j'envoyais pour les faire tirer, le tireur m'en a vol&#233;. Les gars de chez Kodak, ils volent. Sinon j'ai tout l&#224;. Pour les archives, j'ai tout l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Vanuatu y a eu des anglais et des fran&#231;ais tu&#233;s par-ci par-l&#224;, toujours &#224; l'arme blanche, jamais avec un fusil. Les fusils c'&#233;tait pour la chasse. Ils ne gaspillaient pas leurs cartouches pour des europ&#233;ens. En Cal&#233;donie les colons isol&#233;s n'ont pas &#233;t&#233;s tu&#233;s. Par contre il y a eu des insurrections avec pas mal de monde des deux c&#244;t&#233;s descendus. Mais au Vanuatu c'&#233;tait des trucs individuels. Un gars &#224; qui on n'avait pas pay&#233; son travail, alors il partait, il revenait et il liquidait toute la famille de son employeur. Ou bien des histoires de terre. Mais aux &#238;les Loyaut&#233; il n'y a rien eu. Lifou, Mare, Ouv&#233;a. Il n'y a pas eu d'insurrection, il n'y avait pas de colons. C'est marrant parce que la terre aux &#238;les Loyaut&#233; c'est des cuvettes dans le corail, et le corail est sur&#233;lev&#233; &#224; quarante m&#232;tres au-dessus de la mer. Mais alors, les colons europ&#233;ens ils viennent avec des charrues. La charrue dans le corail &#231;a ne donne rien du tout. Alors ils ne sont pas venus. Alors il n'y a pas eu de transferts fonciers. Alors les gens ne se sont pas r&#233;volt&#233;s. Tandis qu'en Cal&#233;donie il y a eu une insurrection &#224; chaque g&#233;n&#233;ration. Au Vanuatu ils se contentaient de foutre les gens dehors. Il y avait des europ&#233;ens un peu plus intelligents qui tenaient le coup plus longtemps, ou jusqu'&#224; leur mort. Et en Nouvelle-Guin&#233;e, le gouvernement australien a attribu&#233; des retraites &#224; tous les colons australiens &#224; condition qu'ils quittent la Nouvelle-Guin&#233;e. Alors ils sont partis et on a plus eu d'emmerdements &#224; cause des colons. Parce que le gros probl&#232;me de la colonisation c'est les colons. C'est la stupidit&#233; politique des colons. Comme en Alg&#233;rie, comme en Afrique, comme ailleurs. L&#224; je suis en train de pr&#233;parer pour l'&#233;dition un manuscrit r&#233;dig&#233; par un marin qui a particip&#233; &#224; la guerre d'Indochine, &#224; la guerre d'Alg&#233;rie. Pendant la guerre d'Alg&#233;rie, &#224; un moment il &#233;tait gardien pour une grosse compagnie agricole europ&#233;enne. Il d&#233;crit que dans la cour o&#249; il y avait la maison de ma&#238;tres, il y avait un local pour loger du personnel europ&#233;en, mais la famille arabe, on l'avait mise dehors, sous un escalier. On n'avait pas donn&#233; de logement. Et au Vanuatu et en Cal&#233;donie on a eu des tas d'ennuis quant on s'est mis &#224; donner des logements convenables &#224; des fonctionnaires canaques. Les europ&#233;ens ne voulaient pas. Les logements convenables ne devaient &#234;tre donn&#233;s qu'&#224; des europ&#233;ens. Comme on ne les a pas &#233;cout&#233;s ils &#233;taient furieux&#8230; Ha non les europ&#233;ens &#233;taient bizarres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On peut peut-&#234;tre commencer par parler des d&#233;buts, de votre enfance&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re m'a fait apprendre &#224; lire et &#224; &#233;crire en fran&#231;ais, en anglais et en allemand &#224; quatre ans et demi. Elle m'enseignait le fran&#231;ais et l'anglais. J'avais une dame qui venait pour l'anglais et une autre dame qui venait pour l'allemand. &#199;a m'amusait beaucoup. La comparaison entre les langues m'amusait. Parce que comme ce sont des langues indo-europ&#233;ennes je voyais les passages. Ma m&#232;re &#233;tait incapable de m'expliquer les passages, je gardais &#231;a pour moi. C'&#233;tait une petite connaissance que j'accumulais qui m'amusait beaucoup. Parce que du fran&#231;ais &#224; l'anglais &#224; l'allemand il y a une grande partie du vocabulaire qui a la m&#234;me origine, les m&#234;mes racines. En anglais il y a cinquante pour cent des mots anglais qui sont en r&#233;alit&#233; des mots fran&#231;ais transform&#233;s du fait de la conqu&#234;te par les normands. Toute l'administration anglaise fonctionnait sur un vocabulaire fran&#231;ais. Comme toute l'administration des postes hollandaises, si vous allez en Hollande vous prenez les imprim&#233;s des postes, ils sont en fran&#231;ais du temps de la r&#233;volution. Ils n'ont pas chang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du coup vous avez du vous trouver en d&#233;calage, en avance&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais pu expliquer &#224; mes copains d'&#233;cole ce que je savais. Jamais pu. Ils n'auraient pas compris. Je n'ai jamais racont&#233;. Ils se seraient sentis heurt&#233;s, parce qu'ils n'avaient pas cette possibilit&#233;, ils n'auraient pas compris. C'est tr&#232;s difficile de&#8230; J'ai des copains aussi qui ont fait toute leur scolarit&#233; avec moi au lyc&#233;e etc... Apr&#232;s ils ont rat&#233; parce qu'ils ont voulu faire du th&#233;&#226;tre, des trucs comme &#231;a, des trucs &#224; la mode. S'ils voyaient comme j'habite, comme je vis, ils ne comprendraient pas. Pourquoi pas eux et moi. C'est tr&#232;s difficile d'avoir une sup&#233;riorit&#233; qu'on n'a pas gagn&#233; puisque c'est ma m&#232;re qui d&#233;cidait, ce n'est pas moi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Votre m&#232;re me disiez-vous, qui vous donnait des coups de r&#232;gles sur les doigts&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, d&#232;s que je regardais par la fen&#234;tre, les oiseaux, j'avais droit &#224; un coup de r&#232;gle sur les doigts. &#199;a marchait bien &#231;a. Mais comme &#231;a m'amusait quand m&#234;me &#231;a ne m'a pas donn&#233; de complexes. J'ai appris l'histoire sainte, elle m'a donn&#233; un livre assez ancien qui avait une &#233;dition anglaise, une &#233;dition fran&#231;aise et une &#233;dition allemande. J'ai appris l'histoire sainte dans l'&#233;dition allemande mais c'&#233;tait les m&#234;mes illustrations dans chaque &#233;dition, des gravures sur bois. De belles gravures sur bois, je les vois encore. Alors il y avait, vous savez la ziggourat, la pyramide &#224; degr&#233;s assyrienne. Ce qui m'intriguait c'&#233;tait les jardins suspendus. Je ne comprenais pas ce que c'&#233;tait qu'un jardin suspendu. Et personne n'&#233;tait foutu de m'expliquer. J'ai gard&#233; cette interrogation tr&#232;s longtemps. Qu'est-ce que c'est qu'un jardin suspendu ? C'est des degr&#233;s, et &#224; chaque degr&#233; il y a un jardin. Mais j'ai mis longtemps &#224; le savoir. &#199;a m'a trott&#233; dans la t&#234;te pendant des ann&#233;es ce truc-l&#224;&#8230; Les jardins suspendus de Babylone&#8230; &#199;a n'avait rien de tragique, je n'&#233;tais pas malheureux &#224; cause de &#231;a, mais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re avait beaucoup de livres d'arch&#233;ologie europ&#233;enne et m&#233;diterran&#233;enne, j'ai beaucoup lu &#231;a quand j'&#233;tais gosse. Ma m&#232;re avant de se marier avait &#233;t&#233; &#224; Paris suivre un cours &#224; l'&#233;cole du Louvre. Elle &#233;tait tr&#232;s forte sur les &#233;coles de peintres etc&#8230; Et ma m&#232;re m'a mis &#224; l'&#233;cole, &#224; un moment, &#224; l'&#233;cole publique. Elle mettait ses filles &#224; l'&#233;cole des bonnes s&#339;urs et elle mettait ses gar&#231;ons &#224; l'&#233;cole publique. Et je savais lire et &#233;crire et mes copains &#224; l'&#233;cole ils ne savaient pas lire, ils ont mis trois ans &#224; apprendre&#8230; Moi j'avais appris en six mois. Alors j'amenais un livre et je lisais en classe, on m'avait mis derri&#232;re au bout de la classe et je lisais tranquillement. Alors un jour l'instituteur est venu voir, il a regard&#233; ce que je lisais. C'&#233;tait l'histoire de l'Asie de Maspero, le grand-p&#232;re du libraire de gauche, dans le cinqui&#232;me arrondissement, la librairie Maspero qui est en bas du Boul'mich'&#8230; Le grand-p&#232;re et le p&#232;re de Maspero &#233;taient des sp&#233;cialistes de l'Asie. Le grand-p&#232;re avait fait une histoire de l'Asie. Alors quand l'instituteur est venu et a regard&#233; il a lev&#233;s les yeux au ciel et puis il est reparti. Il a rien dit. J'&#233;tais en train de lire l'histoire des royaumes qui se sont succ&#233;d&#233; le long du fleuve Oxus. &#199;a c'est les royaumes d'Afghanistan de l'&#233;poque. Et le fleuve Oxus existe toujours. La guerre avec les talibans se fait le long du fleuve Oxus entre autre. C'est-&#224;-dire que la situation n'a pas boug&#233; sur quatre mille ans. Ils sont encore en train de se faire la guerre aux m&#234;mes endroits. &#199;a me permet de mieux comprendre les &#233;v&#233;nements actuels. Et je n'avais aucun copain &#224; l'&#233;cole qui avait cette culture-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'&#233;tait o&#249;, &#231;a ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Lyon. A la Croix-Rousse &#224; Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous avez pass&#233; toute votre enfance &#224; Lyon ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, jusqu'&#224; dix-huit ans. A dix-huit ans je suis parti &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quels souvenirs gardez-vous de cette &#233;poque ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ben vous savez pendant la guerre ce n'&#233;tait pas marrant. Et puis c'&#233;tait une ville sale. Elle n'a pas &#233;t&#233; nettoy&#233;e pendant toute la guerre. Alors apr&#232;s ils l'ont nettoy&#233;e et maintenant c'est une belle ville. Mais &#231;a a co&#251;t&#233; de l'argent. A la fin de la guerre c'&#233;tait d&#233;gueulasse. Il y a des b&#226;timents magnifiques &#224; Lyon mais ils &#233;taient noirs de suie. Mais c'&#233;tait une ville o&#249; on pouvait se nourrir en allant &#224; l'ext&#233;rieur. Alors ma m&#232;re allait dans les monts du lyonnais, elle &#233;tait protestante mais elle avait un accord avec les bonnes-s&#339;urs catholiques parce qu'elle avait une amie d'enfance qui dirigeait l'action catholique dans le secteur du sud-est de la France, alors elle avait des points de chute. Elle revenait avec du beurre, avec des grands cuissots de cochon, du fromage&#8230; Elle a r&#233;ussi &#224; nous nourrir pendant toute la guerre. On en est sortis en bon &#233;tat, ce qui n'est pas le cas de tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19090 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/4_jean-guiart.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/4_jean-guiart-a23c7.jpg?1772190922' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jean Guiart chez lui au Lotus &#224; Punaauia lors de notre premier entretien.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et votre p&#232;re, &#224; cette &#233;poque ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ben mon p&#232;re il &#233;tait &#224; la retraite. Il avait soixante-dix ans, il &#233;tait &#224; la retraite, pendant la guerre il n'&#233;tait pas tr&#232;s utile&#8230; Ma m&#232;re qui avait du personnel avant-guerre a d&#251; l&#226;cher le personnel et tout faire elle-m&#234;me pendant la guerre. Parce que ma m&#232;re &#233;tait d'une famille de banquier et son argent &#233;tait &#224; Londres. Pendant la guerre elle n'a pas eu acc&#232;s &#224; son argent. Il n'y avait plus que la retraite de mon p&#232;re. Mais ma m&#232;re savait tout faire. C'&#233;tait la vieille g&#233;n&#233;ration, elle tricotait, elle cousait, elle faisait des v&#234;tements, elle faisait une cuisine magnifique&#8230; Ce qui s'est pass&#233; pendant la guerre a eu des cons&#233;quences variables d'un individu &#224; un autre, en particulier en fonction de ce qu'ils ont pu trouver &#224; manger pendant la guerre. En France &#231;a variait beaucoup la nourriture disponible. Dans les grandes villes ce n'&#233;tait pas facile. Si on ne prenait pour manger que ce qu'on touchait avec les points, les cartes, &#231;a ne suffisait pas. Il fallait trouver une source. Quand je suis arriv&#233; &#224; Paris, Paris vivait de fayots. On introduisait dans la ville des haricots blancs et &#231;a se rajoutait &#224; la carte, aux tickets&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et les topinambours&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ha les topinambours la ville de Lyon &#233;tait malade &#224; cause des topinambours ; on a eu une arriv&#233;e de topinambours trop murs. Les topinambours faut les manger tout de suite au sortir de la terre. Apr&#232;s il y a mobilisation de sels de cuivre qui vous foutent des chiasses &#233;pouvantables. Autrement quand c'est tout frais c'est bon. On a mang&#233; n'importe quoi pendant la guerre. Tout ce qu'on arrivait &#224; trouver. A Paris il y avait un truc. Les restaurants chinois se d&#233;merdaient pour avoir du riz, sans tickets. Alors si on avait un peu d'argent on allait au restaurant chinois. Je ne sais pas comment ils faisaient mais les allemands les laissaient avoir du riz. Ben ils pouvaient pas faire de plats chinois sans riz, &#231;a se justifiait. On &#233;tait contents d'aller au restaurant chinois. Et puis il y avait les restaurants grecs qui se d&#233;brouillaient tr&#232;s bien pour donner une nourriture dont on ne savait pas toujours l'origine mais qui pesait un peu sur l'estomac. Et puis les p&#226;tissiers arrivaient &#224; trouver des farines de je ne sais pas quoi, ils fabriquaient des g&#226;teaux sans tickets aussi&#8230; A Macon dans la montagne il y a le monast&#232;re qui remonte au moyen &#226;ge, c'&#233;tait le seul endroit en France o&#249; on arrivait &#224; avoir de la p&#226;tisserie sans tickets. Mais ce n'&#233;tait pas connu. Moi j'y allais en v&#233;lo, expr&#232;s. Je me tapais de la p&#226;tisserie. Mais &#231;a faisait quand m&#234;me cent et quelques kilom&#232;tres. Il fallait les faire en v&#233;lo. Et puis dans les monts de lyonnais on trouvait du fromage sans tickets qui &#233;tait excellent. Tout &#231;a fallait savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et vous vous d&#233;placiez comme &#231;a en v&#233;lo ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouais. Ha j'ai fait beaucoup de v&#233;lo l&#224;. Et je faisais les mont&#233;es &#224; v&#233;lo aussi bien que les professionnels. J'en ai fait des kilom&#232;tres &#224; l'&#233;poque. Je suis all&#233; dans le Massif central pour ramener des tommes &#224; ma m&#232;re, qui &#233;tait toute contente. Je suis all&#233; en Haute-Marne en 43, l'&#233;t&#233; 43 j'ai ramen&#233; d'&#233;normes Port-Salut. Parce qu'on connaissait la dame qui fabriquait les Port-Salut. Alors elle m'a donn&#233; un &#233;norme Port-Salut pour ma m&#232;re. Depuis elle a rachet&#233; la maison de ma grand-m&#232;re l&#224;-bas. Mais un Port-Salut, &#231;a dure un bon moment. C'est nourrissant. J'ai gard&#233; de bons souvenirs du Port-Salut. Et puis j'avais pris le train qui va de Dijon &#224; Lille. Ce train s'arr&#234;te &#224; toutes les gares, on l'appelle le dijonnais, et pendant la guerre il y avait un wagon-restaurant o&#249; j'ai mang&#233; avec des gens de la police des chemins de fer. Comme j'&#233;tais en uniforme de routier j'&#233;tais prot&#233;g&#233; par eux. Je ne suis pas all&#233; me cacher dans un coin, je suis all&#233; manger avec eux. Ils &#233;taient tr&#232;s gentils. Et puis pour circuler je circulais &#224; v&#233;lo le long du canal du Rh&#244;ne au Rhin. Parce que les allemands se promenaient le long des routes goudronn&#233;es mais pas le long des routes des canaux. Le long des canaux on avait la paix, pas d'allemands. Je suis all&#233; me promener une fois avec un copain d'enfance pour apporter de l'eau &#224; un camp allemand qui &#233;tait sur une colline. Il n'y avait que des souris grises. On appelait les allemandes en uniforme des souris grises. Il n'y avait que des souris grises et des vieux de la territoriale. Il n'y avait pas un soldat normal. Ils ne m'ont m&#234;me pas regard&#233;. J'&#233;tais sur un cheval, un gros percheron, et toutes les antennes &#233;taient verticales et faisaient &#224; peu pr&#232;s vingt m&#232;tres de haut. J'ai cherch&#233; apr&#232;s &#224; savoir ce que &#231;a voulait dire tout &#231;a, mais dans la r&#233;gion personne ne savait ce que c'&#233;tait. Depuis j'ai appris par mon fr&#232;re qui &#233;tait ing&#233;nieur g&#233;n&#233;ral des t&#233;l&#233;coms, que les antennes verticales c'est pour communiquer avec les sous-marins. Alors j'&#233;tais en plein dans un truc strat&#233;gique et puis personne ne me regardait. Je n'ai pas eu le moindre ennui. Ils m'ont pris pour un plouc, et puis j'&#233;tais dans un uniforme alors ils se sont pas inqui&#233;t&#233;s. Mais c'&#233;tait plein de jeunes femmes. Et comme c'&#233;tait sur une colline o&#249; il n'y avait pas d'eau ils faisaient amener de l'eau par les paysans r&#233;quisitionn&#233;s. Mais le copain qui m'avait amen&#233; il avait pris une chicane &#224; purin, il a donn&#233; un coup de jet d'eau avant de la remplir d'eau et puis il leur a amen&#233; &#231;a. Je ne suis pas s&#251;r que ce soit tr&#232;s bon pour la sant&#233;. Mais les gens avaient des r&#233;actions quelquefois bizarres. Pas toujours rationnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous &#234;tes donc all&#233; poursuivre vos &#233;tudes &#224; Paris pendant l'occupation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hiver 43/44 j'&#233;tais &#224; Paris. A la lib&#233;ration j'ai servi de guide &#224; un tank de l'arm&#233;e Leclerc. C'&#233;tait tous les r&#233;publicains espagnols. De Gaulle avait r&#233;ussi &#224; r&#233;cup&#233;rer tous les r&#233;publicains espagnols r&#233;fugi&#233;s en Alg&#233;rie ou au Maroc. Alors ils &#233;taient tous dans la division blind&#233;e de l'arm&#233;e Leclerc et ils se comportaient tr&#232;s professionnellement, tr&#232;s prudents. Ils ne voulaient pas casser leur blind&#233;. Ils le mettaient cal&#233; dans un coin d'immeuble pour qu'il y ait juste le canon qui sorte et ils tiraient sur les allemands comme &#231;a. Les allemands ils allaient se mettre avec leur tank au milieu d'un boulevard et puis ils tiraient de l&#224;, du milieu du boulevard. Les gens de la division Leclerc se camouflaient soigneusement pour ne pas perdre leur instrument. Ce qui &#233;tait beaucoup plus efficace. Et puis pendant la lib&#233;ration il n'y avait rien &#224; manger. Tout le syst&#232;me d'alimenter Paris c'&#233;tait arr&#234;t&#233;. Alors une cousine de ma m&#232;re avait donn&#233; &#224; un de mes fr&#232;res du sucre en poudre. En sac papier. Elle avait un moyen d'en avoir. Alors j'allais dans une boulangerie qui &#233;tait en bas du quartier latin, &#224; gauche. Il y avait deux rues en diagonale, dans chaque rue il y avait une mitrailleuse lourde allemande qui tirait. Mais ils tiraient par &#224;-coups pour &#233;conomiser les munitions. Alors entre deux tirs je passais la rue pour aller dans la boulangerie. Comme il n'y avait pas de clients ils me donnaient tout le pain que je voulais. Sans tickets. Alors je prenais mon pain et puis je foutais le camp entre deux tirs et puis j'allais manger mon pain avec mon fr&#232;re, on mettait du sucre dessus. On s'est nourris comme &#231;a pendant la lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Votre fr&#232;re &#233;tait donc aussi &#224; Paris ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il &#233;tait ing&#233;nieur des t&#233;l&#233;coms. Il &#233;tait sorti de l'X. J'ai un fr&#232;re qui est sorti de l'X, un autre fr&#232;re et une s&#339;ur qui ont &#233;t&#233; &#224; Normale Sup' et moi j'&#233;tais le vilain petit canard de la famille. Ils croyaient que j'&#233;tais bon &#224; rien. Je me suis d&#233;merd&#233; quand m&#234;me. Mais je travaillais au mus&#233;e de l'homme pendant la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ah oui, d&#233;j&#224; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui 44 ; l'hiver 43/44 j'ai travaill&#233; au mus&#233;e de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et vous y faisiez quoi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'occupais des collections, je faisais ce qu'on me disait de faire. Je gagnais de quoi payer mon loyer et un repas par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et comment vous &#233;tiez-vous retrouv&#233; au mus&#233;e de l'homme ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ho c'est des sombres combines avec des gens qui &#233;taient au minist&#232;re du travail et qui avaient mont&#233; ce qu'on appelait des ch&#244;meurs intellectuels. J'&#233;tais ch&#244;meur intellectuel. J'ai &#233;t&#233; ch&#244;meur intellectuel pendant quatre ans. Puis, comme le service des ch&#244;meurs intellectuels &#233;tait dirig&#233; par des trotskistes, le ministre du travail communiste a ferm&#233; la boutique et je me suis retrouv&#233; dans le lac. Mais on m'a r&#233;cup&#233;r&#233; dans un programme de formation de chercheurs &#224; l'ORSTOM de l'&#233;poque, l'IRD aujourd'hui. Alors en 47 on m'a foutu dans un bateau pendant trois mois pour rejoindre la Nouvelle-Cal&#233;donie. La France n'avait pas d'avions au sortir de la guerre. Elle avait des avions de bombardement ou des chasseurs mais il n'y avait plus d'avions civils. Il a fallu tout reconstruire. Alors on nous a envoy&#233;s par bateau. L&#224; on s'emmerdait. Moi je ne bois pas. Alors je ne fr&#233;quentais pas le bar du bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et que faisiez-vous pendant la travers&#233;e ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;crit un livre sur les aborig&#232;nes d'Australie qui n'a jamais &#233;t&#233; publi&#233; parce qu'il &#233;tait trop mauvais. Ben je n'en avais jamais vu, c'&#233;tait de la compilation. Je l'ai foutu dans un coin puis je ne m'en suis plus occup&#233;, mais sur le bateau &#231;a m'a occup&#233; l'esprit. Et puis je tombais sur des canaques qui &#233;taient vivants, qui n'&#233;taient pas sur les pages d'un manuscrit, c'&#233;tait beaucoup plus int&#233;ressant. Et beaucoup plus difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Cal&#233;donie je n'allais jamais chez des blancs, chez les colons, je n'allais exclusivement que dans les villages canaques. J'&#233;tais pay&#233; pour &#231;a. Alors on m'a fait des tas d'histoires parce que soi-disant je m&#233;prisais les colons mais je n'&#233;tais pas pay&#233; pour faire la sociologie des colons. J'&#233;tais pay&#233; pour faire l'ethnographie des m&#233;lan&#233;siens. Pour savoir ce qui se passait. Alors je me suis occup&#233; de beaucoup de choses. Le premier truc dont je me suis occup&#233; c'est le beurre. On avait interdit le beurre aux canaques. Les colons avaient dit : les canaques ne s'int&#233;ressent pas au beurre. Mais ce n'est pas vrai. D&#232;s qu'il y a un deuil ou un anniversaire, un mariage, ils ont besoin de beurre, de confiture, de caf&#233; ou de th&#233;. Et il leur en faut des quantit&#233;s. Alors comme on leur avait supprim&#233; le beurre ils &#233;taient oblig&#233;s d'acheter au march&#233; noir. Aux colons qui avaient dit que le beurre n'int&#233;ressait pas les canaques. C'&#233;tait une combine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et vous avez pu y faire quelque chose ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je leur ai fait attribuer du beurre. &#199;a a &#233;t&#233; mon premier travail. Le deuxi&#232;me, on m'a envoy&#233; v&#233;rifier &#224; Poneriwa pourquoi les femmes ne voulaient pas travailler soi-disant pour les colons. Alors bien entendu c'&#233;tait une g&#233;n&#233;ralit&#233; et toutes les g&#233;n&#233;ralit&#233;s sont fausses. J'y suis all&#233; et puis au bout d'une semaine je savais ce qui c'&#233;tait pass&#233;. Les femmes ne voulaient pas travailler pas pour tous les colons mais pour ceux qui &#8211; dans la situation pr&#233;c&#233;dente - pr&#233;tendaient les obliger &#224; coucher avec eux. Les gros colons avaient des locaux o&#249; ils logeaient les gens qui venaient pour ramasser le caf&#233;, il y avait des maisons pour les hommes et des maisons pour les femmes. Et les maisons pour les femmes, les jeunes colons allaient les violer la nuit. Sous menace de les faire emprisonner si elles ne se laissaient pas faire. Et les gendarmes fermaient les yeux. &#199;a a fait un scandale. Quand je suis revenu j'ai racont&#233; &#231;a au gouverneur et il l'a r&#233;p&#233;t&#233;, mais il n'y a jamais rien eu d'&#233;crit parce que personne ne voulait qu'il y ait quoi que ce soit d'&#233;crit. Mais on a remont&#233; les bretelles des colons qui faisaient &#231;a et on les a oblig&#233;s &#224; augmenter le taux de la journ&#233;e. Et &#231;a s'est arrang&#233; comme &#231;a. Mais alors &#224; partir de ce moment-l&#224; je n'&#233;tais pas bien vu par les colons. Mais j'avais pris la pr&#233;caution de ne rien mettre par &#233;crit &#224; l'&#233;poque. Parce que le conseil g&#233;n&#233;ral &#233;tait uniquement europ&#233;en et constitu&#233; des gens &#233;lus par les colons qui s'envoyaient des bonnes femmes. Le conseil g&#233;n&#233;ral ne pouvait pas d&#233;lib&#233;rer sur le sujet. C'&#233;tait compl&#232;tement ridicule comme histoire. Mais enfin du coup ils ont arr&#234;t&#233; de faire leurs plaisanteries. Les fils de colons consid&#233;raient que les femmes canaques &#233;taient &#224; leur disposition. C'&#233;tait tout &#224; fait bizarre comme situation. M&#234;me les colons d'Alg&#233;rie ne s'envoyaient pas les femmes arabes comme &#231;a. Ils faisaient attention parce qu'ils avaient peur du couteau. Les arabes &#231;a manie le couteau. Les canaques ne maniaient pas le couteau. Mais ils n'&#233;taient pas contents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors apr&#232;s je me suis occup&#233; des allocations familiales. J'ai n&#233;goci&#233; avec la chambre de commerce et d'industries pour que les canaques touchent les allocations familiales au m&#234;me taux que les europ&#233;ens. &#199;a a march&#233;. Mais j'ai n&#233;goci&#233; en silence. Je n'ai pas fait de communiqu&#233; ni rien du tout. En silence avec les responsables. Et &#231;a &#231;a marche. Pas de journalistes ni rien. Ils ont pos&#233; des conditions qui consistaient &#224; fabriquer un &#233;tat-civil convenable, mais dans tous les cas un &#233;tat-civil convenable c'&#233;tait une bonne chose. Alors &#231;a n'a pas fait un pli, on a fait le travail. Les &#233;lus europ&#233;ens disaient que les canaques allaient boire l'argent. Moi je disais ils vont d&#233;penser leur argent dans le syst&#232;me commercial existant, tenu par les europ&#233;ens &#224; l'&#233;poque et pas par les chinois. Il n'y avait pas de chinois. Et c'est ce qui s'est pass&#233;. Ils ont utilis&#233; l'argent des allocations familiales pour acheter des bagnoles. Pour aller aux champs ou pour balader leurs familles. Comme n'importe quelle personne normale. L'introduction des bagnoles dans le milieu canaque qui ne vivait qu'&#224; pieds ou &#224; cheval a &#233;t&#233; une grande transformation, qui s'est faite sans bruit, tranquillement, en silence. On n'en a jamais parl&#233; dans la presse locale. Quant on n&#233;gocie tranquillement en silence, sans faire de bruit, &#231;a marche beaucoup mieux. Et l&#224; il fallait que &#231;a bouge puisqu'on avait supprim&#233; le travail forc&#233;. Les canaques &#233;taient devenus des citoyens fran&#231;ais normaux mais ils ne le savaient pas. Alors il fallait qu'ils apprennent ce que &#231;a voulait dire, mais tout doucement. Les techniques gauchistes ne permettent pas de faire des progr&#232;s. Il faut travailler dans la situation existante avec les gens existants. &#199;a co&#251;te beaucoup moins cher, &#231;a fait beaucoup moins de victimes, et on obtient de meilleurs r&#233;sultats. Tout le monde n'est pas content mais &#231;a fait rien &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s je me suis occup&#233; des municipalit&#233;s. Il n'y avait pas de municipalit&#233;s. Il y avait Noum&#233;a et Papeete qui &#233;taient des communes de plein exercice et puis rien d'autre. Alors j'ai r&#233;ussi en n&#233;gociant &#224; faire cr&#233;er des communes de plein exercice partout, y compris ici (&#224; Tahiti). Mais &#231;a j'ai r&#233;ussi gr&#226;ce au g&#233;n&#233;ral, le g&#233;n&#233;ral a &#233;t&#233; le seul &#224; comprendre que c'est la r&#233;forme qu'il fallait faire pour former les gens &#224; la gestion publique. Parce qu'il n'y avait aucun m&#233;canisme pour les former. On avait des &#233;lus qui ne savaient pas ce que c'&#233;tait qu'un budget. Alors on a cr&#233;&#233; des communes de plein exercice partout, et les tahitiens et les canaques ont appris la gestion des cr&#233;dits publics, au niveau municipal. Lentement, mais ils l'ont apprise. Et on a eu des communes canaques qui &#233;taient mieux g&#233;r&#233;es que des municipalit&#233;s europ&#233;ennes. Mais il a fallu que De Gaulle intervienne. Comme j'avais des moyens de le toucher, &#231;a a march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;134&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/5_jean-guiart-et-michel-mara.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/5_jean-guiart-et-michel-mara-a0c02.jpg?1772190922' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jean Guiart et Michel Mara.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Jean Guiart nous a quitt&#233;s quelques semaines apr&#232;s cette derni&#232;re visite. Il avait terriblement maigrit.