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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>V - Le geste du retournement des masques</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>Multim&#233;dia</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>
		<dc:subject>gestes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cette s&#233;ance constitue une sorte de cl&#244;ture du travail sur Flusser et en particulier sur son livre Les gestes&lt;/p&gt;

-
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/ 
&lt;a href="http://tk-21.com/Multimedia" rel="tag"&gt;Multim&#233;dia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH109/arton411-60a46.jpg?1772236222' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette s&#233;ance constitue une sorte de cl&#244;ture du travail sur Flusser et en particulier sur son livre Les gestes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4198 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/778-snadji-immemorable-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH730/778-snadji-immemorable-fnl-6cc47.jpg?1509834792' width='500' height='730' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous nous trouvons &#224; un moment cl&#233; de ce s&#233;minaire, dans la mesure o&#249; nous envisageons de laisser un peu Flusser de c&#244;t&#233; pour passer &#224; Benjamin pour une ou plusieurs s&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, je vais consid&#233;rer cette s&#233;ance comme une sorte de cl&#244;ture sur Flusser. Le texte choisi nous &#233;loigne de nos pr&#233;occupations sur l'image, mais nous verrons qu'il ouvre la porte &#224; une autre approche de l'image. Avec ce texte, nous sommes aussi au c&#339;ur de ce que j'appellerais volontiers la m&#233;canique flusserienne. Il s'agit ici de pointer sa mani&#232;re tr&#232;s particuli&#232;re d'aborder la question des limites de notre mode g&#233;n&#233;ral de pens&#233;e et de tenter de le &#171; d&#233;passer &#187;. En fait, il tente plut&#244;t de nous montrer comment d'une part nous en sommes de facto sortis (c'est le facteur non pris en compte de nos connaissances) et d'autre part comment tenter de mettre ces connaissances en relation avec notre mani&#232;re de pens&#233;e ou plut&#244;t l'inverse. Car, c'est notre vision du monde qui domine en nous, ou plut&#244;t nous domine (comme un r&#233;seau tr&#232;s fin et tr&#232;s dense de voix int&#233;rieures qui disent oui ou non &#224; telle ou telle &#171; d&#233;cision &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; tel ou tel accord que nous donnons en nous-m&#234;mes &#224; une id&#233;e ou une autre). Une vision du monde est un complexe affectif et &#233;motionnel mais aussi et surtout culturel qui d&#233;termine notre lecture, notre compr&#233;hension, notre acceptation ou non des choses en g&#233;n&#233;ral et de certaines en particulier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte est une sorte de mise &#224; l'&#233;preuve. Allons-nous oui ou non passer le cap, et d'une part reconna&#238;tre en quoi consiste la situation de crise qui est la n&#244;tre, et d'autre part accepter de prendre les mesures qui s'imposent, la mesure qui s'impose, &#224; savoir de changer notre vision du monde, de la faire basculer dans un nouveau registre, de l'ouvrir &#224; une compl&#232;te m&#233;tamorphose, &#224; un complet renversement.&lt;br class='autobr' /&gt;
On se souvient comment Flusser caract&#233;rise la situation de crise dans son essai &lt;i&gt;Lune&lt;/i&gt;, un des chapitres de son livre intitul&#233; &lt;i&gt;Essais sur la nature et la culture&lt;/i&gt;) : &#171; cette absence d'int&#233;gration de la connaissance &#224; la vision (du monde) est caract&#233;ristique des situations d&#233;termin&#233;es que l'on appelle &#171; crises &#187; (p. 62).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous y sommes et continuerons de nous y trouver tant que nous ne saurons pas modifier le mode de pens&#233;e qui est le n&#244;tre et que l'on pourrait appeler un mode de pens&#233;e m&#233;taphysique ou encore historique. Car une vision du monde n'est autre chose qu'un ensemble de croyances n&#233;cessaires &#224; un moment donn&#233; de l'histoire, croyances sans lesquelles l'acc&#232;s au savoir est impossible. Ces croyances m&#233;diatisent l'acc&#232;s &#224; la connaissance et elles peuvent, &#224; certains moments, devenir un obstacle &#224; l'int&#233;gration de nouvelles connaissances dans la vision du monde et ceci parce que ces connaissances mettent effectivement en danger la coh&#233;rence de cette vision.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre vision du monde est aujourd'hui pour nous un obstacle que nous n'osons lever m&#234;me si chaque jour nous voyons nos croyances, en particulier en la toute puissance de ce que l'on nous pr&#233;sente comme &#233;tant la raison, se d&#233;faire sous nos yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux grandes vertus de ce texte sont d'une part de nous montrer avec pr&#233;cision ce qui est en jeu dans l'abandon de la pens&#233;e historique, et d'autre part de donner &#224; la notion de programme une dimension g&#233;n&#233;rale largement plus importante que la seule signification technique qu'a ce mot pour nous d'habitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un texte tr&#232;s beau et essentiel que ce &lt;i&gt;geste du retournement des masques&lt;/i&gt;, sans doute le plus original ou du moins le plus radical, car il est l'expression de la th&#232;se centrale qui traverse de nombreux textes de Flusser, &#224; savoir que notre mani&#232;re de penser historique est devenue, non pas une fiction en soi, elle l'a toujours &#233;t&#233; comme toute vision du monde, mais un obstacle &#224; la compr&#233;hension de ce qu'est devenu ou en train de devenir le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons par exemple le sentiment que nous avons que le monde politique est en train de devenir une immense mascarade dans laquelle il est quasiment impossible de d&#233;m&#234;ler le vrai du faux. Face &#224; cette situation, il y a deux options, l'une qui consiste &#224; se lamenter et &#224; chercher &#224; r&#233;parer les vieux outils intellectuels, l'autre qui consiste &#224; tenter d'inventer un nouvel outil ou de nouveaux outils pour penser une situation en gros in&#233;dite. C'est ce que tente de nous montrer ce texte, non pas seulement ce qu'est ou ce que serait cette nouvelle mani&#232;re de penser, mais comment on peut passer de l'une &#224; l'autre. C'est l&#224; en tout cas sa vertu p&#233;dagogique la plus &#233;vidente et ce qui constitue sa structure, la mani&#232;re dont il est compos&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si donc nous acceptons qu'il puisse y avoir une nouvelle mani&#232;re de penser, si donc nous ne tentons pas de nous accrocher &#224; nos vieilles id&#233;es comme &#224; des canots de sauvetage qui finiront eux aussi dans le Maelstr&#246;m, alors nous pouvons lire ce texte et avoir une chance d'en tirer profit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4199 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/779-snadji-immemorable-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH743/779-snadji-immemorable-fnl-16086.jpg?1772236222' width='500' height='743' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Structure du texte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En gros ce texte fonctionne de la mani&#232;re suivante. Il se d&#233;veloppe sur un rythme AB AB AB pendant quelques pages (p. 103-106) puis sur une grande s&#233;quence B (p. 106-108), une nouvelle s&#233;quence A (p. 108-110) et enfin une s&#233;quence C (p. 110-113) qui n'est pas la synth&#232;se mais bien le moment o&#249; il est possible de consid&#233;rer que nous sommes entr&#233;s de plein pied dans une nouvelle mani&#232;re de penser. Sous la lettre A, je range les remarques, les d&#233;finitions et les divers aspects de notre conception du monde. Sous la lettre B, je range l'ensemble des questions nouvelles et l'&#233;laboration des r&#233;ponses nouvelles. La lettre C r&#233;pond au moment o&#249;, apr&#232;s avoir soulev&#233; plusieurs coins de la nappe, on tente d'un geste s&#251;r de la retourner enti&#232;rement ou plut&#244;t de tirer les cons&#233;quences du retournement que l'on a effectu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, nous allons suivre le texte, mais il me semble plus utile de tenter de dire ce que sont A et B d'une mani&#232;re synth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4200 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/780-snadji-immemorable-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH735/780-snadji-immemorable-fnl-3d5c6.jpg?1772236222' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Masques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais d'abord le choix du sujet : les masques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le masque, c'est d'une certaine mani&#232;re un condens&#233; de notre culture ou plus exactement de notre rapport &#224; la culture, c'est-&#224;-dire &#224; nous-m&#234;mes, &#224; autrui, ainsi qu'&#224; la v&#233;rit&#233; et au mensonge m&#234;me si ces termes n'apparaissent pas dans ce texte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car qu'est-ce d'autre en fait, dans les sch&#233;mas de notre culture, que le geste de retourner un masque sinon tenter de voir, de d&#233;couvrir ce qui, celui qui ou celle qui se trouve sous ou derri&#232;re le masque ? Ainsi est pr&#233;suppos&#233; le fait que ce qui se trouve sous ou derri&#232;re le masque est ce qui importe, ce qui est vrai, ce qui compte, ce qui a de la valeur, ce qui d&#233;termine le comportement, y compris et surtout d'ailleurs lorsque l'on porte un masque. Bref, le masque permet la mise en sc&#232;ne de ce qui est porteur de v&#233;rit&#233; sur soi ou sur l'autre en articulant la situation dans laquelle soi et l'autre sont impliqu&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enjeu de ce texte, c'est de montrer que cette forme-l&#224; de jeu avec les masques qui suppose que la v&#233;rit&#233; se trouve derri&#232;re les apparences, n'a plus de validit&#233;. C'est m&#234;me la notion de v&#233;rit&#233; qui semble devoir s'effacer, m&#234;me si Flusser n'emploie pas ce terme.&lt;br class='autobr' /&gt;
La v&#233;ritable question que nous posent les masques et avec eux les images, nous le verrons lorsque nous reparlerons du texte de Derrida, c'est celle du mensonge, de la r&#233;alit&#233; du mensonge, de sa consistance et pr&#233;cis&#233;ment du fait que le mensonge ne s'oppose pas &#224; la v&#233;rit&#233; mais &#224; la v&#233;racit&#233;. &#171; (car le contraire du mensonge, ce n'est ni la v&#233;rit&#233; ni la r&#233;alit&#233;, bien entendu, mais la v&#233;racit&#233; ou la v&#233;ridicit&#233;, le dire vrai, le vouloir dire vrai, la &lt;i&gt;Wahrhaftigkeit&lt;/i&gt; (Kant) (Derrida, &lt;i&gt;Histoire du mensonge prol&#233;gom&#232;nes&lt;/i&gt; p. 46 ) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors commen&#231;ons donc avec le texte de Flusser !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier paragraphe nous donne la d&#233;finition du masque &#171; le r&#244;le que nous jouons par rapport aux autres &#187; (p. 103). En effet, le masque, c'est bien cela, une r&#233;alit&#233; qui peut aussi ne pas &#234;tre mat&#233;rielle, une m&#233;taphore donc. Ainsi les gestes li&#233;s aux masques sont pass&#233;s en revue et il appara&#238;t clairement que, pour Flusser, ils rel&#232;vent tous de la m&#234;me grande fiction ou du m&#234;me grand r&#233;cit, pour parler comme il y a vingt ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#232;se de Flusser avance ici &#224; pattes de colombe. Il dit simplement que le geste de retourner un masque n'a rien &#224; voir avec tous les gestes que nous sommes habitu&#233;s &#224; faire avec les masques, comme les fabriquer, les choisir, les porter, les mettre, les enlever&#8230; (p. 103). Et ceci pour une raison, &#224; savoir que ce geste de retourner le masque n'existait pas avant, n'&#233;tait donc pas possible avant. C'est &#224; expliquer ou &#224; rendre compte de la possibilit&#233; de ce geste que s'emploie ce texte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier paragraphe se termine en abordant une question qui sera essentielle, celle de la distinction entre vrai et faux, entre de ce qui rel&#232;ve de la v&#233;rit&#233; donc, et de la fausset&#233;, ou du mensonge, m&#234;me si Flusser ne prononce pas les mots.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4201 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/781-snadji-immemorable-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH735/781-snadji-immemorable-fnl-cf7dd.jpg?1772236222' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors comment expliquer l'existence de ce geste autant que ce qu'il est ? Flusser choisit, pour nous en parler, cette fiction th&#233;&#226;trale qu'est le carnaval de Rio. Et il commence par nous dire que cette situation est celle du pr&#233;sent, de notre pr&#233;sent. Ainsi faut-il &#234;tre tr&#232;s attentif &#224; ce moment, car il nous indique d&#233;j&#224; que quelque chose a bascul&#233;, a d&#233;j&#224; eu lieu, est d&#233;j&#224; l&#224; dans le monde des masques qui est le n&#244;tre. Oui, quelque chose est apparu, l'existence d'un troisi&#232;me terme qui vient se loger &#171; entre &#187; ou plut&#244;t &#224; c&#244;t&#233; des acteurs habituels de ce th&#233;&#226;tre. Ou plus exactement, c'est d&#233;j&#224; un autre geste qui est possible, qui existe et qui a d&#233;j&#224; envelopp&#233; les deux autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sumons : la ville devient un th&#233;&#226;tre, c'est d&#233;j&#224; une ville post-moderne faudrait-il dire, et dans ce th&#233;&#226;tre g&#233;n&#233;ralis&#233; est apparue, en plus des deux figures traditionnelles, acteurs et juges, une troisi&#232;me figure, celle des retourneurs de masques. Ils sont pr&#233;sent&#233;s comme ayant une fonction nouvelle, comme accomplissant un geste nouveau qui n'existait pas avant. Comme on le voit, ce geste n'est pas pr&#233;sent&#233; par Flusser comme ayant une origine pr&#233;cise mais comme &#233;tant apparu en quelque sorte dans un espace qui s'est cr&#233;&#233; entre les deux autres gestes, celui de porter des masques et celui de juger les masques. Il ne dit pas non plus qu'il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par ces autres gestes ou ces autres personnages, mais d'une certaine mani&#232;re qu'il a &#233;t&#233; rendu possible par cette th&#233;&#226;tralisation des relations entre masques et juges. On le voit, nous avons p&#233;n&#233;tr&#233; dans la soci&#233;t&#233; spectaculaire, et c'est d'elle dont parle Flusser &#224; sa mani&#232;re, c'est elle qui a engendr&#233; cette nouvelle fonction, ce nouveau geste de retourner les masques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et Flusser ajoute que ces retourneurs de masques ne sont pas pr&#233;sents au moment o&#249; a lieu l'&#233;v&#233;nement qu'ils organisent, m&#234;me s'ils peuvent y participer comme les autres. Leur fonction est diff&#233;rente ontologiquement pourrait-on dire de celles des autres, qui sont au fond des acteurs. Mais nous verrons qu'ils ne sont pas non plus les metteurs en sc&#232;ne de la sc&#232;ne th&#233;&#226;trale qu'est devenue la ville lors du carnaval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc au monde A, le monde d'avant, du pass&#233;, le monde dans lequel n'existent pas les retourneurs de masques, le monde historique donc. Ce paragraphe rappelle des choses qui nous sont famili&#232;res, le partage entre trois grandes &#233;poques, la pr&#233;histoire, l'histoire et la post-histoire. Dans le champ de la pr&#233;histoire, rapidement &#233;voqu&#233;e, r&#232;gne un autre statut du masque, pour dire vite le masque du chamane, qui permet &#224; celui qui le porte de se transporter dans un autre monde, de devenir autre chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le monde historique, le monde des masques que nous connaissons, r&#232;gne une articulation entre les couples d'opposition qui ont fait les beaux jours de la dialectique : action et contemplation ou en termes plus marxistes, th&#233;orie et pratique.&lt;br class='autobr' /&gt;
