mardi 29 juillet 2025

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image du corps

Corps-Mémoires

Stèles Vivantes

, OKA et Olga Caldas

Un projet multimédia, associant photographies, écritures, entretiens vidéo, rend hommage aux victimes des crimes nazis et interroge le rôle de l’artiste dans la transmission d’une mémoire vivante.

Réalisé à un moment où les derniers témoins tendent à disparaître, Corps Mémoires, geste de mémoire incarnée, vivante, physique. Ces corps deviennent des stèles humaines, traversées par l’histoire, offertes au regard non comme des supports de mémoire figée, mais comme des espaces de résonance et de questionnement. Chaque œuvre est une tentative de faire surgir une mémoire vive, sensorielle, capable de toucher, de troubler, d’éveiller.

Werner Lambersy, poète

Ce projet se conçoit comme une série de photographies grand format, révélant des témoignages retranscrits sur des corps — parcellaires, fragmentés — conceptualisés comme des stèles vivantes. À travers eux, le corps devient support de mémoire, matière sensible et palpable, où le souvenir prend forme dans la chair.

Ce dispositif photographique est accompagné d’interviews vidéo, où la parole mémorielle des participants émerge librement, portée par l’émotion intime que suscite cette évocation douloureuse. Les souvenirs enfouis remontent à la surface, réactivés par le corps, le geste, le silence. En invoquant les noms de personnes assassinées en déportation — majoritairement de confession juive, mais aussi tziganes, homosexuelles, résistantes, internées, captives de guerre — nous refusons l’oubli. Toutes furent victimes innocentes.
En inscrivant ces noms, effacés par la barbarie nazie, sur des corps bien vivants, nous cherchons à interroger le rapport intime que chacun entretient avec la mémoire de ces disparitions. Dire combien ce lien est encore vivant, personnel, profond. Et combien il continue de nous traverser, de nous transformer.

Benjamin Alazraki, comédien

Nous ne sommes pas juifs. Et pourtant, ce souvenir nous habite. Il nous hante. Car ce crime contre l’humanité ne visait pas seulement à tuer : il visait l’effacement total — des corps, des noms, des traces, des âmes.

Un anéantissement absolu. Une disparition sans sépulture. Cette mémoire-là ne s’éteint pas. Elle ébranle nos certitudes, nos croyances, nos valeurs. Et nous laisse face à cette question brûlante : comment cela a-t-il pu être possible ? Pour honorer les victimes des crimes nazis, l’humanité érige des stèles de marbre, des monuments, des mausolées... Nous, nous choisissons d’ériger des stèles vivantes, faites de chair et d’os, de fragilité et de beauté. Redonner un corps à ces victimes innocentes. Restituer leur identité, leurs noms, leur corps symbolique. Contribuer à la transmission d’une mémoire dont les derniers témoins s’éteignent peu à peu.

Notre motivation est double : rendre hommage et témoigner. Pour que cette mémoire reste vivante. Pour ne jamais oublier. « La Bête n’est jamais morte », écrivait Bertolt Brecht. Elle se rappelle sans cesse à notre souvenir, réveillée par les conflits actuels et l’épouvante qu’ils engendrent. Prendre parti dans ce conflit est une douleur, un déchirement, tant les blessures sont profondes et les mémoires enchevêtrées. Ce projet ne prétend pas trancher, mais affirmer la nécessité vitale d’un dialogue fondé sur le respect, la tolérance et la paix. Pour que nous puissions vivre libres, malgré nos différences et nos croyances, dans le respect des corps et des personnes.

In fine, Corps Mémoires ambitionne de répondre par la lumière à l’obscurité, par la création et la résistance à la part la plus sombre et terrible de l’humain.

Thaïs Moreau
Dr Parviz Denis
Ivan Tozzi, informaticien

Image d’ouverture : Hélène Barrier, artiste plasticienne

Corps Mémoires – Stèles Vivantes
dans l’exposition collective « VULNÉRABLES »
Grande Chapelle Saint-Louis
Hôpital Pitié Salpêtrière
83, boulevard de l’Hôpital, Paris XIII
jusqu’au 21 septembre 2025
Ouvert tous les jours de 9 h 30 à 18 h - Entrée libre