mardi 30 avril 2024

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« Anatomie du sourire »

la naissance de la comédie

, Christian Globensky et Martial Verdier

C’est à la fois un livre et une recherche pour une exposition du musée des Beaux-Arts de Nancy, en 2022-2023, intitulée « Dédale muséal », avec huit installations disséminées, pour recodifier le musée avec une dose de Fluxus, de non-sens et de dérision.

Objet étrange qu’ « Anatomie du Sourire ». Un livre, un catalogue ? De quoi parle-t-on ? De muséographie, d’art contemporain, de philosophie, de physiologie, de psycho-sociologie ?
Est-ce vraiment un livre d’abord ? Il en a la forme, mais après une introduction sur l’exposition comme il se doit dans un catalogue, le corps de l’ouvrage est un parcours de Nietzsche à Bouddha et retour, avec quelques digressions antiques sur ce que peut être le sourire dans l’art.

Déstructurer l’espace

Dans une première partie, Susana Gallego-Cuesta, directrice du Musée des Beaux-Arts de Nancy, analyse le travail plastique de Christian Globensky, à partir d’un projet d’exposition élaborée dans la grande dépression de 2020. Elle en explique la genèse : « […] Je présente Christian Globensky à Sophie Laroche, commissaire de l’exposition "Architectures impossibles" alors en gestation, elle l’invite donc à concevoir une exposition dans l’exposition. Nous étions parties d’une méditation sur les formes de la pensée, et nous étions désormais en train de rêver à trois […] ».

Christian Globensky devient ici un « génie du lieu » dont les recherches poétiques, textuelles et visuelles éloignent l’idée « que l’œuvre d’art serait à penser comme un enfantement, au masculin, amélioré parce qu’épuré des fluides salissants et inspirés, non par la chair, mais par l’esprit. »

Une généalogie du sourire

Dans une seconde partie de l’ouvrage, l’artiste nous donne des pistes sur son processus de création.

Les acteurs : Friedrich Nietzsche, philosophe pas triste, et Bouddha, philosophe heureux, au-dessus des contingences.
Seconds rôles : Platon, philosophe déprimant, et Aristote, son élève, en guest star.

Quel objet étrange, anti-philosophique (donc ultra-philosophique), que le sourire, son état et ses conséquences. Le sourire est une position par rapport au monde, et une position artistique. Dans ses installations, par un léger décalage des évidences que nous ne questionnons plus, l’artiste nous émoustille, nous surprend et nous questionne.

Peut-être vivons-nous ou avons-nous vécu une civilisation artistique construite sur un sentiment esthétique, subjectif et universel, élaboré dans des cerveaux de lézards vieux de cinq cents millions d’années. Mais heureusement, Bouddha sourit, il a l’esprit libre, il ouvre la voie.

Le sourire pourrait être une étape supérieure dans l’évolution, c’est comme si le corps parlait, ce n’est pas le gros rire qui dit à la cantonade, regardez-moi, je suis là ! C’est une manifestation intime, mais publique, d’une position au monde.

Christian Globensky défend le sourire, ce presque rien, qui change les lieux, les livres et l’esprit.

« Plus l’esprit devient joyeux et sûr de lui-même, plus l’homme désapprend le rire bruyant ; en revanche, il est pris sans cesse d’un sourire plus intellectuel, signe de son étonnement devant les innombrables charmes cachés de cette bonne existence. »
Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain

Anatomie du sourire
KTA Éditions,
conception graphique KTA Studio, 2024, 112 pages.

ISBN 979-10-94517-06-2

Prix 20€

https://keeptalkingagency.org/portfolio/anatomie-du-sourire-livre-catalogue-2024/