En notant cependant que l'exemple choisi du carnaval de Rio est un exemple limite entre histoire et pr&#233;histoire, Flusser nous indique une piste, celle qui fait de la post-histoire un moment ou des &#233;l&#233;ments de la pr&#233;histoire (une certaine dimension magique en particulier) viennent s'int&#233;grer ou participer &#224; cet autre moment qu'est celui de la post-histoire. C'est donc une affaire de temporalit&#233; qui est au c&#339;ur de ce processus, c'est-&#224;-dire la mani&#232;re dont nous articulons pr&#233;sent pass&#233; et futur. Or l'histoire, c'est cela, une croyance en une articulation particuli&#232;re qui fait que le pass&#233; et le pr&#233;sent sont tous deux tendus vers un avenir dont le terme est consid&#233;r&#233; non pas comme pr&#233;visible en tant que tel, mais ob&#233;issant aux lois de la raison. En gros, il s'agit de l'histoire h&#233;g&#233;lienne qui voit le temps du d&#233;ploiement de la v&#233;rit&#233; et de la raison &#233;pouser celui du temps lin&#233;aire et de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc &#224; nos tourneurs de masques. Ils habitent une sorte d'espace-temps particulier qui n'est pas celui du temps lin&#233;aire. Et c'est sans doute cette torsion dans le cours du temps qui est le point essentiel. &#171; Il est en train de programmer le carnaval de l'ann&#233;e prochaine. Pour lui le carnaval de cette ann&#233;e a &#233;t&#233; d&#233;pass&#233; avant d'avoir commenc&#233; et ce non pas parce qu'il peut pr&#233;voir l'&#233;v&#233;nement &#187; (p. 105). Et cette torsion du temps, cette annulation de la fonction organisatrice rectrice de la fl&#232;che du temps a une cons&#233;quence tr&#232;s importante, elle modifie le rapport au r&#233;el, &#224; ce qui va avoir lieu, ici le carnaval comme th&#233;&#226;tre de l'histoire, en faisant de ce qui va avoir lieu quelque chose qui n'a plus de valeur, plus de sens en soi-m&#234;me, sinon comme une sorte de chose ou d'objet mais qui n'existerait pas pour un sujet mais pour un joueur. C'est le statut m&#234;me du sujet, du sujet de l'histoire qui se trouve transform&#233; dans ce moment-l&#224;. Ce qui va venir n'est plus engag&#233; dans une relation de tension avec ce qui le pr&#233;c&#232;de, mais est, avec ce qui le pr&#233;c&#232;de, rendu disponible, c'est-&#224;-dire que l'on passe d'une situation historique consid&#233;r&#233;e comme un affrontement entre des consciences subjectives &#224; une situation &#171; objective &#187; au sens o&#249; &#234;tres et relations sont dans la position d'&#234;tre &#224; disposition, sous la main, comme des objets. D'une certaine mani&#232;re cela signe l'effacement du sujet comme instance d&#233;cisionnelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mot important dans ce paragraphe c'est celui de programme. Mais nous le commenterons plus tard. Et il est associ&#233; &#224; celui de fonctionnaire, mais nous savons d&#233;j&#224; que le fonctionnaire est fonctionnaire du programme et non pas de l'&#233;tat pour lequel il travaille.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4202 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/782-snadji-immemorable-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH735/782-snadji-immemorable-fnl-5dbe3.jpg?1772236222' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous revenons donc &#224; la vision du monde des porteurs de masques et des observateurs contemplateurs et juges. En fait leur vision du monde et d'eux-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire de l'histoire comme sc&#232;ne sur laquelle s'affrontent des subjectivit&#233;s raisonnables en vue de la prise de contr&#244;le sur la direction dans laquelle faire &#233;voluer l'histoire, ne peut pas prendre en compte l'existence des tourneurs de masques. C'est l&#224; le double aveuglement qui est le leur, c'est-&#224;-dire le n&#244;tre : l'impossibilit&#233; de reconna&#238;tre que cette fonction existe et qu'elle transforme du tout au tout la structure m&#234;me de la pens&#233;e comme de l'existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi voit-on dans ce paragraphe se retourner toutes nos croyances qui s'&#233;talent devant nous comme des illusions, notre croyance en la subjectivit&#233;, en la libert&#233; et en la v&#233;rit&#233;, bref de la conscience comme structure de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre points sont donc essentiels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La subjectivit&#233; comme moteur de l'histoire con&#231;ue comme espace/temps de la rencontre et de l'opposition entre deux subjectivit&#233;s, bref de l'articulation entre soi et l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La libert&#233; comme type d'articulation des relations entre soi et l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La v&#233;rit&#233; comme domaine abstrait commun aux diff&#233;rentes consciences et mesure de leurs diff&#233;rences m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le temps comme ligne d'articulation entre ces diverses instances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c'est l&#224; le point essentiel, nous avons &#233;voqu&#233; la torsion du temps. Elle a un effet, c'est que le futur ne prend plus la forme de ce vers quoi s'oriente un projet mais de cet espace/temps nouveau dans lequel la manipulation des donn&#233;es des r&#232;gles du jeu est possible. Et ceci parce que le tourneur de masque est et reste invisible, c'est-&#224;-dire qu'il n'&#233;prouve pas le besoin de venir jouer avec les autres sur la sc&#232;ne du th&#233;&#226;tre parce qu'il sait, lui, que ces cat&#233;gories ne sont plus valides que sur la sc&#232;ne alors que lui se trouve hors de la sc&#232;ne, dans ce non-lieu o&#249; se trament les r&#232;gles m&#234;me du jeu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi comprend-on mieux ce que Flusser veut dire lorsqu'il &#233;crit que pour le tourneur de masque, les autres sont des aspects du masque &#224; &#234;tre tourn&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; &#234;tre rendu disponible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les autres, tous les autres sont rendus disponibles non pas pour l'histoire mais pour le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4203 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/783-snadji-immemorable-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH735/783-snadji-immemorable-fnl-1152d.jpg?1772236222' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le tourneur de masques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous en arrivons &#224; ce moment important du portrait du tourneur de masque, si l'on peut parler de portrait bien s&#251;r !&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sa position dans l'espace/temps qui est la chose la plus d&#233;terminante. Il est, par rapport &#224; la grande sc&#232;ne de l'histoire &#224; c&#244;t&#233;, en dehors, au-del&#224; d'elle, au-dessus d'elle, dans une sorte de position transcendantale et pourtant concr&#232;te, immanente. Et son geste n'est pas de retourner un masque pour d&#233;voiler une v&#233;rit&#233;, la sienne ou celle d'un autre participant &#224; la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre de l'histoire, non, sa position est celle d'&#234;tre en dehors de l'histoire de la sc&#232;ne, c'est-&#224;-dire d'avoir un point de vue nouveau, celui du programme. Ce point de vue est le m&#234;me quel que soit le programme, le contenu du programme et l'objet qu'il programme, un point de vue qui ne prend en compte que le programme et non pas les conditions d'effectuation de celui-ci. C'est le point de vue de l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; ce qui est, puisque ce qui compte, c'est ce qui fait &#234;tre, et ce qui fait &#234;tre n'est pas l'&#234;tre, ni Dieu, ni l'homme, ni l'histoire, mais le programme.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la question de savoir pourquoi, il n'y a qu'une r&#233;ponse, &#224; savoir qu'il n'y a pas de raison, mais bien un faisceau de possibilit&#233;s, la possibilit&#233; &#233;tant con&#231;ue comme disponibilit&#233; qui consiste en ce que tout est d&#233;sormais un &#171; &#234;tre sous la main &#187; pour parler comme Heidegger, et comme tel utilisable comme &#233;l&#233;ment dans un jeu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et cette dimension de la disponibilit&#233;, Flusser tente de la mat&#233;rialiser en &#233;voquant enfin cet autre c&#244;t&#233; du masque qui n'est d'aucun int&#233;r&#234;t pour ceux qui jouent en portant les masques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet autre c&#244;t&#233;, c'est comme l'envers d'un gant. Il faut pour le voir ne pas chercher &#224; porter le gant, il en va de m&#234;me pour les masques. Voir l'envers du masque suppose de ne pas vouloir s'en servir comme masque. Le fait de chercher &#224; voir cet autre c&#244;t&#233; implique que l'on se positionne hors des relations qui existent entre ceux qui portent les masques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais alors que d&#233;couvre-t-on ? Nous d&#233;couvrons que la question qui s'effondre sous nos yeux est bien celle de la v&#233;rit&#233;. Dans ces trois paragraphes (p. 106-108) nous sommes tr&#232;s pr&#232;s des analyses de Debord, mais aussi par exemple de th&#232;ses de Derrida comme celles qu'il d&#233;veloppe dans &lt;i&gt;Histoire du mensonge&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux aspects ne cessent de s'enchev&#234;trer, le mensonge g&#233;n&#233;ralis&#233; et le mensonge &#224; soi comme signe de la disparition du soi, comme instance r&#233;gulatrice des liens entre &#233;nonciation et v&#233;racit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais d&#233;velopper ces deux points car ils me semblent importants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Souvenons-nous du renversement de la phrase de Hegel par Debord dans &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt; qu'il rappelle dans les commentaires : &#171; dans un monde renvers&#233; le vrai est un moment du faux &#187;. Nous sommes l&#224; dans le domaine du mensonge g&#233;n&#233;ralis&#233;, c'est-&#224;-dire en fait de l'impossibilit&#233; de dire le vrai, de son impossibilit&#233; radicale, puisque de nouvelles structures d'&#233;nonciation de ce qui compte sont mises en place.&lt;br class='autobr' /&gt;
Derrida est lui aussi confront&#233; &#224; cette question. Il part de la question du mensonge &#224; soi-m&#234;me et il d&#233;bouche sur le m&#234;me champ, celui du mensonge g&#233;n&#233;ralis&#233; comme impossibilit&#233; de dire le vrai ou plut&#244;t comme effacement du vrai comme crit&#232;re de jugement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Debord aussi d&#233;veloppe de mani&#232;re tr&#232;s pr&#233;cise une th&#233;orie du secret dans &lt;i&gt;les commentaires &#224; la soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Flusser, lui, dit que la post-histoire est une position politique au sens global, qu'elle &#233;crit un nouveau chapitre de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4204 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/784-snadji-immemorable-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH735/784-snadji-immemorable-fnl-2c2c6.jpg?1772236222' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - Retour aux masques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les paragraphes qui suivent marquent un retour en arri&#232;re dans le questionnement, une tentative de mesurer la r&#233;action des masques &#224; la d&#233;couverte de ce qu'ils sont, un envers, qu'ils peuvent &#234;tre retourn&#233;s et qu'ils sont retourn&#233;s. Et ce que constate Flusser, c'est qu'aucune r&#233;action n'est possible car, pour le dire en une phrase, le masque colle &#224; celui qui le porte et il ne peut &#233;tablir de distance entre lui et l'autre, ou plut&#244;t il ne peut &#233;tablir d'autre distance que celle qui est n&#233;cessaire au jeu sur la sc&#232;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais renvoyer ici aux pages 94 &#224; 98 d'un grand livre, &lt;i&gt;Les cahiers de Malte Laurids Brigge&lt;/i&gt; de Rilke, qui &#233;voque l'espace m&#234;me dans lequel le masque existe, espace qui est celui de la distance qui existe entre soi et l'autre, entre soi comme tendu vers l'autre et le devenir autre de soi-m&#234;me &#224; travers, par et comme masque. Mais en aucun cas, il n'est possible de penser cet envers du masque.&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait croire que ceux qui connaissent l'envers du masque sont les fabricants, qui seraient ainsi &#233;lev&#233;s au rang de manipulateurs, mais ce n'est pas le cas puisqu'ils pensent les masques en fonction de la pi&#232;ce qui va se jouer. &#171; Pour voir le c&#244;t&#233; int&#233;rieur et avoir la vision post-historique, il faut retourner le masque &#187; (p. 109).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce qui est ici important, c'est de souligner le fait suivant : le masque est retourn&#233; parce que l'on pense post-historiquement, et c'est le fait de retourner le masque qui nous fait penser de mani&#232;re post-historique. Nous sommes bien hors de la logique rationnelle et il n'y a d'explication que celle qui fut donn&#233;e au d&#233;but du texte &#224; savoir qu'une distance d'un type nouveau a &#233;t&#233; introduite dans notre rapport au r&#233;el par le jeu m&#234;me des m&#233;diations dont le masque est ici la m&#233;taphore g&#233;n&#233;rale. Le fait qu'un tel point de vue soit possible existe donc, suffit &#224; faire que l'on s'y rende et occupe la place, mais cette place n'est plus du tout celle du p&#232;re ou de Dieu, mais celle de rien et de personne. Et en occupant cette place on devient rien ou personne et on pense en fonction de cette part anonyme sans nom et sans visage qu'est l'envers du masque. Le d&#233;veloppement de ce point par l'exemple du masque politique est d'actualit&#233;. Cela explique en partie pourquoi il est impossible que le d&#233;bat politique, qui est bas&#233; sur le jeu des masques et sur l'existence suppos&#233;e d'une conscience historique, ne soit plus que le lieu d'un affrontement de mascarade, mais aussi que ceux qui parlent par ces masques ne puissent rien dire d'autre. M&#234;me s'ils savent ce qu'il en est de l'envers du masque, du moins un peu, ils sont prisonniers de leur masque et sont donc eux-m&#234;mes des marionnettes du programme qui les fait exister.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4206 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/785-snadji-immemorable-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH735/785-snadji-immemorable-fnl-e14de.jpg?1772236222' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV - Penser post-historiquement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Penser post-historiquement, c'est penser l'existence de ce que Flusser appelle programme.&lt;br class='autobr' /&gt;
On l'a vu avec l'appareil photo mais en fait pour lui la structure de la pens&#233;e post-historique, c'est le programme et le programme est une sorte de m&#233;canique de mise en ab&#238;me circulaire qui interdit de penser une origine et enfin qui transforme, on l'a dit, l'ordre temporel m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, retourner un masque ce n'est pas d&#233;couvrir LA v&#233;rit&#233; mais une nouvelle structure, la structure de la post-histoire qui est cette distance inframince, faudrait-il dire, pour parler avec Duchamp, qui permet la mise en place d'un point de vue de type transcendantal dans lequel ce n'est ni l'homme ni Dieu qui prend place, mais le programme et ceux qui l'appliquent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reprenons avec Flusser les cons&#233;quences qu'a l'existence de la post-histoire sur notre vision du monde. On pourrait dire que l'on a affaire &#224; une sorte de carr&#233; dont on aurait retourn&#233; les angles un &#224; un, et que l'on d&#233;couvrirait d'un coup l'autre face.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier point c'est l'abolition du futur, son renversement en une dimension disponible, c'est-&#224;-dire en quelque chose qui en fait un &#234;tre sous la main et non plus l'horizon d'un projet et l'horizon pour une conscience. Or nous savons que l'horizon est le nom que l'on donne &#224; cette projection de la conscience dans le mouvement d'auto-appropriation d'elle-m&#234;me et du monde qui la caract&#233;rise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Exit la conscience par renversement de l'ordre temporel, on est dans le magique, dans l'&#233;ternel retour dont nous avons parl&#233; longtemps d&#233;j&#224;, celui de l'image.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ext&#233;riorit&#233; par rapport &#224; l'histoire, au temps lin&#233;aire, implique que l'histoire m&#234;me est devenue un objet avec lequel il est possible de jouer, un objet disponible pour le jeu, pour la pens&#233;e du jeu. Et ici, pour celui qui joue avec le jeu, les lamentations de ceux qui jouent dans le jeu lui importent peu. La mauvaise conscience n'a plus cours, un point c'est tout !&lt;br class='autobr' /&gt;
La transformation des lois en r&#232;gle du jeu nous ram&#232;ne &#224; ce que De Maillard disait dans son livre &lt;i&gt;L'avenir du crime&lt;/i&gt; en particulier &#224; la page 76 .&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cons&#233;quences les plus directes sont la disparition du sujet comme instance r&#233;gulatrice, autrement dit de la conscience et donc la croyance en la v&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reste la conclusion comme toujours pseudo optimiste de Flusser sur la possibilit&#233; de penser le sens, non plus &#224; partir de l'histoire, mais de la post-histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4207 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/786-snadji-immemorable-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH735/786-snadji-immemorable-fnl-b273c.jpg?1772236222' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V - L'image&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il est n&#233;cessaire de relier ce texte &#224; notre interrogation sur l'image. Et ceci va se faire de la mani&#232;re suivante. C'est &#224; partir de l'image, cette fois prise du c&#244;t&#233; des modes m&#234;mes de son existence qu'il nous faut nous tourner et cette conclusion vaut comme une introduction aux prochaines s&#233;ances et &#224; Benjamin en particulier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a une sorte de programme rep&#233;rable qui a envahit la soci&#233;t&#233; depuis que les images sont reproductibles techniquement. Debord nomme spectacle, cette nouvelle dimension. Il est n&#233;cessaire de rappeler ici la d&#233;finition du spectacle, enfin l'une de celles qu'il donne dans son livre &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt; au paragraphe 4 : &#171; le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes m&#233;diatis&#233; par des images &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois qu'il sera n&#233;cessaire peut-&#234;tre de faire au moins une s&#233;ance sur les notions de spectacle et d'image chez Debord, en analysant aussi bien ses livres que ses films.&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait dire ici que les images spectaculaires fonctionnent comme le programme m&#234;me de la soci&#233;t&#233; capitaliste avanc&#233;e ou plut&#244;t constituent v&#233;ritablement son programme.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; encore nous nous trouvons devant la question de savoir s'il nous faut nous en tenir au programme ou aux images comme programme, ou si en analysant aussi leur mode de diffusion et leur contenu on pourra mieux comprendre ce programme et leur fonctionnement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Derrida en est parfaitement conscient lorsqu'il &#233;voque la techno performativit&#233; m&#233;diatique en r&#233;f&#233;rence ici comme plus loin &#224; un texte d'Hannah Arendt.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces passages, on y comprend sans doute mieux ce qui est vis&#233; ici, &#224; savoir la r&#233;alit&#233; m&#234;me du d&#233;ploiement des programmes comme mode de ce qui d&#233;termine le mode d'existence m&#234;me de la r&#233;alit&#233; comme nouvel ordre du monde, comme nouvelle vision du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais aussi la difficult&#233; qu'il y a &#224; penser &#224; partir de la philosophie cette nouvelle donne, les tergiversations auxquelles cela donne lieu et qui pourtant sont sans doute in&#233;vitables et n&#233;cessaires. Flusser nous invite &#224; sauter le pas et au fond Derrida aussi. Comment penser cette nouvelle image du monde sans en &#234;tre prisonnier ? Est-ce possible ? L&#224; encore nous faisons face &#224; la question de notre libert&#233;, pas une libert&#233; fantasm&#233;e, mais celle qui peut nous permettre de ne pas tomber sous le rouleau compresseur de la m&#233;diatisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;ponse reste en suspens, mais le saut qu'il faut accomplir dans la pens&#233;e est, je crois, cette fois lisible de mani&#232;re pr&#233;cise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allons donc nous tourner durant les prochaines s&#233;ances vers une analyse de cette mise en &#339;uvre des images &#224; la fois dans leur fonctionnement comme base de la m&#233;diatisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e et dans ce qu'elles v&#233;hiculent comme contenu informatif et existentiel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>IV - Le geste de t&#233;l&#233;phoner</title>