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#199;a fait pas mal de choses&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui &#231;a fait pas mal de choses, mais j'&#233;tais coinc&#233;, il fallait que je bouge. Il fallait que je bouge sans &#234;tre accus&#233; d'organiser une insurrection. Parce que j'ai &#233;t&#233; accus&#233; d'organiser une insurrection en plus, au bout de trois mois. Il y a eu une enqu&#234;te de gendarmerie qui a conclu que c'&#233;tait une invention. Mais je ne pouvais pas me discuter avec les gendarmes, je ne pouvais pas me discuter avec les administrateurs, je ne pouvais pas me discuter avec le haut-commissaire : il fallait faire avec tous ces gens-l&#224;. Et puis c'&#233;tait les seuls capables de prendre une d&#233;cision l&#233;galement. Moi je n'existais pas l&#233;galement. Je n'avais pas de statut. On m'avait foutu l&#224; et puis on m'avait dit &lt;i&gt;d&#233;brouillez-vous pour vous rendre utile&lt;/i&gt;. Alors j'ai fait ce que j'ai pu, mais tranquillement. C'est beaucoup plus efficace. Je n'ai pas eu de morts comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les occidentaux ne traitaient pas bien leurs troupes noires mais ils traitaient bien les canaques et les oc&#233;aniens. Souvent c'&#233;tait des officiers du sud des Etats-Unis, mais qui n'avaient aucun probl&#232;me pour traiter avec des oc&#233;aniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis rest&#233; dix ans en Cal&#233;donie pour mon premier s&#233;jour. J'ai fait toutes les &#238;les une par une. J'ai fait toute la Cal&#233;donie &#224; cheval. Au Vanuatu je marchais &#224; pieds. Vous ne pouvez pas aller &#224; cheval au Vanuatu parce que les branches dans les sentiers sont coup&#233;es &#224; hauteur des gars. Comme les gars ne sont pas tr&#232;s grands, si vous vous mettez &#224; cheval les branches vous arrivent dans la figure. Et puis il n'y a pas beaucoup de chevaux au Vanuatu. Alors je marchais &#224; pieds, mais il faut marcher pr&#233;cautionneusement parce que c'est tr&#232;s mouill&#233;, il pleut tous les jours en fin d'apr&#232;s-midi. Le r&#233;sultat c'est qu'on ne peut pas marcher au milieu du sentier, il faut marcher des deux c&#244;t&#233;s en m&#234;me temps, les c&#244;t&#233;s sont plus secs. Si on marche au milieu on glisse et on se ramasse par terre. Il y a un g&#233;ologue fran&#231;ais, qui s'appelle Aubert de La R&#252;e, avant-guerre, qui s'est cass&#233; une jambe &#224; Malekula dans la montagne. C'est les canaques qui l'ont ramass&#233;, qui lui ont mis des attelles et qui l'ont transport&#233; jusqu'&#224; un h&#244;pital fran&#231;ais. Il n'a jamais eu de probl&#232;mes apr&#232;s. Pour les membres bris&#233;s, les canaques sont tr&#232;s bons. Ils savent tr&#232;s bien faire des attelles en bambou et transporter des bless&#233;s. Pour les blessures par balles, ils les soignent avec de l'huile de machine &#224; coudre. Au bout d'un certain temps la balle sort toute seule. Il y avait plein de gars bless&#233;s qui se remettaient parfaitement avec ce traitement-l&#224;. Il faut dire que l'huile de machine &#224; coudre elle est dans de petits conteneurs scell&#233;s, donc ce n'est pas dangereux. Mais enfin il faut y penser. Les canaques de toute la M&#233;lan&#233;sie, &#224; la diff&#233;rence des tahitiens, &#233;taient arm&#233;s. Des commer&#231;ants europ&#233;ens, allemands en particulier, avaient amen&#233; des stocks de fusils des guerres du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle en Europe, entre prussiens et autrichiens, et les distribuaient lentement dans les &#238;les. Mais avec tr&#232;s peu de munitions. Mais les chinois sont intervenus dans le circuit, ils ont fait faire en Chine des munitions pour ces vieux fusils et ils les ont vendues par caisses. Pas cher. Alors que les europ&#233;ens s'imaginaient qu'ils allaient vendre &#231;a par petits cartons. Alors tout homme normal en M&#233;lan&#233;sie &#224; un fusil de guerre un peu ancien mais qui marche tr&#232;s bien, et qui est soigneusement trait&#233;. Les gens ont des fusils et savent tr&#232;s bien les entretenir. C'est pour &#231;a qu'ils ont eu l'ind&#233;pendance, parce que la France et l'Angleterre ont consid&#233;r&#233; qu'envoyer des corps exp&#233;ditionnaires dans le Pacifique en M&#233;lan&#233;sie &#231;a co&#251;terait trop cher quand m&#234;me, et que &#231;a n'en valait pas la peine. Alors moi j'ai fait l'inventaire &#224; Mallicolo des fusils, mais il y en avait des centaines. Et puis les caisses de cartouches que j'ai vu, il y en avait. Tout &#231;a vendu par les chinois, en douce. Introduits en douce et vendus en douce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ils s'en servaient pour la chasse ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, pour la chasse au b&#233;tail sauvage et pour la chasse au cochon sauvage. Il leur fallait du solide. Alors ils prenaient les cartouches, ils les vidaient, ils fondaient les plombs en une seule masse, ils remettaient la masse &#224; l'int&#233;rieur avec de la poudre et puis ils bourraient avec de l'&#233;corce de burau. Alors &#231;a faisait un truc de grande chasse pour le taureau sauvage. Il y a des centaines de b&#234;tes sauvages dans les &#238;les aux Vanuatu &#233;chapp&#233;es des plantations europ&#233;ennes. Et puis il y a toujours eu du cochon sauvage. Le cochon noir avec un museau effil&#233;. Quand ils ont leurs d&#233;fenses qui sortent ils sont dangereux. Mais ils utilisaient les fusils uniquement pour la chasse. Chaque fois qu'ils ont tu&#233; un europ&#233;en c'&#233;tait &#224; l'arme blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois &#224; Malekula ils m'ont convoqu&#233; dans l'int&#233;rieur. J'&#233;tais au bord de la mer, tranquillement, ils m'ont dit tu montes imm&#233;diatement. Il y avait trois quarts d'heure de marche pour arriver au premier village de l'int&#233;rieur. Je suis mont&#233;, je les ai trouv&#233;s tous en peinture de guerre avec des fusils charg&#233;s et en train de faire des d&#233;monstrations de force. Du vrai cin&#233;ma. Ils m'ont dit : tu vois on est tout pr&#234;ts. On est all&#233;s travailler dans la baie sud-ouest de Malekula et le planteur nous a donn&#233; de l'alcool. Il y a eu une bagarre et on a eu deux morts. Alors ou bien tu vas dire &#224; l'administration qu'ils aillent mettre le blanc en prison, ou bien nous on y va et on lui fait son affaire. Ils avaient deux jours de marche pour y aller, je connaissais le chemin. J'ai fait quarante kilom&#232;tres pour arriver &#224; une radio et j'ai envoy&#233; un message explicatif &#224; l'administration fran&#231;aise &#224; Port-Vila. Ils ont compris tout de suite, ils ont envoy&#233; imm&#233;diatement un bateau. Ils ont foutu l'europ&#233;en en prison, mais pas pour longtemps. Ce qu'il fallait c'&#233;tait que &#231;a se voie. Ce n'&#233;tait pas de le mettre en prison pour trente ans, c'&#233;tait de le mettre en prison et que les canaques voient qu'on ait mis un blanc en prison pour une fois. &#199;a a march&#233; tr&#232;s bien. On n'a plus eu d'ennuis de ce c&#244;t&#233;-l&#224;. Parce qu'il y avait des europ&#233;ens qui exag&#233;raient. On a oblig&#233; des europ&#233;ens &#224; payer des dettes qu'ils avaient vis-&#224;-vis des canaques et qu'ils ne payaient pas. &#199;a a bien march&#233; tant qu'on avait du personnel administratif fran&#231;ais qui avait fait la guerre du c&#244;t&#233; du g&#233;n&#233;ral De Gaulle. Ceux-l&#224; comprenaient qu'il fallait qu'il y ait du changement. Apr&#232;s on s'est mis &#224; avoir du tout-venant et &#231;a a &#233;t&#233; plus difficile de n&#233;gocier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donc vous restez en Cal&#233;donie de 1948 &#224; 1958 puis vous rentrez en France.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, et puis apr&#232;s je suis revenu tous les ans, l'&#233;t&#233;. Apr&#232;s les examens du mois de juin je prenais l'avion. J'avais une esp&#232;ce d'idiot de s&#233;nateur caldoche qui s'appelait Henri Lafleur qui voulait absolument me faire sauter. Alors quand L&#233;vi-Strauss m'a propos&#233; de me faire nommer &#224; une chaire &#224; l'&#233;cole des hautes &#233;tudes j'ai accept&#233;. On a cr&#233;&#233; une chaire d'&#233;tude des religions oc&#233;aniennes et c'est moi qui l'ai eue. Mais c'est L&#233;vi-Strauss qui a fait toute la campagne, ce n'est pas moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans quel climat &#231;a s'est pass&#233; alors ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;vi-Strauss &#233;tait un homme tr&#232;s habile. Le climat &#233;tait parfait, je n'ai eu qu'une voix contre moi. Mais j'&#233;tais d&#233;j&#224; &#233;l&#232;ve titulaire de la maison, j'&#233;tais entr&#233; aux &#233;tudes pendant la guerre, ils me connaissaient. Je suivais la direction de Maurice Leenhardt qui avait succ&#233;d&#233; &#224; Marcel Mauss. Mais pendant la guerre c'est tr&#232;s curieux, &#224; Paris &#224; la Sorbonne on avait une atmosph&#232;re de libert&#233;. Personne ne s'occupait de la pr&#233;sence des allemands. On &#233;tait prudents mais pas tellement. J'ai pass&#233; un examen en 43, j'ai eu la mention bien pour un certificat de sociologie ou le sujet donn&#233; pour la partie &#233;crite &#233;tait Marx. Or Marx et les nazis &#231;a n'allait pas ensemble. H&#233; ben non, j'ai fait une dissertation sur Marx qui a &#233;t&#233; not&#233;e, corrig&#233;e, je l'ai retrouv&#233;e apr&#232;s dans les archives et c'est comme si les allemands n'&#233;taient pas l&#224;. Apparemment personne ne mouftait, personne ne d&#233;non&#231;ait, il y avait une esp&#232;ce d'&#238;lot de libert&#233;. Sur le coup je ne m'en rendais pas compte mais apr&#232;s je me suis rendu compte que &#231;a n'&#233;tait pas rationnel. Normalement les allemands auraient d&#251; s'occuper du programme et nous casser les pieds. Ben non, ils nous ont laiss&#233;s compl&#232;tement tranquilles. Mais alors qu'est-ce que &#231;a fumait dans les amphith&#233;&#226;tres&#8230; On racontait n'importe quoi mais avec une certaine prudence : on ne pronon&#231;ait jamais le mot allemand, ni nazi, etc&#8230; C'&#233;tait la r&#232;gle non-&#233;crite. On faisait comme s'ils n'existaient pas. &#199;a a march&#233;. Ils ne s'en sont jamais m&#234;l&#233;s, ils n'ont pas introduits d'agents cach&#233;s&#8230; Et les collaborationnistes nous ont foutu la paix. D'ailleurs c'est tr&#232;s curieux, les gens qui &#233;crivent l'histoire de la guerre ne se sont jamais aper&#231;us de &#231;a. A Lyon c'&#233;tait beaucoup plus surveill&#233;. Mais les allemands avaient peur de Paris, ils ne voulaient pas avoir une r&#233;volte &#224; Paris. Ils avaient de mauvais souvenirs de Paris du temps de la commune. &#199;a a jou&#233; parce que les russes soufflaient sur les braises et mettaient la commune en avant tout le temps dans leur propagande. Les allemands r&#233;agissaient &#224; &#231;a alors qu'il n'y avait plus rien qui ressemblait &#224; la p&#233;riode de la commune. Mais ils nous ont foutu la paix et ils nous ont nourris &#224; peu pr&#232;s convenablement. Alors que Lyon ou Marseille, les villes du midi &#233;taient tr&#232;s mal nourries. J'avais une grand-m&#232;re &#224; Cannes on avait beaucoup de mal &#224; la nourrir. L'histoire de la guerre est finalement tr&#232;s mal connue &#224; mon avis. Il y a beaucoup de trous. Par exemple l'&#233;pisode de l'arm&#233;e fran&#231;aise qui va en Belgique et qui est oblig&#233;e de repartir par Dunkerque. Je ne sais pas si vous vous rappelez il y a un moment o&#249; Hitler a arr&#234;t&#233; la progression de ses divisions blind&#233;es, alors on a dit il arr&#234;te pour essayer de n&#233;gocier avec les anglais une paix honorable, mais ce n'est pas vrai. Ce n'est pas &#231;a. Il avait trop perdu de blind&#233;s et trop perdu d'officiers des divisions blind&#233;es, il a fallu qu'il s'arr&#234;te une semaine pour reconstituer ses divisions de blind&#233;s avant de poursuivre sur Dunkerque. Et j'ai un cousin allemand qui &#233;tait capitaine de blind&#233;s qui a &#233;t&#233; tu&#233; &#224; ce moment-l&#224;. Si les fran&#231;ais ont commis l'erreur de mal utiliser leurs blind&#233;s, le mar&#233;chal P&#233;tain &#233;tait contre les blind&#233;s on n'a jamais su pourquoi, les fran&#231;ais avaient une excellente artillerie antitanks. L'arm&#233;e fran&#231;aise en Belgique s'est mieux comport&#233;e qu'on ne le dit. Si on avait eu des divisions blind&#233;es &#231;a se serait pass&#233; autrement parce que les tanks fran&#231;ais &#233;taient meilleurs que les tanks allemands. La guerre a fait qu'on a appris beaucoup de choses les uns et les autres. &#199;a nous a ouvert l'esprit sur un certain nombre de dossiers auxquels on n'aurait jamais pens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A quels dossiers vous pensez ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous a racont&#233; pendant la guerre dans les journaux de la collaboration que les soviets &#233;taient des abrutis, des barbares qui n'avaient aucune intelligence etc&#8230; Ce que nos bons collaborationnistes ne savaient pas, c'est que la Russie a depuis la tzarine Elizabeth la meilleure &#233;cole de math&#233;maticiens en Europe. Quand vous dites math&#233;maticiens &#231;a veut dire l'ouverture &#224; toutes les disciplines scientifiques, et militairement une artillerie qui peut &#234;tre la premi&#232;re au monde. Or la premi&#232;re artillerie au monde a &#233;t&#233; chinoise. Ensuite c'est les turcs qui avaient l'artillerie la plus lourde, au monde occidental de l'&#233;poque. Et puis apr&#232;s &#231;a a &#233;t&#233; les russes, &#224; partir du dix-septi&#232;me si&#232;cle. Ils ont toujours eu la meilleure artillerie en Europe. Quand les allemands sont arriv&#233;s aux portes de Moscou ils croyaient rentrer comme dans du beurre et ils ont vu arriver des soldats frais, l'arm&#233;e de Sib&#233;rie qui avait battu les japonais et qui avait &#233;t&#233; ramen&#233;e par des trains sp&#233;ciaux sur une ligne du transsib&#233;rien dont les allemands ne connaissaient pas l'existence. Et ces gens-l&#224; leur arrivaient dessus en uniformes blancs en plein hiver sur de la neige, sur des skis et avec des bottes en feutre. Les allemands ont eu trois cent mille hommes devant Moscou avec les pieds gel&#233;s parce qu'ils avaient des bottes en cuir, des bottes d'excellente qualit&#233; mais qui ne servaient &#224; rien en plein hiver russe. Alors que les russes sont tous arriv&#233;s avec des bottes de feutre qui les prot&#233;geaient compl&#232;tement du froid. Les allemands ont d&#251; reculer de cent cinquante kilom&#232;tres du coup. Ben &#231;a on ne nous l'a jamais dit. En plus les allemands ont &#233;t&#233;s tellement stupides qu'ils ont massacr&#233;s les ouvriers juifs en Ukraine qui savaient faire les bottes de feutre. Il a fallu attendre jusqu'en d&#233;but 45 pour que les allemands commencent &#224; fabriquer des bottes de feutre. &#199;a personne n'en parlait mais c'est tr&#232;s important. A moins quinze ou moins vingt vous ne pouvez rien faire militairement avec des uniformes d'hiver normaux. Il faut prendre les trucs des gens qui vivent dans ces climats. Or les bottes de feutre elles remontent &#224; plusieurs milliers d'ann&#233;es. Les scythes qui vivaient en Russie du temps d'Alexandre, ils avaient des bottes de feutre. Ils avaient m&#234;me des couvertures de feutre sur leurs chevaux. Tout sp&#233;cialiste de la r&#233;gion sait &#231;a, mais les allemands n'en ont pas tir&#233; les cons&#233;quences militaires. Ils ont perdu en partie &#224; cause des bottes de feutre, qu'ils n'avaient pas. Et puis il y a eu le T34. Ils n'avaient jamais imagin&#233; que les Russes allaient leur sortir un tank de meilleure qualit&#233; que le leur. Parce qu'il y a une chose qu'on ne conna&#238;t pas, c'est que les allemands ont fabriqu&#233; leurs divisions blind&#233;es non pas chez eux mais en Russie. Puisque par le trait&#233; de Versailles ils n'avaient pas le droit d'avoir des troupes blind&#233;es. Alors ils se sont arrang&#233;s avec les russes qui leurs ont pr&#234;t&#233; des locaux et un territoire o&#249; ils pouvaient &#339;uvrer et exp&#233;rimenter leurs futurs blind&#233;s. Mais ce que les allemands n'ont pas pr&#233;vu et n'ont pas vu, c'est que pendant ce temps-l&#224; les russes notaient soigneusement tous les d&#233;tails des blind&#233;s qu'ils &#233;taient en train de fabriquer, et notaient toutes les fautes techniques. Et ils ont fabriqu&#233; un T34 qui n'avait pas les erreurs qu'il y avait sur les blind&#233;s allemands. Pendant que les russes leur ouvraient la porte, &#233;taient gentils etc&#8230; Ils notaient tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;image&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Second entretien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alors la semaine derni&#232;re on a parl&#233; de votre enfance &#224; Lyon, maintenant on peut peut-&#234;tre parler de votre d&#233;couverte des antipodes&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; ben quand je suis parti de Marseille j'avais vingt-trois ans. Je suis mont&#233; sur un bateau, &#231;a m'a pris trois mois&#8230; On n'a pas vu une baleine en trois mois. A l'&#233;poque les baleines &#233;taient encore tr&#232;s chass&#233;es par les japonais. Dans le pacifique on a vu une baleine. Et je n'ai pas vu de marsouins, il a fallu que j'aille au Vanuatu par la suite pour voir des marsouins devant un bateau. Pas de marsouins, et j'avais esp&#233;r&#233; voir des marsouins. Mais quand ils nous ont fait monter sur le bateau ils nous ont appel&#233;s et ils nous ont mis dans une salle &#224; manger o&#249; on avait du pain blanc et du beurre. On n'avait pas vu de pain blanc et de beurre pendant quatre ans et &#224; terre il n'y en avait pas. Les am&#233;ricains avaient livr&#233; de la farine de ma&#239;s, et le pain de ma&#239;s c'est une horreur&#8230; Alors rien que de monter la passerelle, on changeait d'air et on changeait de situation compl&#232;tement. Mais qu'est-ce qu'on s'est ennuy&#233;s&#8230; Trois mois sur un bateau&#8230; Et ce n'&#233;tait pas un bateau organis&#233; pour le tourisme, c'&#233;tait un bateau qui faisait marchandise et passagers dont la construction remontait aux ann&#233;es vingt. Je me suis ennuy&#233; mais j'ai r&#233;ussi &#224; ne pas aller au bar. Tous les autres gars passaient leur temps au bar et ils faisaient des dettes. Je ne voulais pas faire de dettes et puis l'alcool, &#231;a ne m'emballe pas&#8230; On a fait escale &#224; Alger, je n'ai pas aim&#233;. On a fait escale sur le c&#244;t&#233; atlantique du canal de Panama, j'ai fait tr&#232;s attention l&#224; d'emp&#234;cher mes co-v&#233;hicul&#233;s de toucher &#224; tout ce qui &#233;tait eau, parce que l'Am&#233;rique centrale et l'Am&#233;rique du sud sont tr&#232;s dangereuses au niveau de l'eau, il y a des salet&#233;s qui se baladent dedans, il ne faut boire que des bouteilles scell&#233;es. Ils m'ont ob&#233;is, j'ai trouv&#233; &#231;a tr&#232;s curieux qu'ils m'&#233;coutent sans discuter. Et puis on est arriv&#233;s &#224; Tahiti, c'&#233;tait juste apr&#232;s la guerre et toutes les maisons &#233;taient en train de faire de la balan&#231;oire. Pendant quatre ans ils n'avaient pas pu entretenir l'immobilier parce que les am&#233;ricains ne voulaient livrer que du lait, du sucre et de la farine. Ils avaient besoin du shipping pour la guerre, transporter les troupes et le mat&#233;riel militaire alors pendant toute la guerre il n'y a pas eu de ciment, pas eu de bois. Alors quand on marchait dans les maisons le sol se balan&#231;ait, il fallait faire tr&#232;s attention o&#249; l'on mettait les pieds parce qu'on pouvait tomber dans un trou, les planchers &#233;taient mang&#233;s par les termites. Le pire c'&#233;tait le palais de la reine qui a &#233;t&#233; d&#233;moli depuis, o&#249; vraiment la plus grande partie de la surface &#233;tait inutilisable, on ne pouvait pas tenir debout. Les maisons priv&#233;es c'&#233;tait la m&#234;me chose, &#224; c&#244;t&#233; de l'endroit o&#249; &#233;tait la banque de l'Indochine il y avait une maison &#224; plusieurs &#233;tages, au premier &#233;tage il y avait un restaurant et l&#224; il y avait des trous dans le plancher. Il fallait faire attention. Mais les gens &#233;taient tr&#232;s gentils, les filles se faisaient elle-m&#234;me leurs robes et elles &#233;taient minces, ce qui n'est pas tout &#224; fait le cas aujourd'hui. Et la vie &#233;tait plut&#244;t bon march&#233;, c'&#233;tait bien moins cher qu'aujourd'hui. L&#224; o&#249; il y a le mus&#233;e il y avait une maison priv&#233;e transform&#233;e en restaurant qui faisait des journ&#233;es sp&#233;ciales, le dimanche, pour les familles avec des gosses. Alors c'&#233;tait agr&#233;able, et le bateau nous a pay&#233; l'aller-retour et le prix de la nourriture. On avait l'impression d'&#234;tre dans un autre monde. &#199;a n'avait rien &#224; faire avec l'Europe pendant la guerre. Et &#224; Tahiti il n'y a jamais eu de garnison am&#233;ricaine, alors ce n'&#233;tait pas comme &#224; Noum&#233;a du tout. C'&#233;tait rest&#233; sans bouger. Apr&#232;s on s'est arr&#234;t&#233;s au Vanuatu. Au Vanuatu c'&#233;tait autre chose, d'abord parce qu'il n'y avait rien qui ressemblait &#224; une ville. Il y avait quelques maisons le long du bord de mer, en g&#233;n&#233;ral sur des pilotis, et on voyait passer en bas des maisons des requins. C'est l&#224; o&#249; j'ai vu les requins pour la premi&#232;re fois. &#199;a impressionnait un peu parce qu'on ne pouvait pas se baigner l&#224;. Je suis mont&#233; voir quelqu'un &#224; qui je voulais parler, qui &#233;tait &#224; la fois un planteur et ce qu'on appelait un avocat-d&#233;fenseur. Il y avait des avocats d&#233;fenseurs qui faisaient un peu tout. Il avait une caract&#233;ristique, c'est que son oncle avait r&#233;dig&#233; le manuel de la litt&#233;rature fran&#231;aise pour le lyc&#233;e, alors c'&#233;tait quelqu'un qui &#233;tait cultiv&#233;, int&#233;ressant mais un peu bizarre. Il commen&#231;ait &#224; boire du champagne le matin au petit d&#233;jeuner. Mais il savait bien des choses. Il m'a bien re&#231;u, et puis apr&#232;s je suis revenu &#224; pieds en passant par la prison fran&#231;aise. Il y avait une prison fran&#231;aise et une prison anglaise. Sur la prison fran&#231;aise il &#233;tait marqu&#233; &lt;i&gt;on est pri&#233;s de rentrer avant neuf heures du soir&lt;/i&gt;, ce qui &#233;tait un peu &#233;tonnant. La prison servait d'h&#244;tel en quelque sorte et les gars allaient travailler &#224; couper l'herbe devant les maisons officielles. Ils &#233;taient assis, souvent sur des nattes, et puis ils coupaient autour d'eux. Apr&#232;s ils se d&#233;pla&#231;aient, ils se remettaient assis. C'&#233;tait tout &#224; fait curieux. &#199;a ne ressemblait en rien &#224; un monde carc&#233;ral de type europ&#233;en. Ils &#233;taient tranquilles et ils ne s'&#233;vadaient pas. Il n'y avait pas d'&#233;vasions. Et puis ils recevaient la visite de leurs familles pendant qu'ils coupaient l'herbe, c'&#233;tait tout &#224; fait tranquille comme situation. Et puis on est arriv&#233;s &#224; Noum&#233;a. Alors &#224; Noum&#233;a ce n'&#233;tait pas la m&#234;me chose. A Noum&#233;a juste apr&#232;s la guerre apr&#232;s le d&#233;part des troupes am&#233;ricaines qui avaient occup&#233;es la Cal&#233;donie pendant quatre ans, le personnel des travaux publics qui, je ne sais pas pourquoi, n'aimait pas les arbres, coupait tous les arbres dans la ville, sous pr&#233;texte que les racines &#233;taient g&#234;nantes pour la circulation. Ils auraient pu changer d'arbres, mettre des arbres aux racines pivotantes au lieu d'arbres aux racines qui prolif&#232;rent &#224; la surface. Non, ils ont tout coup&#233;. Alors qu'&#224; Tahiti il y a des arbres partout, qui cachent la mis&#232;re. C'est quand m&#234;me mieux. Mais Noum&#233;a c'&#233;tait une ville pas agr&#233;able &#224; regarder parce qu'ils n'avaient laiss&#233; des arbres que sur la place des cocotiers au milieu de la ville, tout le reste a &#233;t&#233; coup&#233;. Ils ont un peu replant&#233; depuis mais pas beaucoup. Et puis alors il y avait un concept financier tout &#224; fait particulier, &#231;a s'appelait le dollar tuck. Tous les coloniaux de Cal&#233;donie avaient pass&#233; la guerre &#224; fabriquer des beefsteaks pommes-frites pour les soldats am&#233;ricains. Ils &#233;taient pay&#233;s en dollars, ils accumulaient les dollars et comme ils ne savaient pas quoi en faire ils les mettaient dans des tucks. Les tucks c'est des bo&#238;tes m&#233;talliques qui font huit litres o&#249; on mettait le p&#233;trole. On enlevait le couvercle et puis on avait une bo&#238;te m&#233;tallique et on entassait les dollars l&#224;-dedans. On appelait &#231;a des dollars tucks. &#199;a n'a pas dur&#233; longtemps mais avec ces dollars tucks ils ont achet&#233; de l'immobilier, ou ils ont construit, &#231;a a un peu chang&#233; l'aspect de la ville dans les ann&#233;es d'apr&#232;s la guerre. Mais maintenant on ne sait plus ce que c'est que le dollar tuck, on a du dollar papier. Ou du dollar australien. Alors la Cal&#233;donie avait une diff&#233;rence par rapport &#224; Tahiti, c'est qu'&#224; Tahiti les colons europ&#233;ens se sont mari&#233;s avec des tahitiennes. Et ils ont disparu dans la nature, au bout de deux trois g&#233;n&#233;rations c'&#233;tait des tahitiens, ce n'&#233;tait plus des colons europ&#233;ens. Tandis qu'en Cal&#233;donie les europ&#233;ens ne se mariaient pas avec les m&#233;lan&#233;siens. Avant-guerre il y avait deux couples mixtes m&#233;lan&#233;sienne europ&#233;en, un mari&#233; &#224; la mairie, l&#233;gitime, un &#224; Hiengh&#232;ne c'est-&#224;-dire tout &#224; fait dans le nord-est, un autre &#224; Bourail tout &#224; fait au milieu de la c&#244;te ouest. Et c'&#233;tait tout. Tous les autres m&#233;tis &#233;taient ill&#233;gitimes. Il y en avait qui &#233;taient de statut europ&#233;en et d'autres qui &#233;taient de statut canaque. Or quand je suis arriv&#233; le g&#233;n&#233;ral De Gaulle sous la pression du bureau du travail des Nations-Unies, avait supprim&#233; le travail forc&#233; qui existait avant-guerre et pendant la guerre. Il l'avait supprim&#233; dans toutes les colonies fran&#231;aises. &#199;a avait &#233;t&#233; une vraie r&#233;volution. Mais pour supprimer le travail forc&#233; on avait transform&#233;s tous les habitants des colonies en citoyens fran&#231;ais, ce qui avait des cons&#233;quences juridiques que les gens prenaient beaucoup de mal &#224; comprendre et &#224; mettre en pratique. On avait une situation juridique qui faisait que tout le monde &#233;tait &#233;gal, mais dans la pratique &#231;a ne marchait pas encore comme &#231;a. Alors on avait des comportements bizarres, marginaux, de la part d'europ&#233;ens ou de m&#233;lan&#233;siens, parce qu'ils ne comprenaient pas ce que &#231;a voulait dire d'&#234;tre citoyens fran&#231;ais. Alors qu'&#224; Tahiti personne ne se posait de probl&#232;mes de ce genre-l&#224;. Ce qui fait que l'&#233;volution &#224; Tahiti et en Cal&#233;donie a toujours &#233;t&#233; parall&#232;le et diff&#233;rente. Aux Vanuatu c'&#233;tait encore autre chose, il y avait deux agglom&#233;rations europ&#233;ennes, une &#224; Port-Vila ou les gens &#233;taient dispers&#233;s et il n'y avait rien qui ressemblait &#224; une ville, et il y avait Espiritu Santo o&#249; les gens &#233;taient un peu plus ramass&#233;s, mais &#231;a n'&#233;tait pas une ville non plus. Enfin il y avait un peu de monde. En dehors de &#231;a il y avait quelques gars dispers&#233;s dans la nature, qui n'ont pas tenu le coup toujours tr&#232;s longtemps, et dont certains arrivaient &#224; &#233;tablir un modus vivendi avec les voisins m&#233;lan&#233;siens. Certains &#233;taient tr&#232;s d&#233;sagr&#233;ables, il y en avait un sur la c&#244;te de Malekula, qui est une des grandes &#238;les, un fran&#231;ais qui avait deux gros chiens danois qu'il avait &#233;lev&#233;s &#224; courir apr&#232;s les m&#233;lan&#233;siens pour les emp&#234;cher de traverser sa plantation. Les m&#233;lan&#233;siens qui habitaient au bord de mer avaient &#233;t&#233; chass&#233;s vers l'int&#233;rieur et ils avaient besoin de traverser les domaines europ&#233;ens pour faire la p&#234;che, avoir du poisson, mais aussi ramasser de l'eau sal&#233;e, de l'eau de mer dans des &#233;normes bambous qu'ils creusaient &#224; l'int&#233;rieur pour pouvoir mettre une quantit&#233; de liquide importante, parce qu'ils utilisaient l'eau de mer pour saler leur nourriture. Alors il y avait de relations difficiles entre des villages canaques et certains europ&#233;ens pas tr&#232;s lib&#233;raux. Mais il y avait quelque chose de curieux, c'est que &#224; Tahiti il n'y avait pas de probl&#232;mes d'armements, les tahitiens &#233;taient des gens qui n'avaient pas besoin d'armes, il y a des cochons sauvages mais enfin il n'y en a pas des masses, tandis qu'aux Vanuatu tous les canaques &#233;taient arm&#233;s. Ils &#233;taient arm&#233;s de fusils qui avaient &#233;t&#233; d&#233;couverts par un commer&#231;ant allemand qui vivait &#224; Noum&#233;a mais qui avait des int&#233;r&#234;ts aux Vanuatu, et qui a vendu pendant des dizaines d'ann&#233;es des fusils allemands qui provenaient des guerres entre la Prusse et l'Autriche au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle. C'&#233;tait des vieilles p&#233;toires, mais les insulaires les gardaient en tr&#232;s bon &#233;tat. Les europ&#233;ens qui s'&#233;taient imagin&#233;s qu'ils vendraient de petites quantit&#233;s de munitions tr&#232;s cher aux canaques ne se sont pas aper&#231;us que les commer&#231;ants chinois &#233;tablis aux Vanuatu, qui &#233;taient des anciens marins du navire officiel anglais aux Vanuatu faisaient fabriquer des munitions sp&#233;cialement pour ceux vieux fusils en Chine et les importaient clandestinement. J'ai vu circuler des caisses enti&#232;res de munitions d'une &#238;le &#224; l'autre. Contrairement aux &#238;les Salomon et en Nouvelle Guin&#233;e o&#249; les australiens et les anglais avaient ramass&#233;s tous les fusils, au Vanuatu il n'y avait pas d'homme adulte qui n'ait pas un ou deux fusils. Le r&#233;sultat c'est qu'aucun europ&#233;en ne quittait la c&#244;te pour aller voir dans l'int&#233;rieur des &#238;les. Ils avaient peur des gens arm&#233;s, or si on regarde l'histoire de la colonisation aux Vanuatu on s'aper&#231;oit qu'il y a eu des assassinats d'europ&#233;ens, mais tous ces assassinats ont &#233;t&#233; faits &#224; l'arme blanche. Les insulaires n'ont jamais gaspill&#233; de munitions pour tuer un blanc. C'est un des c&#244;t&#233;s bizarres de la colonisation. Le fait que tout le monde &#233;tait arm&#233; et avec des provisions de munitions explique pourquoi on leur a donn&#233; l'ind&#233;pendance aussi facilement. La France et l'Angleterre ne voulaient pas d&#233;penser des frais consid&#233;rables pour envoyer des troupes aux Vanuatu, surtout que &#231;a n'en valait pas la peine parce que le Vanuatu ne produit presque rien sur le plan &#233;conomique. Il n'y a pas de mines d'or comme aux Salomon ou en Nouvelle-Guin&#233;e, il n'y a pas de mine de cuivre, on ne produit que de la noix de coco. Un petit peu de cacao et de caf&#233;, pas beaucoup, la production a baiss&#233; apr&#232;s la guerre, l'essentiel c'est ce qu'on appelle le coprah c'est-&#224;-dire de la noix de coco s&#233;ch&#233;e. A Tahiti ou &#224; Ouv&#233;a on fait s&#233;cher le coprah au soleil et on obtient de la bonne qualit&#233;. Aux Vanuatu on fait s&#233;cher &#224; la fum&#233;e, alors on obtenait du coprah de mauvaise qualit&#233; et on n'avait qu'une usine &#224; Marseille qui &#233;tait capable de la traiter. L'usine a &#233;t&#233; rachet&#233;e par les anglais qui ont ferm&#233; au moment de l'ind&#233;pendance. L'int&#233;r&#234;t pour moi c'est qu'il y avait des gens tr&#232;s diff&#233;rents d'une &#238;le &#224; l'autre, avec non pas une culture mais des cultures. Si vous allez en Cal&#233;donie &#224; Ouv&#233;a et &#224; Lifou les deux cultures ne sont pas les m&#234;mes, les gens sont inter mari&#233;s mais les cultures ne sont pas les m&#234;mes, en plus les langues sont tr&#232;s diff&#233;rentes. Au Vanuatu c'est la m&#234;me chose du sud au nord, les gens ont des habitudes, des coutumes, une culture qui ne ressemble en rien &#224; celle de l'&#238;le d'&#224; c&#244;t&#233;. Alors &#231;a fait des dossiers &#224; traiter qui peuvent remplir une vie professionnelle. J'ai fait presque toutes les &#238;les au Vanuatu, &#224; pieds. En Nouvelle-Cal&#233;donie &#224; l'&#233;poque les canaques n'avaient pas de voitures. Il n'y avait pratiquement pas de routes automobilables pour aller dans les villages canaques. Donc on y allait &#224; pieds ou &#224; cheval. A cheval c'&#233;tait le mieux parce que les chevaux canaques connaissaient tous les sentiers. On n'a jamais vu un cheval canaque se rebeller ou monter sur ses pattes arri&#232;res, faire le malin. C'&#233;tait des chevaux tr&#232;s tranquilles qui suivaient ind&#233;finiment les m&#234;mes sentiers et qui les connaissaient par c&#339;ur. M&#234;me si on &#233;tait en pleine temp&#234;te &#231;a ne les d&#233;rangeait pas, on n'avait qu'&#224; les laisser se diriger tous seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait des cartes pour des morceaux de c&#244;te mais il n'y avait pas de cartes pour les &#238;les enti&#232;res. Le dernier europ&#233;en tu&#233; sur Mallicolo c'est en 39. Il avait commis l'erreur de voler des femmes. Il avait pris des femmes de force sur son bateau pour obliger les maris &#224; travailler pour lui. On lui a apport&#233; un cochon pour racheter les femmes, il n'a pas voulu rendre les femmes. Il avait l'habitude de boire pas mal, il les a insult&#233;s et leur a dit qu'il allait les descendre. Et puis cet idiot-l&#224; est all&#233; faire sa sieste dans sa cabine. Ils ont fait venir un fusil et ils l'ont descendu dans la cabine. C'est le seul cas d'europ&#233;en tu&#233; avec une arme &#224; feu. Alors on a d&#233;cr&#233;t&#233; la r&#233;gion interdite pour &#233;viter que ce genre de plaisanterie recommence. Mais le Vanuatu c'&#233;tait le far-west. Les gens faisaient n'importe quoi. Il n'y avait absolument aucun contr&#244;le quel qu'il soit. Les douaniers &#233;taient achet&#233;s par les commer&#231;ants chinois et alors il ne se passait jamais rien, ils importaient ce qu'ils voulaient. La Cal&#233;donie &#233;tait beaucoup plus contr&#244;l&#233;e parce qu'il y avait des gendarmes, mais au Vanuatu on n'avait pas le droit d'introduire du personnel militaire. Il y avait un trait&#233; entre la France et l'Angleterre qui interdisait toute implantation militaire fran&#231;aise ou anglaise au Vanuatu. J'ai fait tout &#231;a &#224; pieds, on a toujours fouill&#233; mes affaires pour voir si j'avais un revolver. Quand ils voyaient que j'avais essentiellement de la pharmacie pour les soigner, parce qu'avant de venir dans le Pacifique j'avais fait un stage &#224; la facult&#233; de m&#233;decine &#224; Paris, chez un coll&#232;gue de mon p&#232;re. Alors ils &#233;taient contents parce que j'&#233;tais diff&#233;rent des autres. Je ne me trimbalais pas avec des armes, je ne me trimbalais pas avec de l'alcool, je ne buvais pas d'alcool et je soignais la moiti&#233; du temps. C'est-&#224;-dire que je passais le matin &#224; soigner et que je travaillais professionnellement l'apr&#232;s-midi. Et puis je ne gueulais pas. Parce que l'europ&#233;en dans le Pacifique, au Vanuatu et en Cal&#233;donie, &#224; l'habitude de gueuler pour faire marcher les insulaires comme il veut. Et ils n'aiment pas &#231;a. Moi je parle tranquillement et je ne fais rien qui puisse appara&#238;tre comme une agression. Mais j'&#233;tais pr&#233;venu et je savais ce qu'il ne fallait pas faire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19092 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;76&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/6_jean-guiart.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/6_jean-guiart-e6b23.jpg?1772190922' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jean Guiart chez lui au Lotus &#224; Punaauia lors de notre deuxi&#232;me entretien.