		<link>http://tk-21.com/Seminaire-2006-2007-IV-Le-geste-de</link>
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		<dc:date>2007-01-09T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>Multim&#233;dia</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>
		<dc:subject>gestes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous allons nous &#233;loigner un peu de l'image qui a &#233;t&#233; le th&#232;me des 13 s&#233;minaires pr&#233;c&#233;dents pour entrer dans un domaine proche, mais n&#233;anmoins tr&#232;s diff&#233;rent, celui de la voix &#224; travers, c'est le moins que l'on puisse dire, un appareil fait pour transmettre la voix et nous faire entendre des voix, le t&#233;l&#233;phone.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH90/arton410-b6479.jpg?1772236222' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous allons nous &#233;loigner un peu de l'image qui a &#233;t&#233; le th&#232;me des 13 s&#233;minaires pr&#233;c&#233;dents pour entrer dans un domaine proche, mais n&#233;anmoins tr&#232;s diff&#233;rent, celui de la voix &#224; travers, c'est le moins que l'on puisse dire, un appareil fait pour transmettre la voix et nous faire entendre des voix, le t&#233;l&#233;phone.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Aujourd'hui est un jour un peu particulier, car pour la premi&#232;re fois nous allons nous &#233;loigner un peu de l'image qui a &#233;t&#233; le th&#232;me des 13 s&#233;minaires pr&#233;c&#233;dents pour entrer dans un domaine proche mais n&#233;anmoins tr&#232;s diff&#233;rent, celui de la voix &#224; travers, c'est le moins que l'on puisse dire, un appareil fait pour transmettre la voix et nous faire entendre des voix, le t&#233;l&#233;phone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partirons encore une fois d'un texte de Flusser, intitul&#233;&lt;i&gt; Le geste de t&#233;l&#233;phoner &lt;/i&gt; qui se trouve dans son livre, &lt;i&gt;Les gestes&lt;/i&gt; qui pour ancien qu'il soit, comme en t&#233;moignent certaines remarques, reste, d&#232;s lors que l'on se confronte aussi par exemple au livre d'Avital Ronell, &lt;i&gt;Telephone Book&lt;/i&gt;, paru aux &#201;ditions Bayard en 2006, particuli&#232;rement pr&#233;cis et posant les bonnes questions.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3333 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/01-hitchcock.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/01-hitchcock-d27a2.jpg?1520171516' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce petit pas de c&#244;t&#233; hors du domaine de l'image va nous permettre de prendre du champ et justement d'analyser un ph&#233;nom&#232;ne qui est aussi fascinant que celui de l'image, celui de la voix. Fascinant au sens propre, car la voix fascine autant que l'image et peut-&#234;tre m&#234;me plus, car m&#234;me si nous pouvons &#233;voquer des images int&#233;rieures, la confrontation avec une image mat&#233;rielle implique ou suppose une distance per&#231;ue entre celui regarde et ce qui est vu, alors que la voix a cette particularit&#233; de se trouver &#224; la fois toujours &#224; distance et en nous, de p&#233;n&#233;trer en nous d'une mani&#232;re en tout cas plus directe, plus profonde que l'image.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on veut simplement faire un rappel du c&#244;t&#233; de nos souvenirs pr&#233;-humains, pour un animal, lorsqu'il voit son ennemi il est souvent trop tard, alors que les bruits lui laissent le loisir d'anticiper. Les signaux sonores, plus volatiles que les signaux visuels sont aussi plus rapides et renseignent, informent plus t&#244;t, c'est-&#224;-dire qu'ils remplissent mieux leur fonction essentielle de prot&#233;ger voire de sauver du danger qui peut nous menacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, avec la question du t&#233;l&#233;phone et donc de la voix, nous entrons de mani&#232;re directe &#224; la fois au c&#339;ur de la philosophie et au c&#339;ur de ce qui constitue les maladies mentales comme la schizophr&#233;nie, dont l'un des sympt&#244;mes est le fait d'entendre des voix. Entre l'appel et l'&#233;coute, entre entendre et parler, entre recevoir et donner, entre la voix et le sens, c'est essentiellement la question du statut de la conscience qui se dessine et c'est &#224; elle que nous avons eu affaire ces derniers mois d&#233;j&#224; lorsque nous parlions de l'image, mais sans y pr&#234;ter vraiment attention.&lt;br class='autobr' /&gt;
La voix va nous permettre &#233;galement d'avancer dans la question de la post-histoire au sens o&#249; l'entend Flusser mais aussi Sloterdijk, dans la mesure o&#249; la rencontre avec le livre d'Avital Ronell va nous conduire &#224; revenir sur l'un des livres essentiels du XXe si&#232;cle &lt;i&gt;L'&#234;tre et le temps&lt;/i&gt; de Heidegger et en particulier sur les chapitres consacr&#233;s &#224; l'appel de la conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais juste rapporter ce que Sloterdijk dit dans un texte paru en fran&#231;ais dans &lt;i&gt;Le magazine litt&#233;raire&lt;/i&gt; hors s&#233;rie de mars/avril 2006 &#224; la page 45 : &#171; Il (Heidegger) devrait passer d&#233;sormais pour le v&#233;ritable d&#233;couvreur et auteur du th&#233;or&#232;me de la post-histoire. Ses descriptions de l'existence inauthentique dans les sulfureux chapitres sur le &#171; on &#187; d'&lt;i&gt;&#202;tre et temps&lt;/i&gt;, mais aussi ses analyses de l'ennui dans son cours sur les concepts fondamentaux ne laissent aucun doute sur ce point : on a affaire ici &#224; un diagnostic de premier ordre sur l'&#233;poque &#187;. Et vous rappeler sur quoi porte le livre d'Avital Ronell, sur les liens &#224; &#233;tablir entre la notion d'appel et d'appel de la conscience d&#233;velopp&#233;e dans &lt;i&gt;Sein und Zeit&lt;/i&gt;, et l'appel t&#233;l&#233;phonique qu'Heidegger a re&#231;u des SA et par lequel on lui a demand&#233;, alors qu'il &#233;tait recteur de l'universit&#233; de Fribourg en 1933, d'afficher les premi&#232;re r&#232;gles de discrimination contre les juifs, ce que, dit-il, il n'aurait pas fait, chose qu'il &#233;nonce dans l'entretien qui a &#233;t&#233; publi&#233; apr&#232;s sa mort par le Spiegel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais avant d'en arriver &#224; la facticit&#233; du &#171; on &#187;, tournons-nous vers la voix, tendons l'oreille, &#233;coutons. Peut-&#234;tre qu'un t&#233;l&#233;phone va se mettre &#224; sonner !&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme c'est du geste de t&#233;l&#233;phoner dont nous partons, revenons donc au texte de Flusser. Comme toujours, malgr&#233; certaines remarques qui font que ce texte date un peu, et malgr&#233; son approche li&#233;e au geste, on va voir qu'il pose avec beaucoup d'acuit&#233; les questions auxquelles nous confronte le t&#233;l&#233;phone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tentons de le suivre un moment dans cette description du geste. Elle part de la description de l'objet qui se r&#233;v&#232;le imm&#233;diatement &#234;tre un objet ou un appareil &#233;trange puisque son existence suppose et implique absolument l'existence de deux &#171; points de vue &#187;, si vous me passez l'expression, et en tout cas de deux entit&#233;s, &#224; savoir au moins une bouche qui parle ou une source qui &#233;met des sons et une oreille qui les re&#231;oit, les capte,les analyse, les transcrit. Mais cela se complique d'entr&#233;e dans la mesure o&#249; ce n'est pas un appareil qui est enti&#232;rement soumis &#224; la volont&#233; de son utilisateur, bien au contraire. Une radio, par exemple, on l'allume ou on l'&#233;teint comme et quand on veut (sauf dans les approches totalitaires de l'&#233;mission d'ordres que Orwell, par exemple, a d&#233;crites). Le t&#233;l&#233;phone, il sonne m&#234;me si on ne le souhaite pas et c'est m&#234;me cela qui le caract&#233;rise comme appareil, c'est qu'il nous appelle &#224; venir &#224; lui pour d&#233;couvrir qui, par son truchement, nous appelle. Et cet appel sonne comme un ordre, car nous le savons tous, nous ne pouvons nous soustraire &#224; cette sonnerie qui envahit l'espace. Mais nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3334 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/02-bogart.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH355/02-bogart-5153b.jpg?1520171516' width='500' height='355' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'appel est donc coessentiel au t&#233;l&#233;phone.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre aspect est important, le fait que la situation est doublement inverse selon que l'on est d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre de l'appareil, car, comme le fait remarquer Flusser, pour celui qui appelle, l'appareil est un objet passif et c'est l'appelant qui est actif, pour celui qui est appel&#233;, c'est lui qui est passif au moment o&#249; cela sonne, et l'appareil par contre est pour lui un objet actif. Tellement actif que l'on n'a plus qu'un objectif lorsqu'il sonne, le faire taire et pour cela on d&#233;croche et l'on se trouve connect&#233; &#224; un autre, &#224; l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela semble une banalit&#233;, mais ces deux cat&#233;gories sont centrales dans l'approche du sujet dans la philosophie, comme en t&#233;moignent entre autres les ultimes recherches de Foucault, mais bien s&#251;r aussi les commencements de la philosophie avec la question des relations entre Socrate et Alcibiade par exemple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; l'autre, c'est aussi une notion essentielle, surtout quand cet autre est l&#224; pour vous parler ou parler avec vous, ce qui est aussi l'un des th&#232;mes fondateurs de la philosophie, que l'on peut appeler sa dimension dialogique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Flusser, d&#232;s le d&#233;but de son texte, &#233;voque &#224; la fois comme un r&#234;ve et comme une dimension &#224; la fois contenue dans cet appareil et en r&#233;serve de cet appareil, le fait que l'on ne peut s'emp&#234;cher d'envisager l'existence d'un t&#233;l&#233;phone qui vous appellerait sans que l'on puisse soi-m&#234;me s'en servir pour appeler.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est non r&#233;aliste mais si l'on revient sur l'aventure heideggerienne, cela a d'une certaine mani&#232;re exist&#233;, c'&#233;tait m&#234;me la r&#233;alit&#233; des appareils que pouvait utiliser le pouvoir nazi pour faire passer, sans qu'ils laissent de traces, un certain nombre de ses ordres. C'est en tout cas un peu ce &#224; quoi a eu affaire Heidegger dans cette histoire. Et comme le fait remarquer Avital Ronell, il a d&#233;croch&#233; et par l&#224; m&#234;me ob&#233;i &#224; l'ordre donn&#233; par le t&#233;l&#233;phone de d&#233;crocher, pr&#233;lude &#224; l'acceptation des ordres donn&#233;s par la voix qui parlera au t&#233;l&#233;phone directement dans notre oreille, dans notre cerveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous en arrivons &#224; un point qui est sans doute le plus important, m&#234;me si Flusser l'&#233;voque peu sous cette forme et Avital Ronell davantage, la question de la fascination par la voix et la mani&#232;re dont la voix peut, plus que tout autre vecteur, nous hypnotiser, nous fasciner, nous conduire &#224; des r&#233;actions qui nous d&#233;connectent du contr&#244;le que nous pouvons avoir sur nous-m&#234;mes et dont le dispositif interne, en permettant la r&#233;gulation, est ce que l'on nomme conscience.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3335 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/03-hitchcock.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH270/03-hitchcock-aec19.jpg?1520171516' width='500' height='270' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant de poursuivre avec le texte de Flusser, je crois qu'il est important de dire quelques mots sur la voix.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais cette fois introduire les r&#233;flexions de Julian Jaynes et vous citer de mani&#232;re tr&#232;s br&#232;ve quelques passages sans d&#233;velopper l'ensemble de ses th&#232;ses sur la conscience. L'enjeu est juste de relever un point essentiel sur les relations cerveau/voix ou voix/fascination/conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre &lt;i&gt;La naissance de la conscience dans l'effondrement de l'esprit&lt;/i&gt; il &#233;crit donc ceci dans le chapitre consacr&#233; &#224; l'origine des hallucinations auditives, page 158 : &#171; L'hypoth&#232;se la plus vraisemblable est que les hallucinations verbales &#233;taient un effet secondaire de la compr&#233;hension du langage, qui se d&#233;veloppa par la s&#233;lection naturelle comme m&#233;thode de contr&#244;le comportemental. &#187; Il poursuit p. 159 : &#171; Un homme du Moyen Pl&#233;istoc&#232;ne oubliait ce qu'il faisait. Par contre, l'homme lingual disposait du langage pour lui rappeler, soit r&#233;p&#233;t&#233; par lui, ce qui n&#233;cessitait un type de volont&#233; dont je ne crois pas qu'il &#233;tait capable, soit, ce qui para&#238;t plus probable, par la r&#233;p&#233;tition d'une hallucination verbale &#034;interne&#034; lui disant ce qu'il devait faire... L'action qui est &#233;troitement fond&#233;e sur les structures aptiques ( c'est-&#224;-dire, dans la terminologie ancienne, instinctives) n'a pas besoin d'amorce temporelle. Par contre, les activit&#233;s acquises qui ne sont jamais achev&#233;es ont besoin, elles, d'&#234;tre entretenues par quelque chose d'ext&#233;rieur &#224; elles-m&#234;mes. C'est ce que les hallucinations verbales permettaient... C'est en fait &#224; ce moment de l'histoire humaine que je crois que le langage articul&#233;, sous la pression s&#233;lective de t&#226;ches longues, se trouve limit&#233; &#224; un seul c&#244;t&#233; du cerveau, pour laisser l'autre c&#244;t&#233; libre pour ces voix per&#231;ues en hallucinations qui pouvaient maintenir ce comportement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici c'est de prendre un peu la mesure de la question que nous pose le t&#233;l&#233;phone qui n'est autre que celle de l'audition de voix qui sont &#224; la fois ext&#233;rieures et int&#233;rieures, viennent d'ailleurs et r&#233;sonnent ou se manifestent directement en nous. Le t&#233;l&#233;phone objective si l'on veut une situation oubli&#233;e par nous car nous ne sommes plus des esprits bicam&#233;raux, et pourtant toujours pr&#233;sente, car il existe encore des gens qui ont de telles hallucinations. On les appelle en g&#233;n&#233;ral des schizos. Mais le t&#233;l&#233;phone, pourrait-on dire, fait de chacun de nous une sorte de schizo ou, pour &#234;tre plus exact, fait de nous des gens qui sont confront&#233;s en permanence &#224; une structure psychotique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; ceci pr&#232;s en effet que dans un &#233;change t&#233;l&#233;phonique en g&#233;n&#233;ral, on est r&#233;ellement deux. Mais on pourra &#233;galement &#233;voquer la naissance du t&#233;l&#233;phone et l'on verra que cette dimension est li&#233;e &#224; son invention, &#224; son histoire, une connexion avec non pas l'autre petit ou grand, mais avec des voix d'ailleurs, des voix de fant&#244;mes ou d'esprits, bref avec une certaine magie (T.B., p. 110, 111).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc un instant au texte de Flusser. Nous suivons le geste et commen&#231;ons par celui qui appelle. Il a une possibilit&#233; innombrable d'appels vers tous les num&#233;ros mais vers une seule personne &#224; la fois. C'est la situation dialogique du t&#233;l&#233;phone. On &#233;tablit des communications &#224; deux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un aspect peu retenu du t&#233;l&#233;phone est pour Flusser important, celui des num&#233;ros, code lin&#233;aire non redondant, prototype de l'ordre cybern&#233;tique. Pas d'erreur possible, pas de marge d'erreur, ou c'est le bon num&#233;ro ou c'est quelqu'un d'autre qui r&#233;pondra.&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit ici que l'on touche la limite, le point d'inflexion qui fait passer de la fonction dialogique &#224; la fonction de surveillance ou de contr&#244;le. Et en ce sens il est clair que le t&#233;l&#233;phone est une sorte d'appareil pr&#233;curseur de l'ambigu&#239;t&#233; des appareils de communication en tout cas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes encore du c&#244;t&#233; de celui qui appelle et l&#224; nous nous trouvons &#224; un moment cl&#233;, celui o&#249; l'on d&#233;croche de l'appareil et o&#249; des bruits divers se font entendre, les voix des fant&#244;mes en quelque sorte (p. 108-109).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci conduit Flusser &#224; poser une sorte d'&#233;quation qui est celle du fonctionnement interne de l'appareil t&#233;l&#233;phonique &#224; savoir que les bruits sont des voix et les voix sont des bruits. Disons-le autrement, les bruits nous connectent potentiellement avec de l'alt&#233;rit&#233; radicale et les voix humaines se comportent comme des alt&#233;rit&#233;s radicales, la douce raillerie qu'il d&#233;tecte dans la voix des anciennes op&#233;ratrices.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la question qui se pose est bien celle de l'appel. Qui appelle qui et pourquoi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai que dans cette description ph&#233;nom&#233;nologique du geste, nous le savons, nous sommes pour l'instant du c&#244;t&#233; de celui qui est en train de composer les num&#233;ros et nous ne nous mettons pas &#224; la place de celui qui va recevoir l'appel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il en va d'un appel et l'appel ici est simple, c'est &#224; la fois une pri&#232;re et un ordre, une pri&#232;re, je t'appelle alors entends-moi, &#233;coute-moi et un ordre, je t'appelle alors r&#233;ponds.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est bien en ce point que nous changeons de c&#244;t&#233;, que soudain le t&#233;l&#233;phone se met &#224; sonner et nous intime l'ordre de faire cesser ce bruit qui envahit l'espace et de d&#233;crocher pour r&#233;pondre &#224; l'appel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3336 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/04-bogart.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH374/04-bogart-aeb92.jpg?1520171516' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, c'est moins le t&#233;l&#233;phone qui sonne que quelqu'un qui appelle, une sorte de neutre en acte. &#199;a sonne, c'est un &#231;a qui sonne, et ce &#231;a sonne, sonne avant toute chose comme un imp&#233;ratif cat&#233;gorique, dit Flusser. Par imp&#233;ratif cat&#233;gorique, Kant entend le principe qui d&#233;termine le passage d'une action contingente &#224; une action n&#233;cessaire inconditionnelle, c'est un commandement, un tu dois agir de cette mani&#232;re, qui s'impose au sujet. C'est certes un ordre de la raison qui articule une n&#233;cessit&#233; morale &#224; un acte incontournable de la volont&#233;, mais c'est surtout la formule du commandement ou de l'interdiction. C'est, si l'on veut, la forme devenue ratio&#239;de, du d&#233;mon de Socrate.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et le t&#233;l&#233;phone qui sonne fonctionne bien ainsi pour celui qui re&#231;oit l'appel. Le ludion bruyant demande &#224; ce qu'on le fasse taire comme bruit pour le faire advenir comme parole ou du moins comme porteur de nouvelle, de message, d'information.&lt;br class='autobr' /&gt;
En gros, le t&#233;l&#233;phone qui sonne, dit Flusser, c'est un appel idiot auquel on ne peut pas se soustraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il y a une autre posture qui existe sans m&#234;me que l'on y pense et qui nous met dans une posture &#224; laquelle on n'&#233;chappe pas d&#232;s lors qu'il y a un t&#233;l&#233;phone, celle de l'attente. On attend toujours plus ou moins un appel. En deux mots, le t&#233;l&#233;phone conforte l'&#234;tre humain dans l'une de ses d&#233;terminations onto-th&#233;ologiques essentielles, celle de l'attente. Le t&#233;l&#233;phone est un appareil messianique ou si l'on pr&#233;f&#232;re th&#233;ologique. Au Venezuela, actuellement, par exemple, un cardinal pr&#233;tend qu'il est &#171; connect&#233; &#187; directement avec Dieu par le truchement du t&#233;l&#233;phone.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3337 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/05-hitchcock.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH348/05-hitchcock-f1a7a.jpg?1520171516' width='500' height='348' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors venons-en &#224; l'attente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flusser va distinguer quatre types d'attente, c'est-&#224;-dire quatre postures existentielles face ou plut&#244;t &#224; c&#244;t&#233; du t&#233;l&#233;phone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette question n'est pas vaine, car il n'y a pas de posture id&#233;ale ou d&#233;sincarn&#233;e, il y a attente et chaque attente est d'un type ou d'un autre et surtout le type de l'attente d&#233;termine la mani&#232;re dont on va r&#233;pondre &#224; l'appel, &#224; l'autre, et dont on va prendre position dans la collectivit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re situation est caract&#233;ris&#233;e par le fait que l'attente explicite est port&#233;e par une tension entre espoir et foi en ce qui va venir. &#171; Le t&#233;l&#233;phone muet forme le centre de l'univers vital &#187;, dit Flusser p.156. C'est une situation de d&#233;pendance o&#249; l'attente est port&#233;e &#224; son maximum ou v&#233;cue comme telle. Il y a danger ou crise et l'appel doit venir soulager la crise. On attend un signe ext&#233;rieur qui va venir se ficher en nous et nous indiquer comment sortir de la crise, c'est-&#224;-dire de l'attente elle-m&#234;me, pour &#234;tre rendu &#224; la vie pratique sans souci.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux situations suivantes sont des situations o&#249; l'attente n'est pas active, est mise entre parenth&#232;ses, soit que l'on est en train de faire quelque chose d'autre qu'attendre, soit que l'on soit en train de dormir, ailleurs, hors de l'attente donc. Et dans les deux cas, il y a agression, soit irruption du public, du dehors, dans le priv&#233;, son monde intime, ses activit&#233;s propres, soit rupture agressive du sommeil qui est comme un coup de couteau au ventre, dit Flusser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait passer un long moment sur cette irruption criminelle du public dans le priv&#233;, car c'est en fait la situation embl&#233;matique qui est devenue la n&#244;tre depuis quelques d&#233;cennies et dont le t&#233;l&#233;phone &#233;tait le pr&#233;curseur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela pourrait faire d'ailleurs l'objet d'une s&#233;ance.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'important, en tout cas, c'est &#224; la fois l'abolition de la fronti&#232;re, le fait que l'autre surgisse en soi ou du moins chez soi sous la forme la plus pernicieuse, celle de la voix, celle de la pr&#233;sence &#224; la fois r&#233;elle et fantomatique et le fait que la pr&#233;sence de cet autre chez moi met en place, mat&#233;rialise si l'on veut, le fonctionnement m&#234;me de ma conscience ou de la conscience. Jacques Derrida, &#224; la page 89 de &lt;i&gt;La voix et le ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt;, &#233;crit en effet : &#171; la voix est l'&#234;tre aupr&#232;s de soi dans la forme de l'universalit&#233; comme conscience. La voix EST la conscience &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a enfin une derni&#232;re situation, celle o&#249; l'on est ouvert &#224; priori &#224; l'appel, o&#249; le t&#233;l&#233;phone fait partie de l'espace organique ou vital, disons donc au travail, au bureau.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; que le t&#233;l&#233;phone rencontre sa fonction dialogique ouverte, ou plut&#244;t c'est l&#224; que se trouve la seule situation ouverte &#224; l'appel o&#249; l'attente est orient&#233;e vers l'appel, et la position existentielle, celle d'&#234;tre pr&#234;t &#224; r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3338 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/06-bogart.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/06-bogart-cfd40.jpg?1520171516' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La fonction dialogique, comme on le voit, n'est pas la dimension essentielle ou premi&#232;re du t&#233;l&#233;phone. Elle existe mais elle rel&#232;ve, comme le fait remarquer Flusser, de d&#233;cisions que les hommes sont susceptibles de prendre par rapport &#224; l'appareil. On retrouve un parall&#232;le avec l'appareil photo dont il avait montr&#233; que l'on avait pour le moins tendance &#224; occulter sa r&#233;alit&#233;, son r&#244;le, sa fonction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en est de m&#234;me ici. La fonction d'ouverture, la dimension dialogique, d&#233;pend de certaines conditions qui nous &#233;chappent, auxquelles nous ne pensons pas, et qui pourtant d&#233;terminent notre relation &#224; nous-m&#234;me et aux autres. Elle n'est pas, comme on le croit trop simplement, la seule dimension ni la dimension essentielle de cet appareil, mais elle n'est possible qu'&#224; certaines conditions. R&#233;fl&#233;chir sur ces conditions, c'est r&#233;fl&#233;chir sur notre libert&#233; r&#233;elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Revenons encore un instant &#224; ce qui se passe une fois que l'on a d&#233;croch&#233; l'appareil et que la voix parvient &#224; notre oreille.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, le point important est qu'il se produit n&#233;cessairement un ph&#233;nom&#232;ne de reconnaissance, au-del&#224; de la situation existentielle dans laquelle on se trouve, attente ou non, ouverture ou non. Entendre, c'est d'abord chercher &#224; reconna&#238;tre la voix. Il s'agit l&#224; d'une sorte de r&#233;flexe pr&#233;-humain si l'on veut. Savoir qui parle, si c'est un ami ou un ennemi, avant m&#234;me de prendre connaissance de la nouvelle qu'il apporte, du message qu'il veut transmettre, c'est ce qui s'impose &#224; nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est aussi &#224; cause de cela que l'on a tendance &#224; identifier l'appareil, le m&#233;dium, avec la voix qui parle, avec le TU qui nous interpelle, et que se d&#233;veloppe la croyance en ceci qu'une communication &#171; imm&#233;diate &#187; existerait. Le m&#233;dium est toujours pr&#233;sent, comme l'appareil photo, il y a seulement que nous l'oublions, l'occultons parce que finalement ce m&#233;dium est appropri&#233; &#224; d&#233;livrer des messages d'exp&#233;rience vitale comme des messages insignifiants. Mais le fait que par le t&#233;l&#233;phone on apprenne la naissance ou la mort de quelqu'un, par exemple, est inscrit dans sa r&#233;alit&#233; de m&#233;dium. Simplement cette dimension est recouverte par l'accumulation de la d&#233;livrance de messages insignifiants mais cela, une fois encore, ne peut qu'occulter le ph&#233;nom&#232;ne essentiel de la d&#233;livrance de messages vitaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il reste en ce point de l'analyse une chose &#224; &#233;voquer, et qui est essentielle, qui est un geste que seul le t&#233;l&#233;phone permet et qu'aucun autre appareil n'autorise, &#224; savoir le fait de pouvoir couper la parole &#224; autrui en reposant le combin&#233;, ou si l'on pr&#233;f&#232;re d'arr&#234;ter la voix qui est venue p&#233;n&#233;trer dans notre espace vital et dans notre cerveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'il faut retenir, et l&#224; aussi c'est quelque chose que nous ne mesurons plus vraiment, c'est la brutalit&#233; de ce geste, la mani&#232;re dont un tel geste nous renvoie v&#233;ritablement &#224; notre insignifiance, &#224; notre existence factuelle, au &#034;On&#034; que l'on est pour parler en termes heideggeriens.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est surtout une mani&#232;re d'interrompre la dimension raisonnable qui est inh&#233;rente au dialogue, c'est une mani&#232;re de briser cet accord fragile qui a conduit &#224; cette ouverture &#224; l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, comme pour faire &#233;cho &#224; cette irruption de l'irrationnel, il y a la possibilit&#233; de d&#233;velopper des dialogues absurdes avec des interlocuteurs absents. L&#224; aussi pour nous c'est normal, mais il ne faut pas oublier cette dimension de dialogue &#233;trange en quoi consiste le fait de parler &#224; un r&#233;pondeur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3339 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/07-hitchcock.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/07-hitchcock-80ba9.jpg?1772236222' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'appel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons en gros parcouru le texte de Flusser, mais je voudrais revenir &#224; celui d'Avital Ronell et d&#233;velopper le point qui me semble essentiel, &#224; savoir que la voix est la conscience, comme le disait Jacques Derrida et que la conscience, disons &#224; partir de Heidegger, est con&#231;ue sinon comme un t&#233;l&#233;phone du moins sur le mod&#232;le d'un central t&#233;l&#233;phonique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus exactement, le chapitre dans &lt;i&gt;&#202;tre et temps&lt;/i&gt; consacr&#233; &#224; la conscience &#171; morale &#187;, le chapitre II de la deuxi&#232;me section, est tout &#224; fait pr&#233;cis dans sa d&#233;finition de la conscience par rapport &#224; l'appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un petit floril&#232;ge de citations permettra de prendre la mesure de l'enjeu.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;273 : - Que crie donc la conscience&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
274 : - Qui n'est appel&#233; par l'appel mais encore qui appelle lui-m&#234;me...&lt;br class='autobr' /&gt;
275 : - L'appel, pr&#233;cis&#233;ment&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
276-277 : - L'appelant n'est mondainement d&#233;terminable...&lt;br class='autobr' /&gt;
fin 277 : - L'appel de la conscience, c'est-&#224;-dire celle-ci m&#234;me...&lt;br class='autobr' /&gt;
288 : - La compr&#233;hension de l'appel est le choisir...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, on comprend que le fonctionnement complexe de la conscience ou plut&#244;t de la conscience comme structure de l'appel du Dasein &#224; lui-m&#234;me est une tentative de saisie de ce qui a lieu dans l'esprit humain et qui se trouve prendre une nouvelle objectivation avec le t&#233;l&#233;phone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le t&#233;l&#233;phone, c'est un peu comme si cela mettait &#224; nu la structure m&#234;me, le m&#233;canisme m&#234;me par lequel la voix et les voix s'organisent en nous, &#224; partir de nous, pour permettre &#224; ce soi de r&#233;guler ses comportements avec ceux des autres soi qui l'entourent. Et quelle est cette structure ? C'est pr&#233;cis&#233;ment, je crois ce que l'on peut commencer &#224; tenter de d&#233;chiffrer &#224; la fois avec l'aide de Flusser et par une lecture attentive de Heidegger via Avital Ronell.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le point essentiel concerne en fait la reconnaissance de la conscience comme &#171; fait universellement constat&#233; et constatable &#187; (p. 269).&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est sans doute l&#224; que se situe le point majeur de toute r&#233;flexion qui voudra analyser, disons, la post-histoire, ou encore la situation de l'homme en ce d&#233;but de mutation plan&#233;taire, de consid&#233;rer comme le propose Jaynes, que la conscience n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne absolu et sur lequel il n'y aurait pas &#224; revenir, que la conscience est un ph&#233;nom&#232;ne historique, qu'elle a une histoire, qu'il y a un avant, et qu'il y aura un apr&#232;s, et que c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que nous sommes en train de vivre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce point est tellement ancr&#233;, tellement un point absolu, qu'il ne peut m&#234;me plus &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un interdit mais comme un point aveugle majeur, au moins dans le champ de la philosophie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ailleurs, dans l'anthropologie par exemple, les choses changent un peu, comme le montre le passage tir&#233; du livre d'Yves Coppens, &lt;i&gt;Le genou de Lucy&lt;/i&gt; aux pages 193-197.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le complexe de Lucy nous rapproche de la th&#232;se majeure de Jaynes telle qu'il l'&#233;voque aux pages 82-83 de son livre. Il s'en &#233;loigne un peu mais au fond ce qui nous importe c'est de prendre la mesure de cette nouvelle donne, de cette dimension &#224; la fois historique de la conscience, &#8211; elle n'appara&#238;t v&#233;ritablement qu'avec le langage &#8211; et trans-temporelle ou phylog&#233;n&#233;tique, dans la mesure o&#249; nous passons tous par un stade d'avant l'existence de la conscience en nous, en ceci que nous apprenons &#224; parler, &#224; construire et nous-m&#234;me et le monde en parall&#232;le et que nous faisons donc l'exp&#233;rience de ce statut d'infans qui a int&#233;ress&#233; tant de gens (Agamben par exemple&#8230;). Or ce statut d'infans, d'&#234;tre priv&#233; de la parole, est en fait un statut de psychotique implicite : on entend et on doit ob&#233;ir, mais on n'a pas encore la capacit&#233; de r&#233;pondre (&lt;i&gt;Foi et savoir&lt;/i&gt;, p. 49).&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi il serait n&#233;cessaire de repenser les donn&#233;es concernant la conscience et c'est d'une certaine mani&#232;re l'ensemble de la philosophie, l'angle de vue qu'elle s'est donn&#233;e pour penser le monde en se pensant elle-m&#234;me, qu'il faut modifier.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, si la s&#233;paration n'est pas le mal qu'il faut combattre par ce qu'il t&#233;moigne de la dette que nous aurions (&lt;i&gt;&#202;tre et Temps&lt;/i&gt;, p. 286), mais bien une donn&#233;e de base, si la conscience n'est pas ce qu'il y a &#224; perdre mais ce qu'il nous faut toujours construire, et qui peut ou pourrait ne pas &#234;tre, si enfin la conscience se r&#233;v&#232;le d&#233;ficiente pour nous aider &#224; nous orienter dans le monde alors&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait nous arrivons &#224; ceci : l'histoire est coextensive &#224; la conscience dans la mesure o&#249; elle est la fiction que s'est invent&#233;e la conscience (pour &#224; la fois parler d'elle et &#233;viter que lui soit pos&#233;e la question de son origine) pour pouvoir rendre compte de sa gen&#232;se tout en effa&#231;ant de ce r&#233;cit le fait qu'elle n'est qu'une fiction et la faire prendre pour une r&#233;alit&#233; absolue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3340 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/08-hitchcock.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH338/08-hitchcock-fbdd7.jpg?1520171517' width='500' height='338' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or, il en va autrement si nous acceptons de regarder la conscience dans son historicit&#233;, pas celle de l'histoire de la conscience mais celle de la conscience dans le temps, dans l'histoire, la grande histoire ou plut&#244;t la longue histoire du d&#233;veloppement de l'humanit&#233;, si nous commen&#231;ons &#224; &#234;tre capables de comprendre la conscience comme fiction invent&#233;e par elle-m&#234;me et si nous nous donnons les moyens d'analyser cette fiction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors nous retrouvons des donn&#233;es aussi importantes que celles que nous apporte Flusser lorsqu'il analyse la d&#233;chirure au moment de la naissance de l'&#233;criture entre les images et les textes. Il faut juste ajouter la voix &#224; cet ensemble pour commencer &#224; pouvoir penser la complexit&#233; de la conscience et la mani&#232;re dont il sera possible de se passer d'elle, entendons d'inventer un autre mode de fonctionnement psychique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est l&#224; que nous retrouvons la question de la voix, de l'appel et de la r&#233;ponse d'une part, et du r&#244;le des images d'autre part. En fait, c'est le r&#244;le des appareils qui commence &#224; se dessiner comme &#233;l&#233;ments invent&#233;s par les hommes et qui r&#233;instaurent une fonctionnalit&#233; &#224; la schize, pour le dire tr&#232;s tr&#232;s vite, c'est-&#224;-dire &#224; la s&#233;paration entre processus ratio&#239;des et moraux, et processus ou comportements &#233;chappant &#224; leur contr&#244;le, entre dimension individuelle et dimension collective de certains comportements, bref entre les ordres et les diff&#233;rents types d'imp&#233;ratifs cat&#233;goriques et leur transcription en comportements rationnels. Et plus globalement, c'est l'interpr&#233;tation de la technique et des technologies qui est en jeu. Et singuli&#232;rement elle a &#233;t&#233;, si l'on veut, assez mal engag&#233;e par Heidegger au d&#233;but du si&#232;cle en tout cas sur un chemin qui, pour &#234;tre jouissif pour la philosophie et les philosophes, a sans doute conduit Heidegger lui-m&#234;me &#224; des m&#233;prises importantes, voire &#224; des lapsus aussi importants et rest&#233;s longtemps non analys&#233;s du genre de celui que rel&#232;ve Avital Ronell entre l'appel des S.A. et la structure de l'appel de la conscience dans &lt;i&gt;&#202;tre et Temps&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous trouvons donc devant un moment important de l'histoire des hommes, pourrait-on dire, puisque se dessinent en effet pour l'instant deux voies, mais on a du mal &#224; les faire fonctionner ind&#233;pendamment l'une de l'autre malgr&#233; tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re c'est celle du dialogue circulaire du jeu de l'information pure comme &#233;l&#233;ment &#224; &#233;changer au gr&#233; des appareils ou d'un dialogue bivalent, c'est-&#224;-dire d'une structure dialogique qui d'une certaine mani&#232;re ressemble encore un peu celle de la conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le probl&#232;me est plus grave puisqu'il s'agit de se demander si la conscience, la structure m&#234;me de la pens&#233;e fond&#233;e sur la m&#233;taphorisation d'exp&#233;riences physiques, si la conversion d'un appel en ordre et d'un ordre en &#233;l&#233;ment rationnel contr&#244;lable par un sujet n'a pas atteint un seuil de non-fonctionnement, li&#233; &#224; la fois au nombre et aux appareils pour le dire vite ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, dialogues en r&#233;seaux dans une soci&#233;t&#233; libre ou soci&#233;t&#233; cybern&#233;tiquement programm&#233;e ? Le probl&#232;me c'est que l'on a les deux, mais que l'un appara&#238;t comme une possibilit&#233; contenue dans l'autre et peu int&#233;ressante en tant que telle au bon fonctionnement de cette autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous en sommes l&#224;, au seuil de la mise en place de comportements psychotiques g&#233;n&#233;ralis&#233;s qui, soit conduiront &#224; des replis peureux, soit &#224; des contr&#244;les accrus et au maintien de la structure de base, soit &#224; la mutation de celle-ci&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; nous de voir&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;S&#233;ance du 9 Janvier 2007&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>III - Le geste avec vid&#233;o </title>