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On peut peut-&#234;tre parler un petit peu de Maurice Leenhardt&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui&#8230; Alors la raison pour laquelle j'avais &#233;t&#233; mis en garde sur ce qu'il fallait faire et ne pas faire, ce qu'on ne fait jamais par rapport aux fonctionnaires qu'on envoie dans le pacifique et qui arrivent totalement ignorants, j'avais mon patron &#224; Paris qui &#233;tait professeur &#224; l'&#233;cole des hautes &#233;tudes, qui est celui qui m'a form&#233; et qui &#233;tait Maurice Leenhardt, qui &#233;tait un ancien missionnaire protestant en Nouvelle-Cal&#233;donie qui avait tr&#232;s bien r&#233;ussit en ce sens qu'il &#233;tait d&#233;test&#233; par les europ&#233;ens et ador&#233; par les m&#233;lan&#233;siens. Gr&#226;ce &#224; &#231;a je savais un certain nombre de choses, j'en ai appris plus sur place parce que Maurice Leenhardt consid&#233;rait que c'&#233;tait aux canaques de m'apprendre mon m&#233;tier. Il avait parfaitement raison, c'est comme &#231;a que j'ai appris parce qu'une grande partie de ce qu'on m'a transmis &#224; l'universit&#233; ne m'a servi &#224; rien du tout. A Paris ils avaient des id&#233;es compl&#232;tement fausses sur les gens des &#238;les. Maurice Leenhardt auquel on a finalement d&#233;di&#233; une rue &#224; Noum&#233;a, mais ce n'est pas une rue tr&#232;s longue, c'est une rue courte, &#233;tait d&#233;test&#233; par les europ&#233;ens parce qu'il prot&#233;geait les m&#233;lan&#233;siens des abus du syst&#232;me de la colonisation, et en particulier des abus des employeurs qui utilisaient des canaques r&#233;quisitionn&#233;s sans les payer et sans les nourrir. Or les insulaires, quand ils ont envie de travailler pour un europ&#233;en, c'est d'abord pour &#234;tre nourri convenablement et ensuite pour manger de la viande. Parce qu'il y a tr&#232;s peu de gibier dans les &#238;les du pacifique. Au Vanuatu il y en avait un peu parce qu'il y avait du b&#233;tail europ&#233;en qui &#233;tait devenu sauvage et il y avait beaucoup de cochons sauvages. La raison pour laquelle les m&#233;lan&#233;siens quand ils avaient des cartouches les vidaient, prenaient les plombs et les fondaient pour avoir une seule masse et reconstituaient la cartouche apr&#232;s en la bourrant avec de l'&#233;corce de burau, de fa&#231;on &#224; pouvoir arr&#234;ter un taureau sauvage qui fon&#231;ait vers eux quand ils &#233;taient &#224; la chasse. Les plombs n'auraient pas suffis. En Nouvelle-Cal&#233;donie les canaques n'avaient pas le droit d'avoir des fusils, on ne leur en vendait pas et alors ils faisaient la chasse aux cerfs. L'&#233;pouse d'un gouverneur colonial avait introduit des cerfs de Sumatra. C'est de belles b&#234;tes mais elles &#233;taient devenues sauvages et il y en avait partout, ils d&#233;truisaient un peu tout, ils mangeaient un peu tout, en particulier l'&#233;corce des arbres, ce qui n'est pas tr&#232;s recommand&#233;. Les canaques faisaient la chasse &#224; cheval avec des bambous &#233;point&#233;s qui leurs servaient de lances pour pouvoir tuer le b&#233;tail &#224; la course. C'&#233;tait extr&#234;mement dangereux parce que c'&#233;tait en pleine montagne, mais ils &#233;taient excellents cavaliers et j'ai vu tr&#232;s peu d'accidents. Maurice Leenhardt a v&#233;cu dans tout &#231;a &#224; une &#233;poque o&#249; il n'y avait absolument pas de routes et on ne circulait qu'&#224; cheval dans toute la Cal&#233;donie. Depuis Noum&#233;a qui est tout &#224; fait au sud &#231;a faisait des chevauch&#233;es importantes. Alors il est mort assez t&#244;t parce que passer sa vie &#224; cheval, m&#234;me si les chevaux sont des chevaux tranquilles, c'est pas tr&#232;s bon pour les reins. Il a eu des probl&#232;mes de reins &#224; soixante-dix ans et il est mort peu apr&#232;s. Moi je me suis d&#233;brouill&#233;, j'ai rien eu aux reins, je faisais confiance &#224; mon cheval. Je n'ai jamais donn&#233; de coups de pieds aux chevaux, je les laissais faire, ils &#233;taient tranquilles et puis moi je n'ai pas eu mal aux reins. A l'&#233;poque on traitait les chevaux un peu plus durement. A mon &#233;poque &#231;a c'&#233;tait un peu calm&#233;, les europ&#233;ens marchaient en vieilles Jeep am&#233;ricaines et ne donnaient plus de coups de pieds dans le ventre de leurs chevaux. Monsieur Leenhardt &#233;tait arriv&#233; tr&#232;s t&#244;t en 1903 avec sa femme, et ils avaient tout invent&#233;. Ils s'&#233;taient aper&#231;u qu'il ne fallait pas faire la guerre &#224; la tradition et &#224; la coutume mais qu'il fallait l'utiliser. Pour l'utiliser il fallait la recueillir. Et il a &#233;t&#233; le premier &#224; recueillir convenablement, rationnellement, toute la culture canaque, et &#224; publier en revue en France des ouvrages qui sont les meilleurs de l'&#233;poque et qui sont encore extr&#234;mement bons parce qu'il y a de l'information qu'on ne trouve que l&#224;. Il avait compris comment travailler avec les m&#233;lan&#233;siens en leur faisant &#233;crire eux-m&#234;mes, dans leurs propres langues, tout ce qui est important dans leurs traditions. Alors il est revenu avec des tas de cahiers &#233;crits par des hommes ou &#233;crits par des femmes qui donnaient des informations de grande qualit&#233;. C'&#233;tait le premier &#224; avoir imagin&#233; &#231;a pour la Nouvelle-Cal&#233;donie, parce qu'en Nouvelle-Z&#233;lande il y a une g&#233;n&#233;ration de missionnaires plus anciens qui avaient fait la m&#234;me chose. C'&#233;tait un personnage de grande qualit&#233;, il &#233;crivait remarquablement bien et il avait une qualit&#233; d'analyse qui &#233;tait tr&#232;s bonne. En Cal&#233;donie la plupart des europ&#233;ens ne comprennent rien aux canaques parce qu'ils ne se donnent pas la peine d'abord de recueillir l'information de fa&#231;on intelligente, c'est-&#224;-dire qu'il ne faut jamais poser de questions et il faut se contenter d'enregistrer les r&#233;ponses aux questions qu'on n'a pas pos&#233;. Parce que si on pose une question il est tr&#232;s difficile d'&#233;viter que dans le corps de la question il n'y ai pas une r&#233;ponse potentielle possible. Les canaques sont tr&#232;s intuitifs, tr&#232;s analytiques, et quand la question est pos&#233;e de telle fa&#231;on qu'ils voient la r&#233;ponse que le blanc veut, ils lui donnent la r&#233;ponse pour avoir la paix. Moi j'ai appris d'abord le silence, et ensuite &#224; ne pas poser de questions, &#224; travailler de fa&#231;on &#224; ce que tranquillement, les r&#233;ponses arrivent. Ce n'est pas si facile que &#231;a mais &#231;a marche. Et monsieur Leenhardt savait le faire. C'est lui qui m'a appris la valeur du silence. Et alors trop souvent on se retrouve avec de jeunes coll&#232;gues en particulier am&#233;ricains qui parlent comme des mitraillettes et qui assomment les gens de questions. Le r&#233;sultat c'est qu'ils ont des mauvaises r&#233;ponses. Il ne faut jamais assommer les gens de questions. Parce que &#231;a les &#233;nerve, &#231;a les met de mauvaise humeur et alors ils inventent n'importe quoi pour avoir la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que je suis all&#233; travailler assez longtemps dans une &#238;le c'est &#224; Ouv&#233;a o&#249; il y a eu l'affaire de la grotte. C'est un atoll, du c&#244;t&#233; du lagon on a une dune et du sable, une plage de sable blanc qui fait quarante kilom&#232;tres, et du c&#244;t&#233; de l'oc&#233;an pacifique on a d'&#233;normes falaises qui prot&#232;gent en particulier du vent r&#233;gnant qui est le vent du nord est. J'avais commenc&#233; &#224; travailler dans une famille dont je connaissais un des fils &#224; Noum&#233;a et le grand-p&#232;re parlait tr&#232;s facilement. Je me suis laiss&#233; pi&#233;ger et alors j'ai assomm&#233; le grand-p&#232;re avec des questions, plus je lui posais de questions plus il me racontait des histoires. Quand je suis revenu &#224; Noum&#233;a au bout d'un moment j'ai appris que le grand-p&#232;re m'avait racont&#233; des histoires qu'il inventait au fur et &#224; mesure et que toute l'&#238;le &#233;tait en train de se moquer de moi. J'ai d&#251; changer compl&#232;tement de batteries et de m&#233;thode de travail pour &#233;viter &#231;a et je n'ai plus jamais fais confiance &#224; une seule personne, j'ai toujours travaill&#233; avec des dizaines de personnes et toujours avec les femmes. Les femmes ne laissent pas leurs maris ou leurs fils raconter n'importe quoi. Elles se moquent d'eux s'ils inventent des trucs pour l'europ&#233;en. Alors si on a des femmes pr&#233;sentes les insulaires font moins marcher leur imagination pour s'amuser. Ils adorent s'amuser et se moquer du blanc. Pour &#233;viter &#231;a la pr&#233;sence des femmes &#233;tait le meilleur antidote. Et les femmes ont un avantage, elles connaissent la culture de leurs maris et la culture de leurs p&#232;res. Elles passent leur temps &#224; passer de l'une &#224; l'autre et elles sont tr&#232;s utiles quand elles sont pr&#233;sentes. Elles sont capables de dire des informations que le mari n'est pas capable de donner. Si on travaille tranquillement sans les assommer de questions l'information vient toute seule, tranquillement aussi, au fur et &#224; mesure, jour apr&#232;s jour. J'ai vu des coll&#232;gues linguistes qui faisaient des histoires parce qu'on leur donnait rendez-vous et puis il n'y avait personne au rendez-vous. Ils &#233;taient furieux. Moi &#231;a m'est compl&#232;tement &#233;gal, je ne fais pas attention, si j'ai personne au rendez-vous je fais autre chose et puis je retrouve la personne une autre fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous avez donc rencontr&#233; votre femme au cours de vos recherches&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, bon&#8230; Le r&#244;le des femmes dans le pacifique, historiquement, a &#233;t&#233; tr&#232;s important. A Tahiti, le fait que une partie des femmes se soient mari&#233;es avec des europ&#233;ens, y compris des amiraux d'ailleurs, la ville de Toulon est pleine d'amiraux &#224; la retraite mari&#233;s avec des tahitiennes, ce qui est peu connu, le r&#233;sultat aura &#233;t&#233; que le conflit entre les tahitiens et les fran&#231;ais n'a dur&#233; que tr&#232;s peu de temps. Comme on n'avait pas de classe sociale de colons oppos&#233;s &#224; une classe sociale d'insulaires, les colons disparaissaient dans le milieu insulaire &#224; la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration, la vie quotidienne en Polyn&#233;sie fran&#231;aise &#233;tait beaucoup moins dure et beaucoup moins violente que par exemple en Nouvelle-Cal&#233;donie o&#249; &#231;a n'allait pas tr&#232;s bien et o&#249; les mariages mixtes n'ont commenc&#233; que tr&#232;s apr&#232;s la guerre, vingt ans apr&#232;s la guerre. Essentiellement d'ailleurs avec des filles des &#238;les Loyaut&#233;. La Cal&#233;donie a deux visages : un visage sur la grande terre qui est un visage colonial dur avec une insurrection plus ou moins toutes les g&#233;n&#233;rations, &#231;a a fait quand m&#234;me des centaines de morts &#224; diff&#233;rentes &#233;poques, et puis les &#238;les Loyalty qui sont des &#238;les de corail sur&#233;lev&#233;. Le corail sur&#233;lev&#233; est fait de cuvettes et les bordures des cuvettes c'est du rocher dur, c'est-&#224;-dire que l'europ&#233;en ne s'installe que l&#224; o&#249; il peut mettre un cheval et une charrue, &#231;a a un c&#244;t&#233; un peu folklore mais c'est comme &#231;a. Alors sur la grande terre en dehors des zones rocheuses il y a trois et demi pour cent seulement de terres utilisables en agriculture. C'est une des raisons pour lesquelles les relations entre canaques et europ&#233;ens sont mauvaises, la quantit&#233; de sols utilisables g&#233;ologiquement est tr&#232;s faible. Mais aux &#238;les les europ&#233;ens n'ont jamais imagin&#233; pouvoir installer une colonisation parce qu'ils ne pouvaient pas cultiver avec des charrues. Or ils ne se sont pas rendu compte parce que les insulaires ont pris soin de ne jamais les amener l&#224;, qu'aux &#238;les il y avait beaucoup plus de surface utilisable qu'en Nouvelle-Cal&#233;donie et que ces surfaces se trouvaient en aplomb du mur ext&#233;rieur des falaises de chaque &#238;le. Il y a des zones organis&#233;es en jardins qui sont cach&#233;es et qui sont des petits paradis v&#233;g&#233;taux o&#249; aucun europ&#233;en n'est jamais all&#233;. Mais comme je faisais le relev&#233; de tous les sentiers et de toutes les routes, puisqu'il n'y avait pas de cartes &#224; l'int&#233;rieur des &#238;les, et que je travaillais avec des agrandissements de photographies a&#233;riennes on ne pouvait rien me cacher. On m'a laiss&#233; faire et personne ne m'a rien dit. Je me suis aper&#231;u apr&#232;s qu'ils avaient soigneusement &#233;vit&#233; d'emmener le moindre missionnaire europ&#233;en o&#249; le moindre gendarme dans ces zones-l&#224;. On leur avait dit de faire de grands villages chr&#233;tiens, ils ont fait des villages chr&#233;tiens l&#224; o&#249; le sol &#233;tait le plus rocheux possible. Il ne fallait pas que les europ&#233;ens s'aper&#231;oivent qu'ils avaient des bonnes terres, se disant que si les europ&#233;ens s'aper&#231;oivent qu'on a de bonnes terres ils vont vouloir les prendre. Dans les emplacements des villages ils ont d&#251; casser les t&#234;tes de corail avec des masses pour avoir des surfaces planes &#224; peu pr&#232;s convenables. Et puis ils ont fait passer des routes automobilables dans des parties de for&#234;ts o&#249; la terre ne valait rien. Jusqu'&#224; maintenant ils sont tranquilles il n'y a pas un colon europ&#233;en. Il y en a eu un sur l'&#238;le de Mar&#233; avant-guerre. Ils ont trouv&#233; la solution, ils l'ont mari&#233; avec une fille de la chefferie et il a disparu dans la soci&#233;t&#233; canaque sans chercher &#224; faire le malin ni &#224; vouloir commander les gens des &#238;les. Il a compris que &#231;a ne marchait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors il y a une coutume moderne qui s'est install&#233;e. Tous les lundis les femmes des gens du village viennent chez le chef pour lui couper l'herbe dans sa partie du village. Il y a des m&#233;tis qui &#233;taient des descendants de marins anglais qui s'&#233;taient install&#233;s au d&#233;but du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle dans l'&#238;le qui ont dit nous on est des blancs alors on n'envoie pas nos femmes. Le chef leur a dit si vous n'envoyez pas vos femmes couper l'herbe chez moi vous prenez le bateau et vous partez &#224; Noum&#233;a. Noum&#233;a c'est chez les blancs. Mais ici vous fa&#238;tes ce qu'on vous dit de faire. Ils n'ont plus os&#233; bouger et ils ont envoy&#233; leurs femmes couper l'herbe. Maintenant &#231;a c'est un peu arrang&#233; parce que les femmes am&#232;nent leurs maris qui passent la d&#233;broussailleuse, les femmes font des g&#226;teaux et du th&#233;, et tout le monde pique-nique. C'est un des c&#244;t&#233;s marrants de la vie aux &#238;les, &#231;a. Mais les &#238;les Loyaut&#233; sont diff&#233;rentes de la Cal&#233;donie en ce sens que les structures sociales sont beaucoup plus complexes, syst&#233;matis&#233;es et rationalis&#233;es que sur la grande terre. Sur la grande terre on trouve des vall&#233;es o&#249; c'est difficile de savoir qui commande. Aux &#238;les on sait toujours qui commande, et les syst&#232;mes de commandement et de contr&#244;le sociaux il faut du temps pour arriver &#224; les enregistrer dans le d&#233;tail, dans le d&#233;tail suffisant pour pouvoir analyser. Avec des c&#244;t&#233;s amusants comme le fait que les filles premi&#232;res-n&#233;es dans une famille de chef sont celles qui commandent. Ce n'est pas le fils a&#238;n&#233; qui commande, c'est la fille premi&#232;re-n&#233;e. Je n'ai jamais vu un homme tenir t&#234;te &#224; une fille premi&#232;re-n&#233;e. On leur apprend &#224; commander aux hommes, &#231;a fait partie de leur &#233;ducation. Elles ne marchent pas au soleil. Elles doivent suivre des sentiers &#224; l'ombre. Il ne faut pas que leur peau fonce. Les filles &#224; la peau qui fonce c'est des filles de p&#234;cheurs qui sont la cat&#233;gorie inf&#233;rieure de la population. Ce qui fait que les filles premi&#232;res-n&#233;es dans une chefferie vont &#224; la p&#234;che la nuit &#224; la torche. L&#224; elles ne risquent pas de foncer. Et elles ont le choix de leurs maris. Les autres filles ont tr&#232;s rarement le choix de leurs maris, o&#249; avaient tr&#232;s rarement le choix de leurs maris, parce que &#231;a a quand m&#234;me un peu chang&#233;. Mais les filles premi&#232;res-n&#233;es choisissaient leurs maris et tr&#232;s souvent choisissaient des maris avec un grand prestige et qui habitaient loin. Alors il y a toute une litt&#233;rature racontant comment les filles ayant choisi un mari r&#233;ussissent &#224; mettre la main dessus. &#199;a c'est le c&#244;t&#233; aussi un peu amusant de la litt&#233;rature orale. Alors il y a des histoires qu'on raconte de femmes de chefs qui avaient des amants et qui ont introduit des innovations dans la soci&#233;t&#233; pour pouvoir caser leurs amants, mais &#231;a c'est assez compliqu&#233; &#224; suivre parce que &#231;a a des cons&#233;quences jusqu'&#224; aujourd'hui. Mais la soci&#233;t&#233; traditionnelle continue &#224; fonctionner sans que les europ&#233;ens interviennent parce qu'ils n'y comprennent rien. Ils ont des id&#233;es fausses. Ce qui est extraordinaire en Cal&#233;donie c'est qu'on a une litt&#233;rature &#233;dit&#233;e aujourd'hui, avec des auteurs europ&#233;ens, et chaque fois qu'ils parlent des canaques ils se trompent. Ils racontent une histoire qui ne tient pas debout. Il n'y a pas un seul auteur europ&#233;en qui ait &#233;t&#233; capable de dire des choses exactes. C'est tout &#224; fait &#233;trange. Pourquoi ? Parce que les europ&#233;ens se disent entre eux des choses inexactes. Il ne faut pas que la soci&#233;t&#233; insulaire soit une soci&#233;t&#233; civilis&#233;e, organis&#233;e, rationalis&#233;e, il faut que &#231;a soit de la barbarie. Alors on invente des trucs, on invente du cannibalisme qui n'a jamais exist&#233;, on invente des infanticides. Des histoires de femmes qui tuent leurs enfants. &#199;a n'a jamais exist&#233; mais &#231;a se retrouve dans la litt&#233;rature europ&#233;enne. Les femmes n'ont jamais tu&#233; leurs enfants. Par contre il y avait apr&#232;s la prise de possession par la France on a eu des probl&#232;mes d&#233;mographiques dus au fait que comme en France d'ailleurs il y avait une proportion des enfants qui mourraient &#224; la naissance ou en bas &#226;ge. Ma m&#232;re a eu deux fr&#232;res en France qui sont morts &#224; trois quatre ans. C'est arriv&#233; aussi en Nouvelle-Cal&#233;donie dans la soci&#233;t&#233; canaque o&#249; on a eu des maladies diverses introduites qui n'ont pas fait de bien &#224; la d&#233;mographie canaque. Pendant longtemps la d&#233;mographie canaque diminuait, c'est-&#224;-dire que d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre on avait moins d'acteurs visibles, vivants, que de la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente. Puis &#231;a c'est &#224; peu pr&#232;s tass&#233;, la d&#233;mographie canaque suivait une ligne horizontale quand monsieur Leenhardt est arriv&#233; en 1903. On lui a dit monsieur le pasteur qu'est-ce que vous venez faire ici ? Il a r&#233;pondu les canaques vont dispara&#238;tre. Alors il s'est produit quelque chose de tout &#224; fait &#233;trange qui montre l'ignorance de beaucoup de monde. Dans les ann&#233;es soixante-dix l'agence m&#233;dicale des Nations-Unies a imagin&#233; une campagne pour traiter une maladie qui s'appelle le pian. Mon p&#232;re &#233;tait m&#233;decin et sp&#233;cialiste du pian. Le pian est une maladie parasitaire et le parasite qui donne le pian qu'on attrape en marchant pieds nus ou par des contacts entre des peaux d'individus diff&#233;rents, est pratiquement le m&#234;me parasite que celui qui donne la syphilis. C'est-&#224;-dire que quand on a le pian on ne peut pas avoir la syphilis. Alors comme tous les insulaires du pacifique avaient le pian ou l'avaient eu pendant leur enfance, parce qu'il y avait des cas de gu&#233;rison spontan&#233;e, les gens du pacifique au contact des europ&#233;ens ne pouvaient pas prendre des europ&#233;ens la syphilis. Or des tas d'auteurs ont &#233;crit des tas de livres tr&#232;s s&#233;rieux en pr&#233;tendant qu'on avait apport&#233; la syphilis dans le pacifique. C'est totalement faux. On l'a bien import&#233;e mais elle ne s'est pas implant&#233;e parce qu'elle ne pouvait s'implanter qu'entre europ&#233;ens n'ayant pas le pian. Alors on a imagin&#233; une campagne contre le pian, c'&#233;tait quand m&#234;me une salet&#233; qui affaiblissait les gens, on les a trait&#233;s &#224; deux ans de diff&#233;rence avec de la p&#233;nicilline retard, ce qu'on appelle aujourd'hui l'extcencilline c'est-&#224;-dire de la p&#233;nicilline dans un bain d'huile. Normalement la p&#233;nicilline s'&#233;limine dans le corps au bout de six heures. La p&#233;nicilline dans un bain d'huile reste dans le corps pendant six jours. En deux injections sur une p&#233;riode de deux ans on a compl&#232;tement &#233;radiqu&#233; le pian. Mais en &#233;radiquant le pian on a &#233;radiqu&#233; ce qu'on appelle la chaude-pisse, la blennorragie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison de la perte d&#233;mographique c'est une raison que la plupart des sp&#233;cialistes du pacifique n'ont jamais comprise, c'est que la blennorragie bloque les trompes des femmes qui n'ont plus d'enfants &#224; ce moment-l&#224;. C'est &#231;a qui cr&#233;ait les pertes d&#233;mographiques dans la population insulaire. A partir du moment o&#249; on a &#233;radiqu&#233; le pian et en m&#234;me temps la blennorragie, ce n'&#233;tait pas pr&#233;vu, dans les dossiers de pr&#233;paration de la campagne personne n'en a parl&#233;, mais c'est ce qui s'est pass&#233; r&#233;ellement. Les femmes se sont mises &#224; avoir des enfants. Alors toute la population du pacifique de la Nouvelle-Guin&#233;e jusqu'&#224; l'&#238;le de P&#226;ques s'est mise &#224; doubler tous les vingt-cinq ans. Ce qui changeait compl&#232;tement la situation politique. Une population dont la d&#233;mographie est en croissance &#224; grande vitesse n'a pas les r&#233;actions politiques d'une population dont la d&#233;mographie est stable &#224; un niveau bas. J'&#233;tais le seul chercheur connaissant le dossier parce que j'&#233;tais arriv&#233; en Nouvelle-Cal&#233;donie et dans le pacifique en connaissant le dossier du pian, gr&#226;ce &#224; mon p&#232;re. Et j'ai particip&#233; &#224; la campagne contre le pian au Vanuatu. Je faisais les g&#233;n&#233;alogies pour v&#233;rifier que tout le monde passait &#224; la piqure. Ce qui &#233;tait tr&#232;s marrant c'est que je travaillais avec un m&#233;decin am&#233;ricain qui &#233;tait prix Nobel de m&#233;decine et il avait tous les trucs les plus modernes dans sa sacoche. Alors il &#233;tait capable lui de faire une piqure &#224; un gosse qui venait de na&#238;tre. Il fallait que tout le monde y passe. Et les femmes apportaient leurs gosses pour voir comment il faisait pour piquer un b&#233;b&#233;. Les m&#232;res &#233;taient curieuses de voir comment le m&#233;decin s'y prenait, elles n'avaient jamais vu un m&#233;decin europ&#233;en faire une piqure &#224; un b&#233;b&#233; qui vient de na&#238;tre. C'&#233;tait un m&#233;decin qui avait une grosse habitude, il avait &#233;t&#233; m&#233;decin militaire pendant la guerre de Cor&#233;e, c'&#233;tait un des meilleurs p&#233;diatres am&#233;ricains. Le r&#233;sultat c'est qu'on a des populations croissantes alors qu'on avait des populations qui n'&#233;taient pas croissantes. Les administrations coloniales europ&#233;ennes doivent se d&#233;brouiller avec &#231;a. C'est un ph&#233;nom&#232;ne qui s'est fait sans qu'on ait rien fait consciemment pour le provoquer, et on l'a provoqu&#233; quand m&#234;me sans imaginer qu'il &#233;tait possible, ce qui est vraiment extraordinaire. Ce qui est extraordinaire c'est aussi l'ignorance totale des administrations, des chercheurs etc&#8230; qui n'ont rien compris &#224; cette affaire-l&#224;, parce que la plupart des chercheurs de quelque niveau que ce soit dans le pacifique occidental n'ont aucune connaissance m&#233;dicale de la situation dans les &#238;les. Mais d'une certaine fa&#231;on c'est le folklore de l'ignorance europ&#233;enne sur un tas de probl&#232;mes qui sont sp&#233;cifiques &#224; la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On peut peut-&#234;tre parler un petit peu de Marcel Mauss ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui&#8230; Le probl&#232;me de faire venir un chercheur et de le balancer dans le pacifique un peu n'importe comment et n'importe o&#249;&#8230; Il y a des dames tr&#232;s gentilles &#224; Paris dans un bureau qui m'ont donn&#233; un filtre, pour filtrer l'eau, c'&#233;tait un &#233;norme machin qui &#233;tait cens&#233; &#234;tre pour l'Afrique &#224; cause des marigots. Les marigots c'est des mares dans les villages qui sont pollu&#233;es parce que tout le monde y va, c'est comme les mares aux canards dans les villages avant-guerre en France&#8230; Je n'ai jamais utilis&#233; ce filtre. Pourquoi ? D'abord les zones plates en plaine dans le pacifique il n'y en a pas tellement. C'est tr&#232;s montagneux. Par cons&#233;quent l'eau ne stagne pas, o&#249; elle court &#224; la surface ou elle s'enfonce dans la g&#233;ologie volcanique de l'&#238;le. Les zones volcaniques l'eau passe &#224; travers extr&#234;mement facilement contrairement &#224; ce qu'on peut imaginer. Alors on retrouve les sources &#224; mar&#233;e basse, souvent des sources chaudes qui sont extr&#234;mement agr&#233;ables pour se baigner mais le probl&#232;me de la puret&#233; de l'eau n'existe pas. Il n'y a aucun village construit en amont d'une source. Tous les villages sont en aval des sources et ils ne sont jamais pollu&#233;s. Le filtre ne servait &#224; rien mais c'&#233;tait de l'ignorance. L'enseignement que j'ai re&#231;u en dehors de Maurice Leenhardt ne me servait &#224; rien non plus parce que j'allais &#233;couter des conf&#233;rences de gens qui m'expliquaient que les gens dans les colonies, en particulier dans les &#238;les du pacifique, &#233;taient des primitifs. Ce qui est une &#233;norme connerie. Ils ont des soci&#233;t&#233;s extr&#234;mement complexes, y compris les aborig&#232;nes d'Australie qui eux ont des soci&#233;t&#233;s qu'on peut analyser math&#233;matiquement, &#231;a marche tr&#232;s bien, et tous les concepts soi-disant op&#233;rationnels qu'on m'offrait dans l'enseignement &#233;taient totalement inutilisables sur le terrain. J'ai &#233;t&#233; oblig&#233; de me fabriquer mon propre syst&#232;me de r&#233;f&#233;rences &#224; partir de la r&#233;alit&#233; que je touchais et de la fa&#231;on dont les gens vraiment vivaient. Et surtout pas de la fa&#231;on dont les europ&#233;ens d&#233;crivaient les insulaires. La quantit&#233; d'&#226;neries qui sont d&#233;bit&#233;es dans des ouvrages &#233;crits par des europ&#233;ens sur le pacifique est absolument consid&#233;rable. La premi&#232;re chose que j'ai appris exp&#233;rimentalement, &#231;a concerne le mus&#233;e am&#233;ricain qui est le plus connu pour le pacifique, qui est le mus&#233;e polyn&#233;sien &#224; Honolulu. Les chercheurs envoy&#233;s par ce mus&#233;e pendant un si&#232;cle partaient avec un questionnaire et on leur demandait de r&#233;pondre aux questions du questionnaire. Moyennant quoi, quand comme &#233;tudiant ma&#238;trisant l'anglais parfaitement je me suis plong&#233; dans les ouvrages des chercheurs am&#233;ricains, je me suis aper&#231;u que je n'&#233;tais pas en pr&#233;sence d'une analyse de la soci&#233;t&#233; polyn&#233;sienne mais d'un catalogue de r&#233;ponses &#224; des questions. Alors comme les questions &#233;taient &#224; priori, c'est-&#224;-dire en g&#233;n&#233;ral mal foutues, les r&#233;ponses n'&#233;taient pas toujours bonnes, et une grande partie de cette litt&#233;rature sp&#233;cialis&#233;e &#233;tait compl&#232;tement fausse. On ne pouvait pas comprendre comment une soci&#233;t&#233; tournait, fonctionnait quotidiennement, &#224; partir de r&#233;ponses &#224; un questionnaire. Ce n'est pas comme &#231;a qu'il faut faire. Je n'ai jamais proc&#233;d&#233; comme &#231;a. J'ai utilis&#233; d'autres techniques, qui sont ce qu'on appelle des couvertures g&#233;n&#233;alogiques. On fait la g&#233;n&#233;alogie de trois mille personnes. Les anglais font la g&#233;n&#233;alogie d'une ou deux personnes. Moi je fais la g&#233;n&#233;alogie de trois mille personnes. &#199;a me prenait du temps mais j'avais une information que personne d'autre n'avait. Et je faisais le relev&#233; foncier de ces m&#234;mes personnes. C'est-&#224;-dire que je cartographiais tous les champs l'un apr&#232;s l'autre. Et je travaillais sur le champ avec les gens qui &#233;taient comp&#233;tents pour ce champ-l&#224;. Je ne travaillais pas &#224; des kilom&#232;tres assis &#224; une table confortablement. Je travaillais debout en tenant une plaquette de bois sur laquelle j'accrochais des papiers en faisant le plan du champ et sa place par rapport aux autres champs, et o&#249; je notais ce que les gens avaient dit pour justifier de leur propri&#233;t&#233; du champ. Alors si on fait &#231;a on a une information exhaustive, compl&#232;te. Et c'est tr&#232;s rare. Mais &#231;a m'a pris beaucoup de temps. Il y a des informations que j'ai mis trente ans &#224; avoir. On a envie d'avoir la r&#233;ponse &#224; une question mais il se peut qu'il faille beaucoup d'ann&#233;es pour avoir la bonne r&#233;ponse. Ce n'est pas imm&#233;diatement qu'on l'a. Et puis j'ai fait la cartographie de l'int&#233;rieur des &#238;les, parce que si on ne sait pas o&#249; sont les points les uns par rapport aux autres, on ne comprend pas les raisons de tel comportement par rapport &#224; tel point de l'espace. Il y a des points de l'espace qui sont rituellement prot&#233;g&#233;s, il y en a d'autres qui servent &#224; faire telle ou telle plante, d'autre qui servent &#224; l'agriculture, et il faut ramasser tout &#231;a. Une fois qu'on a ramass&#233; tout &#231;a on peut commencer &#224; analyser et comprendre comment la soci&#233;t&#233; fonctionne. Mais on ne peut pas le faire avec un catalogue de questions. On ne peut surtout pas le faire avec la m&#233;thode r&#233;cente venue d'Am&#233;rique qui consiste &#224; prendre deux ou trois gars et &#224; les assommer de questions. Ils se mettent &#224; raconter n'importe quoi pour avoir la paix. Un europ&#233;en qui se rend d&#233;sagr&#233;able est le pire des chercheurs possibles. Et casser les pieds aux gens c'est la plus mauvaise m&#233;thode existante. Mais c'est la m&#234;me chose en Europe. Vous n'avez qu'&#224; aller dans les villages fran&#231;ais, si vous commencez &#224; casser les pieds aux gens vous n'obtiendrez rien. Alors il y avait un personnage en France qui &#233;tait int&#233;ressant, qui s'appelait Marcel Mauss. Marcel Mauss &#233;tait professeur au coll&#232;ge de France. Il &#233;tait professeur parce que, bon, il n'y avait personne de comp&#233;tent &#224; l'&#233;poque. Lui il &#233;tait comp&#233;tent parce qu'il lisait tout. Il lisait tout ce qui &#233;tait en allemand, il lisait tout ce qui &#233;tait en russe, il lisait tout ce qui &#233;tait en anglais. C'&#233;tait le seul &#224; Paris qui se tapait convenablement la litt&#233;rature sur le pacifique. Alors il arrivait &#224; &#233;liminer un certain nombre d'informations pas tr&#232;s fiables. Et puis il v&#233;rifiait soigneusement ses informations avec les moyens du bord &#224; Paris. C'est-&#224;-dire uniquement avec la litt&#233;rature imprim&#233;e. Il n'&#233;tait jamais sorti de Paris. Sauf pour son service militaire qu'il avait fait au Maroc. Mais il n'&#233;tait pas sp&#233;cialiste du Maghreb. Alors il &#233;tait int&#233;ressant parce qu'il avait compris que la technologie des insulaires ne ressemblait pas vraiment &#224; la technologie europ&#233;enne import&#233;e par la suite. Une partie de son enseignement correspondait &#224; une &#233;tude de la fa&#231;on dont les gens faisaient leur vie quotidienne et alors &#231;a c'&#233;tait relativement utile, sauf que il n'avait jamais vu une igname, il n'avait jamais vu un taro&#8230; Il avait vu des bambous au jardin botanique, mais en dehors de &#231;a dans son enseignement il y avait de gros trous. Mais c'&#233;tait l'enseignement le plus intelligent sur la place de Paris, sauf qu'il consid&#233;rait, il recommandait m&#234;me de faire de l'ethnologie sur l'oreiller. Faire de l'ethnologie sur l'oreiller &#231;a consistait &#224; prendre une ma&#238;tresse locale et &#224; la pomper des informations qu'elle pouvait donner au fur et &#224; mesure. L'ennui c'est que les chercheurs qui sont all&#233;s chez les esquimaux ils ont fait de l'ethnologie sur l'oreiller. Ils ont fait des gosses et puis ils ont tout abandonn&#233;. Alors ce n'&#233;tait pas une si bonne id&#233;e que &#231;a parce que &#231;a rend difficile de revenir apr&#232;s. Moi je me suis mari&#233; avec une femme de Lifou mais je l'ai &#233;pous&#233;e et je ne l'ai pas abandonn&#233;e, elle est morte dans mes bras d'Alzheimer &#224; quatre-vingt-quinze ans&#8230; J'&#233;tais sur le terrain, l&#224; o&#249; j'&#233;tais cens&#233; travailler, mais je repr&#233;sentais ma femme dont le statut social &#233;tait bien sup&#233;rieur au mien, parce qu'un europ&#233;en a un statut social tout &#224; fait fragile. Le fait que j'avais &#233;pous&#233; ma femme faisait que je me retrouvais avec, j'avais compt&#233; que sa parent&#233; faisait dans les trois mille personnes, dispers&#233;es entre trois &#238;les et la grande terre. &#199;a faisait du monde qui &#233;tait automatiquement dispos&#233; &#224; me recevoir et &#224; partager un certain nombre d'informations avec moi que je n'aurais jamais eu autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma femme &#233;tait venue &#224; six ans &#224; Noum&#233;a, elle avait failli couler avec le bateau dans le passage d'Ilavana o&#249; il y avait un cyclone, elle &#233;tait arriv&#233;e &#224; Noum&#233;a on lui avait donn&#233; du pain et du beurre. Elle a dit je ne vais pas manger la merde des blancs. Elle ne savait pas ce que c'&#233;tait que le beurre. Elle avait r&#233;ussi &#224; avoir &#224; la fois dans la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne et dans la soci&#233;t&#233; canaque une tr&#232;s grande autorit&#233; morale. A un moment &#231;a a &#233;t&#233; la femme la plus respect&#233;e de Cal&#233;donie. Je l'ai emmen&#233;e en France, elle a &#233;pat&#233; tous mes coll&#232;gues. Ils n'avaient jamais vu quelqu'un comme &#231;a. Et l&#224; je dois introduire une notion qui est tr&#232;s peu utilis&#233;e en France mais qui l'est beaucoup en Angleterre ou elle r&#232;gle une partie des rapports sociaux, c'est le langage corporel. Dans le pacifique, dans les &#238;les, tout n'a pas &#224; &#234;tre exprim&#233; par la parole. Beaucoup de choses sont exprim&#233;es par les gestes, par les d&#233;placements dans l'espace, c'est-&#224;-dire en silence. Et ma femme connaissait parfaitement tous les moyens de transmission d'informations qui peuvent se faire par le langage corporel. Alors &#224; Paris elle arrivait sur des gens qui &#233;taient tr&#232;s ignorants de cette chose-l&#224; mais tr&#232;s susceptibles parce qu'ils comprenaient plus ou moins consciemment ce qui se transmettait par le langage corporel. Elle ne se trompait jamais. Elle savait toujours comment agir, avec qui et comment en fonction de la situation, du statut des personnes etc&#8230; Sur Paris &#231;a leur semblait extraordinaire. Monsieur Claude Levi Strauss &#233;tait de ce fait un de ses admirateurs parce qu'il n'avait jamais vu un ph&#233;nom&#232;ne pareil. Et tous mes coll&#232;gues qui ne m'aimaient pas particuli&#232;rement &#233;taient en admiration devant ma femme. C'est dire qu'il y a dans la culture oc&#233;anienne des &#233;l&#233;ments tr&#232;s int&#233;ressants qui ont &#233;t&#233; compl&#232;tement n&#233;glig&#233;s par les t&#233;moins europ&#233;ens, et celui du langage corporel faisait partie de ce qu'on n'enseignait pas &#224; la Sorbonne &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et qu'est-ce qu'on appelait le tot&#233;misme &#224; l'&#233;poque ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah oui&#8230; Il y avait une notion qui &#233;tait enseign&#233;e &#224; Paris, &#224; Londres, &#224; Berlin, &#224; New York, &#224; San Francisco, c'&#233;tait celle du tot&#233;misme. Tous ceux qui ont fait du scoutisme savent de quoi il s'agit puisqu'il s'agit de recevoir le nom d'un animal quelconque qu'on vous attribue, moi quand j'&#233;tais &#233;claireur protestant on m'avait appel&#233; hippopotame des savanes d&#233;sertiques. Bon. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs. Mais alors le tot&#233;misme est un terme de la langue Ojibwa. Les Ojibwa se sont les indiens de la r&#233;gion de New York. Ils ont &#233;t&#233;s d&#233;crits dans des &#233;crits et des compte-rendus publi&#233;s par une soci&#233;t&#233; savante de New York au d&#233;but du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, et puis &#231;a a fait tout le tour du monde universitaire et on a imagin&#233; que le tot&#233;misme qualifiait toutes les soci&#233;t&#233;s primitives. Alors on a fabriqu&#233; des syst&#232;mes tr&#232;s compliqu&#233;s tout &#224; fait artificiels pour expliquer les cr&#233;ations qu'on trouvait quand m&#234;me d'un point &#224; un autre du monde habit&#233;. Moi j'ai travaill&#233; sur de soi-disant tot&#233;mismes en Nouvelle-Cal&#233;donie et &#231;a n'a rien &#224; voir avec le syst&#232;me indien. Le syst&#232;me indien c'est l'attribution d'un personnage mythologique qui a la forme d'un animal, ours o&#249; aigle etc&#8230; qui vous sert de protecteur et qu'on vous attribue &#224; la suite d'une initiation. Syst&#232;me en Cal&#233;donie parfaitement diff&#233;rent. J'ai travaill&#233; pour un professeur que j'avais et qui m'a demand&#233; de lui analyser tous les articles publi&#233;s sur le tot&#233;misme apr&#232;s 1930. Je lui ai fourni un rapport o&#249; je lui disais chaque cas ne ressemble pas aux autres cas. C'est un domaine o&#249; on a mis des choses diverses et compl&#232;tement oppos&#233;es et &#224; mon avis &#231;a n'existe pas. J'avais vingt ans et j'&#233;tais tr&#232;s os&#233; de dire &#231;a &#224; un de mes ma&#238;tres. Il a encaiss&#233; et il n'a plus jamais parl&#233; de tot&#233;misme. Maintenant en Cal&#233;donie ce qu'on appelle totem est la forme animale ou v&#233;g&#233;tale, ou la pluie, la temp&#234;te, le bruit de la mer sur le r&#233;cif, enfin toutes sortes de choses que prennent les morts apr&#232;s le dernier soupir. Apr&#232;s le dernier soupir on est cens&#233; trouver un insecte en g&#233;n&#233;ral, qui sort de la bouche, qu'on attrape, et on plonge dans la rivi&#232;re ou dans la mer, on ouvre son poing et on trouve imm&#233;diatement une pierre qui est cens&#233;e &#234;tre le dernier soupir du mort. Le mort est cens&#233; &#234;tre soit un poisson, soit une anguille, soit un insecte, soit le vent, soit autre chose&#8230; Et tous les gens qui appartiennent au m&#234;me groupe social ont la m&#234;me forme qu'ils assument &#224; la mort. Les morts entrent en communication avec les vivants soit individuellement avec leurs fils, leurs petits-fils etc&#8230; soit globalement mais alors sous la forme de ce qu'on appelle le totem Hathor. Ce symbole animal, v&#233;g&#233;tal ou atmosph&#233;rique est le symbole de la collectivit&#233; des morts du groupe par rapport &#224; la collectivit&#233; des vivants. La communication entre les deux collectivit&#233;s se fait en parlant &#224; un l&#233;zard, &#224; un insecte au vent etc&#8230; &#224; un endroit pr&#233;cis o&#249; on vient apporter des offrandes. Mais &#231;a n'est pas un syst&#232;me &#224; part. &#199;a fait partie du syst&#232;me global de tout ce qui est vivant par rapport &#224; ce qui est mort mais qui en r&#233;alit&#233; vit d'une autre vie. La mort n'&#233;tant pas une rupture absolue. Du moins en Nouvelle Cal&#233;donie. Au Vanuatu on franchit un pas conceptuel : les morts qui ne sont plus invoqu&#233;s dans les pri&#232;res, dont le nom n'est plus connu par leurs descendants, tombent dans une fosse o&#249; il y a une esp&#232;ce de magma et o&#249; ils font partie du magma et disparaissent. C'est &#231;a la vraie mort. Mais jusqu'&#224; ce moment-l&#224; les morts vivent d'une autre vie avec des points de contact avec les vivants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Jean Guiart chez lui au Lotus &#224; Punaauia lors de notre deuxi&#232;me entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Dossier les Outre-Mer &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts &#8212; IV/IV</title>
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		<dc:date>2022-12-29T16:58:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jonathan Bougard</dc:creator>


		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
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		<dc:subject>Carai&#776;be</dc:subject>
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		<dc:subject>Outre-Mer</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Titaua Peu, Tevaite, Patricia Bonnet, Leia Chang Soi et Moetai Brotherson&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2185-86d65.jpg?1772251572' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Titaua Peu, Tevaite, Patricia Bonnet, Leia Chang Soi et Moetai Brotherson&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une exposition collective est venue bousculer les codes durant une semaine &#224; la D&#233;l&#233;gation de la Polyn&#233;sie fran&#231;aise &#224; Paris, avec les quatre laur&#233;ates de la promotion 2022 du programme &#171; R&#233;sidence d'artistes - Cit&#233; internationale des arts de Polyn&#233;sie fran&#231;aise &#187;, bien r&#233;solues derri&#232;re leur porte-&#233;tendard Titaua Peu &#224; se r&#233;approprier une image depuis longtemps confisqu&#233;e par Gauguin et ses continuateurs, une histoire &#233;crite et r&#233;&#233;crite par un pouvoir colonial, et une parole cadenass&#233;e par des injonctions silencieuses multiples, un mutisme particulier &#224; de nombreuses familles polyn&#233;siennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Polyn&#233;sie est l'endroit le plus recul&#233; du globe, et le dernier o&#249; l'&#233;criture soit arriv&#233;e. On ne conna&#238;t que peu de choses des temps qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; le contact avec les europ&#233;ens, lorsque le britannique Samuel Wallis d&#233;barque baie de Matavai &#224; Arue en 1767. Les pirogues tahitiennes ont alors tent&#233; d'aborder la fr&#233;gate &lt;i&gt;Dolphin&lt;/i&gt; et les anglais ont ouvert le feu. Rien de tr&#232;s paradisiaque. Wallis est rest&#233; en tout un mois sur l'&#238;le. En 1768 c'est au tour du fran&#231;ais Bougainville de d&#233;barquer baie de Matavai. C'est &#224; lui qu'on doit le surnom de Nouvelle-Cyth&#232;re et le mythe des polyn&#233;siennes lascives, d'un &#233;den polyn&#233;sien qui sera le th&#232;me d'une abondante litt&#233;rature. Bougainville n'a pass&#233; que dix jours &#224; Tahiti. En 1769 c'est au tour de James Cook de d&#233;barquer sur l'&#238;le pour observer le transit de V&#233;nus. Il y reviendra lors de ses deux autres exp&#233;ditions dans le Pacifique. Plusieurs exp&#233;ditions espagnoles succ&#232;dent &#224; Cook, puis en 1788 les mutin&#233;s du Bounty sont les premiers europ&#233;ens &#224; s'installer sur l'&#238;le de Tahiti pour plusieurs ann&#233;es. Des &#233;quipages de baleiniers commencent &#224; y faire escale. Ils r&#233;pandent l'alcool et des maladies qui d&#233;ciment les natifs des &#238;les, alors beaucoup plus peupl&#233;es qu'aujourd'hui. La seule &#238;le de Raiatea comptait alors plus de deux cent mille habitants, soit l'&#233;quivalent de toute la population des cinq archipels d'aujourd'hui&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;ritable introduction de l'&#233;criture en Polyn&#233;sie a eu lieu le 5 mars 1797 avec l'arriv&#233;e de l'&#233;vangile, toujours comm&#233;mor&#233;e localement, et l'installation des pasteurs de la &lt;i&gt;London Missionary Society&lt;/i&gt;. En 1817 les &#233;vangiles sont traduits en tahitien. En 1819 le code Pomare interdit les chants, les danses, les tatouages, et rend obligatoire le port de v&#234;tements &#224; l'occidentale. Pour les femmes, des robes qui recouvrent tout le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1820 toute la population est convertie au protestantisme et Papeete est fond&#233;e. La grande ville, le carrefour des archipels et des continents. Le Tahiti des temps anciens n'existe plus. Il y aura des guerres franco tahitiennes qui se solderont par l'annexion du Royaume de Tahiti, et de curieux &#233;pisodes comme celui des &lt;i&gt;Mamaia&lt;/i&gt; qui vivaient cach&#233;s au fond des vall&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que lors de ces temps anciens dont on conna&#238;t peu de choses, il y avait une tradition orale tr&#232;s importante. D'un c&#244;t&#233; de nombreuses l&#233;gendes narrant les aventures de h&#233;ros guerriers, souvent des demi-dieux comme Hiro et Maui, des histoires destin&#233;es au peuple et particuli&#232;rement aux enfants, des histoires de l&#233;zards g&#233;ants, de fant&#244;mes et d'ogresses. Toute une culture populaire. De l'autre une tradition plus herm&#233;tique destin&#233;e aux pr&#234;tres et aux rois, avec des recettes, des formules et une tr&#232;s importante quantit&#233; de noms d'anc&#234;tres &#224; conna&#238;tre. Un roi devait &#234;tre capable de r&#233;citer sa g&#233;n&#233;alogie jusqu'au grand dieu Taaroa, cr&#233;ateur de Ti 'i le premier homme. Beaucoup de rois avaient de plus un nom public et un nom cach&#233;, un nom secret. Un vrai nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enorm&#233;ment d'&#233;trangers de passage ont &#233;crit sur leur s&#233;jour en Polyn&#233;sie, parfois de bons livres comme Segalen et ses Imm&#233;moriaux, Segalen avait appris le tahitien en quelques mois, Melville et ses r&#233;cits d'aventure, Robert Louis Stevenson, Max Radiguet&#8230; Souvent des ouvrages beaucoup plus fantaisistes comme ceux de Pierre Loti et autres vendeurs d'exotisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en savoir un peu plus, il faut aller voir du c&#244;t&#233; de &lt;i&gt;Tahiti aux temps anciens&lt;/i&gt;, de Teuira Henry, petite fille d'Orsmond, un missionnaire anglais qui a habit&#233; treize ans sur la presqu'&#238;le de Taiarapu au d&#233;but du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, o&#249; la vie se ressentait encore assez peu de l'arriv&#233;e des occidentaux. Orsmond avait consign&#233; un grand nombre d'informations et de noms relatifs aux traditions ancestrales dans un recueil &#233;gar&#233; par l'administration fran&#231;aise, et que sa petite-fille s'est employ&#233;e &#224; reconstituer en assemblant ses notes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tahiti : Memoirs of Arii Taimai e Marama of Eimee ... Last Queen of Tahiti&lt;/i&gt;, de l'am&#233;ricain Henry Adams, para&#238;t en 1893 aux Etats-Unis, puis est enrichi de cinq chapitres en 1901. Il s'agit des &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; d'Hinarii Taimai, petite fille du c&#233;l&#232;bre Tati, le chef de Papara, qui lui avait enseign&#233; les l&#233;gendes, les chants et les g&#233;n&#233;alogies du clan des Teva. Ce qui avait charm&#233; Adams &#233;tait une sorte de mille et une nuits tahitienne, et des histoires de fant&#244;mes, et s'est transform&#233; au fil du temps, des entretiens et des correspondances en une vraie somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut encore citer les &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; de Marau Taaroa, derni&#232;re reine de Tahiti, Traduit par sa fille, la princesse Ariimanihinihi Takau Pomare. Qui vient compl&#233;ter l'ouvrage de Henry Adams.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois ouvrages importants n'existeraient pas sans des femmes de la meilleure soci&#233;t&#233; tahitienne. Sources d'informations pr&#233;cieuses, ils sont tous tourn&#233;s vers les temps anciens, dont ils veulent donner une id&#233;e. Ces livres ont &#233;t&#233;s r&#233;dig&#233;s dans de grandes cases richement meubl&#233;es et d&#233;cor&#233;es &#224; la parisienne, o&#249; rien de manquait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces trois livres il faut ajouter les livrets de Pouira a Teauna dit Te Arapo, un instituteur qui s'est passionn&#233; pour les l&#233;gendes tahitiennes. On l'appelait Te Arapo, litt&#233;ralement celui qui veille la nuit, car il passait des nuits enti&#232;res &#224; &#233;crire chez lui &#224; Arue &#224; l'entr&#233;e de la vall&#233;e de Tefaaroa. Il a demand&#233; &#224; &#234;tre enterr&#233; avec les carnets couverts de textes qui remplissaient son armoire. Heureusement durant plusieurs ann&#233;es Te Arapo avait anim&#233; une &#233;mission de radio dont les enregistrements ont &#233;t&#233;s conserv&#233;s et ont pu donner mati&#232;re &#224; des livrets diffus&#233;s dans les &#233;coles en Polyn&#233;sie. De 1962 &#224; 1967 c'est cette &#233;mission de radio qui a remis au go&#251;t du jour l'art oratoire en Polyn&#233;sie, et inspir&#233; les acteurs du renouveau culturel polyn&#233;sien &#224; partir des ann&#233;es 1970, Henri Hiro, John Mairai, Sem Manutahi, Raymond Graffe, Jean-Marc Pambrun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991 Chantal Spitz publie l'&#238;le des r&#234;ves &#233;cras&#233;s, le premier roman tahitien. Si cet ouvrage fait date, Chantal Spitz a &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e &#224; l'occidentale dans une famille bourgeoise, et ses pr&#233;occupations refl&#232;tent encore celles de la bonne soci&#233;t&#233;, celle des demi, les grands propri&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18826 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/3-titaua-peu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/3-titaua-peu-0e673.jpg?1772190538' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Titaua Peu rencontre son public parisien &#224; la librairie le comptoir des lettres
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Est arriv&#233;e Titaua Peu. En deux livres, Titaua Peu est parvenue &#224; donner une vraie forme romanesque au Tahiti contemporain, particuli&#232;rement avec Pina, premier tome d'une trilogie annonc&#233;e. Titaua Peu donne &#224; voir les gens du peuple. Mutismes, son premier livre, n'a pas &#233;t&#233; &#233;crit pour &#234;tre publi&#233;. C'est sa s&#339;ur qui l'a fait lire &#224; un &#233;diteur. Ensuite Titaua a eu des enfants, elle a travaill&#233; durant une vingtaine d'ann&#233;es. Son deuxi&#232;me livre, Pina, vient d'&#234;tre traduit aux Etats-Unis. Titaua a &#233;t&#233; laur&#233;ate de la premi&#232;re r&#233;sidence d'&#233;criture mise en place en Polyn&#233;sie l'ann&#233;e derni&#232;re. Elle est partie &#224; Mangareva et Tahaa pour se documenter, et l'envie lui est venue de travailler sur une suite de Pina, un texte d'anticipation. Parce qu'elle est pessimiste et que l'avenir de son pays lui fait peur, &#231;a la travaille. Laur&#233;ate d'une r&#233;sidence de quatre mois &#224; la Cit&#233; des Arts de Paris avec trois autres polyn&#233;siennes, elle est la seule de la promotion &#224; travailler sur un texte. Elle encha&#238;nera ensuite avec une autre r&#233;sidence en Bretagne. Et peut donc d&#233;sormais se consacrer enti&#232;rement &#224; l'&#233;criture d'une &#339;uvre ambitieuse.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18832 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;170&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/15_titaua-peu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/15_titaua-peu-d1592.jpg?1772190538' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Titaua Peu lit son texte Je ne suis pas celle que tu peins lors du vernissage de l'exposition collective Elles &#233;taient une &#238;le &#224; la D&#233;l&#233;gation de la Polyn&#233;sie fran&#231;aise
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Titaua est marquisienne, elle parle marquisien et dit ce qu'elle pense. Elle ne cherche pas &#224; plaire. Directe et col&#233;rique, boudeuse et bienveillante. Pas tr&#232;s loquace non plus. Elle doit pr&#233;f&#233;rer &#233;crire que parler. On s'en rendra bien compte dans ce premier entretien r&#233;alis&#233; &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts de Paris le 8 novembre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment &#231;a va ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a va bien Jonathan. Et toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Moi &#231;a va toujours, sauf si le corps l&#226;che&#8230; J'ai film&#233; ta rencontre avec tes lecteurs dans une librairie parisienne hier soir, comment tu l'as v&#233;cu, comment &#231;a s'est pass&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Super bien, il y avait du monde. Non c'&#233;tait bien. Gentillette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai eu le sentiment que tu commences &#224; &#234;tre habitu&#233;e &#224; ce genre d'exercice.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui voil&#224; &#231;a fait quand m&#234;me plus de deux ans&#8230; Enfin depuis que j'&#233;cris quoi. Ce qu'il y a de bien c'est que je rencontre du public tout le temps diff&#233;rent. Et l&#224; &#224; Paris en France, en fait je viens de me rendre compte que mes bouquins, m&#234;me si ils sont sortis il y a quelques ann&#233;es d&#233;j&#224;, en fait il faut toujours les repr&#233;senter de nouveau, parce que de nouveaux lecteurs sont l&#224;. Ils ont envie de lire une autre Polyn&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dont des lecteurs tahitiens. Il y en avait quelques-uns.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi. Des jeunes lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai lu que tu as grandis &#224; la Mission.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui c'est mon quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alors c'est comment, ce quartier de la Mission ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors&#8230; C'est ni classe, ni la zone non plus&#8230; C'est un quartier, comme son nom l'indique, o&#249; l'&#233;glise catholique est tr&#232;s pr&#233;sente puisqu'on a l'archev&#234;ch&#233; qui est dans ce quartier. J'y ai pass&#233; mes premi&#232;res ann&#233;es, c'est en m&#234;me temps &#224; Papeete sans &#234;tre de la ville vraiment. Donc on avait une position privil&#233;gi&#233;e par rapport &#224; &#231;a. On &#233;tait un peu pr&#233;serv&#233; de la ville. Mais en m&#234;me temps cette ville &#233;tait accessible. Papeete quoi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18827 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;86&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L444xH700/7_titaua-peu-777ab.jpg?1672334119' width='444' height='700' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Je ne suis pas celle que tu peins, un texte peint sur toile flottante par Titaua Peu
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ah oui ce n'&#233;tait pas la Mission d'aujourd'hui alors, c'&#233;tait la Mission d'il y a quelques ann&#233;es.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui enfin ce n'est pas la Mission avec les logements sociaux hein. Moi j'ai habit&#233; plus du c&#244;t&#233; de l'&#233;glise, en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Oui c'est assez vert et calme, ce n'est pas les quartiers r&#233;put&#233;s pour les combats de rue maintenant. &#199;a devait d&#233;j&#224; &#234;tre le cas.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah bon ? Mais &#231;a a toujours &#233;t&#233; comme &#231;a. M&#234;me lorsque j'&#233;tais petite on avait des ca&#239;ds aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Oui c'est classique &#224; Tahiti, il y en a partout&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;. Ben je crois que c'est classique dans toutes les villes un peu modernes, un peu&#8230; Qui souffrent aussi d'une certaine pauvret&#233;, d'une certaine mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et c'est quelque chose dont&#8230; Bon je n'ai lu que les cent premi&#232;res pages, je suis en cours de lecture de Pina, c'est quelque chose dont tu arrives &#224; rendre compte, &#224; l'&#233;crire, et je ne pense pas, sans avoir jamais lu grand-chose sur la Polyn&#233;sie, je ne pense pas que &#231;a ait &#233;t&#233; &#233;crit avant toi&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, en tout cas pas de cette fa&#231;on. En fait oui, mes romans sont tr&#232;s empreints d'urbanit&#233;. Moi j'ai pris le parti, de toute fa&#231;on je n'ai connu que &#231;a, d'&#233;crire sur Papeete, sa banlieue, le Papeete moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et donc tu es actuellement en r&#233;sidence &#224; la Cit&#233; des Arts. J'ai vu que tu avais d&#233;j&#224; fait une r&#233;sidence en Polyn&#233;sie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, j'ai &#233;t&#233; la premi&#232;re artiste &#224; remporter ce concours de r&#233;sidence en Polyn&#233;sie. C'est une r&#233;sidence qui permet &#224; un auteur de se mettre au vert, comme on dit, dans une autre &#238;le, si on choisit une &#238;le de la Polyn&#233;sie. C'est une r&#233;sidence de deux mois o&#249; l'auteur est pay&#233;, comme ici quoi. Et j'ai choisi d'aller sur l'&#238;le de Mangar&#233;va, dans le sud, dans les Gambiers, et sur l'&#238;le de Tahaa. Pour les besoins de mon prochain roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tahaa ? Il n'y a pas route qui fait le tour de l'&#238;le, donc c'est bien isol&#233;&#8230;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si, &#231;a va maintenant, il y a juste une petite portion o&#249; on ne peut pas aller. Ce n'est pas grave, et puis quand on choisit une &#238;le ce n'est pas pour le confort de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce que j'entendais hier soir c'est que Pina serait le premier volume d'une trilogie donc.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18828 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;125&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/10_edition-nume_rote_e.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH360/10_edition-nume_rote_e-7c6bc.jpg?1672334119' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Edition num&#233;rot&#233;e du texte de Titaua Peu Je ne suis pas celle que tu peins, illustr&#233; d'une encre de Chine de Leia Chang Soi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et est-ce que tu avais d&#233;j&#224; d&#232;s le d&#233;but un plan bien d&#233;fini ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non c'est vraiment quand j'ai termin&#233; Pina et que j'ai vu le succ&#232;s qu'elle a eu, je me suis dit qu'en fait la litt&#233;rature tahitienne avait besoin de personnages marquants, d'une fiction ou on aurait ces personnages un peu puissants, et totalement humains, totalement fragiles. Mais qui deviendraient, qui auraient aussi un nom dans notre litt&#233;rature. Parce que je pense que notre litt&#233;rature elle est encore, il faut qu'elle soit diffus&#233;e beaucoup, et j'avais envie que cette petite famille, ou en tout cas ce personnage de Pina, puisse accompagner le d&#233;veloppement de mon pays. En fait l'id&#233;e c'est d'&#233;crire sur mon pays, sur ses &#233;volutions statutaires ou institutionnelles, avec ce personnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai vu que tu parlais de science-fiction, o&#249; peut-&#234;tre plus d'anticipation que de science-fiction&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; un roman d'anticipation, quelque chose de dystopique aussi puisque il y a des sujets que j'ai envie d'aborder, comme l'exploitation de nos fonds miniers. Et surtout de placer aussi mon pays dans un contexte &#233;videment global, et touch&#233; par les changements climatiques, et aussi peut-&#234;tre par les rivalit&#233;s qui se construisent dans le Pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les rivalit&#233;s qui se construisent dans le Pacifique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, l'Asie qui voudrait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce qu'on appelle l'axe indopacifique&#8230; Donc tu &#233;cris l&#224;-dessus ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui parce que je pense que c'est d&#233;j&#224; un enjeu pour mon pays. &#199;a sera encore plus difficile dans les ann&#233;es &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu disais hier soir que tu es pessimiste ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah oui. Totalement. Avec l'expansion chinoise en tout cas, et ces forces en pr&#233;sence, l'Occident, la France, les Etats-Unis&#8230; Je ne pense pas qu'on va &#234;tre &#233;pargn&#233;s longtemps, quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu as la r&#233;putation d'&#234;tre ind&#233;pendantiste, je ne suis pas tr&#232;s familier de la politique, ce n'est pas quelque chose qui me passionne, mais effectivement pr&#233;sent&#233; comme &#231;a l'ind&#233;pendance c'est compliqu&#233;&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait il faut bien se dire l'ind&#233;pendance &#231;a n'existe pas, hein. On vit dans un monde d'interd&#233;pendance. Ce qu'il faut c'est juste avoir de bons partenaires. Et moi ce que je ne voudrais pas c'est qu'un jour on ait pour partenaire la Chine. C'est juste impossible. Il faut voir comment la Chine, petit &#224; petit, place ses pions dans le Pacifique, en particulier au Vanuatu, en Papouasie Nouvelle-Guin&#233;e aussi ils commencent, pour piller les richesses de ces pays&#8230; Non, &#231;a fait peur quoi. Apr&#232;s oui je suis ind&#233;pendantiste. Mais au regard de certaines choses avec le parti ind&#233;pendantiste polyn&#233;sien, au regard de ce qu'ils font o&#249; ne font pas, voil&#224; l&#224; je suis pessimiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu parles du Tavini ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'accord, je les ai connus un petit peu&#8230; Mais j'ai connu aussi de vrais ind&#233;pendantistes polyn&#233;siens qui &#233;taient revenus du Tavini, enfin &#231;a doit &#234;tre des choses assez difficiles &#224; comprendre pour des gens de l'ext&#233;rieur, mais il y a des gens qui en veulent &#224; mort &#224; Oscar de ne pas avoir fait quelque chose quand il aurait pu le faire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; oui&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et du coup, aux derni&#232;res &#233;lections l&#233;gislatives, il y a quand m&#234;me eu un sacr&#233; trio qui est sorti, dont un tr&#232;s jeune. Comment tu le ressens ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a c'&#233;tait juste un vote anti-gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18829 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/12_leia-chang-soi.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH209/12_leia-chang-soi-31f37.jpg?1772190538' width='500' height='209' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Leia Chang Soi, s&#233;rie Ce qu'est une femme des &#238;les, encre de chine
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'accord. Sinon on parlait d'anticipation, d'&#233;crire la Polyn&#233;sie r&#233;elle, contemporaine, urbaine&#8230; &#199;a tu l'as &#233;crit. Mais l'&#233;criture aujourd'hui ce n'est pas qu'&#233;crire un livre. J'y pensais ces derniers jours en voyant d'autres artistes comme Leia qui travaille sur une bande dessin&#233;e, qui serait si elle arrive &#224; la faire la premi&#232;re bande dessin&#233;e faite par une polyn&#233;sienne, c'est aussi une forme d'&#233;criture&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui bien s&#251;r, mais il y a eu d'autres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il y a eu L&#233;on Taerea il me semble qui avait d&#251; faire quelques bandes dessin&#233;es mais elles sont introuvables&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pas seulement, il y a des jeunes aussi, il y a Virgile Haoa&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ha je ne connais pas.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ben oui voil&#224;, il faut conna&#238;tre un peu&#8230; Il y a d'autres illustrateurs de talent aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qui font de la bande dessin&#233;e ? A Tahiti ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ben bien s&#251;r. &#199;a fait peut-&#234;tre plus de dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et ils font des livres ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ben ils ont fait des BD ouais. Il faut aller chercher sur internet. Tu disais toi-m&#234;me que tu ne lisais pas, que tu n'as rien lu de Tahiti. Bon ben voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Oui &#224; Tahiti les endroits o&#249; j'&#233;tais il n'y avait pas de livres, les gens ne lisaient pas&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ben &#233;coute, apr&#232;s faut vouloir quoi&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et toi, tu n'as pas envie d'&#233;crire de la bande dessin&#233;e ? O&#249; il n'y a pas que la bande dessin&#233;e, il y a aussi les arts vivants, &#231;a pourrait &#234;tre une forme de th&#233;&#226;tre qui n'existe pas vraiment, il y a John Mairai qui a essay&#233; de faire des trucs&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Mairai a fait des choses. C'est un grand auteur John Mairai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Oui, je ne vais pas dire le contraire. Je le connais bien, je l'ai beaucoup film&#233;, mais je pense qu'il reste dans une certaine forme de tradition, comme Coco, et qu'il y a moyen d'aller plus loin que ce qui a &#233;t&#233; fait jusqu'&#224; pr&#233;sent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire ? Le th&#233;&#226;tre, le cin&#233;ma ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ouais, enfin le cin&#233;ma il n'y en a pas pour le moment, il y a un d&#233;but de quelque chose, il commence &#224; y avoir un certain nombre de techniciens, mais est-ce qu'il y a des auteurs en Polyn&#233;sie ? Par exemple Pina, &#231;a pourrait se pr&#234;ter &#224; une adaptation&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui mais bon, c'est compliqu&#233;&#8230; Et puis moi je ne laisserai pas n'importe qui r&#233;aliser Pina, hein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais tu n'aurais pas envie de le faire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement moi je n'ai pas les qualit&#233;s. Moi j'&#233;cris des romans. Je ne peux pas non plus faire n'importe quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu as publi&#233; deux livres pour le moment. C'est quand m&#234;me peu. Pourquoi est-ce que tu as aussi peu publi&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin &#231;a te regarde ? C'est parce que moi ce n'est pas mon m&#233;tier&#8230; Enfin, l&#224; je me mets vraiment dans l'&#233;criture, mais sinon j'avais un m&#233;tier avant. J'ai une famille, j'avais des enfants &#224; &#233;lever. On n'&#233;crit pas tous les jours comme on va aux toilettes. Ce n'&#233;tait pas d'abord dans mon projet, et puis &#231;a m'&#233;nerve tes questions parce que t'as l'impression que&#8230; M&#234;me quand tu parles des autres par exemple, je veux dire on ne peut pas forcer les gens &#224; faire de l'art o&#249; quoi. Je veux dire ce n'est pas comme en France o&#249; on a tous les moyens etc&#8230; Non on n'a pas &#231;a, nous. D'abord il y a la pudeur. On n'&#233;crit pas comme &#231;a du jour au lendemain pour raconter sa vie. En tout cas nous on n'a pas une litt&#233;rature &#224; la parisienne touche-pipi quoi, c'est bon. On parle de choses graves qui ne se disent pas tout le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donc tu es en train de travailler sur quelque chose d'ambitieux. En tout cas quelque chose que tu ressens, qui a demand&#233; du temps &#224; pouvoir sortir, une maturation&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouais, si tu veux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu me disais que tu vas encha&#238;ner par une autre r&#233;sidence.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui &#224; Douarnenez.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18831 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;169&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH689/14_tehura-vahine-63a41.jpg?1672334119' width='500' height='689' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Tehura Vahine, r&#233;alisation collective des quatre laur&#233;ates du programme la Polyn&#233;sie &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts, expos&#233;e &#224; la d&#233;l&#233;gation de la Polyn&#233;sie &#224; Paris