		<link>http://tk-21.com/III-Le-geste-avec-video</link>
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		<dc:date>2006-12-05T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>Multim&#233;dia</dc:subject>
		<dc:subject>vid&#233;o</dc:subject>
		<dc:subject>conscience </dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>
		<dc:subject>repr&#233;sentation </dc:subject>
		<dc:subject>gestes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce s&#233;minaire est consacr&#233; au commentaire du chapitre le geste avec vid&#233;o, du livre Les Gestes de Vil&#233;m Flusser&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://tk-21.com/2006-2007-Les-Gestes" rel="directory"&gt;2006-2007 &#034;Les Gestes&#034;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tk-21.com/Multimedia" rel="tag"&gt;Multim&#233;dia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tk-21.com/video" rel="tag"&gt;vid&#233;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tk-21.com/conscience" rel="tag"&gt;conscience &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tk-21.com/representation" rel="tag"&gt;repr&#233;sentation &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tk-21.com/gestes" rel="tag"&gt;gestes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH118/arton409-25cb2.jpg?1772236222' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce s&#233;minaire est consacr&#233; au commentaire du chapitre le geste avec vid&#233;o, du livre Les Gestes de Vil&#233;m Flusser&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce chapitre est consacr&#233; au geste avec vid&#233;o. Il est important parce que Flusser s'y trouve confront&#233; avec un geste qui &#224; l'&#233;poque &#233;tait nouveau. C'est pour lui le moyen de pr&#233;ciser sa d&#233;marche g&#233;n&#233;rale et pour nous le moment de faire le point sur la suite &#224; donner &#224; ce s&#233;minaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/08-paik-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH483/08-paik-fnl-819aa.jpg?1520171517' width='500' height='483' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatre moments articulent cette r&#233;flexion.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans le premier moment, Flusser rapproche trois &#233;l&#233;ments, la vid&#233;o, la question du geste en g&#233;n&#233;ral et la crise dans laquelle nous nous trouvons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans le second moment la vid&#233;o est mise en relation avec ce que l'on conna&#238;t d&#233;j&#224; et qui lui ressemble le plus, du moins apparemment, le film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans le troisi&#232;me moment, Flusser d&#233;gage ce qui lui semble &#234;tre l'&#233;l&#233;ment nouveau dans la vid&#233;o, le moniteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans le quatri&#232;me moment, il revient sur les liens entre vid&#233;o et temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti pris dans ce texte est en permanence de distinguer entre une approche interne au m&#233;dium et la tentative de d&#233;gager ce qui pourrait constituer une sorte de point de vue ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3326 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/01-viola-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH593/01-viola-fnl-0aacc.jpg?1772236223' width='500' height='593' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I &#8211; Crise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En fait, nous le savons, Flusser comprend notre situation g&#233;n&#233;rale comme une situation de crise. Il le rappelle ici lorsqu'il dit que observer un geste, c'est lire la crise existentielle que nous vivons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qu'une crise ? Flusser en donne une d&#233;finition tr&#232;s simple et tr&#232;s efficace dans un autre texte, le chapitre intitul&#233; Lune dans &lt;i&gt;Essais sur la nature et la culture&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand je regarde la lune par une nuit d&#233;gag&#233;e, je ne vois pas un satellite de la N.A.S.A. m&#234;me si je sais que ce que je vois est un satellite appartenant &#224; la N.A.S.A.. Je continue &#224; voir un satellite naturel de la terre ; ma vision du monde n'int&#232;gre pas ma connaissance. Cette absence d'int&#233;gration de la connaissance &#224; la vision est caract&#233;ristique de situations d&#233;termin&#233;es que nous appelons &#171; crises &#187;. Il est probable que les Grecs de l'antiquit&#233; savaient que la Lune est une sph&#232;re, mais ils continuaient &#224; voir en elle une d&#233;esse. Il est probable que les m&#233;lan&#233;siens savent que la lune est un satellite de la N.A.S.A., mais ils continuent de voir en elle un symbole de la fertilit&#233;. Dans une situation de crise, la vision du monde ne parvient pas &#224; int&#233;grer la connaissance. &#187; &lt;i&gt;(Vil&#233;m Flusser, &lt;i&gt;Essais sur la nature et la culture&lt;/i&gt;, Lune, p. 62, &#201;ditions Circ&#233;, 2005)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien un tel d&#233;calage entre notre vision du monde, ou si l'on pr&#233;f&#232;re nos croyances et nos connaissances qui est ici en jeu. Du c&#244;t&#233; de nos croyances il y a, par exemple, celle que la vid&#233;o est une forme de cin&#233;ma et partant de photographie anim&#233;e ou encore que la vid&#233;o est ou serait un outil dont l'homme disposerait et qui n'informerait pas les gestes de l'homme en retour. Du c&#244;t&#233; de nos connaissances, il appara&#238;t que la vid&#233;o est diff&#233;rente du film et de la photographie et qu'elle est non pas un outil mais un appareil, ou comme le dit ici Flusser un instrument .&lt;br class='autobr' /&gt;
La crise se manifeste par une non-co&#239;ncidence entre deux plans, le plan de la connaissance, qui est &#224; comprendre non comme le plan des connaissances individuelles mais bien comme celui des connaissances possibles sur un sujet, un plan d'o&#249; la subjectivit&#233; est mise entre parenth&#232;ses, et le plan de nos croyances, c'est-&#224;-dire de nos habitudes, de notre enracinement dans des gestes anciens. En d'autres termes, ce qui peut appara&#238;tre comme la forme de la subjectivit&#233; se trouve confront&#233; &#224; l'&#233;mergence d'appareils qui, d'une certaine mani&#232;re, mettent l'homme de c&#244;t&#233;, ou plut&#244;t le transforment en fonctionnaire de l'appareil ou des appareils.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vid&#233;o est bien un tel appareil qui pr&#233;cis&#233;ment, comme les autres appareils, met l'homme entre parenth&#232;ses et qui pourtant en tant que moyen de regarder et d'enregistrer ce qui se passe dans le monde peut appara&#238;tre comme instrument enti&#232;rement au service de l'homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cette illusion ou du moins cette erreur que la r&#233;flexion de Flusser vise &#224; nous aider &#224; corriger.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3330 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/06-viola-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/06-viola-fnl-c5904.jpg?1520171517' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un geste nouveau, c'est une nouvelle mani&#232;re d'utiliser un instrument, mais ce peut aussi &#234;tre de nouveaux gestes engendr&#233;s par l'apparition d'un nouvel appareil. C'est bien le cas avec la vid&#233;o, mais bien que nouveau, cet appareil ressemble suffisamment &#224; d'autres, &#224; la cam&#233;ra par exemple pour que l'on affecte de croire qu'il n'y aurait au fond aucune diff&#233;rence entre les deux.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce facteur de nouveaut&#233; qui retient l'attention de Flusser. Le lit, fait-il remarquer, est un instrument dont nous avons fait le tour des possibilit&#233;s, se coucher dessus, ranger les valises dessous et cacher l'argent dedans.&lt;i&gt; (p. 144)&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un instrument est li&#233; fondamentalement &#224; la coutume, &#224; l'habitude, puisque c'est la coutume qui en d&#233;limite l'usage. Bref c'est lorsque les dangers qu'il rec&#232;le ont tous &#233;t&#233; appr&#233;hend&#233;s, lorsque ses possibilit&#233;s de nouveaut&#233;, de surprise ont &#233;t&#233; &#233;puis&#233;es qu'il rentre dans la coutume, qu'il ne fait plus peur. Le nouveau fascine parce qu'il comporte de l'inconnu et que l'inconnu attire et repousse &#224; la fois. C'est cela la fascination, celle m&#234;me qui est au c&#339;ur de l'image sinon originaire, elle n'existe pas, du moins de l'image des origines, et si nous pouvons dire avoir encore une relation avec cette peur des origines, c'est sans doute en prenant garde &#224; la mani&#232;re dont nous r&#233;agissons &#224; l'inconnu qui, ici, est un appareil nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; un ph&#233;nom&#232;ne auquel il faudrait s'int&#233;resser que nous faisons face ici, celui de la r&#233;troaction de la conscience sur elle-m&#234;me ou plus exactement sur la mani&#232;re dont la conscience r&#233;agit, cr&#233;ant des obstacles en vue de s'opposer &#224; cette r&#233;troaction. Elle veut voir le nouveau et est prisonni&#232;re de cette peur originaire, elle veut appr&#233;hender la peur et le fait en ne voyant pas ce qui constitue le v&#233;ritable danger, &#224; savoir, ici, la perte potentielle de ce qui la caract&#233;rise, la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui appara&#238;t avec un nouvel instrument ou un nouvel appareil, c'est pr&#233;cis&#233;ment qu'il fonctionne comme un pi&#232;ge pour l'imagination, autrement dit qu'il fascine et cela pour deux raisons, la premi&#232;re c'est qu'il rec&#232;le des potentialit&#233;s non explor&#233;es, la seconde c'est qu'il laisse aussi la place &#224; ce que Flusser nomme les possibilit&#233;s de les d&#233;tourner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous retrouvons ici la dialectique, capture par l'instrument ou par le programme, et possibilit&#233; de la libert&#233;. Pour bien la comprendre, il faut remonter non pas au geste de l'utilisateur mais &#224; ce qui le rend possible et donc au programme contenu dans l'appareil qui n'est nomm&#233; ici que par le terme de forme ou d'information et qui est la somme des gestes qui ont permis &#224; l'appareil de voir le jour, somme des gestes qui sont en g&#233;n&#233;ral effac&#233;s ou plut&#244;t oubli&#233;s par l'usage qu'on en fait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ces programmes rec&#232;lent donc des possibilit&#233;s nouvelles qu'il faut &#233;puiser, mais aussi ils fonctionnent comme des ordres, comme des imp&#233;ratifs. L'instrument ou l'appareil nous somme de faire ceci ou cela. Nous retrouvons ici une analyse proche de celle de Heidegger sur la technique comme &lt;i&gt;Gestell&lt;/i&gt;, comme mise en place, appel, sommation &#224; r&#233;pondre, c'est-&#224;-dire &#224; l'utiliser.&lt;br class='autobr' /&gt;
La dialectique est donc simple, virtualit&#233;s ignor&#233;es et actions lib&#233;ratrices, mais on a d&#233;j&#224; vu le peu de possibilit&#233;s que laissait l'appareil photo &#224; ce genre d'actions.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3328 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/03-paik-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH399/03-paik-fnl-f635b.jpg?1520171517' width='500' height='399' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - Vid&#233;o et film&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le second moment de cette analyse conduit Flusser &#224; faire le parall&#232;le entre vid&#233;o et film et cela de mani&#232;re tout &#224; fait logique dans la mesure o&#249; c'est ainsi que fonctionne l'esprit humain. C'est ce que l'on pourrait appeler le travail de la m&#233;taphore qui est ici &#224; l'&#339;uvre si l'on s'accorde &#224; entendre par m&#233;taphore le processus psychique par lequel depuis qu'il pense et parle, l'homme s'approprie l'inconnu. Il le fait en le rapprochant et l'apprivoisant en tentant d'en &#233;loigner le danger, et pour cela il compare l'inconnu et donc le mesure en le rapprochant de choses qu'il conna&#238;t bien ou mieux. Et ce que l'on conna&#238;t mieux que la vid&#233;o, c'est le cin&#233;ma et la photographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais avant d'en arriver &#224; ces &#233;l&#233;ments pr&#233;cis, Flusser n'oublie pas de rappeler le cadre global dans lequel est apparue la vid&#233;o, celui de la t&#233;l&#233;vision. Il faut bien comprendre que ce cadre fonctionne aussi comme un programme, celui implicite forg&#233; par ceux qui ont eu besoin de la vid&#233;o au commencement. Ce n'est pas le propos d'entrer plus en d&#233;tail sur ce point et Flusser le fait dans pour &lt;i&gt;Une philosophie de la photographie&lt;/i&gt;, mais il le rappelle et c'est le plus important, car cela d&#233;termine ou fait partie de ce que l'on pourrait appeler l'ext&#233;riorit&#233; de l'appareil. Cette ext&#233;riorit&#233;, c'est le milieu dans lequel l'appareil prend place et ce dehors de l'appareil est en fait contenu en lui de mani&#232;re certes invisible, mais non irr&#233;elle, et non sans efficacit&#233;. Cela conditionne la dialectique dedans/dehors qui est pos&#233;e au d&#233;but de ce texte et constitue un pi&#232;ge de plus dans la r&#233;flexion, car ce dehors n'est pas gouvern&#233; par la libert&#233; mais bien aussi par les programmes implicites qui ont particip&#233; ou &#233;t&#233; &#224; l'origine m&#234;me de la naissance de l'appareil vid&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'appareil fonctionne donc selon un double mouvement :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de capture, de constitution de m&#233;moire, bref d'enregistrement de donn&#233;es ou plut&#244;t d'information. Comme toujours Flusser part de la mat&#233;rialit&#233; de l'objet, la bande, et le code qui s'y imprime, par lequel le visible et le sonore sont convertis en donn&#233;es num&#233;riques ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de r&#233;duction des quatre dimensions de l'espace-temps &#224; trois. Appara&#238;t alors le parall&#232;le avec la sculpture qui est important, car il permet de d&#233;gager la distinction entre refl&#233;ter et repr&#233;senter et de faire comprendre la diff&#233;rence entre diff&#233;rents types de dimensions.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re mention du film permet de pr&#233;ciser un point important pour la suite, la diff&#233;rence de manipulation possible entre film et bande, c'est-&#224;-dire, au fond, la diff&#233;rence de geste qui est contenue dans l'instrument. Le film est compos&#233; de photographies. On se souvient que pour le film les gestes &#233;taient ceux de couper/coller. On verra ici qu'ils sont diff&#233;rents.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; ce stade de l'analyse, on a bien affaire &#224; deux bandes distinctes, celle du film et celle de la vid&#233;o. Celle de la vid&#233;o cependant n'est pas compos&#233;e d'images photographiques, mais d'un code lin&#233;aire. Nous nous retrouvons confront&#233;s non pas &#224; une question &#224; propos des images seules mais de l'opposition qui existe entre image et code ou texte. Car le code lin&#233;aire, r&#233;p&#232;te Flusser, est un alphabet. &#192; partir de ce constat il est possible de revenir sur la dimension propre de la bande, la tridimensionnalit&#233; qui se diff&#233;rencie de l'unidimensionnalit&#233; de l'alphabet. Il rel&#232;ve aussi un lien entre tridimensionnalit&#233; et passivit&#233; mais aussi complexit&#233; &lt;i&gt;(p. 145).&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend mieux la m&#233;thode de Flusser, partir du connu pour tenter de mesurer la diff&#233;rence qui l'en s&#233;pare et appr&#233;hender l'inconnu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un code lin&#233;aire, mais qui se fixe sur une surface, une bande d&#233;filante, telle est la mat&#233;rialit&#233; de la vid&#233;o. Mais elle est aussi image, et qui dit image technique, dit photographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur ce point Flusser rel&#232;ve une diff&#233;rence de taille entre les deux : la position d'ext&#233;riorit&#233; du photographe par rapport &#224; ce qu'il photographie, relation d'ext&#233;riorit&#233; qui est celle du sujet &#224; l'objet. Et en ce sens la photographie est encore un appareil qui appartient &#224; l'histoire. Avec la vid&#233;o nous entrons de plein pied dans la post-histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nouveaut&#233; de la vid&#233;o tient en l'existence du moniteur, nous dirions aujourd'hui de l'&#233;cran qui est &#224; la fois &#233;cran de contr&#244;le lors de la prise de vue et &#233;cran de vision lors du passage de la bande. C'est en ce que le moniteur induit une nouvelle posture de celui qui filme qu'il est important. Page 146, Flusser note que l'op&#233;rateur vid&#233;o se trouve devant le moniteur comme s'y trouve la sc&#232;ne qu'il filme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'&#233;crit pas comme, mais c'est bien un comme qui est l&#224;, une m&#233;taphore. Il d&#233;signe une relation identique entre les deux faces d'une m&#234;me situation ou plus exactement cela implique que les deux faces appartiennent &#224; la m&#234;me situation, au m&#234;me champ ph&#233;nom&#233;nologique et non &#224; deux champs distincts comme c'est le cas encore pour le geste de photographier.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sans doute le point majeur de cette analyse, la r&#233;versibilit&#233; des points de vue si l'on veut, r&#233;versibilit&#233; qui implique un changement de statut ontologique, pourrait-on dire. En effet, Flusser &#224; ce moment de l'analyse ne parle pas de voir une sc&#232;ne mais de la lire, inscrivant la vid&#233;o dans un champ autre que celui de l'image repr&#233;sent&#233;e. Et surtout il montre que l'&#233;quivalence des points de vue impliquant une permutabilit&#233; des r&#244;les entre preneur d'image et participants &#224; la sc&#232;ne enregistr&#233;e, efface la fronti&#232;re entre sujet et objet ou plus exactement transforme une situation de distinction (ambivalente au sens de Marc Aug&#233;) en une situation ambigu&#235; puisque ontologiquement l'un et l'autre ont une place &#233;quivalente face au moniteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