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce premier entretien nous sommes all&#233;s voir l'exposition de Leia Chang Soi, qui ouvrait ce soir-l&#224; son studio au public de la Cit&#233; des Arts. Leia pr&#233;sentait en particulier une s&#233;rie d'illustrations intitul&#233;e &lt;i&gt;Ce qu'est une femme des &#238;les&lt;/i&gt;, accompagn&#233;es d'un texte martelant : &lt;i&gt;Une femme des &#238;les est fi&#232;re. Une femme des &#238;les est libre. Une femme des &#238;les est belle. Elle est coquette. Elle aime s'habiller. Elle revendique sa culture &#224; travers les motifs de sa robe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain j'ai cherch&#233; les bandes dessin&#233;es dont m'avait parl&#233; Titaua. En fait Virgile Haoa avait bien particip&#233; &#224; l'&#233;criture d'une bande dessin&#233;e locale, l'alliance Ma'ohi, publi&#233;e en 2004. Et L&#233;on Taerea a bien publi&#233; des bandes dessin&#233;es militantes dans les ann&#233;es 1980, qui sont introuvables aujourd'hui. Mais beaucoup reste &#224; faire en mati&#232;re de bande dessin&#233;e polyn&#233;sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux semaines plus tard l'exposition collective des r&#233;sidentes du programme polyn&#233;sien de la Cit&#233; des Arts s'est tenue &#224; la D&#233;l&#233;gation de la Polyn&#233;sie fran&#231;aise, boulevard Saint-Germain. Chacune des quatre artistes pr&#233;sentait des &#339;uvres cr&#233;es durant leur r&#233;sidence, sur le th&#232;me de la femme polyn&#233;sienne, qu'elles entendaient bousculer. Ainsi qu'un cadavre exquis monumental, pour laquelle Titaua a r&#233;dig&#233; un texte manifeste in&#233;dit. Le soir du vernissage la D&#233;l&#233;gation &#233;tait bond&#233;e comme cela n'&#233;tait plus arriv&#233; depuis le COVID, l'&#233;v&#232;nement attirant &#224; la fois le public de la Cit&#233; des Arts et celui de la D&#233;l&#233;gation, et profitant de la pr&#233;sence de nombreux &#233;lus des &#238;les venus assister au 104e Congr&#232;s des maires de France, qui rassemble plus de 10 000 &#233;lus locaux &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exposition collective marque un tournant aussi pour la D&#233;l&#233;gation de la Polyn&#233;sie &#224; Paris, un immeuble qui joue le r&#244;le particulier d'une ambassade pour un pays autonome mais pas souverain, qui abrite souvent des &#233;v&#233;nements culturels et des expositions un peu d&#233;su&#232;tes, en tout cas sans grande ambition, qui continuent d'exploiter le mythe de la vahine lascive et du bon sauvage. La carte postale habituelle. Avec cette exposition collective, la Polyn&#233;sie a d&#233;montr&#233; qu'elle avait autre chose &#224; offrir que Loti et Gauguin. A la s&#233;rie &lt;i&gt;Ce qu'est une femme des &#238;les&lt;/i&gt;, Leia Chang Soi avait mis en pendant &lt;i&gt;Les r&#233;volt&#233;es&lt;/i&gt;, une s&#233;rie d'encres de chine repr&#233;sentant son besoin de se r&#233;approprier l'image de la femme des &#238;les. Dans cette s&#233;rie, des poup&#233;es symbolisent l'utopie de la vahine, et une jeune fille rejette cette image &#224; travers plusieurs actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du vernissage Titaua Peu a fait une lecture tr&#232;s applaudie de son texte &lt;i&gt;Je ne suis pas celle que tu peins&lt;/i&gt;. Un texte manifeste efficace qu'elle avait sauvagement calligraphi&#233; sur une grande toile flottante, un peu comme une pancarte de manifestation. Qui se termine par &lt;i&gt;Je suis entr&#233;e en dissidence&lt;/i&gt;. Ce qui est une rupture &#233;vidente avec les productions artisanales esth&#233;tisantes ordinairement valoris&#233;es au num&#233;ro 28 du boulevard Saint-Germain, organe du gouvernement polyn&#233;sien en M&#233;tropole. Apr&#232;s la fermeture des portes la soir&#233;e s'est poursuivie au Caf&#233; des Arts de la Cit&#233;, pour l'anniversaire de l'un des r&#233;sidents ultramarins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard lors de la fermeture de l'exposition, qui a tr&#232;s bien march&#233; puisque l'affluence de visiteurs a permis de conclure de nombreuses ventes, j'ai eu un nouvel entretien r&#233;unissant les quatre femmes, devant leur &#339;uvre commune.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18833 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;50&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/11_leia-chang-soi.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/11_leia-chang-soi-3c9f2.jpg?1672334120' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Leia Chang Soi, d&#233;tail de la s&#233;rie Les r&#233;volt&#233;es
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On est devant cette &#339;uvre commune, du coup qui a fait quoi ? Comment cela s'est-il pass&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tevaite&lt;/strong&gt; : D&#233;j&#224; on a cherch&#233; le th&#232;me, donc c'est vrai qu'en &#233;tant un quatuor f&#233;minin, polyn&#233;sien, la femme polyn&#233;sienne s'est impos&#233;e. Du coup on a cr&#233;&#233; cette femme ensemble, et chacune d'entre nous a travaill&#233; sur une partie de cette femme, qui s'appelle Tehura vahine. Et donc pour ma part je me suis occup&#233;e de la chevelure, elle a des cheveux comme des tentacules un peu, et avec des motifs qui ont des significations fortes comme l'amour, la f&#233;minit&#233;, la famille, le tiare Tahiti en r&#233;f&#233;rence &#224; la beaut&#233;, des choses qui pour moi sont des valeurs de la femme polyn&#233;sienne qui est un pilier. C'est comme &#231;a que j'ai contribu&#233; &#224; cette femme. Il y a &#233;galement des motifs comme des pierres de marae, parce que comme je disais la femme c'est vraiment le pilier, et aussi des motifs qui repr&#233;sentent le courage et la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je vois des &#233;cailles aussi qui m'ont l'air japonisantes&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors en fait c'&#233;tait pour &#233;voquer le lien avec la mer, parce que chez nous on est souvent en contact avec la mer, les poissons, la p&#234;che, la navigation, la plage&#8230; C'est quand m&#234;me un &#233;l&#233;ment qui est tr&#232;s pr&#233;sent dans nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'accord. Et comment &#231;a s'est pass&#233; concr&#232;tement ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors en fait la pr&#233;paration avant de se lancer s'est faite en concertation, toutes les quatre, ensuite on a pr&#233;par&#233; la toile, on a peint le fond ensemble. Ensuite chacune a travaill&#233; des parties s&#233;par&#233;ment, donc elle a &#233;t&#233; un certain temps dans mon atelier o&#249; il avait la place pour travailler, ensuite elle est partie dans l'atelier d'une autre et elle a circul&#233; comme &#231;a entre tous les ateliers. Et au final on s'est toutes retrouv&#233;es pour la finir ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ouais, c'est un vrai cadavre exquis.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image Titua&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donc toi Titaua tu as fait un texte.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Titaua Peu&lt;/i&gt; : J'ai fais un texte in&#233;dit d'une page et demi, donc je n'ai pas pu le mettre en entier sur le tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du coup tu as fais une toile flottante.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fais une toile flottante. &#199;a s'appelle une toile flottante ? Heureuse de l'entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et ce tableau, il t'inspire quoi quand tu le regardes comme &#231;a ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'inspire une divinit&#233; noire qui dit bien qu'elle n'est pas la vahine exotique &#224; la Gauguin. Elle entre en dissidence, et elle entre en r&#233;sistance, et elle court dans la montagne, et elle va chercher tout pour s'habiller, tu vois &#231;a c'est du purau, elle porte des racines sur sa t&#234;te qui sont les lign&#233;es de ses anc&#234;tres, de ces femmes qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e, et puis la couronne pour se cacher, cacher ses longs cheveux, parce qu'elle ne veut pas qu'on la fantasme, elle ne veut pas qu'on la d&#233;nude contrairement &#224; ce qui est dit de nos peuples de l'ancien temps, elle veut s'habiller, elle ne veut pas qu'on la voit nue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et elle est entr&#233;e en dissidence ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est entr&#233;e en r&#233;sistance. Elle a pris la plume en fait. Elle a pris la plume pour dire que maintenant c'est elle qui choisit d&#233;j&#224;, elle a la libert&#233;. Elle choisit qui elle veut aimer, par qui elle veut &#234;tre aim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Merci Titaua. Et Patricia ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18834 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/16_tehura-vahine.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/16_tehura-vahine-58521.jpg?1772190538' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Tehura Vahine, de&#769;tail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Patricia Bonnet&lt;/strong&gt; : Moi je l'ai habill&#233;e. Avec une robe abstraite et des messages cach&#233;s. D'habitude je travaille toute seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et c'est une exp&#233;rience qui te donne envie d'&#234;tre renouvel&#233;e ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, j'aime bien travailler seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Seule dans ton coin. Et du coup tu retournes &#224; Tahiti tr&#232;s bient&#244;t ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine prochaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et toi Leia ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Leia Chang Soi&lt;/strong&gt; : Ce que j'ai beaucoup appr&#233;ci&#233; c'&#233;tait de travailler en collaboration, ce qui nous a permis de faire quelque chose d'aussi grand, d'aussi &#233;l&#233;gant et d'aussi libre. C'&#233;tait aussi un moyen pour nous de voir jusqu'o&#249; on pouvait aller. &#199;a n'a pas &#233;t&#233; aussi &#233;vident, j'aurais voulu qu'on puisse travailler plus en amont mais on avait trop de choses &#224; faire, chacune avait des obligations, on n'avait pas le m&#234;me emploi du temps, c'&#233;tait compliqu&#233;, mais malgr&#233; &#231;a on a r&#233;ussi &#224; faire quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et toi, tu as fait quoi en particulier ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis occup&#233;e de dessiner le visage, le torse, les mains et la couronne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et il y a un vrai dialogue avec le texte de Titaua.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait quand Titaua a &#233;crit son texte la toile &#233;tait quasiment r&#233;alis&#233;e. On avait envie de raconter des choses mais on ne savait pas trop quoi, et elle s'est vraiment inspir&#233;e de ce qu'on a fait. En fait c'est vraiment un travail d'&#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donc pour une fois le texte est venu illustrer l'image ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, alors qu'elle ne pensait pas en &#234;tre capable, et elle a fait un beau texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sinon on arrive bient&#244;t &#224; la fin de votre r&#233;sidence, tu en es o&#249; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien je suis perdue. Parce que c'est la fin, il nous reste une derni&#232;re semaine, on doit commencer &#224; tout ranger, et puis j'ai envie de profiter de ces derniers instants pour visiter d'autres expositions, voir d'autres mus&#233;es. Il y en a beaucoup que j'avais envie de voir et que je n'ai pas eu l'occasion de visiter parce que j'ai beaucoup boss&#233; sur mon projet personnel, et je me suis beaucoup d&#233;plac&#233;e aussi pour rencontrer des auteurs, assister &#224; des conf&#233;rences, voir plein d'expositions au niveau de tout ce qui est BD et science-fiction&#8230; Mon art a &#233;t&#233; bien nourri. J'ai eu l'occasion de bosser sur des illustrations qui ont beaucoup r&#233;sonn&#233;es en moi, et gr&#226;ce aux discussions qu'on a eu avec les filles autour de la femme, de l'image qu'on voyait d'elle, une image qu'on a eu envie de changer, &#231;a m'a donn&#233; envie de travailler sur &#231;a, et de r&#233;aliser des planches sur ce th&#232;me de la femme telle qu'on veut la voir maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18830 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;125&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/13_moetai-brotherson.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/13_moetai-brotherson-548d0.jpg?1772190538' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Moetai Brotherson, tout heureux d'avoir fait l'acquisition d'une toile sign&#233;e Titaua Peu, Je ne suis pas celle que tu peins
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un peu apr&#232;s cet entretien est apparu un visiteur de marque peu habitu&#233; des lieux, le d&#233;put&#233; tavini Moetai Brotherson, pr&#233;sident de la d&#233;l&#233;gation aux outre-mer de l'Assembl&#233;e nationale depuis juillet dernier. Je ne l'avais pas revu depuis l'&#233;poque de Nuna'a e Hau, la troupe de danse de Faa'a qui avait remport&#233; tous les prix du Heiva i Tahiti en 2017, men&#233;e par John Mairai qui s'&#233;tait subtilement inspir&#233; de l'histoire de Terehe, une jeune femme rebelle de Raiatea qui subira la col&#232;re des dieux apr&#232;s avoir cherch&#233; &#224; lib&#233;rer son peuple de l'oppression d'un clan rival, pour composer des tableaux brillants et un orero final tr&#232;s politique qui avait fait vibrer la place Toata. Moetai &#233;tant &#233;galement &#233;crivain, il m'a sembl&#233; int&#233;ressant de recueillir ses impressions &#224; chaud, et je ne me suis pas adress&#233; au politicien mais &#224; l'auteur, dans la mesure du possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que t'inspire cette exposition ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Super. On voit le travail de nos artistes ici &#224; la d&#233;l&#233;gation, donc c'est bien, &#231;a change. Pour moi &#231;a change. Juste apr&#232;s je vais retourner en session &#224; l'assembl&#233;e, donc &#231;a me fait du bien &#224; l'esprit de venir ressentir les vibrations artistiques. Carr&#233;ment du bien. Il y a des styles tr&#232;s diff&#233;rents tu vois. L&#224; on a de l'abstrait total (Patricia Bonnet) et ensuite ici on a quelqu'un (Leia Chang Soi) qui fait plus dans l'illustration mais avec vraiment une touche polyn&#233;sienne, on sent une sensibilit&#233; particuli&#232;re, ensuite on a les textes de Titaua, la force qu'on conna&#238;t des textes de Titaua, mais qui sont enlumin&#233;s, enfin qui sont mis en graphisme, c'est encore diff&#233;rent, c'est fort&#8230; D'ailleurs j'ai craqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu as craqu&#233;, c'est-&#224;-dire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ben j'ai craqu&#233;, j'ai achet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est pas vrai ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ben bien s&#251;r&#8230; Et ensuite il y a le travail de Tevaite qui est encore diff&#233;rent, on sent une inspiration presque n&#233;palaise, les mandalas, des juxtapositions de couleurs mais aussi une symbolique, tu vois le tableau sur la lune l&#224;, tout de suite quand je l'ai vu, au milieu tu as le ipu, donc c'est la f&#233;condit&#233;, c'est la vie&#8230; Je trouve qu'elle a un mariage des couleurs et des symboles qui est vraiment g&#233;nial. Il faut suivre nos artistes, il faut aller l&#224; o&#249; elles sont. C'est &#224; charge de revanche. Il faut les suivre parce que &#231;a ne va pas s'arr&#234;ter l&#224;. Elles vont faire d'autres expos, j'esp&#232;re ensemble. Moi je les appelle les sorci&#232;res du district parce qu'elles sont quatre. Elles sont g&#233;niales.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18835 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;47&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/17_teura-vahine.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/17_teura-vahine-a06b7.jpg?1672334120' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Tehura Vahine, de&#769;tail du texte de Titaua Peu
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je reviens sur le texte de Titaua, elle en a fait une lecture jeudi soir, il y avait foule, dommage que tu ne sois pas venu&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pouvais pas &#234;tre l&#224; oui, on avait malheureusement une occupation &#224; l'assembl&#233;e nationale, j'aurais souhait&#233; &#234;tre l&#224; mais je n'ai pas pu. Mais c'est un texte fort. Titaua on la conna&#238;t, elle est toujours l&#224;, elle casse les codes. Elle d&#233;monte les cartes postales, elle montre l'envers de la carte postale, elle vaut sur tout, elle vaut sur la femme, elle vaut sur l'image de l'homme, elle vaut sur l'image de notre soci&#233;t&#233;, est-ce qu'on d&#233;finit une soci&#233;t&#233; par sa marge o&#249; pas&#8230; C'est le monde de Titaua. C'est un monde que je suis et que j'admire depuis qu'elle a commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Parce que toi tu &#233;cris aussi&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi j'&#233;cris un peu, j'ai publi&#233; un livre pour l'instant, j'en ai d'autres que je ne destine pas forc&#233;ment &#224; la publication, mais elle fait partie des gens qui m'ont donn&#233; envie de publier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Titaua tu l'as lue donc ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ha j'ai tout lu, j'ai m&#234;me lu Pina avant qu'il ne soit publi&#233;, parce qu'on est amis j'ai envie de dire depuis toujours, mais au moins depuis que son premier livre est sorti. &lt;i&gt;Moi Mutismes&lt;/i&gt; &#231;a a &#233;t&#233; un coup de poing dans le bide si tu veux, litt&#233;raire, et presque litt&#233;ral. Parce que c'est un tout petit bouquin mais quand tu le lis, tu mets du temps &#224; t'en remettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il me semble que Pina d&#233;crit quelques chose qui ne l'avait pas &#233;t&#233; avant&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pina c'est beaucoup de sujets, le sujet du suicide &#233;videment mais qui est la face &#233;merg&#233;e de l'iceberg, qui est en fait la pointe de cette esp&#232;ce de pyramide de malaise social, de pyramide de tout ce qu'on conna&#238;t, dans les fonds de vall&#233;es chez nous, dans les &#238;les, cet esp&#232;ce de non-dit qui est latent, qui est l&#224;. Pina c'est d'autres sujets qui sont abord&#233;s, l'homosexualit&#233;, elle aborde m&#234;me le sujet du racisme, mais avec cette touche unique qui est la sienne. C'est &#231;a qui est g&#233;nial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et ce texte en particulier, sur lequel tu as craqu&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte, si tu veux au d&#233;but j'ai vu les couleurs, alors forc&#233;ment c'est des couleurs qui attirent l'&#339;il, et donc j'ai commenc&#233; &#224; lire, mais je ne savais pas que c'&#233;tait Titaua qui avait &#233;crit tu vois. Et je lis le truc et je me dis si &#231;a c'est pas du Titaua je ne sais pas ce que c'est. Et puis il s'est av&#233;r&#233; que c'&#233;tait du Titaua. Donc c'est un texte que je lis, que je bois, que j'absorbe&#8230; Il me fait vibrer quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et du coup il va partir en Polyn&#233;sie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-l&#224; il va repartir en Polyn&#233;sie et je vais l'afficher dans ma permanence &#224; Faa'a.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18836 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/18_leia-chang-soi.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/18_leia-chang-soi-a9ecd.jpg?1672334120' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Leia Chang Soi, une image de la se&#769;rie Ce qu'est une femme des i&#770;les
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Titaua Peu, Leia Chang Soi, Tevaite et Patricia Bonnet r&#233;unies devant la grande toile Tehura Vahine, leur cr&#233;ation commune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dossier les Outre-Mer &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts &#8212; III/IV</title>
		<link>https://tk-21.com/Dossier-les-Outre-Mer-a-la-Cite-2166</link>
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		<dc:date>2022-12-01T13:08:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Annabel Gu&#233;r&#233;drat et Jonathan Bougard</dc:creator>


		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>atelier</dc:subject>
		<dc:subject>entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Carai&#776;be</dc:subject>
		<dc:subject>Outre-Mer</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Annabel Gu&#233;r&#233;drat, bruja, chor&#233;graphe et performeuse martiniquaise, r&#233;alis&#233; au Carreau du Temple &#224; Paris le samedi 22 octobre 2022.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Entretiens" rel="directory"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tk-21.com/Art-contemporain-176" rel="tag"&gt;Art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/atelier" rel="tag"&gt;atelier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Entretien" rel="tag"&gt;entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Carai%CC%88be" rel="tag"&gt;Carai&#776;be&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Outre-Mer" rel="tag"&gt;Outre-Mer&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2166-4d26e.jpg?1772234487' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme beaucoup d'autres artistes des territoires d'outre-mer, Annanel Gu&#233;r&#233;drat est pass&#233;e par la Cit&#233; Internationale des Arts de Paris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je l'ai rencontr&#233;e lors du vernissage du AKAA 2022, au bar du &lt;i&gt;Carreau du Temple&lt;/i&gt;, o&#249; elle pr&#233;sentait sa derni&#232;re cr&#233;ation, &lt;i&gt;Hyst&#233;ria#2 : Mes larmes sont de l'or&lt;/i&gt;. Tr&#232;s active, Annabel pratique la performance en pleine nature dans les mangroves de la Martinique. Elle est capable d'endosser des personnalit&#233;s multiples et d&#233;borde d'&#233;nergie. Entre Cuba, Sao Paulo, l'Afrique, les Cara&#239;bes et la France, elle a chor&#233;graphi&#233; plus de trente spectacles au sein de sa compagnie &lt;i&gt;Artincidence&lt;/i&gt;, et m&#232;ne &#233;galement des actions dans&#233;es dans le milieu carc&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bient&#244;t vingt ans d'activit&#233; Annabel est devenue une figure incontournable de la sc&#232;ne artistique carib&#233;enne, respect&#233;e par la nouvelle g&#233;n&#233;ration et faisant des &#233;mules au travers de nombreux &#233;changes, que ce soit avec des chor&#233;graphes, des danseurs o&#249; plus r&#233;cemment dans le cadre du FIAP Martinique, le Festival International d'Art Performance en Martinique qu'elle a cr&#233;&#233; avec Henri Tauliaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des outre-mer plus recul&#233;s que d'autres. La Polyn&#233;sie est le plus &#233;loign&#233; et m&#234;me si la transmission des pratiques traditionnelles y a &#233;t&#233; fortement entrav&#233;e d&#232;s le d&#233;but du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, la conservation des langues et certains textes et documents ont permis un renouveau culturel et identitaire foisonnant. Terres am&#233;rindiennes exploit&#233;es par des propri&#233;taires terriens europ&#233;ens tr&#232;s durs qui maniaient le fouet et la cravache, les Cara&#239;bes sont d&#232;s le d&#233;part le th&#233;&#226;tre d'une histoire plus dramatique, plus violente o&#249; un simple retour aux sources culturelles serait compromis par la complexit&#233; des identit&#233;s, et les Antillais ont plut&#244;t cherch&#233; &#224; se forger une identit&#233; propre qu'&#224; renouer avec celles de leurs anc&#234;tres. A la duret&#233; de l'histoire vient s'ajouter le caract&#232;re volcanique de l'&#238;le en ce qui concerne la Martinique, l'&#233;ruption de la montagne Pel&#233;e de 1902 ayant fait plus de 30 000 morts. Un v&#233;ritable holocauste pour une &#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut avoir cela &#224; l'esprit pour esp&#233;rer comprendre les enjeux &#224; l'&#339;uvre chez Annabel Gu&#233;r&#233;drat. Au Palais de Tokyo elle a pr&#233;sent&#233; &lt;i&gt;MamiSargassa 2.0&lt;/i&gt;, un concert performatif engag&#233; contre la morbidit&#233; coloniale et n&#233;olib&#233;rale, mais aussi un conte carib&#233;en futuriste centr&#233; autour d'une entit&#233; post humaine qui hante les rivages de la Martinique de 2083. C'est ainsi dans le futur qu'elle se projette volontiers pour esp&#233;rer se comprendre et comprendre son histoire, et c'est par des &#233;tats seconds qu'il lui faut en passer pour ressentir et accepter la voix des anc&#234;tres, et leur histoire douloureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Praticienne de la gu&#233;rison, Annabel r&#233;interpr&#232;te sur sc&#232;ne des rituels magico-religieux afro-carib&#233;ens, parfois en duo ou en trio avec d'autres danseuses, parfois accompagn&#233;e de musiciens, parfois seule. Il est important pour elle de passer par la mangrove, confluence des eaux douces et marines, qui lui permet d'acc&#233;der au noyau de la terre. Annabel cherche &#224; acc&#233;der &#224; un corps plus disponible, plus poreux. Plus &#233;ponge, dit-elle. Et pour &#231;a elle danse, elle utilise curieusement sa voix. S'essaie &#224; &#233;crire tout ce qui lui passe par la t&#234;te. Mais &#224; la base il y a une vraie ma&#238;trise du corps et de la voix. Une ma&#238;trise parfaite de la langue classique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18687 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/1_mes-larmes-sont-de-l_or.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/1_mes-larmes-sont-de-l_or-f0cb9.jpg?1772190584' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Annabel Gu&#233;r&#233;drat &#8212; Hysteria 2 &#8212; Mes larmes sont de l'or
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai vu que tu es n&#233;e en Nouvelle-Cal&#233;donie. O&#249; est-ce que tu as grandi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui je suis n&#233;e en Nouvelle-Cal&#233;donie &#224; Noum&#233;a et apr&#232;s on a v&#233;cu au Congo Brazzaville &#224; Pointe-Noire et au S&#233;n&#233;gal et puis on est rentr&#233;s vivre en Martinique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment &#231;a ce fait que vous bougiez autant ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#251; au travail de mon p&#232;re qui &#233;tait oc&#233;anographe chercheur, et qui du coup de par son m&#233;tier a beaucoup voyag&#233;, du coup la famille a suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ha ok. Bon forc&#233;ment tu &#233;tais toute petite en Nouvelle-Cal&#233;donie. Quels souvenirs tu en gardes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui j'avais entre z&#233;ro et quatre ans donc je n'ai pas de souvenirs pr&#233;cis. Davantage le souvenir de la m&#233;moire de l'eau, parce qu'on passait beaucoup de temps dans l'eau et c'est ce souvenir l&#224; que j'ai, qui est un peu imperceptible, d'&#234;tre immerg&#233;e dans l'eau, peut-&#234;tre une sensation de confort aussi mais j'&#233;tais toute petite, cette chose dont je parlais tout &#224; l'heure, de revenir &#224; cette m&#233;moire cellulaire, aquatique, aux fluides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donc tu dois avoir davantage de souvenirs du Congo ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congo Brazzaville j'en ai des souvenirs parcellaires, des souvenirs d'enfant, d'avoir &#233;t&#233; dans la cour de r&#233;cr&#233;ation, de jouer aux billes. J'ai le souvenir aussi, c'est tr&#232;s anecdotique, qu'un jour il pleuvait &#233;norm&#233;ment et qu'on avait d&#251; aller &#224; l'&#233;cole en pirogue. J'ai le souvenir d'une amie avec qui on est all&#233;es chercher des branches dans la for&#234;t pour son perroquet et puis on s'est perdues. Nos parents &#233;taient hyper inquiets parce qu'on &#233;tait rentr&#233;es &#224; la tomb&#233;e de la nuit. Ce sont des souvenirs d'une enfance vraiment heureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une enfance heureuse ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Super. Combien de temps au Congo ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ans. De six ans &#224; dix ans. Et apr&#232;s, on est rentr&#233;s en Martinique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et comment se fait-il que vous &#234;tes rentr&#233;s en Martinique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que mes deux parents sont originaires de la Martinique, et mon p&#232;re a obtenu un poste de directeur de l'Institut de Recherches en D&#233;veloppement en Martinique, ce qui nous a stabilis&#233;s l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donc tu es m&#233;tisse ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes deux parents sont martiniquais, je me consid&#232;re comme martiniquaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Parce que tu as la peau claire&#8230; Je me demandais si tu &#233;tais cal&#233;donienne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a, Martiniquaise&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/2_mes-larmes-sont-de-l_or.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/2_mes-larmes-sont-de-l_or-fff71.jpg?1772190584' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Annabel Gu&#233;r&#233;drat &#8212; Hysteria 2 &#8212; Mes larmes sont de l'or
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;OK. Donc tu n'as pas &#233;t&#233; confront&#233;e au probl&#232;me qui est souvent celui des m&#233;tisses, de se trouver un peu &#224; part&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas vraiment non. Je me suis toujours fray&#233;e un chemin d'&#233;mancipation. J'ai toujours trouv&#233; des strat&#233;gies d'&#233;mancipation. Je repense aux fluides pour naviguer, cette chose un peu poisson, naviguer entre les eaux, me sentir toujours &#224; l'aise. Avec les parents et l'&#233;ducation que j'ai eus, j'ai cette sensation d'&#234;tre cam&#233;l&#233;on, de pouvoir naviguer d'un milieu &#224; l'autre. M&#234;me de milieux sociaux. Et d'&#234;tre &#224; l'aise en fait. Cette sensation de chercher du confort avant tout quand je relationne avec quelqu'un, ou un milieu ou une communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu as s&#233;journ&#233; &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment s'est pass&#233;e cette r&#233;sidence ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai r&#233;alis&#233;e sur deux mois, de mai &#224; juin 2021, accompagn&#233;e de mon fils de 1 an et demi, K&#233;o Tauliaut Gu&#233;r&#233;drat. Ce n'&#233;tait pas &#233;vident d'organiser ma vie de famille, de jeune maman avec un b&#233;b&#233; sous le bras et d'assurer en m&#234;me temps la r&#233;sidence &#224; la C.I.A. J'ai d&#251; changer de logement pour &#234;tre dans un appartement plus appropri&#233; &#224; mon statut de jeune m&#232;re et artiste de 48 ans et accueillir mon b&#233;b&#233; dans de bonnes conditions. Et la bourse allou&#233;e ne me permettait pas couvrir les frais d'approches de garde d'enfants et de vie ch&#232;re &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sidence en soi, d'un point de vue professionnel a &#233;t&#233; tr&#232;s profitable. J'ai pu rencontrer deux commissaires et critiques d'art, mentors, Olivier Marboeuf et Chris Cyrille avec qui je continue d'entretenir des liens et que j'ai moi-m&#234;me invit&#233; &#224; mon festival international d'art performance en Martinique l'ann&#233;e suivante, donc &#231;a a &#233;t&#233; une chouette rencontre. Gr&#226;ce &#224; ces rencontres, Chris m'a aussi invit&#233;e &#224; performer &lt;i&gt;MamiSargassa 2.0.&lt;/i&gt;, dans le cadre de sa carte blanche &lt;i&gt;Mangrovit&#233;&lt;/i&gt; au Palais de Tokyo en janvier 2022 (dans l'exposition &#171; Ubuntu, un r&#234;ve lucide &#187; de Marie Ann Yemsi). J'ai pu r&#233;aliser ma vid&#233;o d'art &lt;i&gt;Mami Sargassa&lt;/i&gt;. Dans de bonnes conditions. Et en proposant gratuitement &#224; deux reprises un atelier autour de la pratique body-mind centering, j'ai pu rencontrer d'autres artistes de la Cit&#233;, de mani&#232;re un peu plus intime et approfondie. La sortie de r&#233;sidence orchestr&#233;e par Olivier Marboeuf &#233;tait tr&#232;s &#224; propos, car j'ai pu performer en lecture performative &#224; la voix, ce qui deviendra par la suite, &lt;i&gt;MamiSargassa 2.0&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pu aussi faire connaissance avec la commissaire Julie Crenn avec qui j'entretiens aujourd'hui des liens &#233;troits et qui met en valeur mon travail d&#232;s qu'elle en a l'opportunit&#233; autour des pratiques &#233;co-f&#233;ministes d&#233;coloniales.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18689 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/3_mes-larmes-sont-de-l_or.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/3_mes-larmes-sont-de-l_or-01db0.jpg?1772190584' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Annabel Gu&#233;r&#233;drat &#8212; Hysteria 2 &#8212; Mes larmes sont de l'or
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quels &#233;taient les crit&#232;res de s&#233;lection, y avait-il un jury ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crit&#232;res de s&#233;lection, je suppose, &#233;taient bas&#233;s sur la pertinence du projet de chaque artiste et favoriser des artistes ultra-marins &#224; s'exporter et visibiliser leurs travaux artistiques sur l'Hexagone, &#224; Paris, puisque c'&#233;tait dans le cadre du programme ONDES financ&#233; en grand partie par le Minist&#232;re des Outre-Mer. Oui il y avait un jury de s&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;OK. Bon on se retrouve &#224; l'endroit m&#234;me o&#249; tu as propos&#233;&lt;/i&gt; Hyst&#233;ria#2. &lt;i&gt;C'&#233;tait une premi&#232;re ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une premi&#232;re et je suis toujours contente, &#233;mue. Surtout &#224; Paris. C'est toujours chouette de performer &#224; Paris parce qu'on a acc&#232;s &#224; un autre public qu'en Martinique, et puis pour les artistes, Paris c'est comme Berlin ou New York, tu as toujours ce fantasme de performer &#224; Paris. Et ici, au Carreau parce que Sandrina Martins, la directrice, c'est quelqu'un que j'aime particuli&#232;rement, qui m'avait accueillie pour &lt;i&gt;I'm a Bruja&lt;/i&gt;, pour leur festival &lt;i&gt;Everybody&lt;/i&gt;, et le fait de me retrouver apr&#232;s ici dans le bar, &#231;a me permet de sentir le lieu, l'espace. A un moment donn&#233;, je ne sais pas si tu te rappelles, pendant la performance je dis &lt;i&gt;&#171; taking care of space, taking care of nature, taking care of oneself and others, is inextricabilly linked to taking care of history &#187;&lt;/i&gt;, et &#224; chaque fois que je dis &lt;i&gt;taking care of space&lt;/i&gt;, je fais r&#233;f&#233;rence &#224; cet espace qui est ouvert sur les arbres, un espace luxueux, qu'on n'a pas en Martinique. Je consid&#232;re toujours comme un honneur, d'&#234;tre l&#224; et de venir performer, m&#234;me si c'est devant trente, quarante spectateurs. Je ne suis pas &#224; l'Olympia mais j'ai cette sensation que c'est un privil&#232;ge, de me sentir privil&#233;gi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu cites cette phrase en anglais. Il y a avait aussi ce qui m'a sembl&#233; &#234;tre du cr&#233;ole.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors en fait j'aime bien passer d'une langue &#224; une autre, souvent dans mes performances je fais &#231;a, l'allemand, l'italien, l'anglais, l'espagnol, le cr&#233;ole&#8230; L&#224; tu fais r&#233;f&#233;rence &#224; un po&#232;me de Monchoachi qui s'appelle &lt;i&gt;Pr&#233;server&lt;/i&gt; et qui parle d'un rite initiatique, normalement d'un petit gar&#231;on mais que moi j'ai transform&#233; comme si c'&#233;tait une petite fille. Et &#224; un moment donn&#233; il dit &lt;i&gt;&#171; PAS Paroles b&#233;bel PAS paroles banda PAS paroles flonflon PAS paroles floup-flap PAS paroles flafla &#187;&lt;/i&gt;. Et il dit &lt;i&gt;&#171; m'pas connain, il parle de d&#233;blayer chimin l'Anc&#234;tre&lt;/i&gt;,&#8230; &lt;i&gt;l'Anc&#234;tre est sur sa bouche &#187;&lt;/i&gt;, en fait ce sont des cr&#233;olismes. Je consid&#232;re mon corps comme un canal, c'est comme si &#231;a me permettait d'acc&#233;der &#224; une m&#233;moire cellulaire, un background, comme si j'&#233;tais mon arri&#232;re-grand-p&#232;re ou mon arri&#232;re-grand-m&#232;re, qui me renvoie &#224; quelque chose de lointain et qui n'est pas forc&#233;ment 2022, l&#224; maintenant dans notre contemporan&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que la langue est magique et nous renvoie &#224; des m&#233;moires. Quand on la triture, quand on rentre dedans, quand on la m&#226;che, c'est une mani&#232;re de me d&#233;coloniser mais aussi de m'&#233;manciper et me faire &#234;tre autre. J'acc&#232;de &#224; ma propre autonomie d'&#233;nonciation. La langue elle-m&#234;me me touche. &#199;a me traverse. Et quelle que soit la langue. &#199;a vient m'habiter.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18690 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/4_mes-larmes-sont-de-l_or.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/4_mes-larmes-sont-de-l_or-a91ff.jpg?1772190584' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Annabel Gu&#233;r&#233;drat &#8212; Hysteria 2 &#8212; Mes larmes sont de l'or
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je t'ai entendu parler tout &#224; l'heure d'&#233;criture automatique. Comment &#231;a t'es venu cette pratique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela m'est venu d'une exp&#233;rience, suite &#224; un exercice de danse qu'on m'avait fait faire. Dans la performance &lt;i&gt;Hyst&#233;ria #2&lt;/i&gt;, je suis l'autrice de deux des textes : &lt;i&gt;Dormir&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Mes larmes sont de l'or&lt;/i&gt;. Pour les &#233;crire, j'ai d&#251; faire appel &#224; mon inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;OK. En parlant de ce texte tu te disais inconsolable.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais r&#233;f&#233;rence &#224; Alain Buffard qui, malheureusement, est d&#233;c&#233;d&#233;, qui &#233;tait un grand chor&#233;graphe fran&#231;ais et qui avait &#233;crit une pi&#232;ce qui s'appelait &lt;i&gt;Les Inconsol&#233;s&lt;/i&gt;. C'est une pi&#232;ce qui m'a profond&#233;ment touch&#233;e dans mon inconscient. C'&#233;tait &#224; Montpellier, en 2008. Aujourd'hui, avec &lt;i&gt;Mes larmes sont de l'or&lt;/i&gt;, je me suis dit &#224; moi-m&#234;me, oui, en fait, il y a quelque chose en moi de l'ordre de l'inconsol&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je voudrais que tu me parles de Ha&#239;m Isaacs, que j'ai rencontr&#233; ce soir-l&#224;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est mon professeur de chant, quelqu'un que j'aime beaucoup, que j'ai rencontr&#233; par hasard quand j'&#233;tais en formation Body Mind Centering. Je trouve qu'il a une approche du chant qui part vraiment du corps, qui revient vraiment &#224; un circuit interne de respiration, de diaphragme, de descente dans les tissus. Quelque chose qui m'&#233;meut et o&#249; je me sens dans une tr&#232;s grande porosit&#233;. Comme si je devenais &#233;toile de mer ou &#233;ponge.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18691 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/5_mes-larmes-sont-de-l_or.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/5_mes-larmes-sont-de-l_or-80080.jpg?1772190584' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Annabel Gu&#233;r&#233;drat &#8212; Hysteria 2 &#8212; Mes larmes sont de l'or
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien r&#233;alis&#233; au Carreau du Temple &#224; Paris le samedi 22 octobre 2022.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frontispice ; Annabel Gu&#233;r&#233;drat &#8212; Hysteria 2 &#8212; Mes larmes sont de l'or&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dossier les Outre-Mer &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts &#8212; I/IV</title>
		<link>https://tk-21.com/Dossier-les-Outre-Mer-a-la-Cite-2164</link>
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		<dc:date>2022-10-29T12:25:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>B&#233;n&#233;dicte Alliot et Jonathan Bougard</dc:creator>


		<dc:subject>entretien</dc:subject>
		<dc:subject>atelier</dc:subject>
		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>Outre-Mer</dc:subject>
		<dc:subject>Carai&#776;be</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Avec plus de mille deux cents artistes du monde entier en r&#233;sidence chaque ann&#233;e, la Cit&#233; Internationales des Arts est la plus grande r&#233;sidence d'artistes au monde. En 2021, une premi&#232;re promotion de quatre artistes polyn&#233;siens b&#233;n&#233;ficie ainsi d'une r&#233;sidence de quatre mois en plein c&#339;ur de Paris. B&#233;n&#233;dicte Alliot, directrice g&#233;n&#233;rale de la Cit&#233;,entend ouvrir l'institution qu'elle dirige vers des pratiques qui ne sont pas fonci&#232;rement traditionnelles, mais qui rel&#232;vent d'un dialogue avec les traditions particuli&#232;res aux Outre-Mer lointains.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Entretiens" rel="directory"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Entretien" rel="tag"&gt;entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/atelier" rel="tag"&gt;atelier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Art-contemporain-176" rel="tag"&gt;Art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Outre-Mer" rel="tag"&gt;Outre-Mer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Carai%CC%88be" rel="tag"&gt;Carai&#776;be&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2164-4100e.jpg?1772251572' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec plus de mille deux cents artistes du monde entier en r&#233;sidence chaque ann&#233;e, la Cit&#233; Internationales des Arts est la plus grande r&#233;sidence d'artistes au monde. En 2021, une premi&#232;re promotion de quatre artistes polyn&#233;siens b&#233;n&#233;ficie ainsi d'une r&#233;sidence de quatre mois en plein c&#339;ur de Paris. B&#233;n&#233;dicte Alliot, directrice g&#233;n&#233;rale de la Cit&#233;,entend ouvrir l'institution qu'elle dirige vers des pratiques qui ne sont pas fonci&#232;rement traditionnelles, mais qui rel&#232;vent d'un dialogue avec les traditions particuli&#232;res aux Outre-Mer lointains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est &#224; l'occasion de recherches visant &#224; &#233;tablir une comparaison entre les pratiques artistiques traditionnelles coutumi&#232;res, ou plut&#244;t ce qu'il en reste, diverses traditions &#233;tant r&#233;duites &#224; la production d'objets typiques destin&#233;s au march&#233; touristique, du moins en ce qui concerne la sph&#232;re des arts visuels, et l'art institutionnel occidental, qui impose de passer sous les fourches caudines d'un discours acad&#233;mique hyper r&#233;f&#233;renc&#233;, forc&#233;ment herm&#233;tique aux cr&#233;ateurs autochtones, que je suis arriv&#233; &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts de Paris, lieu d'&#233;changes et de partage s'il en est. Mon id&#233;e &#233;tait de passer par le prisme des ambassadeurs de la culture polyn&#233;sienne, pour identifier avant tout les possibles points de contact comme les possibles conflits avec l'art occidental mondialisant, qu'ils soient politiques ou plus culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des rencontres et des conversations ont vite &#233;largi ce prisme, dans un premier temps &#224; l'ensemble des Outre-Mer, puisqu'il y a bien une sc&#232;ne ultramarine qui se retrouve ponctuellement sur certains lieux de convergence comme la Cit&#233; Internationale des Arts, puis &#224; l'ensemble de la francophonie, ce qui correspond grosso-modo &#224; l'ancien empire colonial fran&#231;ais. En effet, sans prendre en consid&#233;ration les histoires particuli&#232;res de ces &#233;tats souverains qui ont en commun d'avoir connu la colonisation de leurs territoires, il serait difficile de se pencher sur la question de la circulation des pratiques artistiques traditionnelles qui nous int&#233;ressent, qui &#233;taient toutes &#224; la base magico-religieuses, et ont commenc&#233; &#224; changer de nature avec l'arriv&#233;e de l'&#233;vangile. Au Congo comme en Polyn&#233;sie par exemple, le citoyen ordinaire, qu'il soit christianis&#233; ou marxis&#233;, aura le m&#234;me rejet pour la statuaire pr&#233;coloniale, r&#233;put&#233;e mal&#233;fique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sph&#232;re des arts vivants traditionnels, chants et danses, se trouve quant &#224; elle cantonn&#233;e dans des festivals folkloriques localement comme &#224; l'international, &lt;i&gt;Heiva&lt;/i&gt; en Polyn&#233;sie, Carnavals dans les autres &#238;les, CIOF en m&#233;tropole comme &#224; l'international. Les sc&#232;nes institutionnelles occidentales demeurent herm&#233;tiques au ori tahiti comme aux danses carib&#233;ennes et africaines. Les &#233;coles de danses africaines et polyn&#233;siennes, ainsi que les troupes, sont pourtant de plus en plus nombreuses dans le monde occidental comme en Asie. Si les percussions africaines sont aujourd'hui enseign&#233;es dans de nombreuses &#233;coles en France, il n'est encore fait mention dans aucun programme des percussions polyn&#233;siennes. Certaines traditions, les plus lointaines, demeurent parfaitement invisibles. Un spectacle grandiose comme le &lt;i&gt;Heiva i Tahiti&lt;/i&gt;, avec des troupes pouvant compter plus de cent cinquante membres, devrait pourtant attirer les foules sur les plus grandes sc&#232;nes occidentales, si quelqu'un avait la bonne id&#233;e de s'occuper de sa promotion &#224; l'international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est de dresser le constat que l'on n'a pas encore &#233;tabli de dialogue, et encore moins d'&#233;changes, entre les sc&#232;nes contemporaines institutionnelles, c'est-&#224;-dire les lieux du pouvoir officiel, et les repr&#233;sentants de ces cultures traditionnelles extra europ&#233;ennes, comme on avait pu en conna&#238;tre &#224; l'&#233;poque coloniale au sein des expositions internationales et des sc&#232;nes prestigieuses de l'&#233;poque. Jos&#233;phine Baker &#233;tait bien visible, elle n'a pourtant pas fait &#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 mars 2017 &#224; Paris, Edouard Fritch pr&#233;sident de la Polyn&#233;sie fran&#231;aise et Audrey Azoulay ministre de la culture et de la communication, ont sign&#233; conjointement une convention-cadre Pays-Etat relative &#224; la culture. Dans le pr&#233;ambule de ce texte, on peut lire que la culture polyn&#233;sienne est ouverte et s'est enrichie de l'apport, de la confrontation et du m&#233;tissage avec d'autres cultures. Qu'elle constitue un &#233;l&#233;ment d'attractivit&#233; fort, notamment en termes touristiques. Que les richesses culturelles et le dynamisme de la cr&#233;ation artistique locale conduisent &#224; l'&#233;mergence d'une &#233;conomie de la culture qui m&#233;rite d'&#234;tre accompagn&#233;e. Les objectifs de cet accord &#233;taient principalement de favoriser la production et la circulation artistique et de d&#233;velopper l'accessibilit&#233; &#224; la culture par la lecture publique, le spectacle vivant, des &#233;quipements culturels adapt&#233;s. Suite &#224; la signature de cet accord une Mission aux affaires culturelles (MAC) a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 2018 en Polyn&#233;sie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e de cette convention, un concours &#171; R&#233;sidence d'artiste &#8211; Cit&#233; internationale des arts &#187; est mis en place en Polyn&#233;sie fran&#231;aise, fruit d'une collaboration entre le Haut-commissariat, le Gouvernement de la Polyn&#233;sie fran&#231;aise et la Cit&#233; internationale des Arts. En 2021, une premi&#232;re promotion de quatre artistes polyn&#233;siens b&#233;n&#233;ficie ainsi d'une r&#233;sidence de quatre mois en plein c&#339;ur de Paris, ce qui leur permet d'&#233;largir leur r&#233;seau. On tourne vite en rond sur une &#238;le. En 2022 une seconde promotion essentiellement f&#233;minine arrive &#224; Paris, et en 2023 une r&#233;sidence retour sera instaur&#233;e en Polyn&#233;sie, destin&#233;e aux cr&#233;ateurs de m&#233;tropole ou d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme se rode donc, et inaugure un rapprochement entre les cr&#233;ateurs polyn&#233;siens et ceux du reste du monde. Avec plus de mille deux cents artistes du monde entier en r&#233;sidence chaque ann&#233;e, la Cit&#233; Internationales des Arts est la plus grande r&#233;sidence d'artistes au monde. Assez peu connue en m&#233;tropole, il s'agit pourtant d'un des lieux phares de la sc&#232;ne artistique internationale. Il ne s'agit pas d'un &#233;tablissement public mais d'une fondation reconnue d'int&#233;r&#234;t public, ce qui lui permet une plus grande libert&#233; d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un entretien avec B&#233;n&#233;dicte Alliot, directrice g&#233;n&#233;rale de la Cit&#233;, est une bonne introduction &#224; ce dossier. Tr&#232;s investie dans la vie du lieu, elle s'entretient individuellement avec chacun des plus de 1200 laur&#233;ats re&#231;us chaque ann&#233;e. Suivront d'autres entretiens avec des artistes dont les pratiques ne sont pas fonci&#232;rement traditionnelles, mais qui rel&#232;vent d'un dialogue avec les traditions particuli&#232;res aux Outre-Mer lointains.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18677 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;124&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/1_au-sein-de-l_atelier.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/1_au-sein-de-l_atelier-492c2.jpg?1772190719' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Au sein de l'atelier de se&#769;rigraphie, un des trois ateliers partage&#769;s avec l'atelier de gravure et celui de four c&#233;ramique
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pouvez-vous me parler un petit peu de l'histoire du lieu ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cit&#233; Internationale des Arts a bient&#244;t soixante ans. En 2025 on va f&#234;ter ses soixante ans officiels. En fait elle a commenc&#233; &#224; accueillir des artistes en 1963, mais on va f&#234;ter joyeusement ses soixante ans en 2025. Elle a accueilli des artistes de toutes nationalit&#233;s, toutes g&#233;n&#233;rations, toutes disciplines, sans s'arr&#234;ter, puisque pendant la pand&#233;mie on est rest&#233;s ouverts, on a pu garder des artistes qui ne pouvaient pas rester chez eux, et puis on a r&#233;ussi &#224; transformer le projet de la Cit&#233; pour en faire encore plus un lieu d'accueil et d'hospitalit&#233;, ce qu'il a toujours &#233;t&#233;. Puisque le projet de la Cit&#233; Internationale des Arts, port&#233; par deux personnes, un couple, les Brunau, porte en fait un projet utopique, un projet de paix, d'un endroit neutre dans Paris qui puisse r&#233;unir le monde entier, et qui puisse accueillir dans des conditions dignes de travail, mais aussi d'habitation, des artistes du monde entier, y compris d'ailleurs des artistes fran&#231;ais. Moi je suis arriv&#233;e en 2016 &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts et j'ai souhait&#233;, en tout cas dans le nouveau projet d'&#233;tablissement de la Cit&#233;, aussi pouvoir accueillir de mani&#232;re plus prioritaire des artistes qu'on voyait tr&#232;s peu passer par la Cit&#233;. Donc il y a des artistes de toutes les Outre-Mer notamment, et puis des artistes de zones du monde qui &#233;taient tr&#232;s peu repr&#233;sent&#233;es, comme des artistes du continent africain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Int&#233;ressant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ha c'est un projet passionnant. C'est une fondation reconnue d'utilit&#233; publique, puisque c'est port&#233; par cette initiative de deux personnes, mais qui a b&#233;n&#233;fici&#233;, donc au c&#339;ur de Paris, d'un terrain qui a &#233;t&#233; accord&#233; par la ville de Paris, et on est sur deux sites. Donc on est dans le Marais, o&#249; on est aujourd'hui. Dans le Marais on accueille 290 artistes en m&#234;me temps, et on accueille une trentaine d'artistes sur la butte Montmartre, une trentaine d'artistes qui sont log&#233;s et qui ont des ateliers de travail dans un jardin. C'est vraiment deux sites qui sont compl&#233;mentaires, et cela pour Montmartre depuis 1971. Donc &#231;a fait cinquante et un ans que l&#224; aussi on d&#233;veloppe des r&#233;sidences d'artistes. Donc on est sur deux sites et avec toute l'&#233;quipe on se mobilise pour non seulement accueillir et accompagner les artistes dans leurs projets, parce qu'ils viennent tous pour des dur&#233;es temporaires, c'est de trois mois &#224; un an, et donc les &#233;quipes accompagnent les artistes sur les projets pour lesquels ils viennent &#224; Paris, et en m&#234;me temps on a d&#233;velopp&#233; tout un volet de programmation tr&#232;s important pour valoriser le travail de ces artistes pendant leurs r&#233;sidences. Donc des artistes du monde entier. On a de la performance, on a du dessin, on a une b&#233;d&#233;iste, et tous les mercredis comme aujourd'hui, tous les mercredis soirs de dix-huit heures &#224; vingt et une heure, on a des portes ouvertes. Puisque les artistes ouvrent leurs portes &#224; tous les publics, les professionnels mais aussi l'homme de la rue. On tient beaucoup &#224; valoriser le travail des artistes. On se fait accompagner aussi par des partenaires. Tous les mercredis les artistes ouvrent leurs portes au public, mais aussi ils vont se produire en danse, en th&#233;&#226;tre ou en performance, puisqu'on a un auditorium, mais on travaille &#233;galement avec &#233;norm&#233;ment de partenaires. Des partenaires qui vont nous aider &#224; accompagner financi&#232;rement les artistes qu'on accueille ici, je rappelle que c'est 325 artistes qu'on accueille en m&#234;me temps sur ce site, entre mille et mille deux cents par an, c'est colossal, c'est le plus grand centre de r&#233;sidences d'artistes au monde, et on peut le dire puisqu'on en est fier, c'est une ville dans la ville. Le travail qu'on fait aussi avec les artistes c'est de leur ouvrir les portes des r&#233;seaux professionnels internationaux, parisiens mais au-del&#224; europ&#233;ens. Donc &#231;a c'est tr&#232;s important dans le parcours d'un artiste tout au long de sa vie. Et c'est pour &#231;a aussi qu'on accueille des artistes qui sont non seulement des artistes &#233;mergents, qui sortent des &#233;coles etc&#8230; Mais on accueille aussi des artistes qui ont d&#233;j&#224; une forte exp&#233;rience, dans un parcours d&#233;j&#224; bien confirm&#233;, mais qui ont besoin par exemple de revenir travailler, faire une recherche, et donc ils reviennent ou ils viennent &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donc ils peuvent revenir ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le projet le justifie ils peuvent revenir. Ils peuvent revenir et il y a m&#234;me certains artistes qu'on encourage &#224; pouvoir venir sur des dur&#233;es on va dire de trois mois, puisque le visa Schengen permet &#231;a par exemple, mais le projet n'est pas encore compl&#232;tement termin&#233;, et on va avec des dispositifs, avec nos cent cinquante partenaires, on va s'arranger pour qu'ils puissent revenir par exemple un an plus tard. Et poursuivre leur projet. Et encore d&#233;velopper et consolider leur r&#233;seau. &#199;a c'est tr&#232;s important. C'est &#231;a aussi un lieu d'hospitalit&#233;. Ce n'est pas seulement une fois que vous venez, mais c'est plusieurs fois. Et l'hospitalit&#233;, on l'interroge nous &#224; chaque fois. C'est-&#224;-dire qu'on est aussi un lieu, il faut le savoir, ou on accueille des artistes en exil, ou des artistes r&#233;fugi&#233;s, ou des artistes qui ne peuvent pas travailler librement dans leur pays. Soit ils viennent de mani&#232;re temporaire, soit ils vont venir &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts et ensuite ils vont s'ins&#233;rer dans le tissus de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et prendre leur chemin. Mais c'est une dimension aussi tr&#232;s importante de notre action. Et on est soutenu, je tiens &#224; le dire, on a cent cinquante partenaires du monde entier mais aussi des fran&#231;ais, et on est aussi soutenu par la puissance publique, qu'il s'agisse de la ville de Paris ou du minist&#232;re de la culture, du minist&#232;re des Outre-Mer, pour d&#233;velopper des actions particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'accord. L&#224; on est devant une fresque, que pouvez-vous m'en dire, de cette fresque ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la fresque d'Abuz. Abuz il est venu en 2021, a fait partie de la premi&#232;re promotion d'artistes de la Polyn&#233;sie fran&#231;aise de toute l'histoire de la Cit&#233; Internationale des Arts. On a travaill&#233; main dans la main pendant deux ans avec le gouvernement polyn&#233;sien et aussi avec le minist&#232;re de la culture ici en France, et on a mont&#233; un programme absolument remarquable ou quatre artistes polyn&#233;siens qui sont choisis, il y a un jury qui se r&#233;unit, on choisit sur dossier, b&#233;n&#233;ficient de quatre mois de r&#233;sidence &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts. Et c'est toutes les disciplines qui sont concern&#233;es. Donc l'ann&#233;e derni&#232;re nous avions surtout des plasticiens et plasticiennes. Cette ann&#233;e on est dans l'&#233;criture, on est aussi dans les arts plastiques, on a quatre femmes cette ann&#233;e, qui termineront toutes leurs r&#233;sidences &#224; la fin novembre. Vous savez, c'est tr&#232;s tr&#232;s loin, on est g&#233;ographiquement tr&#232;s loin en Polyn&#233;sie, on a d'autres artistes qui viennent aussi de tr&#232;s loin, mais ce qu'il faut savoir c'est que ce sont des sc&#232;nes du coup qui sont aussi m&#233;connues en France. Ce sont des pratiques, des approches, des pens&#233;es, qui sont quand m&#234;me m&#233;connues, et donc notre r&#244;le il est aussi de passer et de faire conna&#238;tre ces mani&#232;res de penser, ces mani&#232;res de travailler sur certains supports. Donc c'est une joie pour ces artistes de pouvoir non seulement venir &#224; Paris consacrer cent pour cent de leur temps au travail et &#224; rencontrer des autres artistes, puisque c'est &#231;a la force de la Cit&#233; Internationales des Arts, c'est d'avoir plus de trois cents artistes en m&#234;me temps qui peuvent se rencontrer. Donc on stimule beaucoup ces rencontres-l&#224;. C'est donc b&#233;n&#233;fique pour eux mais c'est extraordinaire pour nous, c'est extraordinaire pour l'hexagone. Tout d'un coup on voit le travail d'artistes polyn&#233;siennes en train de se d&#233;plier, en train de se faire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18678 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;147&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/3_be_ne_dicte-alliot.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/3_be_ne_dicte-alliot-1bb11.jpg?1772190719' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Be&#769;ne&#769;dicte Alliot visite Leia Chang Soi, be&#769;de&#769;iste polyne&#769;sienne qui profite de sa re&#769;sidence pour s'initier a&#768; la technique de la se&#769;rigraphie
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Est-ce que vous avez eu l'occasion de les rencontrer ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui bien s&#251;r, je les ai rencontr&#233;es, je les ai m&#234;me revues, et puis mon &#233;quipe n'en parlons pas&#8230; Mais moi effectivement je les ai rencontr&#233;es personnellement individuellement, j'ai rencontr&#233; Leia qui a sa porte ouverte ce soir, mais j'ai rencontr&#233; &#233;videment toutes les autres, il y en a une qui partait &#224; Brooklyn &#224; un tr&#232;s grand festival du livre, elle a une traduction en anglais, donc l&#224; moi je me propose de l'accompagner sur des mises en contact plut&#244;t j'allais dire plus hexagonales puisque je connais un peu le terrain l&#224;-dessus, et aussi parce que les &#233;critures, quelles que soient leurs formes, sont aussi des pratiques tr&#232;s importantes dans la vie de la Cit&#233;. Quand je suis arriv&#233;e en 2016 j'ai souhait&#233; remettre les &#233;critures en avant parce que les &#233;critures elles sont pr&#233;c&#233;d&#233;es, ou elles se sont succ&#233;d&#233; par la parole, et il faut que les gens puissent &#233;changer, il faut que les gens puissent &#234;tre en conversation. Etre en r&#233;sidence d'artiste, quand on est au sein d'une communaut&#233; de trois cent vingt-cinq artistes, c'est v&#233;ritablement entrer en conversation avec le monde, entrer en conversation avec des modes de pens&#233;es qui sont n&#233;cessaires pour les gens que nous sommes nous. Qui sont n&#233;cessaires pour les artistes mais surtout pour les autres. C'est cette compr&#233;hension du monde, ces questionnements que proposent les artistes qui nous int&#233;ressent. Et la promotion des artistes polyn&#233;siennes cette ann&#233;e, on est tr&#232;s heureuses de les avoir parce que ce sont des conversations extr&#234;mement enrichissantes aussi pour le territoire ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et comment voyez-vous l'avenir de ce partenariat ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoutez on a sign&#233; une convention triennale, donc d&#233;j&#224; c'est tout &#224; fait remarquable, cette confiance avant m&#234;me d'avoir exp&#233;riment&#233; la premi&#232;re r&#233;sidence l'ann&#233;e derni&#232;re, c'est assez remarquable d'avoir &#233;tabli cette confiance dans le travail de pr&#233;paration. On est tr&#232;s reconnaissants &#224; nos partenaires, on est accompagn&#233; aussi par d'autres partenaires, Tahiti Nui etc&#8230; Trois ans &#231;a permet de construire et d'am&#233;liorer un programme de r&#233;sidence. Au fil du temps on voit. Donc c'est ce qu'on a fait. D&#233;j&#224; la deuxi&#232;me promotion qu'on accueille cette ann&#233;e, on a commenc&#233; &#224; faire des am&#233;liorations &#224; certains endroits dans la mani&#232;re de les accompagner, et on va revoir le ministre dans les prochains jours, on en parlera, m&#234;me si on a encore une ann&#233;e, l'ann&#233;e 2023, on souhaite d&#233;j&#224; travailler &#224; la suite. En fait id&#233;alement on voudrait que le programme soit en quelque sorte p&#233;renne, enfin c'est un id&#233;al, mais en tout cas qu'il dure le plus longtemps possible. Vous savez, je vais vous dire une derni&#232;re chose : c'est tellement important pour nous, ce programme, et je vous dis, on en a cent cinquante. Donc il y a ce programme, et puis il y en a cent quarante-neuf autres. Tous les programmes sont importants, mais il est tellement important, et c'est simplement la deuxi&#232;me ann&#233;e, que gr&#226;ce au soutien du minist&#232;re des Outre-Mer, nous avons souhait&#233; d&#233;velopp&#233; tout de suite, et donc d&#232;s 2023 &#231;a va exister, des r&#233;sidences retour qui vont permettre &#224; des artistes d'ailleurs, de l'hexagone et peut-&#234;tre d'ailleurs, de pouvoir se rendre en Polyn&#233;sie en r&#233;sidence. Et &#231;a, nous c'&#233;tait l'objectif. Et en fait il y a une telle relation de confiance, c'est un tel bonheur v&#233;ritablement de pouvoir travailler ensemble, de pouvoir accueillir ces artistes, qu'on a d&#233;cid&#233; qu'on allait le faire tout de suite. Et donc il y a deux artistes, je ne peux pas vous dire les noms parce qu'on est en phase de confirmation, mais quelqu'un qui travaille plut&#244;t en photographie et en spectacle vivant, et quelqu'un qui travaille sur des formes artisanales de textiles mais aussi les arts plastiques, qui ont &#233;t&#233; pressentis pour partir entre six semaines et trois mois en Polyn&#233;sie. Enfin c'est une aventure. Et &#231;a c'est une sacr&#233;e r&#233;ussite. Voil&#224;, donc c'est cette r&#233;ciprocit&#233;, cette mobilit&#233; et ce flux qui est aussi important qu'on puisse instaurer. On n'est pas le centre du monde. Je pense que vous l'avez compris. L'id&#233;e c'est vraiment de pouvoir faire en sorte que les artistes se rencontrent ici, mais on d&#233;veloppe &#233;norm&#233;ment de partenariats ou on envoie des artistes ailleurs, et l&#224; le fait d'aller vraiment en Polyn&#233;sie, pour ces artistes-l&#224;, je peux vous dire ils sont rest&#233;s sans voix croyez-moi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18679 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;82&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/4_portes-ouvertes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/4_portes-ouvertes-89e94.jpg?1772190719' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Portes ouvertes de l'atelier de se&#769;rigraphie de la Cite&#769; Internationale des Arts