La distinction aristot&#233;licienne entre nature naturante et nature natur&#233;e ou, ici, entre sujets-objets m&#233;morisant et m&#233;moris&#233;s, s'efface. On quitte la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; comme champ de r&#233;f&#233;rence implicite ou explicite &#224; la production des m&#233;taphores pour entrer dans un champ radicalement nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3327 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/02-viola-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH379/02-viola-fnl-76732.jpg?1772236223' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - Moniteur et Miroir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'est donc ce moniteur ? Dans le geste de filmer, Flusser &#233;tait remont&#233; vers les gestes essentiels qui &#233;taient ceux de couper et de coller. Ici, c'est &#224; partir de cet &#233;l&#233;ment nouveau que se prolonge l'analyse. En tant que miroir, le moniteur a cependant un statut sp&#233;cial en ceci qu'il est en fait l'exact contraire du miroir, dit Flusser &lt;i&gt;(p. 146)&lt;/i&gt; et surtout qu'il &#233;met une lumi&#232;re. Par cet aspect, le moniteur &#171; renverse tous nos concepts traditionnels d'une r&#233;alit&#233; refl&#233;t&#233;e &#187;&lt;i&gt; (p. 147)&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire notre compr&#233;hension m&#234;me du miroir. Cela implique une perte de rep&#232;res et c'est l&#224; que nous retrouvons la situation de crise &#233;voqu&#233;e au d&#233;but. Nous faisons comme si nous savions, comme si cet appareil &#233;tait et n'&#233;tait qu'une cam&#233;ra, alors qu'il est autre chose. Les coordonn&#233;es sont inconnues parce que l'espace psychique dans lequel nous fait entrer cet appareil est nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est aussi une crise de la m&#233;taphore dans laquelle nous nous trouvons, mais c'est un autre probl&#232;me, car nous ne pouvons plus prendre pour r&#233;f&#233;rent et comme base de comparaison le corps et ses humeurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc &#224; la diff&#233;renciation entre deux types de miroirs que se livre Flusser. Il oppose les surfaces de projection, les murs donc, aux surfaces de r&#233;flexion transparentes comme la surface de l'eau qui fut pour l'homme le premier miroir, les murs lui ayant servi &#224; projeter le monde tel qu'il le voyait-pensait.&lt;br class='autobr' /&gt;
La diff&#233;renciation entre film et vid&#233;o nous semble peut-&#234;tre moins urgente qu'elle ne l'&#233;tait pour Flusser au moment o&#249; il r&#233;dige ce texte, mais sans doute n'avons-nous pas totalement enregistr&#233; cette diff&#233;rence de nature.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3329 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/04-paik-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH346/04-paik-fnl-2b64d.jpg?1520171518' width='500' height='346' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV - Vid&#233;o, temps et post-histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Fresque, peinture, photographie telle est la premi&#232;re s&#233;rie, surface d'eau, lentille, microscope, t&#233;lescope, telle est la seconde. La diff&#233;rence que reprend &#224; son compte Flusser entre repr&#233;sentation et pr&#233;sentation est importante.&lt;br class='autobr' /&gt;
La repr&#233;sentation est artistique, elle met en sc&#232;ne le sujet dans sa relation &#224; l'objet et dans la relation &#224; lui-m&#234;me comme potentialit&#233; d'action dans le monde, qui cherche par ces repr&#233;sentations &#224; conna&#238;tre ou du moins &#224; anticiper et &#224; pr&#233;voir l'avenir. Le &#171; re &#187; de repr&#233;sentation dit le pli subjectif comme espace dans lequel vient se loger l'image ou m&#234;me qu'elle invente, cr&#233;e pour pouvoir s'y loger.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pr&#233;sentation est &#233;pist&#233;mologique dit Flusser, en ceci qu'elle se situe par rapport &#224; l'objet film&#233; comme les sciences se situent par rapport &#224; leurs objets, dans une distance infinie et une proximit&#233; tout aussi infinie, c'est-&#224;-dire dans une relation dont la dimension subjective, affective est th&#233;oriquement exclue, distance infinie, mais dans une relation o&#249; rien de ce qui constitue la chose &#224; analyser ne doit &#233;chapper &#224; l'analyse, proximit&#233; infinie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sujet qui enregistre se trouve, on l'a vu, transform&#233; lui-m&#234;me en objet enregistr&#233;, en information m&#233;morisable et m&#233;moris&#233;e. Ainsi, agir sur l'enregistrement, ce n'est plus seulement agir dans et sur la repr&#233;sentation mais bien agir sur les informations et donc sur l'histoire. Le d&#233;veloppement de Flusser est tr&#232;s pr&#233;cis sur ce point. &#171; L'op&#233;rateur vid&#233;o manipule la lin&#233;arit&#233; du temps&#8230;/&#8230; Il n'agit donc pas dans l'histoire seulement mais aussi sur l'histoire. &#187; &lt;i&gt;(p. 148).&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enjeu est important. En se situant &#224; la fois dedans et dehors ou plut&#244;t deux fois dedans et deux fois dehors, l'op&#233;rateur devient lui-m&#234;me un &#233;l&#233;ment de ce qu'il enregistre, et surtout il fait exister une multiplicit&#233; de points de vue et, en tout cas, fait du point de vue de l'homme, du point de vue ph&#233;nom&#233;nologique, un point de vue parmi d'autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est surtout la dimension manipulatrice qui est importante en ce qu'elle implique ou suppose que l'ensemble des donn&#233;es enregistr&#233;es soit consid&#233;r&#233; comme une information au sens que Flusser donne &#224; ce terme, de combinaison improbable d'&#233;l&#233;ments. L'enjeu pour Flusser est de montrer la diff&#233;rence entre deux temporalit&#233;s, celle de l'histoire lin&#233;aire, dans laquelle dans le champ de la repr&#233;sentation, on n'intervient jamais sur les &#233;v&#233;nements sauf de mani&#232;re indirecte, mais en eux, ce qu'avaient compris les situationnistes, et celle de la post-histoire dans laquelle, tout &#233;tant information, la ligne des &#233;v&#233;nements se trouve accessible &#224; la manipulation. Or la ligne des &#233;v&#233;nements manipulables se manifeste pour la premi&#232;re fois dans la vid&#233;o. De plus la pr&#233;sentation possible de plusieurs compositions d'&#233;v&#233;nements fait partie des virtualit&#233;s de la vid&#233;o elle-m&#234;me et cette virtualit&#233; est ce par quoi se signe le passage du r&#233;gime historique au r&#233;gime post-historique. Le temps lui-m&#234;me n'est plus une donn&#233;e &#224; priori de l'exp&#233;rience mais la dimension de la pr&#233;sentation. Il n'est plus lin&#233;aire, on l'a vu d&#233;j&#224; avec la photographie, ni m&#234;me seulement temps de l'&#233;ternel retour, mais bien temps ouvert de la reprise et de la variation infinie, temps multidirectionnel, chaque manipulation pouvant donner lieu potentiellement &#224; un d&#233;veloppement de la situation qu'elle inscrit comme &#233;tant la situation de d&#233;part d'un d&#233;ploiement lin&#233;aire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi vivons-nous au c&#339;ur m&#234;me de la science-fiction qui est en fait le seul v&#233;ritable nom d&#233;signant avec exactitude notre situation aujourd'hui, comme la lecture des derniers livres de J.G. Ballard ou de Jean de Maillard,par exemple, le montre avec &#233;clat.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3331 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://tk-21.com/IMG/jpg/07-viola-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH474/07-viola-fnl-858b3.jpg?1520171518' width='500' height='474' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La conclusion qu'apporte Flusser &#224; sa r&#233;flexion nous convie &#224; relever encore une fois son optimisme mais aussi sa lucidit&#233;. La possibilit&#233; de la libert&#233; va passer non pas par une affirmation crisp&#233;e de la puissance du sujet comme ma&#238;tre des appareils mais par sa capacit&#233; &#224; se glisser dans leur fonctionnement pour en d&#233;gager des zones ou des comportements in&#233;dits &#171; li&#233;s &#224; la virtualit&#233; dialogique &#187; &lt;i&gt;(p. 149)&lt;/i&gt;. Ce point est essentiel. Dans d'autres textes il montre comment la t&#233;l&#233;vision par exemple dans la mesure o&#249; elle serait ouverte sur l'ext&#233;rieur par un syst&#232;me d'&#233;change et de feed-back dans la mesure o&#249; le t&#233;l&#233;spectateur pourrait r&#233;agir directement sur la source de l'information, comment la t&#233;l&#233;vision, donc, pourrait devenir un moyen r&#233;el d'&#233;changes et un vecteur de d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le plus important, et sur ce point il y a beaucoup &#224; faire, &#224; inventer, c'est sur le d&#233;placement &#224; op&#233;rer dans les concepts li&#233;s au fonctionnement de la subjectivit&#233;. Si l'op&#233;rateur participe &#224; un &#233;v&#233;nement tout en le contr&#244;lant, on comprend comment la dimension subjective au lieu d'&#234;tre mise de c&#244;t&#233; comme c'est le cas lorsqu'on croit ma&#238;triser les appareils sans interroger notre soumission &#224; eux, est comme r&#233;introduite mais &#224; partir d'un nouveau point de vue, pourrait-on dire. C'est sans doute ce point de vue ou plut&#244;t cette nouvelle d&#233;termination qu'il faudrait &#224; l'avenir tenter de pr&#233;ciser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous n'en sommes pas l&#224;. La vid&#233;o, comme le reste des appareils, reste d&#233;pendante des programmes et donc de ceux qui les ont con&#231;us comme de ceux qui ont invent&#233; la n&#233;cessit&#233; de leur existence pour asseoir la r&#233;alit&#233; de leur pouvoir. Et c'est aussi en n'oubliant pas la dimension politique dans laquelle nous vivons, que nous pourrons avancer dans ce nouveau monde qu'est celui de la post-histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>II - Le geste filmique</title>
		<link>http://tk-21.com/II-Le-geste-filmique-408</link>
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		<dc:date>2006-11-06T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>Multim&#233;dia</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>
		<dc:subject>cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>gestes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce chapitre est consacr&#233; au geste filmique, mais comme il le fait remarquer d'entr&#233;e, Vil&#233;m Flusser va prendre la question sous un angle inhabituel ou diff&#233;rent, non pas en analysant le geste en train de se faire mais le geste &#224; partir du r&#233;sultat, &#224; partir du film pr&#234;t &#224; &#234;tre projet&#233;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tk-21.com/2006-2007-Les-Gestes" rel="directory"&gt;2006-2007 &#034;Les Gestes&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tk-21.com/Multimedia" rel="tag"&gt;Multim&#233;dia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tk-21.com/cinema" rel="tag"&gt;cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tk-21.com/gestes" rel="tag"&gt;gestes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH75/arton408-fa1f5.jpg?1772236223' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce chapitre est consacr&#233; au geste filmique, mais comme il le fait remarquer d'entr&#233;e, Vil&#233;m Flusser va prendre la question sous un angle inhabituel ou diff&#233;rent, non pas en analysant le geste en train de se faire mais le geste &#224; partir du r&#233;sultat, &#224; partir du film pr&#234;t &#224; &#234;tre projet&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3227 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L300xH457/01-gestes-couv-2-28ebc.jpg?1520171518' width='300' height='457' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Trois grands moments balisent cette analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier tente de pr&#233;senter des &#233;vidences sur la r&#233;ception du film - en partant du lieu dans lequel les films sont montr&#233;s - au terme de laquelle Vil&#233;m Flusser avance sa th&#232;se, &#224; savoir que le geste filmique est un geste qui produit un ruban qu'on peut d&#233;rouler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second moment est l'analyse de ce ruban et des deux gestes qui en d&#233;terminent la r&#233;alisation, couper et coller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me moment tente de d&#233;crypter la fonction du film par rapport &#224; l'histoire dans les deux sens du terme : se passer et raconter ce qui se passe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3221 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L425xH281/01-jlg-15d42.jpg?1520171518' width='425' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reprenons donc ces trois moments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La caverne&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence &#224; la caverne platonicienne est in&#233;vitable, mais ce n'est pas ce qui int&#233;resse Vil&#233;m Flusser. En effet, en rester &#224; la caverne ce serait consid&#233;rer le cin&#233;ma comme un th&#233;&#226;tre d'ombres, ce que Vil&#233;m Flusser r&#233;fute, comme il le dit &#224; la page 117.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci implique que la mani&#232;re de poser la question de la v&#233;rit&#233; ne pourra &#234;tre platonicienne. Et, de la question de la v&#233;rit&#233; inad&#233;quate, il nous faudra poser plut&#244;t la question du vraisemblable. Si donc la dimension de caverne du cin&#233;ma ou son aspect d'ut&#233;rus ne sont pas les plus importants, c'est que, pour Vil&#233;m Flusser, un autre aspect m&#233;rite d'&#234;tre retenu, la dimension politique du cin&#233;ma. Il n'emploie pas le mot mais celui-ci plane au-dessus des deux types de basilique chr&#233;tienne et pa&#239;enne que sont pour lui le cin&#233;ma et le supermarch&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est toute l'histoire de l'image qui est ici mobilis&#233;e et en particulier le renversement ou plut&#244;t l'instauration de l'image comme instrument du pouvoir &#224; partir de Constantin. C'est en effet le moment o&#249; la basilique, qui accueillait comme seules &#171; images &#187; des statues, en fait celles de l'empereur, va accueillir les images m&#234;l&#233;es du Christ - le nouveau dieu - et de l'empereur qui en deviendra l'incarnation sur terre. La basilique va devenir aussi, on le sait, le mod&#232;le architectural de r&#233;f&#233;rence de l'&#233;glise chr&#233;tienne. Elle va donc se peupler d'images, et c'est en ce sens que le cin&#233;ma peut lui &#234;tre associ&#233;, comme une surface sur laquelle viennent s'inscrire des images. Mais, pour Vil&#233;m Flusser, la basilique s'est aussi d&#233;velopp&#233;e dans notre monde &#224; travers les grandes surfaces commerciales qui sont, elles, des temples de la consommation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est important, m&#234;me s'il ne le d&#233;veloppe pas, c'est de remarquer qu'il met le cin&#233;ma du c&#244;t&#233; de la basilique chr&#233;tienne et le supermarch&#233; du c&#244;t&#233; du paganisme. C'est en fait toute la dimension de l'incarnation qui est ici en jeu dans sa relation avec les deux aspects qu'elle peut prendre, celui, imaginaire, de la production d'images comme doubles, et celui, plus concret, des biens qui permettent d'assurer la survie des corps.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3222 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH313/02-jlg-bdc88.jpg?1772206398' width='500' height='313' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que Vil&#233;m Flusser retient, c'est la dimension ou plut&#244;t l'absence de dimension dialogique dans ces deux structures : dans un cas par manque de temps libre, de schol&#233;, de loisir, et dans l'autre par manque de profondeur, c'est-&#224;-dire d'espace pour que s'y pr&#233;sentent des corps r&#233;els et vivants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pi&#232;ge et myst&#232;re sont synchrones, c'est-&#224;-dire qu'ils conditionnent notre perception m&#234;me des images filmiques en ceci qu'ils d&#233;limitent l'espace psychique de notre r&#233;ception des images.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ces deux espaces sont s&#233;par&#233;s, et, dit Vil&#233;m Flusser, &#171; il n'y a pas de feed back &#187; entre les deux publics.