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'aurais une derni&#232;re question, les artistes sont re&#231;us sur dossier, est-ce qu'il y a un travail &#224; rendre &#224; la fin de la r&#233;sidence, o&#249; une &#233;valuation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ils sont s&#233;lectionn&#233;s sur dossier donc ils ont g&#233;n&#233;ralement un portfolio qu'on limite, parce que&#8230; Avec une description de projet, un CV, parcours de vie et tout &#231;a, mais il n'y a pas d'obligation de restitution &#224; la fin de la r&#233;sidence. En revanche on les incite &#233;norm&#233;ment, et Leia est un exemple ce soir, elle fait un open studio, et je sais que les trois autres vont en faire, mais &#224; priori dans un mois, &#224; peu pr&#232;s un mois. Mais l&#224; ce qui est formidable c'est que on les incite, parce que la porte ouverte, il y a d'autres mani&#232;res de faire des r&#233;sidences, c'est aussi une mani&#232;re de se confronter au travail que l'on fait soi-m&#234;me. Puisque elle va ouvrir son atelier, elle va montrer son travail, elle va interagir avec le public. C'est aussi tr&#232;s important pour un artiste de parler de son travail, de savoir en parler. Donc on est tr&#232;s heureux qu'elle ait fait ce choix et qu'elle le montre. Et puis on est tr&#232;s heureux parce que c'est une tr&#232;s grande artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;H&#233; bien merci.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; vous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Be&#769;ne&#769;dicte Alliot devant la fresque re&#769;alise&#769;e sur le mur des ateliers partage&#769;s de la Cite&#769; Internationale des Arts par un artiste de la premie&#768;re promotion polyne&#769;sienne en 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien r&#233;alis&#233; &#224; la C.I.A. le mercredi 19 octobre 2022&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dossier les Outre-Mer &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts &#8212; II/IV</title>
		<link>https://tk-21.com/Dossier-les-Outre-Mer-a-la-Cite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tk-21.com/Dossier-les-Outre-Mer-a-la-Cite</guid>
		<dc:date>2022-10-29T12:20:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jonathan Bougard et Leia Chang Soi</dc:creator>


		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>atelier</dc:subject>
		<dc:subject>entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Outre-Mer</dc:subject>
		<dc:subject>Polyn&#233;sie</dc:subject>
		<dc:subject>Carai&#776;be</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Leia est actuellement en r&#233;sidence &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts de Paris pour quatre mois. Pass&#233;e par quatre ann&#233;es d'&#233;tudes &#224; l'&#233;cole Pivaut, elle ambitionne de r&#233;aliser une bande dessin&#233;e polyn&#233;sienne, la premi&#232;re r&#233;alis&#233;e par une artiste autochtone.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://tk-21.com/Entretiens" rel="directory"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://tk-21.com/Art-contemporain-176" rel="tag"&gt;Art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/atelier" rel="tag"&gt;atelier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Entretien" rel="tag"&gt;entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Outre-Mer" rel="tag"&gt;Outre-Mer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Polynesie" rel="tag"&gt;Polyn&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Carai%CC%88be" rel="tag"&gt;Carai&#776;be&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2165-06c58.jpg?1772247880' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Leia est actuellement en r&#233;sidence &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts de Paris pour quatre mois. Pass&#233;e par quatre ann&#233;es d'&#233;tudes &#224; l'&#233;cole Pivaut, elle ambitionne de r&#233;aliser une bande dessin&#233;e polyn&#233;sienne, la premi&#232;re r&#233;alis&#233;e par une artiste autochtone.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;On pratique encore beaucoup en Polyn&#233;sie un art que Jean Guiart qualifiait d'&lt;/i&gt;art de femme du colonel. &lt;i&gt;C'est classique dans les anciennes colonies tropicales, les femmes de militaires peignent pour passer le temps. La culture polyn&#233;sienne c'est d'abord la danse, l'art oratoire, le tatouage et la sculpture en taille directe du bois, de la pierre et du corail. Ce sont les fondamentaux. Le dessin et la peinture sont les arts du colon, arriv&#233;s avec l'&#233;quipage de Cook et puis Gauguin. Gauguin a &#233;t&#233; un des premiers occidentaux, avant la mode de l'art n&#232;gre, &#224; s'inspirer des arts indig&#232;nes. Lors de l'exposition universelle de 1889 il ach&#232;te deux statuettes gabonaises. Ses sculptures polyn&#233;siennes sont probablement plus importantes que ses toiles, parce qu'elles inaugurent un dialogue avec les arts traditionnels indig&#232;nes. S'il n'avait fait que peindre, Gauguin serait tomb&#233; aux oubliettes depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les artistes dont on se souvient en Polyn&#233;sie sont tous des &#233;trangers : Gauguin, Ravello, Bobby Holcomb, Jean-Charles Bouloc. Le plus embl&#233;matique actuellement, Andreas Dettloff, est un allemand de Dusseldorf. Ce qui n'enl&#232;ve rien &#224; l'importance de sa contribution &#224; l'histoire des arts oc&#233;aniens. Simplement tous ces gens pratiquaient et pratiquent encore un art venu d'Europe. Les artistes indig&#232;nes, sculpteurs, chor&#233;graphes o&#249; po&#232;tes, commencent &#224; peine &#224; &#234;tre reconnus. Les plus traditionnels sont aussi les plus revendicatifs, les plus identitaires, et les plus d&#233;rangeants politiquement. Ils s'appellent Te Arapo, Madeleine Moua, Henri Hiro, Coco Hotahota, John Mairai, Sem Manutahi o&#249; Vaiere Mara, le premier sculpteur polyn&#233;sien &#224; s'&#234;tre d&#233;gag&#233; de la statuaire traditionnelle tr&#232;s codifi&#233;e pour laisser libre court &#224; son imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un porteur de patrimoine comme Chief Miko, tout &#224; la fois sculpteur, orateur, navigateur, ma&#238;tre de c&#233;r&#233;monie, chanteur et musicien, ne demandera jamais la carte d'artiste professionnel mise en place par le gouvernement de la Polyn&#233;sie fran&#231;aise. Il a d'autres r&#233;seaux. Ce faisant, c'est une grande partie de la culture polyn&#233;sienne qui demeure invisible depuis la m&#233;tropole, et m&#234;me en Polyn&#233;sie il faut bien chercher pour y avoir acc&#232;s. Ces gens vivent cach&#233;s au fond des vall&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune tradition n'est fig&#233;e. Il y a des pratiques plus rigoureuses que d'autres. La bande dessin&#233;e par exemple demande de ma&#238;triser un grand nombre de codes. Pass&#233;e par quatre ann&#233;es d'&#233;tudes &#224; l'&#233;cole Pivaut, Leia Chang Soi ambitionne de r&#233;aliser une bande dessin&#233;e polyn&#233;sienne. Ce serait la premi&#232;re bande dessin&#233;e polyn&#233;sienne r&#233;alis&#233;e par une artiste autochtone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leia est actuellement en r&#233;sidence &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts de Paris pour quatre mois. Je suis all&#233; lui rendre visite pour en savoir plus. Et je puis le dire : Leia Chang Soi n'est pas une femme du colonel de plus.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18680 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;140&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/5_leia-alliot.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/5_leia-alliot-949dc.jpg?1772191287' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Leia Chang Soi rec&#807;oit la visite de Be&#769;ne&#769;dicte Alliot, Directrice de la Cite&#769; Internationale des Arts, tre&#768;s investie dans la vie du lieu
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peux-tu te pr&#233;senter rapidement ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis illustratrice et r&#233;alisatrice de courts-m&#233;trages anim&#233;s. Actuellement on est en r&#233;sidence &#224; la cit&#233; internationale des arts de Paris. Nous sommes quatre laur&#233;ates polyn&#233;siennes &#224; avoir r&#233;ussi le concours. Du coup on est en r&#233;sidence pour quatre mois. &#199;a fait d&#233;j&#224; deux mois que nous sommes l&#224;. &#199;a passe tr&#232;s vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du coup comment se passe ce s&#233;jour ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est super, on a plein de choses &#224; faire et du coup on n'a pas le temps de s'ennuyer, on rencontre plein de monde et &#231;a nourrit notre cr&#233;ativit&#233; d'&#234;tre entour&#233;s d'autant d'artistes du monde entier. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Et c'est en plein c&#339;ur de Paris&#8230;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui dans le quatri&#232;me, et on a des avantages au niveau des mus&#233;es, on peut les visiter gratuitement ou &#224; tarif r&#233;duit, &#231;a d&#233;pend des endroits, du coup on a vraiment l'opportunit&#233; de voir beaucoup d'expositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alors qu'&#224; tu visit&#233; pour le moment ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mus&#233;e d'Orsay, le quai Branly, Carnavalet, la cit&#233; de l'architecture et du patrimoine, le mus&#233;e Cernuschi, le mus&#233;e Picasso c'est le premier que j'ai visit&#233;, le palais Galliera aussi avec l'exposition Frida Kahlo. Vraiment beaucoup de choses quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et il y a beaucoup d'artistes en r&#233;sidence ici ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux alentours de trois cents artistes qui viennent de partout dans le monde. Du coup c'est riche, ils am&#232;nent tous une part de leur culture, de leurs valeurs, de leurs id&#233;ologies, on en discute et m&#234;me si nos probl&#233;matiques ne sont pas forc&#233;ment&#8230; Enfin les probl&#233;matiques sont les m&#234;mes, mais de nos cultures propres. J'ai rencontr&#233; des africains, des latinos, et on est tous pareils d'une certaine mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et comment vous communiquez ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral on parle anglais. Apr&#232;s s'ils parlent fran&#231;ais c'est top. Il y en a certains qui font l'effort de parler fran&#231;ais parce que leur objectif c'est d'apprendre le fran&#231;ais. On essaye de parler dans les langues qu'on conna&#238;t tout simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous avez chacun votre studio. Il n'y a pas d'atelier partag&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seuls ateliers communs se sont les ateliers de s&#233;rigraphie, de gravure et puis de four c&#233;ramique. Tout le reste est individuel. En fait ces ateliers collectifs, il me semble qu'ils ont &#233;t&#233; mis en place l'ann&#233;e derni&#232;re, avant il n'y avait que l'atelier de gravure, une session dans l'ann&#233;e, et l&#224; cette ann&#233;e on a deux sessions. Une en gravure et une en s&#233;rigraphie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18681 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/7_expe_rience-en-se_rigraphie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/7_expe_rience-en-se_rigraphie-a4a48.jpg?1667048952' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Leia Chang Soi &#8212; Expe&#769;rience en se&#769;rigraphie
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L&#224; tu travailles sur quoi en ce moment ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur une exposition collective avec les laur&#233;ates de Polyn&#233;sie. Notre th&#232;me c'est la femme polyn&#233;sienne. Nous sommes quatre laur&#233;ates, il y a Titaua Peu, Tevaite et Patti Bonnet. Du coup quatre femmes, et le th&#232;me s'est impos&#233; assez rapidement. On a voulu partager comment chacune d'entre nous voyait la femme de Polyn&#233;sie, parce que finalement &#224; part Titaua Peu qui est tahitienne, marquisienne, en fait elle est quand m&#234;me demi, on est toutes demi en fait&#8230; Et je pense que &#231;a apporte un point de vue en fait qui repr&#233;sente la Polyn&#233;sie, parce que finalement c'est un m&#233;lange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#199;a me fait penser au dessin tress&#233; comme on tresse le bambou que tu m'as montr&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette technique-l&#224; m'a beaucoup int&#233;ress&#233; c'est parce que &#231;a m&#234;le deux papiers diff&#233;rents, comme je suis m&#233;tisse, du coup l&#224; je suis en train de faire beaucoup de tests pour l'exposition collective, je suis s&#251;re que je vais pouvoir proposer quelque chose qui me convient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il y a tout un mythe de la vahin&#233;, qu'est-ce qu'elle repr&#233;sente la femme polyn&#233;sienne aujourd'hui pour toi ? D'un c&#244;t&#233; on parle beaucoup de d&#233;construire le mythe, c'est tr&#232;s en vogue, toi tu te situes o&#249; par rapport &#224; &#231;a ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je trouve que la femme polyn&#233;sienne elle est vraiment belle parce qu'elle est forte. Elle a du caract&#232;re, et elle est capable de faire des choses. Et je pense que les femmes de Polyn&#233;sie sont capables de faire beaucoup de choses. C'est &#231;a que j'ai envie de montrer dans mes dessins. Qu'elles peuvent &#234;tre belles mais qu'elles peuvent aussi porter leur peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et toi d'o&#249; tu viens ? O&#249; as-tu grandis je veux dire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e &#224; Tahiti, j'ai v&#233;cu toute mon enfance &#224; Moorea, ma maman est chinoise et mon papa tahitien du coup j'ai beaucoup navigu&#233; entre les deux et c'&#233;tait un petit peu compliqu&#233; parce que le m&#233;tissage c'est bien, on a l'impression que notre culture est plus importante parce qu'il y a deux cultures, mais on se rend compte aussi que l'on est de nulle part, parce que quand tu est chez les tahitiens ils te traitent de chinois, ils te disent que tu n'es pas &#224; ta place, et quand tu es chez les chinois ils te disent que tu es tahitien&#8230; Du coup c'est un peu compliqu&#233; et &#224; la fois c'est riche. Je pense qu'il faut juste accepter le fait qu'on est dans aucune cat&#233;gorie et puis qu'on peut en cr&#233;er une. J'ai pris du temps pour comprendre &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/8_sire_nes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH284/8_sire_nes-8d346.jpg?1667048952' width='500' height='284' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Leia Chang Soi &#8212; Ou&#768; sont passe&#769;es les sire&#768;nes
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les demis sont un peu mis &#224; l'&#233;cart par les polyn&#233;siens parfois&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s je ne pense pas que &#231;a soit quelque chose de m&#233;chant. C'est juste qu'on est diff&#233;rents. Il faut juste accepter d'&#234;tre diff&#233;rent, pour s'approprier les cultures qu'on a. Et pas juste se chercher. Moi je me suis cherch&#233;e longtemps. Et je continue mais j'ai l'impression de me trouver un petit peu plus au fil du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et sinon c'&#233;tait o&#249; &#224; Moorea ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai v&#233;cu &#224; Haapiti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est un bel endroit&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui c'est un bel endroit et en plus on est tranquille, et les gens sont assez sympas. On n'a jamais vraiment eu de probl&#232;mes avec les gens. En fait j'ai eu une bonne enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;OK. Donc tu travailles sur une bande dessin&#233;e depuis un certain temps&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis venue en r&#233;sidence pour un projet de bande dessin&#233;e mais r&#233;aliser une bande dessin&#233;e c'est un r&#234;ve d'enfant en fait, m&#234;me quand j'ai postul&#233; pour l'&#233;cole Pivaut dans laquelle j'ai &#233;tudi&#233; pendant quatre ans, l'objectif premier c'&#233;tait de faire une bande dessin&#233;e parce qu'en fait je trouvais que la bande dessin&#233;e c'&#233;tait un bon outil pour promouvoir ma culture. J'ai finis par sortir de l'&#233;cole Pivaut avec une option animation 2D mais c'&#233;tait riche parce que quand tu fais de l'animation 2D tu es capable de cr&#233;er des personnages, de r&#233;aliser des d&#233;cors, de faire de la composition d'images, de faire bouger des personnages, des objets, et je pense qu'avec les outils que j'ai, de faire de la bande dessin&#233;e &#231;a ne serait pas trop compliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;76&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/9_composition-du-strip.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH265/9_composition-du-strip-79719.jpg?1667048952' width='500' height='265' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Leia Chang Soi &#8212; Composition du strip Ou&#768; sont passe&#769;es les sire&#768;nes
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La bande dessin&#233;e on y a quand m&#234;me assez peu acc&#232;s en Polyn&#233;sie, on en trouve peu, donc quelles sont tes r&#233;f&#233;rences, tu as lu de la bande dessin&#233;e ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Il y a certains auteurs que j'aime beaucoup comme Florent Maudoux qui a r&#233;alis&#233; les Freaks' Squeele, il y a aussi les comics Saga, c'est am&#233;ricain et je trouve que la coloriste est g&#233;niale, et m&#234;me le dessinateur parce que son trait est vraiment dynamique, et puis apr&#232;s il y a beaucoup de mangas que je lis aussi, du coup. Si je parviens &#224; faire un m&#233;lange de tout ce que j'ai lu jusqu'&#224; pr&#233;sent et &#224; y mettre ma touche personnelle, &#231;a serait bien. Ce que j'ai beaucoup lu dans ma jeunesse c'&#233;tait des comics et des revues Mickey, le journal de Mickey et puis beaucoup de mangas. Beaucoup de mangas. Apr&#232;s j'ai commenc&#233; &#224; lire beaucoup de BD fran&#231;aises quand je suis venue en France. Je me suis rendue compte qu'en France il y avait plein de styles. Les BD que j'ai lues ici racontaient des histoires &#224; long terme, alors que les Boule et Bill c'&#233;tait des blagues par pages. En fait je ne suis pas faite pour faire des BD humoristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est vrai qu'ici et un peu partout il y a toute une &#233;cole du roman graphique qui s'est d&#233;velopp&#233;e et que &#231;a en Polyn&#233;sie on ne l'a pas encore vu.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai lu des bandes dessin&#233;es qui parlaient de la Polyn&#233;sie mais elles n'ont pas &#233;t&#233; &#233;crites par les locaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18684 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/10_expe_rience-en-se_rigraphie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH504/10_expe_rience-en-se_rigraphie-83435.jpg?1667048952' width='500' height='504' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Leia Chang Soi &#8212; Expe&#769;rience en se&#769;rigraphie
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Effectivement il n'y a rien qui a &#233;t&#233; fait localement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait il y a des associations qui ont fait des BD pour prot&#233;ger l'environnement, mais moi j'aime bien tout ce qui est fantastique, j'aime bien lire parce que &#231;a m'apprend beaucoup de choses mais ce qui m'int&#233;resse le plus ce sont des histoires avec des super h&#233;ros, avec de l'action, avec de la po&#233;sie peut-&#234;tre aussi, c'est ce genre de choses que j'ai envie de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai vu ton cahier de croquis et effectivement, il y a beaucoup de textes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que je suis l&#224; aussi pour beaucoup &#233;crire. La premi&#232;re p&#233;riode de mon s&#233;jour en r&#233;sidence je l'ai pass&#233;e &#224; beaucoup &#233;crire, &#224; visiter des mus&#233;es, visiter la ville, mais aussi beaucoup &#224; &#233;crire parce que c'&#233;tait mon objectif premier jusqu'&#224; ce qu'on ait le projet de l'exposition collective avec les filles. Maintenant si je veux pouvoir montrer quelque chose il faut que je produise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donc qu'attends-tu des deux mois qui viennent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a projet&#233; de faire cette expo collective, je vais aussi faire mon open studio, du coup ouvrir mon atelier un mercredi de 18 heures &#224; 21 heures pour montrer tous les projets que j'ai pu mettre en place durant la r&#233;sidence. J'aurais aussi aim&#233; boucler mon dossier &#233;ditorial pour la bande dessin&#233;e parce que je suis venue pour &#231;a et j'ai envie d'avoir quelque chose de fini. Enfin fini, apr&#232;s la BD il va falloir la finaliser, composer les images, l'encrer, la mettre en couleurs, mais j'ai envie d'avoir quelque chose de fini pour pouvoir montrer mon projet &#224; des maisons d'&#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;OK. Sinon il y a quelques ann&#233;es a &#233;t&#233; mis en place en Polyn&#233;sie un statut d'artiste avec une carte d'artiste professionnel. Est-ce qu'il faut avoir cette carte pour acc&#233;der &#224; ce genre de r&#233;sidence ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la condition pour pr&#233;tendre &#224; une r&#233;sidence. Du coup il fallait la carte professionnelle. Il fallait une copie de la carte pour &#234;tre &#233;ligible &#224; ce concours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et du coup les artistes professionnels en Polyn&#233;sie, tu les connais ? Que se passe-t-il en ce moment ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la covid je ne suis pas beaucoup sortie, et comme je n'ai pas internet illimit&#233; &#224; la maison je ne me suis pas trop renseign&#233;e&#8230; Par contre j'ai eu la chance de rencontrer des artistes au moment o&#249; j'ai postul&#233; pour ce concours, il y a eu des entretiens, j'ai rencontr&#233; des artistes de chez nous, on a parl&#233; de ce qu'on faisait, et je trouve qu'ils ne se d&#233;brouillent pas mal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;71&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/11_sire_nes-de_tail.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/11_sire_nes-de_tail-3594e.jpg?1667048952' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Leia Chang Soi &#8212; Ou&#768; sont passe&#769;es les sire&#768;nes &#8212; de&#769;tail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et tu penses &#224; qui ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense &#224; Lovaina qui faisait des parfums, je la connaissais de nom parce qu'on a particip&#233; &#224; une exposition collective sur Mona Lisa, j'avais trouv&#233; que tout ce qu'elle proposait c'&#233;tait cool et du coup on a pu se parler, elle est super sympa et elle a des id&#233;es aussi au niveau de ce qu'elle veut faire plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai vu aussi quelques petites pi&#232;ces en argile, tu t'es essay&#233;e un peu au modelage&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, de la terre cuite. Pouvoir faire du volume, sculpter, c'est quelque chose qui m'int&#233;resse beaucoup. Alors j'essaye&#8230; Si j'ai l'occasion de travailler le volume avec mes dessins je le ferais un jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il y a quelques ann&#233;es tu as fait un film d'animation qui a eu un certain &#233;cho.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai r&#233;alis&#233; un court-m&#233;trage anim&#233; pour la fin de mes &#233;tudes, du coup je suis sortie avec les f&#233;licitations du jury, avec ce court-m&#233;trage qui est une r&#233;interpr&#233;tation de la l&#233;gende du cocotier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et tu as d'autres id&#233;es ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d'autres projets mais je ne peux pas tous les r&#233;aliser maintenant, je les laisse murir et si un jour je n'ai plus d'id&#233;es je retournerai dessus, peut-&#234;tre que j'attends de murir aussi un peu pour pouvoir monter des projets beaucoup plus ambitieux que ce que je fais actuellement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Leia Chang Soi &#8212; Crayonne&#769;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien r&#233;alis&#233; &#224; la Cit&#233; Internationale des Arts de Paris le mercredi 12 octobre 2022.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Oviri Bougard : Un trou noir &#224; Tahiti</title>
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		<dc:date>2020-01-03T15:22:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabrice Petitjean et Jonathan Bougard</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>dessin</dc:subject>
		<dc:subject>Oc&#233;anie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Jonathan Bougard n'est pas sur Tahiti par hasard. Jonathan Bougard n'est pas sur Tahiti par choix.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Oceanie" rel="tag"&gt;Oc&#233;anie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH109/arton1599-b9b41.jpg?1772233332' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jonathan Bougard n'est pas sur Tahiti par hasard. Jonathan Bougard n'est pas sur Tahiti par choix.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jonathan Bougard n'est pas parti l&#224;-bas pour &#171; poss&#233;der le caract&#232;re oc&#233;anien &#187;, comme disait Gauguin. Jonathan Bougard n'est pas parti l&#224;-bas non plus pour &#234;tre poss&#233;d&#233; par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'avait rien lu sur Tahiti, n'en avait pas r&#234;v&#233;, n'en connaissait que les fables que tout le monde conna&#238;t. Il n'avait pas projet&#233; ce voyage. C'est ce voyage qui l'a projet&#233; dans une autre direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une carte postale est arriv&#233;e, qui l'appelait, de l'autre bout de la Terre. Tahiti n'&#233;tait pour lui ni une terre de fantasme, ni une terre d'&#233;lection. Tahiti l'a pourtant choisi, au moins autant que le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14029 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH694/1_bougard-c3fdf.jpg?1772190022' width='500' height='694' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le &#171; polyn&#233;sien &#187; Jonathan Bougard fait corps avec son pays d'adoption. Ceux qui connaissaient son travail avant son d&#233;part sentent confus&#233;ment ce que cet univers lui a apport&#233;. A bien des &#233;gards, son style est rest&#233; le m&#234;me &#8211; toujours reconnaissable. Pourtant, il semble s'&#234;tre enrichi d'une complexit&#233; qui lui appartenait d&#233;j&#224; en propre &#8211; bien qu'inexprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut s'inscrire en faux contre une vision bien-pensante &#171; humaniste &#187; de l'art de Bougard, qui ne ferait qu'illustrer la &#171; marchandisation &#187; du corps f&#233;minin, la maltraitance, la mis&#232;re &#233;conomique, ou la cruaut&#233; de la prostitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la laideur, parfois hideuse, des figures f&#233;minines chez Bougard, aux visages d&#233;mesur&#233;s, mena&#231;ants, aux corps ob&#232;ses ou d&#233;form&#233;s, n'est pas celle de la victime horrifi&#233;e : elle est le reflet d'une fantasmatique angoiss&#233;e, et rel&#232;ve plut&#244;t d'une fascination non-&#233;rotique pour la femme, pour la femme-sorci&#232;re, grima&#231;ante, au rictus d&#233;moniaque, pour la femme-cadavre, aux orbites noircies, &#224; la face blanchie, pour l'obsc&#233;nit&#233; fantomatique du fantasme : entrem&#234;lements de membres et d'ombres, de corps silhouett&#233;s, de visages spectraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut combattre aussi l'id&#233;e selon laquelle son art transgresserait des interdits (lesquels subsistent encore, en la mati&#232;re ?), ou jouerait sur les limites entre l'ind&#233;cence et l'&#233;rotisme. L'&#233;rotisme de ses &#339;uvres n'est pas un &#171; en-de&#231;&#224; &#187; de l'ind&#233;cence, ni m&#234;me seulement une conjuration de l'obsc&#233;nit&#233; pornographique : il n'est pas de l'ordre de l'hypocrisie tartuffesque occidentale (cachez ce sexe que je ne saurais voir, mais cachez-le pour mieux m'exciter), mais poss&#232;de une dimension ancestrale apotropa&#239;que : il nous prot&#232;ge des p&#233;rils de la chair noire &#8211; de ce trou d&#233;visageant qui d&#233;-figure et annihile toute innocence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, l'art de Bougard parle le langage de l'affectivit&#233; archa&#239;que, et pas celui de l'humanisme occidental : c'est ainsi qu'il faut l'appr&#233;hender.