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut ici remarquer que ce texte de Vil&#233;m Flusser pourrait en partie &#234;tre lu comme une sorte de &#171; commentaire &#187; sur l'&#339;uvre cin&#233;matographique de Debord. Ici c'est &#224; l'&#233;vidence la mani&#232;re dont Debord pose dans ses films la question de la consommation qui peut &#234;tre relev&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant il y a une dimension platonicienne dans les salles de cin&#233;ma, mais associ&#233;e &#224; une dimension cart&#233;sienne, celle de l'ordre dans lequel les si&#232;ges sont install&#233;s qui d&#233;termine effectivement la position par rapport aux images projet&#233;es. Cette structure est &#233;galement platonicienne car elle oppose une source lumineuse aveuglante - qui est le si&#232;ge de la v&#233;rit&#233; - et un jeu d'ombres qui passe sur un mur - qui est le si&#232;ge de l'illusion. &#192; ceci pr&#232;s que l'on est programm&#233;, dit Vil&#233;m Flusser, pour accepter cette illusion qui rel&#232;ve d&#232;s lors de la cat&#233;gorie du vraisemblable. Notre acceptation implicite du vraisemblable annule en quelque sorte la validit&#233; de la question de la v&#233;rit&#233;, ce qui constitue l'une des grandes mutations qui affectent notre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3223 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/03-jlg-ba080.jpg?1520171519' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout le d&#233;but de son propos vise donc &#224; d&#233;gager l'id&#233;e centrale qui est la sienne : saisir ce qu'est le geste filmique &#224; partir, non pas tant de ce qui est montr&#233; et qui rel&#232;verait d'une analyse du contenu des images ou des images comme contenu, mais de la mani&#232;re dont cela se montre. Il s'agit donc ici de saisir la nouveaut&#233; du cin&#233;ma, ce en quoi il se distingue de ce qui a exist&#233; jusqu'&#224; lui, la bande du film qui est un mixte d'images et de sons, ce que Vil&#232;m Flusser appelle le ruban.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi va se d&#233;ployer un parall&#232;le entre la double ext&#233;riorit&#233; qui &#233;tait celle de l'opposition compl&#233;mentaire entre cin&#233;ma et supermarch&#233; et celle qui caract&#233;rise celui qui regarde le film qui se trouve &#224; la fois devant et dedans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais revenons &#224; cette d&#233;finition du geste filmique : c'est un geste qui produit un ruban qu'on peut d&#233;rouler (p. 117).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette d&#233;finition marque une inflexion dans la d&#233;marche de Vil&#233;m Flusser, car on saute d'une certaine mani&#232;re d'une approche globale ext&#233;rieure au film pour p&#233;n&#233;trer dans la mati&#232;re m&#234;me du film, dans le film comme mati&#232;re faudrait-il dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
On est pass&#233; de la position du spectateur &#224; celle d'analyste de la mati&#232;re filmique avant m&#234;me qu'elle soit prise dans le jeu des significations v&#233;hicul&#233;es par les images.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci est typique de la d&#233;marche de Vil&#233;m Flusser qui produit une analyse qui n'est ni ph&#233;nom&#233;nologique ni proprement mat&#233;rialiste mais qui se situe entre les deux. Et l'on va passer l&#224; encore de l'analyse de la mat&#233;rialit&#233; pour continuer &#224; s'approcher des gestes qui la d&#233;terminent. La mat&#233;rialit&#233; du film c'est donc ce ruban, surface mobile vierge sur lequel des images et du son vont venir s'imprimer. Mais l&#224; n'est pas l'enjeu pour Vil&#233;m Flusser, cette mat&#233;rialit&#233; pure qui serait celle du film vierge. Il s'agit bien de partir du film enregistr&#233; et d'en parler, quel que soit le film, son sujet, ses images.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3324 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH399/01-dziga-vertov-fnl-8e9fc.jpg?1772206398' width='500' height='399' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi passe-t-on de la salle au film, du film comme mati&#232;re au geste mat&#233;riel de filmer, au geste qui fabrique v&#233;ritablement le film, ce geste double de couper et coller.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; se fait le lien avec ce qui nous occupe, le statut de l'image et les relations entre image et texte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est sans doute la remarque la plus judicieuse de Vil&#233;m Flusser, c'est d'indiquer que le tournage d'un film se fait en fonction de ces deux gestes qui attendent la mati&#232;re filmique une fois enregistr&#233;e, que l'enregistrement des images anticipe sur ces deux moments, et est pens&#233; &#224; partir d'eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi peut-il d&#233;gager le geste filmique d'un parall&#232;le trop simple avec celui de photographier. Tout ce qui est dans le geste de photographier se retrouve dans celui de filmer avec cependant une chose en plus, ce qui attend le film apr&#232;s le tournage, le montage et donc le geste de couper-coller.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors comment aborder la sp&#233;cificit&#233; de ce geste double ? : en r&#233;sumant comme il le fait toujours, ici au dernier paragraphe de la page 118, et en introduisant une nouvelle notion essentielle, celle d'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire est comme une sorte de diff&#233;rence de potentiel entre deux p&#244;les, le r&#233;alisateur et le spectateur, entre deux regards, l'un ext&#233;rieur et qui manipule les images et l'autre immanent ou plong&#233; dans les images qui se d&#233;roulent devant lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224;, pour Vil&#233;m Flusser, que se trouve la nouveaut&#233; du cin&#233;ma et ce qui le diff&#233;rencie de la photographie : le cin&#233;ma a &#224; voir avec l'histoire en ce qu'il en invente une nouvelle dimension, qui jusqu'ici &#233;tait comme r&#233;serv&#233;e &#224; l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3325 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH351/02-dziga_vertov-fnl-1f863.jpg?1772206398' width='500' height='351' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faut maintenant analyser le dernier paragraphe qui pose, d'une mani&#232;re diff&#233;rente de celle d'Agamben, dans son texte sur le cin&#233;ma de Debord, la question des liens entre cin&#233;ma et messianisme, entre cin&#233;ma et fin de l'histoire. Les deux semblent se retrouver sur cette th&#232;se fondamentale que le cin&#233;ma est li&#233; &#224; la dimension messianique de l'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Agamben pose la question du montage, c'est-&#224;-dire celle de couper et de coller qu'il nomme, non par rapport aux gestes comme le fait Vil&#233;m Flusser, mais par rapport &#224; ce qu'il appelle les conditions transcendantales du montage, la r&#233;p&#233;tition et l'arr&#234;t. La r&#233;p&#233;tition est li&#233;e &#224; l'&#233;ternel retour du m&#234;me, et l'arr&#234;t &#224; ce suspens du po&#232;me &#224; la fin du vers qui le fait &#233;ternellement h&#233;siter entre son et sens, comme le film h&#233;site entre l'image et le sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l&#224; o&#249; Flusser semble plus pertinent, c'est lorsqu'il montre le ph&#233;nom&#232;ne de r&#233;gression qui a lieu avec le cin&#233;ma, le passage des quatre &#224; trois puis deux dimensions de l'histoire, c'est-&#224;-dire &#224; l'articulation entre les deux modes d'existence des choses, le mode concret et le mode contemplatif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes ici encore et toujours dans la philosophie qui se pr&#233;sente comme une mise en &#339;uvre de la saisie du monde comme th&#233;orie, c'est-&#224;-dire comme contemplation et non comme action ou intervention. Mais si cela semble aller de soi, si nous acceptons cette donne comme une &#233;vidence, nous ne saisissons pas alors le conflit qui se joue entre ces deux modes d'existence des choses ou ces deux modes d'appr&#233;hension du r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un cas l'histoire est l&#224; en acte, mais difficilement d&#233;cidable, dans l'autre elle est l&#224; en image et pr&#233;sent&#233;e comme une th&#232;se d&#233;j&#224; d&#233;chiffrable puisque, compos&#233;e de telle mani&#232;re par le jeu du couper/coller, mais elle est une pr&#233;sentation transform&#233;e du r&#233;el. Et elle est transform&#233;e parce qu'elle nous projette hors de l'espace/temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cin&#233;ma est le r&#234;ve r&#233;alis&#233; du monde imaginaire passant devant nos yeux avec les couleurs du vraisemblable. Et c'est cela la fin de l'histoire, son suspens g&#233;n&#233;ralis&#233; dans le retour sans fin de th&#232;ses dont la variation assure le renouvellement mais non la transformation. Il n'y a plus de transformation possible parce qu'il n'y a plus rien &#224; attendre, l'image perdue est l&#224; devant nous, c'est le r&#233;el tel que nous acceptons de croire qu'il existe dans les images et tel que nous acceptons de laisser faire qu'il disparaisse sous nos yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi retrouve-t-on ici en particulier les pr&#233;occupations de Debord, lorsqu'il piste la brisure entre v&#233;cu et repr&#233;sentation, v&#233;cu et spectacle, et l'on comprend que par le concept de spectacle il pouvait prendre en charge cette perte du concret, du v&#233;cu de tout ce qui se trouve perdu et que nous continuons de laisser perdre en nous projetant dans le monde rassurant de la th&#232;se organis&#233;e qu'est le cin&#233;ma.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors voit-on se dessiner une sorte de constellation autour de cette question des rapports entre image et texte dans le cin&#233;ma qui nous conduit de Flusser &#224; Agamben, de Deleuze avec ses livres sur le cin&#233;ma et le texte de &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Ann&#233;e z&#233;ro visag&#233;it&#233;&lt;/i&gt;, sur la structure trou noir/mur blanc, aux textes de Duras dans &lt;i&gt;Les yeux verts&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;S&#233;ance du 6 novembre 2006&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>I - Les Gestes de Vil&#233;m Flusser</title>
		<link>http://tk-21.com/I-Les-Gestes-de-Vilem-Flusser</link>
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		<dc:date>2006-10-02T17:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>
		<dc:subject>gestes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La post-histoire, c'est le nom que Flusser donne &#224; notre &#233;poque. Elle se caract&#233;rise par une crise, c'est-&#224;-dire une situation o&#249; &#171; la vision du monde ne parvient pas &#224; int&#233;grer la connaissance &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://tk-21.com/2006-2007-Les-Gestes" rel="directory"&gt;2006-2007 &#034;Les Gestes&#034;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH83/arton407-2de4e.jpg?1772236223' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La post-histoire, c'est le nom que Flusser donne &#224; notre &#233;poque. Elle se caract&#233;rise par une crise, c'est-&#224;-dire une situation o&#249; &#171; la vision du monde ne parvient pas &#224; int&#233;grer la connaissance &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3220 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L300xH457/01-gestes-couv-6eb35.jpg?1520119528' width='300' height='457' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi les gestes.
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est n&#233;cessaire dans un premier temps de rappeler les moments principaux de ce texte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir pass&#233; un an &#224; analyser le livre &lt;i&gt;Pour une philosophie de la photographie&lt;/i&gt;, il est tout &#224; fait int&#233;ressant de revenir sur des positions ant&#233;rieures de Flusser et sur la notion de geste. Mais ceci va orienter l'ann&#233;e sur un autre th&#232;me qui ne sera plus l'image, mais bien plut&#244;t la post-histoire. On pourrait intituler l'ensemble des r&#233;flexions de cette ann&#233;e : penser la post-histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La post-histoire, c'est le nom que Flusser donne &#224; notre &#233;poque. Elle se caract&#233;rise par une crise, c'est-&#224;-dire une situation o&#249; &#171; la vision du monde ne parvient pas &#224; int&#233;grer la connaissance &#187; (&lt;i&gt;Essais sur la nature et la culture&lt;/i&gt;, p. 62).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La post-histoire a pour caract&#233;ristiques principales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une remise en cause des oppositions duales comme celle de bien-mal, sujet-objet, vrai-faux, action-passion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une remise en question du mod&#232;le causaliste d'explication du monde (&lt;i&gt;Les gestes&lt;/i&gt; p.192 et De Maillard p. 76).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une remise en cause des sch&#232;mes spatio-temporels et des crit&#232;res d'interpr&#233;tation de la r&#233;alit&#233; et de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu, pour Flusser, c'est de montrer que nous nous situons &#224; un moment charni&#232;re de l'histoire de l'humanit&#233;, &#224; un moment o&#249; une sorte de r&#233;volution du type de la r&#233;volution copernicienne a lieu, c'est-&#224;-dire un changement complet de notre mani&#232;re de voir le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; travers nos gestes, nous pouvons d&#233;coder cette crise, car &#171; l'&#234;tre dans le monde se manifeste par des gestes&#8230;/&#8230; et on peut observer des gestes jamais observ&#233;s jusqu'ici &#187; (&lt;i&gt;Les gestes&lt;/i&gt;, p.185).&lt;br class='autobr' /&gt;
Lire des gestes, c'est donc lire ce que nous sommes en train de devenir, car l'un des aspects de notre crise r&#233;side en cela que &#171; avec notre t&#234;te nous sommes d&#233;j&#224; au-del&#224; de la crise, mais nous vivons du c&#244;t&#233; du pass&#233; &#187; (p. 191).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'analyse du geste en photographie n'est pas un texte sur le geste de photographier ni sur celui de produire des images, mais sur l'ensemble des gestes qu'implique la r&#233;alisation d'une photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est compos&#233; de la mani&#232;re suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Introduction : la question centrale mais seulement esquiss&#233;e ici est celle du renversement qu'implique la photographie par rapport &#224; la peinture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#233;l&#233;ment essentiel est que le sujet entre en quelque sorte dans la photographie alors qu'il est et reste ext&#233;rieur au tableau. Mais ce sont surtout deux points essentiels que Flusser rel&#232;ve, l'autonomie du m&#233;dia photographie par rapport &#224; la peinture et le fait qu'entre peinture et photographie nous passons d'une explication causale d'une relation intentionnelle &#224; une explication s&#233;miologique d'un processus (p. 81-82).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la photographie, comme mode de vision, est &#224; inscrire dans l'histoire de la pens&#233;e occidentale &#224; la fois comme mode op&#233;ratoire de traduction du visible en pensable, comme mode d'interpr&#233;tation du monde et comme mode d'inscription de signes dans le monde. Le rapport fait avec les philosophies empiristes et rationalistes du XVIIe est important, mais le point essentiel est de bien distinguer trois choses : ce qu'est une photographie, une description bidimensionnelle d'un geste, ce qu'est une description textuelle de ce geste et le fait que nous prenons comme mod&#232;le implicite de la description textuelle, par le recours &#224; la m&#233;taphore, le geste de photographier. (p. 84). Le pi&#232;ge tient en ceci que nous croyons que la photographie est le mod&#232;le implicite de toute description parce que nous croyons qu'il existe un rapport &#171; causal &#187; direct entre l'objet photographi&#233; et l'image photographique.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sans doute le point essentiel qui est au c&#339;ur des analyses de Flusser que de nous amener &#224; ne pas rester prisonniers de cette erreur, de cette croyance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L394xH420/01-blow-dc477.jpg?1520119528' width='394' height='420' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question du point de vue et le geste en photographie comme geste philosophique (p. 84-88)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage est pour moi le plus myst&#233;rieux ou le plus difficile. Flusser tente en effet de montrer en quoi nous sommes prisonniers d'une croyance lorsque nous parlons de la photographie et &#224; quoi tient ce pi&#232;ge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me central pos&#233; par le geste de photographier est celui du POINT DE VUE. Le parall&#232;le fait par Flusser consiste &#224; mettre cette question en rapport avec ce qui constitue l'essence de la pens&#233;e de la philosophie qui est une recherche de point de vue, mais aussi une affaire de croyance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pensons voir ce que nous sommes habitu&#233;s &#224; croire (p. 85).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exemple de la prise de vue d'un homme en train de fumer la pipe sert de cadre &#224; cette analyse. Ce que Flusser tente de montrer c'est que les cat&#233;gories traditionnelles du point de vue en peinture et en art en g&#233;n&#233;ral, possibilit&#233; d'un choix li&#233; au bien, ext&#233;riorit&#233; du sujet par rapport &#224; son &#171; objet &#187; et conception de cette vision comme repr&#233;sentation, sont remises en cause de mani&#232;re radicale par la photographie. Ce sont en fait les trois questions essentielles qui traversent l'art occidental qui sont ici &#233;voqu&#233;es, celle du beau, celle de l'imitation et celle de l'incarnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le geste qu'il d&#233;crit permet de faire bouger ces cat&#233;gories.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord le constat que la question du meilleur point de vue est une fausse question ou plut&#244;t que cela n'existe pas puisque la pr&#233;sence du photographe modifie la situation concr&#232;te dans laquelle se trouve ce qui est photographi&#233; (p. 84-85). Ni beaut&#233; ni v&#233;rit&#233; ne sont donc inh&#233;rentes au geste de photographier ni &#224; son projet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a la description complexe des rapports dehors/dedans qui aboutit au constat que le sujet photographiant est inclus dans la sc&#232;ne photographi&#233;e (p. 86). Cette dimension r&#233;flexive de la photographie d&#233;passe la simple r&#233;flexion individuelle puisqu'elle inclut dans le m&#234;me geste le sujet et l'objet, par ce pas en arri&#232;re du photographe en train de chercher le point de vue. Il y a l&#224; un aspect circulaire du geste en photographie ou, si l'on veut, inclusif. Ce geste met en place un nouveau type d'intersubjectivit&#233;. La photographie n'imite donc rien et si elle repr&#233;sente quelque chose, ce n'est pas le r&#233;el, mais un ensemble de relations entre des &#233;l&#233;ments.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;tablissant un parall&#232;le voire en identifiant le geste de photographier avec le geste de philosopher, Flusser donne &#224; la photographie &#224; la fois une place centrale et un r&#244;le majeur dans cette crise que nous &#233;voquions.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH309/01-cour-01964.jpg?1520119528' width='500' height='309' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Trois aspects essentiels ressortent de ce moment de l'analyse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le doute m&#233;thodique pourrait-on dire qui se mat&#233;rialise &#224; travers la question du point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'essence r&#233;flective et auto-consciente du geste qui l'inscrit dans la continuit&#233; des r&#233;flexions grecques sur la th&#233;orie et l'id&#233;e, ou si l'on veut la vision et l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La dimension cr&#233;atrice de la photographie &#171; qui est le r&#233;sultat d'un regard sur le monde mais aussi une transformation du monde, une chose nouvelle&#034; (p. 88).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3216 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L421xH300/02-blow-a3dd6.jpg?1520119528' width='421' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les trois temps du geste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie centrale de ce texte est occup&#233;e par une r&#233;flexion sur le geste en photographie qui est divis&#233;e en trois temps : question du point de vue, enjeux de la manipulation et crit&#232;re du jugement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on veut donner un aper&#231;u rapide des enjeux, il faut tenter de consid&#233;rer chacune des questions comme r&#233;pondant &#224; un des aspects de cette mutation ou de cette crise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le doute concerne la question du Beau qui semble ne plus avoir d'existence dans la mesure o&#249; il n'y a pas de meilleur point de vue possible. La fonction d'un absolu comme crit&#232;re de valeur est de facto interdite.&lt;br class='autobr' /&gt;
La manipulation des donn&#233;es lors de la prise de vue relie le geste de photographier &#224; la question de l'imitation c'est-&#224;-dire &#224; celle de la possibilit&#233; de l'objectivit&#233;. On verra que ni l'une ni l'autre ne r&#233;sistent au geste de photographier.&lt;br class='autobr' /&gt;
La dimension autocritique est li&#233;e &#224; la question du choix et fait &#233;cho &#224; celle, plus classique, de l'incarnation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut aussi remarquer que ces trois questions sont comme des mises en perspective des trois dimensions temporelles, pass&#233; pour le doute, pr&#233;sent pour le geste m&#234;me et futur pour le choix. Disons que ces trois temps du geste sont comme un condens&#233; de l'articulation des trois dimensions temporelles dans la r&#233;flexion philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3217 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L455xH228/02-cour-f31b6.jpg?1520119528' width='455' height='228' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Point de vue et doute&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu pour Flusser est de montrer qu'il n'y a pas d'objectivit&#233; de la photographie et dans les photographies, pour une raison simple, l'absence de point de vue unique, tout comme l'impossibilit&#233; de d&#233;terminer le meilleur point de vue au moment de la prise de vue. Il y a pr&#233;c&#233;dant le geste, une intention, une sorte de pr&#233;-choix, qu'il appelle avoir un BUT. &#171; Le photographe doit avoir un but pour regarder la situation avant qu'il puisse rechercher un bon point de vue d'o&#249; la voir &#187; (p. 91).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dialectique but / situation, tension entre les divers points de vue sur la situation, voil&#224; la situation de doute qui est celle du photographe au moment de l'accomplissement de son geste.&lt;br class='autobr' /&gt;
La beaut&#233;, si beaut&#233; il y a, sera donc toujours relative. En fait, elle n'est plus m&#234;me un enjeu. C'est l'impossibilit&#233; de trancher par la raison, de fonder ses choix dans la subjectivit&#233; comme dans l'objectivit&#233;, dans le sujet comme dans l'objet, qui est ici r&#233;v&#233;l&#233;e. C'est d'elle que d&#233;coulera, m&#234;me s'il ne le dit pas comme &#231;a, la relation &#233;trange entre photographe et appareil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier aspect de cette croyance concerne la continuit&#233; des images dans l'espace-temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici la description du geste selon Flusser : Le mouvement se poursuit dans ce que nous avons l'habitude d'appeler les quatre dimensions espace-temps. Dans l'une d'elle, le photographe s'approche et s'&#233;loigne de la situation. Dans une autre, le photographe regarde la situation sous diff&#233;rents angles horizontaux, et dans la troisi&#232;me, sous diff&#233;rents angles verticaux. Et dans la derni&#232;re, le photographe manipule son appareil pour saisir la situation avec diff&#233;rentes dur&#233;es &#034;d'expression&#034;. Les quatre dimensions s'imbriquent d'une mani&#232;re tr&#232;s complexe et la dimension temporelle a un caract&#232;re diff&#233;rent des autres car elle implique le maniement de l'appareil. (p.92)&lt;br class='autobr' /&gt;
Voir n'est pas un geste qui prend en compte le &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; mais bien qui d&#233;coupe dans l'espace-temps des r&#233;gions et des moments.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le second point concerne les relations entre corps et appareil. L'instrument au moyen duquel ce d&#233;coupage peut &#234;tre r&#233;alis&#233; n'est pas l'intention ou le but, ces figures de la subjectivit&#233;, mais bien l'appareil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette inversion ou cette r&#233;versibilit&#233; de la relation corps humain / appareil remet en cause notre conception id&#233;aliste d'une photographie objective. Le geste est le fruit de d&#233;cisions qui sont elles-m&#234;mes le reflet du doute m&#233;thodique et de sa mise en &#339;uvre (p. 94).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sujet photographe se voit donc comme d&#233;livr&#233; de sa subjectivit&#233;. Le second moment va en quelque sorte lib&#233;rer l'objet de son objectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3218 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L450xH630/03-blow-51d81.jpg?1520119528' width='450' height='630' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - Manipulation et objectivit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu, il faut le rappeler, c'est de comprendre notre erreur qui fonde notre croyance en l'objectivit&#233; de la photographie. Or sa possibilit&#233; m&#234;me est exclue par le geste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qu'un objet pour un photographe ? Un ph&#233;nom&#232;ne. Et un ph&#233;nom&#232;ne se manifeste par la lumi&#232;re qu'il r&#233;fl&#233;chit, ce que cherche &#224; capturer l'appareil. Le point central est le suivant : nous croyons que le photographe n'interf&#232;re pas dans la situation qu'il photographie alors qu'en fait, comme le montre Flusser, sa pr&#233;sence transforme la situation. En d'autres termes, le photographe est comme le scientifique qui agit sur le mouvement des atomes dans le th&#233;or&#232;me d'Heisenberg. Il est li&#233; &#224; une situation qu'il provoque, convoque, met en branle et en aucun cas il ne peut d&#233;crire la situation qui existerait s'il n'&#233;tait pas l&#224;. (p. 96)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sans doute en ce point que nous rencontrons la rupture avec le mod&#232;le causaliste. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il faut entendre par causalit&#233; lin&#233;aire le principe selon lequel un effet a toujours une cause : si l'on conna&#238;t la cause, on peut d&#233;terminer l'effet et, si l'on conna&#238;t l'effet, on peut en retrouver la cause. On peut ainsi remonter d'effets en causes pour comprendre et conna&#238;tre l'ensemble des successions causales qui d&#233;terminent le r&#233;el actuel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers le futur, on peut imaginer que notre capacit&#233; de pr&#233;diction n'est limit&#233;e que par l'insuffisance de nos connaissances, mais que le principe de causalit&#233; permettrait de pr&#233;voir tout ce qui peut arriver si nous connaissions tous les m&#233;canismes de la nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce m&#233;canicisme ou ce r&#233;ductionnisme est aujourd'hui abandonn&#233; dans les sciences physiques : la th&#233;orie du chaos, en particulier, a permis de montrer qu'au bout d'un certain nombre d'it&#233;rations d'op&#233;rations simples un syst&#232;me physique &#233;tait susceptible de perdre la &#171; m&#233;moire &#187; de ses conditions initiales, et qu'on ne pouvait plus pr&#233;dire son &#233;volution. N&#233;anmoins, et telle est la puissance de ces th&#233;ories, de tels syst&#232;mes, dominants dans la nature, ne cessent d'ob&#233;ir &#224; des lois d&#233;terministes que nous pouvons conna&#238;tre et faire fonctionner.&lt;br class='autobr' /&gt;
La complexit&#233; qui en r&#233;sulte rend obsol&#232;te la vision causaliste traditionnelle puisqu'on peut agir sur le r&#233;el sans en conna&#238;tre les &#171; causes &#187;, et &#224; l'inverse on peut utiliser les lois de la nature sans pouvoir en pr&#233;dire pr&#233;cis&#233;ment les effets. &#187; Voil&#224; ce qu'&#233;crit Jean de Maillard p.76 de son ouvrage, &lt;i&gt;L'avenir du Crime&lt;/i&gt;, paru en 1997 aux &#201;ditions Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'autre aspect de cette analyse conduit &#224; montrer que la photographie est art, non pas au sens de pratique artistique reconnue par les instances culturelles, mais en tant que telle parce qu'elle est artialisation, art, fiction. Il faut, pour bien comprendre ce point, aller jusqu'&#224; remettre en cause notre croyance en l'objectivit&#233; de la photographie de paysage. &#192; la diff&#233;rence du personnage qui se met &#224; jouer lorsqu'il est pris en photo, &#224; modifier son comportement donc, le paysage, croit-on, ne bougerait pas, ne saurait pas qu'il est photographi&#233;. Or Flusser montre le contraire. Il y a un choix pr&#233;alable, nous l'avons vu, &#224; tout geste de photographier et de ce fait &#171; toute photographie est un portrait, dans le sens o&#249; toute situation est consciente d'&#234;tre photographi&#233;e &#187; (p. 98).&lt;br class='autobr' /&gt;
En d'autres termes le mouvement auto-conscient qui est la caract&#233;ristique du geste de photographier se retrouve &#224; chacun des trois moments qui le composent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le geste de photographier serait en ce sens fractal dans la mesure o&#249; il ne serait pas possible de s&#233;parer les trois niveaux mais seulement de les distinguer. En fait ils sont pr&#233;sents, actifs, &#224; chaque moment quoique de mani&#232;re diff&#233;rente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un pr&#233;-choix et une manipulation sont inclus dans l'intention, une incertitude et un mouvement vers le futur sont inclus dans la manipulation, un doute et une d&#233;cision sont inclus dans les crit&#232;res de jugement que constituent l'acte final.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3219 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH340/03-cour-e742e.jpg?1520119528' width='500' height='340' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - Choix et libert&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le dernier point nous conduit &#224; mieux comprendre la dimension r&#233;flexive de la photographie, ou plus exactement la mani&#232;re dont le sujet est inclus dans son geste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas par les aspects pseudo-subjectifs que le sujet se trouve inclus dans son geste, mais par la dimension r&#233;flexive du geste. Le geste fonctionne comme un miroir m&#234;me s'il n'en est pas un au sens concret du terme. Le syst&#232;me de projection est plus complexe que dans la peinture. C'est un peu ce que sous-entend ce passage. Le miroir est compos&#233; du choix, c'est-&#224;-dire d'un arr&#234;t du geste qui &#224; la fois le fige comme pr&#233;sent dans le pass&#233; et constitue, comme choix, une projection dans le futur. (C'est l&#224; encore un aspect de la dimension fractale de la photographie si l'on veut).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette synth&#232;se des trois dimensions temporelles constitue la forme du jugement. Ce que l'on peut donc comprendre du geste de photographier c'est qu'il constitue un jugement. Mais au lieu de le renvoyer au dehors, d'&#234;tre un jugement sur le monde, il est d'abord et avant tout, un jugement sur le photographe non comme individu mais comme personne, comme masque et comme fonctionnaire de l'appareil. Nous avons donc affaire &#224; une subjectivit&#233; sans sujet ou &#224; un sujet sans fond, sans singularit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La subjectivit&#233; ne se marque que dans l'accomplissement du moment fatal de ce geste complexe dans l'arr&#234;t sur l'image, sur une image choisie &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; dans l'ensemble des possibilit&#233;s qui s'offraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce geste r&#233;partit-il les trois dimensions temporelles dans l'espace en m&#234;me temps qu'il les inscrit dans l'image.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il reste un point essentiel sans doute dans le geste de photographier, ce moment de la d&#233;prise qui est inclus dans l'instant de la prise de vue, moment o&#249; un geste s'accompagne d'un abandon, d'un moment radical d'aveuglement, ou si l'on pr&#233;f&#232;re d'oubli de soi (p. 100).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, c'est un aspect essentiel de la forme de notre subjectivit&#233; qui nous est ici pr&#233;sent&#233;. Il y a un sujet qui agit, mais ce sujet, qui n'existe que dans la s&#233;paration entre nature et culture, tente de combler le vide de cette s&#233;paration dans l'accomplissement m&#234;me d'un geste qui, alors qu'il va le r&#233;v&#233;ler &#224; lui-m&#234;me, sera per&#231;u comme saisie de la r&#233;alit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sans doute l'aspect le plus amusant dans cette histoire, &#224; savoir que la photographie est portrait d'un sujet sans subjectivit&#233;, qu'elle donne &#224; voir une relation complexe, une articulation entre un dedans sans consistance pr&#233;alable et un dehors sans mat&#233;rialit&#233; autre que celle que lui conf&#232;re le regard port&#233; sur elle, alors qu'on ne cesse de chercher sur les photographies les traces d'une r&#233;alit&#233; telle qu'elle existerait sans l'homme...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Octobre 2006 &#8212; juin 2007</title>
		<link>http://tk-21.com/Octobre-2006-juin-2007</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tk-21.com/Octobre-2006-juin-2007</guid>
		<dc:date>2006-10-02T17:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Benielli</dc:creator>


		<dc:subject>gestes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;I. Commentaire du chapitre, Le geste en photographie, in Les Gestes de Vil&#233;m Flusser (p. 81 &#224; 101), par Jean-Louis Poitevin, S&#233;ance 1, 2 octobre &lt;br class='autobr' /&gt;
II. Commentaire du chapitre, Le geste filmique in Les Gestes, de Vil&#233;m Flusser (p. 115 &#224; 121), par Jean-Louis Poitevin, S&#233;ance 2, 6 novembre &lt;br class='autobr' /&gt;
III. Commentaire du chapitre, Le geste avec vid&#233;o in Les Gestes, de Vil&#233;m Flusser (p. 143 &#224; 149), par Jean-Louis Poitevin, S&#233;ance 3, 5 d&#233;cembre &lt;br class='autobr' /&gt;
IV. Commentaire du chapitre, Le geste de t&#233;l&#233;phoner in Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://tk-21.com/2006-2007-Les-Gestes" rel="directory"&gt;2006-2007 &#034;Les Gestes&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tk-21.com/gestes" rel="tag"&gt;gestes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;I. Commentaire du chapitre, &lt;strong&gt;Le geste en photographie&lt;/strong&gt;, in &lt;i&gt;Les Gestes&lt;/i&gt; de &lt;strong&gt;Vil&#233;m Flusser&lt;/strong&gt; (p. 81 &#224; 101), par Jean-Louis Poitevin, S&#233;ance 1, 2 octobre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. Commentaire du chapitre, &lt;strong&gt;Le geste filmique&lt;/strong&gt; in &lt;i&gt;Les Gestes&lt;/i&gt;, de &lt;strong&gt;Vil&#233;m Flusser&lt;/strong&gt; (p. 115 &#224; 121), par Jean-Louis Poitevin, S&#233;ance 2, 6 novembre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. Commentaire du chapitre, &lt;strong&gt;Le geste avec vid&#233;o&lt;/strong&gt; in &lt;i&gt;Les Gestes&lt;/i&gt;, de &lt;strong&gt;Vil&#233;m Flusser&lt;/strong&gt; (p. 143 &#224; 149), par Jean-Louis Poitevin, S&#233;ance 3, 5 d&#233;cembre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. Commentaire du chapitre, &lt;strong&gt;Le geste de t&#233;l&#233;phoner&lt;/strong&gt; in &lt;i&gt;Les Gestes&lt;/i&gt;, de &lt;strong&gt;Vil&#233;m Flusser&lt;/strong&gt; (p. 151 &#224; 160) et du livre d'&lt;strong&gt;Avital Ronell&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Telephone Book&lt;/i&gt;, par Jean-Louis Poitevin, S&#233;ance 4, 9 Janvier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V. Penser la post-histoire, Commentaire du chapitre &lt;strong&gt;Le geste du retournement des masques&lt;/strong&gt; in &lt;i&gt;Les Gestes&lt;/i&gt; de &lt;strong&gt;Vil&#233;m Flusser&lt;/strong&gt; (p. 103 &#224; 113), par Jean-Louis Poitevin, S&#233;ance 5, 6 f&#233;vrier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX. La question de l'&lt;i&gt;aura&lt;/i&gt; chez &lt;strong&gt;Walter Benjamin&lt;/strong&gt;, 5 juin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



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