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14030 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH698/2_bougard-cc6eb.jpg?1772190022' width='500' height='698' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le combat de l'ombre et de la lumi&#232;re qui se joue dans les dessins de Bougard se joue &#224; m&#234;me la chair. C'est l'enjeu, aussi bien que l'aire de jeu. Les chairs blanches et les chairs stri&#233;es se mesurent : la chair blanche et rare de la lumi&#232;re contre la chair stri&#233;e de l'ombre, qui menace sans cesse d'envahir les orbites, la bouche, les orifices du corps, dans un rayonnement sombre de d&#233;sir et d'effroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, il serait bien difficile d'analyser ces dessins &#224; la lumi&#232;re d'une &#171; &#233;rotique &#187;, d'une taxinomie des formes de d&#233;sir qui &#233;tudierait les cat&#233;gories pulsionnelles &#224; l'&#339;uvre, ne serait-ce que par l'habilet&#233; avec laquelle Bougard joue et d&#233;joue les codes de l'&#233;rotique occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propre du dessin, c'est d'&#233;viter le coloris, donc l'incarnat, donc la chair. M&#234;me en grand &#233;cart, le sexe f&#233;minin est souvent r&#233;duit ici &#224; n'&#234;tre qu'une ombre, un trait. Singer les positions pornographiques en &#233;cartant pr&#233;cis&#233;ment du cadre de la repr&#233;sentation ce qui justifie habituellement ces poses, la vision du sexe f&#233;minin, c'est donc se livrer &#224; une conjuration sauvage, non de l'&#233;rotisme, mais de l'obsc&#233;nit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a oubli&#233; sans doute ce que l'exhibition du sexe f&#233;minin pouvait receler de sens diff&#233;rents, pour ne retenir que la seule excitation &#233;rotique. Dans l'Antiquit&#233;, lorsqu'une femme exhibait son sexe de fa&#231;on railleuse &#224; un homme, son intention premi&#232;re &#233;tait de le traiter de l&#226;che et d'eunuque. La d&#233;nudation &#233;tait alors per&#231;ue comme un moyen magique ou une man&#339;uvre d'intimidation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte c&#233;l&#232;bre (&#171; La nudit&#233; comme moyen d'intimidation &#187;), S&#224;ndor Ferenczi voit dans la nudit&#233; un moyen &#171; d'intimider le moi en le confrontant &#224; des quantit&#233;s ou &#224; des modes inad&#233;quats de libido. &#187; Le petit gar&#231;on ainsi intimid&#233; par sa m&#232;re perd tout envie de dormir avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14031 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH701/3_bougard-800ec.jpg?1578065081' width='500' height='701' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Gommer le sexe f&#233;minin, ce n'est donc pas seulement gommer l'obscur objet du d&#233;sir, c'est gommer la raillerie possible, la moquerie, l'identification insultante, la magie noire de la chair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient, par exemple, la fascination qu'on &#233;prouve presque immanquablement devant le dessin de la femme &#224; t&#234;te de trou ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la nudit&#233; remet en cause, c'est pr&#233;cis&#233;ment le primat du visage dans le domaine de l'expressivit&#233;, ce qu'Agamben, dans &lt;i&gt;Nudit&#233;s&lt;/i&gt;, appelle la &#171; supr&#233;matie expressive du visage &#187;. Il rappelle que, dans le &lt;i&gt;Charmide&lt;/i&gt; de Platon, le jeune &#233;ph&#232;be &#233;ponyme du dialogue est si beau que si jamais &#171; il acceptait de se d&#233;shabiller, vous croiriez qu'il n'a pas de visage &#187;. Non pas bien s&#251;r que son visage soit laid : c'est que la d&#233;nudation du corps occulterait le visage, et ferait du jeune homme un &#234;tre litt&#233;ralement sans visage (&lt;i&gt;apros&#333;pos&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce propos, Henri Michaux rapporte une exp&#233;rience personnelle d'apparence curieuse dans &lt;i&gt;Un Barbare en Asie&lt;/i&gt; : &#171; Je me souviens d'avoir &#233;t&#233; frapp&#233; et d&#233;sillusionn&#233; quantit&#233; de fois en France par le fait que les seins d'une femme, quand il m'arrivait de les voir d&#233;voil&#233;s, n'&#233;taient que beaux, alors que la figure [&#8230;] si travaill&#233;e par l'intelligence, par une &#226;me bizarre er recherch&#233;e [&#8230;] m'avait induit &#224; croire que les seins seraient recherch&#233;s, eux aussi, et originaux. Mais un sein n'est pas un visage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un sein n'exprime pas grand-chose, &#233;crit-il &#233;galement. C'est &#224; la figure qu'on a recours pour savoir &#224; quel caract&#232;re on a affaire. &#187; C'est le visage qui porte le caract&#232;re, le visage &#8211; et singuli&#232;rement le regard &#8211; qui est le miroir de l'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nudit&#233;, le corps semble pourtant vouloir concurrencer le visage, lui voler ce monopole de l'expressivit&#233;, et nous d&#233;taillons parfois les charmes d'un corps nouveau, extasi&#233;s, ravis, comme si l'aisselle ou le sexe avaient quelque chose de primordial &#224; nous &lt;i&gt;dire&lt;/i&gt;. Dans la pornographie, &#233;crit encore Agamben, &#171; la seule t&#226;che qui revient d&#233;sormais au visage est d'exprimer la conscience effront&#233;e de l'exposition du corps nu au regard. L'effronterie (la perte du visage) est aujourd'hui la contrepartie n&#233;cessaire &#224; la nudit&#233; sans voiles. Le visage, devenu complice de la nudit&#233;, regardant l'objectif ou clignant de l'&#339;il vers le spectateur, donne &#224; voir une absence de secret. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14032 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH692/4_bougard-b82ba.jpg?1578065081' width='500' height='692' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;illade, en quelque sorte, remplace le regard-miroir de l'&#226;me, et l'effronterie signe la disparition du visage comme caract&#232;re, et son effondrement dans la pure exposition. Ce que l'on d&#233;-visage, lorsqu'on regarde une fille nue, jambes &#233;cart&#233;es, sexe ouvert, et qui vous regarde pourtant droit dans les yeux, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'effondrement, l'ab&#238;me o&#249; dispara&#238;t son visage : son trou. Et c'est ce trou noir qui vous aspire, bien davantage que l'autre. L'obsc&#233;nit&#233; n'est jamais dans l'&#233;cartement des cuisses : elle est dans l'effronterie d'un sourire. Voil&#224; ce &#224; quoi s'affronte donc Bougard dans ce dessin, sans doute un des plus beaux, un des plus troublants, o&#249; une femme nue arbore un trou &#224; la place de la t&#234;te. A l'effronterie des clich&#233;s pornographiques, il substitue &lt;i&gt;l'effrontement&lt;/i&gt; pur et simple : plus de visage, du tout, la t&#234;te trou&#233;e, &lt;i&gt;head like a hole&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme &#224; la t&#234;te de trou, &lt;i&gt;apros&#333;pos&lt;/i&gt; plut&#244;t qu'ac&#233;phale, &#224; la t&#234;te litt&#233;ralement sans visage, mais au corps superbe, est donc une femme sans caract&#232;re, une femme sans &#226;me. Le regard du spectateur, attir&#233; par ce qui n'est qu'&#224; peine de l'ordre de la repr&#233;sentation, mais de la t&#226;che, du manque, mime celui du consommateur de pornographie, qui va et vient sans cesse entre le corps et le visage, entre le sexe exhib&#233; et le regard complice. Mais le vide de ce trou attire bien davantage l'&#339;il qu'un visage effront&#233; &#8211; qui n'aurait &#233;t&#233; que la fa&#231;ade lisse de l'habituelle apparence, sur lequel glisserait le regard pour s'en aller vaquer ailleurs. C'est l&#224; la grandeur de cette &#339;uvre : ce trou noir aspire litt&#233;ralement le regard, qui ne peut qu'y revenir obsessivement, malgr&#233; l'attrait pourtant si puissant du corps nu. Bougard dresse le regard de son spectateur, lui dessine le trajet qu'il emprunte habituellement, lui intime de le suivre comme &#224; l'accoutum&#233;e, mais en lui montrant de force sa part d'ombre : l'effrontement du visage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14033 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH716/5_bougard-8f3d1.jpg?1578065081' width='500' height='716' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;f&#233;rence accord&#233;e aux petites filles, aux jeunes filles nullipares, voire impub&#232;res, s'explique donc par la volont&#233; de retrouver la nudit&#233; innocente comme &#171; v&#234;tement de gr&#226;ce &#187;, voire la nudit&#233; pr&#233;lapsaire, pour &#171; remonter &#224; l'humanit&#233; en enfance, comme disait Gauguin. L'Eve de mon choix est presque un animal ; voila pourquoi elle est chaste, quoique nue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Europ&#233;en qui voit des seins nus, &#233;crit malicieusement Henri Michaux, pense, malgr&#233; lui, qu'il va se passer quelque chose. Mais il ne se passe rien. Alors, il s'habitue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce non-lieu, ce &lt;i&gt;quelque chose&lt;/i&gt; qui n'arrive pas, qui n'a pas lieu, est l'espace o&#249; des gestes eussent pu, eussent d&#251; &#234;tre commis, et qui ne s'est jamais ouvert, et qui se referme sur une nudit&#233; incompl&#232;te, &#224; laquelle on s'habitue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que la &#171; signature th&#233;ologique &#187; qui est celle de la nudit&#233; dans nos cultures occidentales fait que la nudit&#233; n'est pas un &#233;tat, mais un &#233;v&#232;nement, une chose qui &lt;i&gt;arrive&lt;/i&gt;, une &#171; forme qui ne se laisse jamais saisir int&#233;gralement dans son surgissement &#187;. (Agamben, &lt;i&gt;Nudit&#233;s&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nudit&#233; n'est jamais achev&#233;e, elle est toujours en voie d'ach&#232;vement ; la nudit&#233; d'une fille, m&#234;me totalement nue, est encore masqu&#233;e par ses mouvements. &#171; Le d&#233;sir, &#233;crit Agamben, est un moyen de d&#233;shabiller le corps de ses mouvements comme de ses v&#234;tements et de le faire exister comme pure chair. &#187; C'est un trait qu'il partage avec la pose, en peinture : essayer d'achever la nudit&#233;, de permettre l'av&#232;nement d'une nudit&#233; totale, de signer la fin de l'&#233;v&#232;nement-nudit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le nu &lt;i&gt;se porte tr&#232;s difficilement&lt;/i&gt;, &#233;crit encore Michaux, c'est une technique de l'&#226;me. Il ne suffit pas d'enlever ses habits. Il faut s'enlever sa canaillerie&#8230; et son embarras. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se passe-t-il quelque chose, dans les dessins de Bougard ? Souvent, l'action y est comme suspendue, d'un &#233;v&#232;nement &#224; venir dont on ne peut rien pr&#233;voir, &#224; l'image de ce &#171; let's make it happen &#187; susurr&#233;e par une jeune fille &#224; une autre, sans qu'on sache du tout de quoi retourne l'advenue de cet &#233;v&#233;nement qu'on se prend &#224; esp&#233;rer pourtant, &#224; d&#233;sirer intens&#233;ment. L'&#233;v&#233;nement-nudit&#233; y est comme invisible, absent&#233;is&#233;, inadvenu. Un &#171; quelque chose &#187; va se passer dont nous ne serons pas t&#233;moins : la sc&#232;ne secr&#232;te n'est pas hors du champ visuel de la repr&#233;sentation, elle est hors du temps, subtilis&#233;e par le g&#233;nie du non-lieu, et pr&#233;c&#232;de l'instant privil&#233;gi&#233; que d'autres auraient choisi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on voit n'est rien chez Bouvard : ce qui compte, ce sont les signes impactuels, les modalit&#233;s affectantes du dessin, en bref, ce que cela &lt;i&gt;provoque&lt;/i&gt;. L'aspect, lui, n'est qu'une fa&#231;ade, une facette, un instant de la mati&#232;re. L'impact seul peut justifier l'existence d'une &#339;uvre d'art.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14034 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH704/6_bougard-4c12f.jpg?1578065081' width='500' height='704' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ce dont Bougard fait l'exp&#233;rience &#224; m&#234;me son art, c'est que la simplicit&#233; volontaire, le dessin, le trait, n'appelle pas &#224; l'&#233;pure, &#224; la transparence, &#224; ce faux naturel limpide qui n'est que le travestissement de l'authenticit&#233;, mais au contraire &#224; la profusion, &#224; la saturation de l'espace, &#224; la multiplication presque ind&#233;chiffrable de signes et de symboles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains dessins de Jonathan sont beaux comme les vestiges d'une civilisation disparue, dont on mesure intuitivement la richesse et la profondeur, mais dont on a perdu la clef et le secret. Vous savez qu'il y a l&#224; du sens. Que cela, autrefois, il y a longtemps sans doute, a voulu dire quelque chose. Que cela voudrait encore dire quelque chose, si seulement vous saviez. Vous scrutez les apparitions et les r&#233;apparitions d'animaux symboliques obscurs : souris, chouettes, morse, porc c&#233;leste, colombe, cerf blanc&#8230; et &#224; trop vouloir vous contenter des codes de l'&lt;i&gt;ekphrasis&lt;/i&gt;, vous voil&#224; soudainement projet&#233; devant les murs d'une caverne pr&#233;historique. D&#233;crire ne suffit pas. Que signifie tout cela pour l'artiste ? A-t-il lui-m&#234;me la clef de cette parade sauvage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, c'est la surcharge de d&#233;tails qui d&#233;courage et conjure d'avance l'interpr&#233;tation. Cette surcharge, propre &#224; certains dessins d'ali&#233;n&#233;s, comme la &#171; Baubo &#187; de la &#171; Collection Prinzhorn &#187; (d&#233;partement de psychiatrie de l'Universit&#233; de Heidelberg), n'est pas seulement d&#233;corative : elle mime le foisonnement d'un monde &#224; la fois effrayant et joyeux &#8211; diabolique prolif&#233;ration d'homoncules farfad&#233;ens, ou petit monde familier des esprits protecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la s&#233;rie &#171; Machine Project &#187;, tout se passe comme si ces &#171; d&#233;tails encadrants &#187; &#233;taient grossis, comme sous un microscope, jusqu'&#224; former l'essentiel de l'&#339;uvre. Dans cette s&#233;rie, nomm&#233;e sans doute par antiphrase, aucune ligne droite, le machinique prend la forme d'une machine d&#233;sirante o&#249; tout communique, comme dans un monde d'avant la s&#233;paration, enti&#232;rement parcouru de courants telluriques, d'&#233;lectricit&#233;, de turbulences magn&#233;tico-oniriques, de tremblements &#233;pileptiques, cosmologiques et t&#233;ratologiques, dans des images anamorphos&#233;es qui sont autant de repr&#233;sentations des forces naturelles de l'inconscient, et o&#249; pullulent d'imaginaires animalcules.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14035 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/8_bougard.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH359/8_bougard-3378f.jpg?1578065081' width='500' height='359' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces bacilles du symbolique, o&#249; l'on retrouve des animaux stylis&#233;s (girafe, oisillon, poissons, serpents) peuvent aussi bien repr&#233;senter une part de sauvagerie conjur&#233;e, sous la forme de tatouages tribaux ou de masques rituels, que d'innocence et d'enfance souriante, dans une sarabande fantasmagorique d'&#234;tres f&#233;&#233;riques, enfantins, carnavalesques. Puis ces indig&#232;nes enfantins, ces femmes tatou&#233;es, ces &#234;tres casqu&#233;s de cornes, ces pr&#234;tres &#224; hache, ces poissons volants, ces chats &#233;tranges, ces diablotins ail&#233;s, ces clowns &#224; chapeau, footballers &#224; bonnet, et autres gargouilles extraterrestres, finissent tous, les sauvages comme les innocents, par s'embrasser, puis par copuler ensemble tandis que se m&#233;langent les langues au-dessus d'eux (anglais, fran&#231;ais, tahitien) prolongeant la tradition inaugur&#233;e par Gauguin, pour c&#233;l&#233;brer, dans une grande jubilation conjuratoire, les noces blanches et noires de l'Enfance et de l'Effroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette dialectique de l'ombre et de la lumi&#232;re, de la surcharge et du blanc, des macules et de l'immacul&#233;, de l'espace solaire vierge et de la saturation nocturne de signes (saturation sur la peau m&#234;me, &#224; la surface des corps tatou&#233;s, calligraphi&#233;s, o&#249; la nature se couvre de marques), le sexe et le visage d&#233;vor&#233;s d'ombre sont comme les refuges disjoints de l'inatteignable &lt;i&gt;secret&lt;/i&gt; de l'&#234;tre, de sa transcendance concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la derni&#232;re s&#233;rie de dessins en revanche, les animaux repr&#233;sent&#233;s sortent de l'ordre du symbolique pour r&#233;int&#233;grer un cadre familier : celui de la profusion, du d&#233;sordre bienheureux d'un monde agricole foisonnant de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence si &#233;trangement &#171; r&#233;aliste &#187; de ces animaux ne rel&#232;ve pas ici de cette &#171; pr&#233;cision stupide qui nous rive &#224; la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle &#187;, comme disait Gauguin. Elle a un sens anthropologique et politique : elle vise &#224; &#233;clairer, &#224; dissiper les t&#233;n&#232;bres d'un aveuglement conceptuel majeur, qui affecte jusqu'&#224; notre perception.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14036 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH684/9_bougard-eed6e.jpg?1772190022' width='500' height='684' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette c&#233;cit&#233;, nous la partageons tous, au point que l'imaginaire du &#171; sauvage &#187; se confond absolument avec des images de d&#233;nuement, ce que l'anthropologie &#233;conomique classique appelle une &#171; &#233;conomie de subsistance &#187;, c'est-&#224;-dire une &#233;conomie de la mis&#232;re. L'&#233;conomie dite primitive serait une &#233;conomie qui parviendrait tout juste, et &#224; grand-peine, &#224; assurer la subsistance de la soci&#233;t&#233;. Au mieux, les surplus seraient utilis&#233;s pour des f&#234;tes ponctuelles sacrifiant le travail de plusieurs mois en une pure d&#233;pense somptuaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, la lecture de Marshall Sahlins agit comme les dessins de Bougard, au point que notre dessillement sur la condition primitive prend presque la forme d'un paradoxe : il lui revient en effet d'avoir d&#233;montr&#233; que ces soci&#233;t&#233;s &#8211; comme toutes celles qui ne sont pas trop &#233;loign&#233;es de leur puissance premi&#232;re &#8211; ne sont pas des soci&#233;t&#233;s de mis&#232;re, mais en tout point des soci&#233;t&#233;s &lt;i&gt;d'abondance&lt;/i&gt; : &#171; si en des temps courts &#224; intensit&#233; faible, la machine de production primitive assure la satisfaction des besoins mat&#233;riels des gens, c'est qu'elle fonctionne en de&#231;&#224; de ses possibilit&#233;s objectives, c'est qu'elle pourrait, si elle voulait, fonctionner plus longtemps et plus vite, produire des surplus, constituer des stocks &#187; (pr&#233;face de Pierre Clastres &#224; &lt;i&gt;Age de pierre, &#226;ge d'abondance&lt;/i&gt; de Marshall Sahlins). D'o&#249; la r&#233;putation de paresse des &#171; primitifs &#187; &#8211; chez tous les observateurs occidentalis&#233;s, depuis les missionnaires d'autant jusqu'aux fonctionnaires m&#233;tropolitains d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, pourquoi th&#233;sauriser, ou accumuler des stocks, quand les stocks sont, comme le dit Sahlins, &#171; dans la nature m&#234;me &#187; ? Ce qui est vrai pour les chasseurs-cueilleurs primitifs l'est aussi des soci&#233;t&#233;s d'agriculteurs qui fonctionnent sous les esp&#232;ces du &#171; Mode de Production Domestique &#187; (comprendre : le jardin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'incompr&#233;hension de Jonathan Bougard, dans un texte comme &#171; Paumotu Ma &#187;, o&#249; il rapporte : &#171; Juste derri&#232;re, il y a trois pamplemoussiers et une douzaine de grands cocotiers. Mais tous ces fruits pourrissent seulement. Cette bande de paumotu consomme que les produits du magasin. Tout ce qui pousse sur l'arbre, ils remarquent m&#234;me pas. Ils laissent tomber, et pourrir. Ils se nourrissent de cartons de cuisses de poulets &#233;lev&#233;s en batterie en quinze jours, de riz et de sachets de Twisties. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14037 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH692/10_bougard-0f5dd.jpg?1578065082' width='500' height='692' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'artiste remarque dans l'univers tahitien, ce qu'il rend dans ses dessins, plus que la luxuriance d'une nature intacte, ou les couleurs si vives d'une insularit&#233; si facilement con&#231;ue comme paradisiaque, c'est, au-del&#224; de la mis&#232;re relative des habitants parmi lesquels il a choisi de s'immerger (par rapport aux fonctionnaires d&#233;p&#234;ch&#233;s par la m&#233;tropole, par exemple) une &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; d'abondance&lt;/i&gt;, m&#234;me quand parfois cette abondance est &lt;i&gt;n&#233;glig&#233;e&lt;/i&gt; au profit de l'acculturation d&#233;primitivante de l'&#233;conomie de march&#233; : les &#171; produits du magasin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pourrait si vite &#234;tre interpr&#233;t&#233;, dans les dessins de Jonathan Bougard, comme une attention purement altruiste port&#233;e &#224; la duret&#233; des conditions d'existence des tahitiens, &#224; l'in&#233;galit&#233; des conditions sociales, bref : &#224; la mis&#232;re, est bien davantage qu'un t&#233;moignage &#171; humaniste &#187;. C'est un plaidoyer artistique pour une v&#233;ritable soci&#233;t&#233; d'abondance, qui n'est certes pas celle des poulets &#233;lev&#233;s en batterie et des sachets de Twisties&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Bougard montre, dans cette abondance d'animaux de toutes sortes, ce bric-&#224;-brac de poules, de chiens, de chats, de coq, de cochons, d'outils, d'enfants, de d&#233;bris assembl&#233;s &#224; la va vite, comme les t&#244;les sur un abri, ce n'est donc pas une &#233;conomie de la mis&#232;re permettant aux habitants de vivoter par la r&#233;cup et le syst&#232;me D : c'est une &#233;conomie d'abondance o&#249; le temps ne manque ni pour se baigner, ni pour jouer &#224; la corde &#224; sauter, ni pour poser, ni pour peindre, un monde o&#249; la multiplication des signes, o&#249; la saturation de l'espace n'est qu'un foisonnement bienheureux, et pas le d&#233;sordre mena&#231;ant du d&#233;nuement. Si les soci&#233;t&#233;s primitives sont des soci&#233;t&#233;s d'abondance, alors l'art de Bougard est un art de l'abondance, de l'harmonieuse saturation de signes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;nudation des jeunes filles, dans cette s&#233;rie, n'est donc pas &#224; comprendre dans un sens figural, mais litt&#233;ral : non comme une figure, une m&#233;taphore du d&#233;nuement, mais comme un rappel de notre nature profonde. A sa mani&#232;re, Bougard lui aussi r&#233;pond aux c&#233;l&#232;bres questions de Gauguin, les seules qui vaillent : D'o&#249; venons-nous ? Que sommes-nous ? O&#249; allons-nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas faits pour accumuler des surplus. Nous ne sommes pas faits pour th&#233;sauriser. Nous sommes faits pour la baignade, c'est-&#224;-dire pour le plaisir &#8211; pour jouir du &#171; simple sentiment d'exister &#187;, disait Thoreau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contact avec ce qui reste du primitif, avec ce que le tahitien invente pour survivre en-dehors de la modernit&#233;, &#224; c&#244;t&#233; de la modernit&#233;, mais en m&#234;me temps que la modernit&#233;, &#224; l'image des &#171; molas &#187; de la soci&#233;t&#233; kuna, ces tableaux de tissu ancestraux, m&#233;moire des rites et des mythes, et qui int&#232;grent aujourd'hui le passage des modules lunaires ou des h&#233;licopt&#232;res, Jonathan Bougard est un artiste : il regarde passer les modules lunaires dans les yeux des petites filles tahitiennes, et il en fixe le reflet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabrice Petitjean&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;* * *&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Portfolio suppl&#233;mentaire de dessins &#224; quatre mains de Scott Batty et Jonathan Bougard&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Scott Batty chante et peint toujours, mais &#224; l'&#233;poque des gentlemen invisibles il &#233;crivait aussi de la po&#233;sie. Il peint surtout des fant&#244;mes. Beaucoup de collages aussi. On a expos&#233; ensemble &#224; l'Institut fran&#231;ais d'Innsbruck en 2002, &#224; l'occasion du &lt;i&gt;1 Int Upper Ground Festival&lt;/i&gt;. On a ensuite r&#233;alis&#233; ensemble une s&#233;rie d'images &#224; quatre mains pour le projet &lt;i&gt;Schreber pr&#233;sident&lt;/i&gt; (Fage &#233;ditions 2005), des dessins au trait qu'il a retravaill&#233;s &#224; sa mani&#232;re, mais ces images n'ont finalement pas &#233;t&#233; retenues pour la publication. Scott les a conserv&#233;es et elles seront visibles pour la premi&#232;re fois &#224; la galerie Hors-Champs du 27 au 31 janvier (avec quelques nouveaut&#233;s). Quinze ans plus tard. Comme quoi les traces ne se perdent jamais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jonathan Bougard &#8212; Tahiti d&#233;cembre 2019&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH706/1_batty-c2191.jpg?1772190022' width='500' height='706' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_14113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH712/2_batty-6c585.jpg?1578065082' width='500' height='712' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_14114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH713/3_batty-83078.jpg?1578065082' width='500' height='713' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_14115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH709/4_batty-65309.jpg?1578065082' width='500' height='709' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_14116 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L320xH750/5_batty-0f2a6.jpg?1578065082' width='320' height='750' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Jonathan Bougard</title>
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		<dc:creator>Jonathan Bougard</dc:creator>


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		<dc:subject>peinture</dc:subject>

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 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH106/arton1552-0ad48.jpg?1772341463' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_13580 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/corpus-2002.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH346/corpus-2002-de8e9.jpg?1772192979' width='500' height='346' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Corpus, 2002
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13581 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH716/cosmos-2001-bef1c.jpg?1572346677' width='500' height='716' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Cosmos, 2001
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13582 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/encre-et-or-2002.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH356/encre-et-or-2002-f4150.jpg?1772192979' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Encre et or, 2002
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13583 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/hiboux-2002.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH355/hiboux-2002-52353.jpg?1572346677' width='500' height='355' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Hiboux, 2002
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13584 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/le-grand-arbre-fou-2002.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH346/le-grand-arbre-fou-2002-bb6ab.jpg?1772192979' width='500' height='346' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le grand arbre fou, 2002
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13585 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH688/musee-amer-2002-16c39.jpg?1772192979' width='500' height='688' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Mus&#233;e amer, 2002
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13586 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/nid-d_aigle-2001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH348/nid-d_aigle-2001-2072f.jpg?1772192979' width='500' height='348' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Nid d'aigle
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13587 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH688/variation-sur-les-grosses-tetes-2001-6ef86.jpg?1772192979' width='500' height='688' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Variation sur les grosses t&#234;tes, 2001
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13588 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;56&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH625/yoshio-hataratsu-musicien-traditionnel-japonais-2012-96cf9.jpg?1572346678' width='500' height='625' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Yoshio Hataratsu, musicien traditionnel japonais, 2012
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Cachemire, 2001&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mara</title>
		<link>https://tk-21.com/Mara</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tk-21.com/Mara</guid>
		<dc:date>2019-10-29T10:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jonathan Bougard</dc:creator>


		<dc:subject>sculpture</dc:subject>
		<dc:subject>Oc&#233;anie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Vaiere Mara, plus connu sous le nom de Mara V, est un sculpteur polyn&#233;sien plong&#233; dans l'oubli depuis quelques ann&#233;es. Qualifi&#233; &#224; tour de r&#244;le de &#034;plus grand sculpteur que la Polyn&#233;sie ait jamais connu&#034; et de &#034;parfait inconnu&#034;, il a longtemps v&#233;cu de son art.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://tk-21.com/sculpture" rel="tag"&gt;sculpture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://tk-21.com/Oceanie" rel="tag"&gt;Oc&#233;anie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1567-b2087.jpg?1772233332' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vaiere Mara, plus connu sous le nom de Mara V, est un sculpteur polyn&#233;sien plong&#233; dans l'oubli depuis quelques ann&#233;es. Qualifi&#233; &#224; tour de r&#244;le de &#034;plus grand sculpteur que la Polyn&#233;sie ait jamais connu&#034; et de &#034;parfait inconnu&#034;, il a longtemps v&#233;cu de son art.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De son vivant, Mara V a &#233;t&#233; un artiste tr&#232;s productif. Il travaillait nuit et jour &#224; l'abri de sa b&#226;che bleue, avec pour seul support, ses genoux et sculptait au minimum une &#339;uvre par jour.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/1_bas_relief.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH205/1_bas_relief-2d3ce.jpg?1572630756' width='500' height='205' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Bas-relief
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L459xH750/2_famille-91503.jpg?1572630756' width='459' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Famille
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L422xH750/3_femme_chignon-e1f4b.jpg?1572630756' width='422' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Femme au chignon
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13659 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;8&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/4_geisha.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/4_geisha-669a5.jpg?1772190237' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Geisha
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L422xH750/5_homme_couronne-86f10.jpg?1572630756' width='422' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Homme couronn&#233;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L422xH750/6_penseur_tahitien_argile-ccfb0.jpg?1572630756' width='422' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le penseur tahitien
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;argile
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13662 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH548/7_legende_anguille-8e36a.jpg?1772190237' width='500' height='548' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;L&#233;gende de l'anguille
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13663 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L422xH750/8_mere_enfant_bois-42cc9.jpg?1572630756' width='422' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;M&#232;re &#224; l'enfant
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;bois
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13664 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/9_mere_enfant_corail.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH329/9_mere_enfant_corail-2bb9f.jpg?1572630756' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;M&#232;re &#224; l'enfant
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;corail
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13665 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L422xH750/10_pretre_tahitien-efa94.jpg?1572630756' width='422' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pr&#234;tre tahitien
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13666 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/11_tamaaraa_tahitien.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/11_tamaaraa_tahitien-0ea25.jpg?1772190237' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Tamaaraa tahitien
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/13_vahine_hibiscus_corail_de_tail.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/13_vahine_hibiscus_corail_de_tail-631e4.jpg?1772190238' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vahin&#233; &#224; l'hibiscus
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;corail, d&#233;tail
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13668 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://tk-21.com/IMG/jpg/14_visage_pierre.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/14_visage_pierre-36ed4.jpg?1772190238' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Visage
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;pierre
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : T&#234;te d'homme, corail&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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